Dixit Danny Boyle, renversant ainsi à son profit la fameuse maxime de Sartre.
Danny Boyle ? Pour beaucoup, un homme dont il faut suivre le travail. Notamment parce qu'il est à l'origine de film originaux, immoraux et viscéraux du type « Petits Meurtres entre amis » et « Trainspotting ». Des films à l'aura certaine.
Une fois le respect de ses pairs en poche et d'une poignée de fans devenus adeptes, le gars Danny s'est ensuite lancé dans le film qui allait le perdre, « la Plage », soit la recherche de l'Eden perdu par une troupe d'idéalistes Trop de stars, trop de fric, trop de tout, le film reste diaboliquement noir mais se noie en raison de ses trop grosses lacunes.
Depuis, plus de nouvelles de Danny.
Jusqu'à maintenant.
Pour un film sorti de nul part, un film dont les premières images ont le culot et l'originalité de nous montrer un Londres complètement désert, au milieu de laquelle erre tel un damné, une maigre silhouette.
28 jours plus tôt... des activistes de la protection animale s'introduisent, furibard, dans un laboratoire expérimentant des pratiques douteuses sur des chimpanzés. Lesquels, malgré leur désolante apparence, développent une rage incontrôlable une fois libre de leurs mouvements...
Danny Boyle signe ici une ouverture sanglante et Ô combien maîtrisée, annonciatrice de ce qui se fait de mieux dans le genre. Et parallèlement à cette scène putride, les couleurs volontairement flashy et floues des scènes suivantes confèrent à « 28 jours plus tard » un background qui éveillera l'attention du connaisseur, y retrouvant certaines notes presque kitsch de films comme Zombie. Un excellent point de départ.
28 jours plus tard...
Un homme se réveille, bardé de fils dans un hôpital, se remettant visiblement d'un accident. Au travers de ses yeux, c'est une situation post-apocalyptique qui est décrite, à hauteur d'homme. D'un seul homme.
Il erre, crie, appelle comme il peut. Mais personne ne vient. Peu à peu, il se résout à sa triste situation. Seul, désespérément seul, et ne trouvant pas de réponses à ses questions.
Le film est empli de symboles, des églises (repli vers le refuge probable) à la thématique en elle-même (la fin du monde ?).
Mais dans un monde où toute rationalité a disparu, les règles de (sur)vie s'en trouvent changées... Au contact de deux autres survivants, Jim suivra les méandres d'une folie sauvage, le temps de s'habituer et de suivre un parcours initiatique jusqu'à l'acceptation totale de la présente situation.
C'est bien simple, pour marquer le coup et couper les ponts avec Hollywood, Danny Boyle engage principalement des non-professionnels. Comme pour prévenir et faire savoir que son film aura une sorte de « pureté naïve » et ne saurait être catalogué ou vendu grâce au nom d'un de ses acteurs. Une façon de profiter d'une plus grande liberté d'expression artistique aussi (voir la scène du réveil à l'hôpital).
Le résultat est étonnant. Génial même. Cillian Murphy, illustre inconnu, ne peut qu'impressionner dans sa composition raisonnée et impuissante face à une triste vérité. La musculature sèche et brute, il représente l'archétype même du gars au mauvais moment, au mauvais endroit.
Le reste du casting est aussi à saluer, de la sauvage amazone (Naomie Harris) au père de famille attentionné (Brendan Gleeson) : Les effets de leur situation désespérante ne sont qu'exacerbés par la complémenarité résultant de ces personnages/clichés, lesquels personnages, très concernés, combinent peur panique, folie furieuse et possédent dans tous les cas, l'énergie du désespoir dont on sent poindre l'espoir d'en sortir vivant.
Mais pour aller où ? Si « 28 jours plus tard » semble stagner dans son intrigue, il reste particulièrement intéressant de découvrir l'évolution s'opérant chez chacun, l'occasion de découvrir un final apocalyptique renversant l'apparente tendance, embrayant vers un épilogue curieusement soulageant.
Danny Boyle condense en un film les codes du genre, et les révolutionne en les poussant à l'extrême ou en leur donnant un tout autre air.
Le virus déshumanisant ne réduit pas seulement les individus en charpies errantes : il les fait régresser au stade animal, en témoigne l'incroyable vélocité dont ils font preuve, de leur résistance globale, avides de sang et insensibles à la douleur. Ce dernier aspect rabaisse encore plus les contaminés, lesquels sont reclus à un niveau autrement plus inférieur, à l'instinct grégaire où la raison n'existe plus... En prenant le parti de filmer plein cadre, Danny Boyle au contraire, argumente violemment sa thèse !
La métaphore est claire et renvoie aux chef d'œuvres de Georges Roméro, Zombie en tête. Mais de par sa portée universelle, en évoquant le destin contrarié d'une poigné d'hommes confronté aux hommes, Danny Boyle fuse et laisse en plan l'irrationnel, au profit de la fable d'anticipation, faisant de son film un concept sur les dérives incontrôlés des technologies rendues malléables par l'Homme.
Le réalisateur s'essaye à toutes sortes d'approches, de la vue subjective (qui retrouve ici un regain de terreur) aux flash-backs surexposés à la lumière dont les contours sont taillés façon carte postale : pour des souvenirs lointains emprunts de nostalgie (funéraire). De toutes manières, c'est une inventivité de chaque instant qui s'étale sous nos yeux effarés.
Cette façon de suivre ses interprètes, Danny l'utilise ouvertement et ne s'en sert pas comme d'un simple gadget. C'est quasiment une marque de fabrique, nécessaire et donnant autrement plus d'émotions et d'impacts au récit, pour une esthétique assez sale et violente.
Dans ce même système de vouloir échapper aux conventions, le réalisateur insuffle une réelle originalité à la quête de ses personnages, même si certains écueils sont nécessairement inévitables. Danny Boyle joue avec les différents éléments (Feu, Eau...), autant de sujets propices au défoulement visuel. Ainsi se succèdent des scènes très calme, en état latent de contemplation lorsque Jim découvre Londres désertée, jusqu'à des moments entrecoupés de morceaux de bravoures visuels modérément contrôlés. La succession de scènes rapide/ calme se fait beaucoup sentir, effet d'attente intensifié par une musique atmosphérique tout simplement magnifique, aérienne et furibonde... Un moyen de contenir le trop plein d'énergie à venir.
Et c'est dans des scènes d'intenses furies que Danny Boyle se démène : Filmer en numérique lui procure une liberté proche de l'expérimental, du prototype. Le montage, clippé, saccadé n'est que le reflet de la folie s'étalant sur la pellicule granulée. Le réalisme poignant d'images saisies au hasard, volontairement mal cadrées et défilant incroyablement rapidement n'est que le résultat d'une folie furieuse.
Idem pour les scènes de pure sauvagerie, poussant plus loin les limites du décemment montrable en esquivant -justement- la boucherie sanglante. Car au contraire de films comme Resident Evil (aucuns rapports je sais, tant dans la forme que dans l'intention), Danny Boyle ne s'attarde justement pas sur quelques images trop léchées pour impressionner son public. En plus de donner une dimension autrement plus phénoménale aux rapaces humains, il leur donne une dimension humaine persistante, les survivants ne combattant plus que leurs congénères, et pas seulement des morts-vivants apparemment fraîchement déterrés.
« 28 jours plus tard » atteint un niveau de nihilisme assez effarant, que ce soit dans sa description de villes désertées ou dans le comportement des survivants, prêt à absolument tout pour survivre, encore et toujours.
Avec toujours l'idée que l'Homme est le prédateur le plus redoutable pour l'Homme, et que cette situation a toujours été vérifiée au cours des siècles passés. Jusqu'à pousser l'hypothèse selon laquelle la fin commencerait. Justice divine, fatalité inévitable...
Véritable état des lieux de la déshumanisation ambiante, et pas seulement au contact d'un virus, Danny Boyle retrouve ici ses lettres de noblesse pour un récit apocalyptique sans concessions aucunes, un film d'anticipation cru et violent dont on gardera bonne mémoire. L'un des films de l'année à mon sens...
...Une immense surprise dont vous ne ressortirez que plus vivants.
[DANNY BOYLE LIVES]
24.08.2004 14:50
28 jours plus tôt... 28 jours plus tard = attention, je crois que tu tournes en rond lol
01.08.2004 20:39
bon avis, je viens de telecharger ce film, va falloir que je le regarde
02.06.2004 06:07
EXCELLENT AVIS BRAVO !! Très bien structuré et documenté !! Félicitations !!