L'évaluation de l'auteur:
| Avantages: |
La musique, la guitare, les progrés de la voix . |
| Inconvénients: |
On y prend vite goût . |
| Recommandation pour les acheteurs potentiels? |
oui |
Gary Moore «After Hours»
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C’est samedi soir. J’abandonne sur le canapé ma guitare heureuse comme une maîtresse à qui son vieil amant offre à nouveau des fleurs, pour me lancer dans un flash back d’une douzaine d’année. 1992, le cinq centième anniversaire de la découverte du continent Américain par Christophe Colomb, les Jeux Olympiques de Barcelone, la deuxième moitié du deuxième septennat de F. Mitterrand etc…
Ca y est, tout le monde y est, bien installé dans ses nineties.
Bon, en bande son, je vous ai mis «After Hours» de Gary Moore et sa musique entre dans mes oreilles reconnaissantes pour apporter à mon organisme fatigué après deux déplacements professionnels, la dose de blues nécessaire à sa régénération.
Mais avant de l’évoquer, il me faut préciser que ceux qui ont lu mon dernier avis se retrouveront un peu en terrain connu car le CD dont j’aimerai vous parler est en fait antérieur à «Blues Alive», mon dernier avis musical. Pour eux Gary Moore n’est donc plus un inconnu. Pour les autres, en introduction…
Un peu d’histoire.
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Bien avant 1992, il y a eu la deuxième guerre mondiale. Soit, vous dites-vous mais quel rapport? Il a fumé le gars? Eh non, d’ailleurs, il fume pas le gars; Il se shoote uniquement à la salade verte et aux feuilles de menthe dans lequel il roule les Nems dont il raffole!
Durant les préparatifs alliés de ce débarquement qui allait libérer l’Europe du Nazisme, les troupes américaines, sont basées en Angleterre. Musicalement parlant aussi, la chose a son importance car les boys sont arrivés avec quelques phonographes et des disques en vinyle, de Jazz et de Blues dont les effluves sonores vont réveiller les jeunes cervelles de l’époque.
Quand la guerre se termine, les armées alliées occupent l’Europe reconquise jusqu’à Berlin qui n’a pas encore édifié son sinistre mur. Tiens en passant, je vous fais un gros plan: Quelle joie je ressens au souvenir d’avoir «vu tomber» le mur de Berlin et l’apartheid en Afrique du Sud! Ca peut vous paraître stupide, mais ma génération a vécu sa jeunesse sans l’assurance qu’un jour viendrait…
Donc disais-je, les boys vont répandre dans les années 40 à 60 avant la radio et la télé, les musiques de chez eux, le Jazz, le Blues puis le tout jeune Rock et cette «invasion pacifique» va faire naître bien des vocations sur le vieux continent. La guitare électrique arrive tout juste à point pour les guitaristes et les groupes qui vont pousser comme des champignons dont certains se révèleront hallucinogènes... Souvenez-vous des Rolling Stones, de Eric Clapton, John Mayall, Peter Green, Jeff Beck, de Cream, des Beatles, des Who etc…
Les années 60 verront le folk et le rock s’imposer. Elles baigneront dans le «Peace and Love» et prendront un virage contestataire face à l’émergence de nouvelles guerres.
Les progrès de l’amplification et la maîtrise de la distorsion aidant, le son se fera plus dur, la musique plus «hard» augurant avec des groupes comme Led Zeppelin le «Hard Rock» des 70s puis le «no Hope no Future» désabusé des punks.
Même Clapton aura un temps, un jeu plus agressif jusqu’à ce que des problèmes de surdité naissante l’obligent à s’appareiller et le ramènent à davantage de modération.
Les Beatles comme tant d’autres se sont dissous.
C’est à ce moment là qu’entre en scène, Gary Moore né à Belfast en Irlande après la deuxième guerre mondiale, et suivant l’exemple de ses prestigieux aînés, guitariste virtuose du groupe Hard «Thin Lizzy».
De Blues, il n’est alors guère question jusqu’à la dissolution du groupe, puis la disparition du chanteur Phil Lynott co-auteur en 78 avec Gary de ce fameux «Parisienne Walkways» qui deviendra un hit planétaire quand le dernier vivant du couple, aura viré sa cuti musicale.
Nous y sommes. En 1990, Gary effectue un tête à queue et revient à la source de toutes les musiques que j’aime «le Blues».
La planète Blues-Rock-Hard en tomba des nues quand l’album «Still got the Blues» fut parut rendant hommage autant à des légendes qu’à des héros méconnus, Albert Collins, B.B. King, Memphis Horns, …
«On ne peut pas jouer du hard-rock toute sa vie» s’excusa presque le solide Gary pour cette intrusion que personne ne trouva vraiment déplacée tant Gary rencontra un colossal succès et tant il apporta à ce genre hérité du peuple afro-américain esclave des champs de coton.
Il lui consacra 4 albums dans la foulée («Still got the Blues», «After hours», «Blues Alive» et «Blues for Greeny»).
Je l’ai déjà dit alors ça aussi je le répète: Je ne suis pas un fan de Hard-Rock mais je sais que cette musique demande technique, maîtrise des effets et dextérité.
Donc, quand un guitariste de Hard reconnu comme une pointure se lance dans le Blues, il y a de grandes chances que l’on entende beaucoup de guitare électrique.
Allergiques s’abstenir car pour sûr, avec Gary Moore, on en entend de la guitare, en intro, en solo, en accompagnement, en plat principal et en dessert, partout, partout avec la même aisance, la même justesse. On la trouvera simplement plus ou moins épicée selon les morceaux. Et dans le rôle des épices, sont nominées:
*Le Blues pour l’esprit, pour les gammes pentatoniques, c’est à dire cinq notes de base que l’on colle sur l’accord dominant le morceau, parce que le blues de base c’est quoi en fait?
C’est douze mesures avec trois accords, Mi7, La7, Si7 par exemple, et cinq notes bien choisies à placer avec feeling. On a le droit de les taper (hammer), de les tirer (pulling-of), les pousser vers le haut ou vers le bas (bends), de les faire glisser (slide) de l’une à l’autre le long du manche. On peut même passer un doigt dans un goulot de bouteille ou plus joli dans un tube de verre ou de plastic qu’on appelle « bottle-neck» pour frotter les cordes avec. Effet pas vraiment facile et très «Blues» quand il est bien maîtrisé!
Clapton est un grand spécialiste «Blanc» de cet art centenaire maintenant. D’ailleurs, c’est lui que George Harrison n’étant pas satisfait de lui-même et toujours très humble, vient chercher dans un studio voisin pour jouer un solo sur sa superbe chanson «While my guitar gently weeps», que je vous recommande d’écouter. Bien sûr à l’époque, les choses sont claires, Clapton et Harrison sont copains, ils seront même amoureux de la même femme (Qui), mais production oblige, le nom d’Eric ne doit pas apparaître sur le disque. Il n’apparaîtra pas. L’histoire rétablira la vérité plus tard. Quant au bottle-neck, on en entend aussi sur certaines chansons de «Texas», «I don’t want a lover» par exemple.
*Le Rock pour le tempo, les enchaînements répétés, le côté dansant de certaines chansons.
*Le Hard pour l’énergie et les rafales de notes dans des gammes plus riches qui rappellent son passé chargé de «métalleux».
Le son de Gary Moore est un son type Santana ou Paul Personne, assez épais, chaud, qui sature vite. Il est obtenu par des micros double bobinage sur une guitare type Gibson Les Paul par opposition au son Fender Stratocaster de Robert Cray par exemple.
C’est un son qui transpire beaucoup d’émotions, qui pleure facilement et qui convient aussi bien aux ballades, aux slows qu’aux envolées rugueuses.
Si on parlait du CD?
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Gary Moore ne nous sert pas du réchauffé. Il ne s’est pas contenté de reprendre des standards. Non, il a écrit lui-même la plupart des morceaux qui figurent sur ce CD. Il met dans ses compositions, dans ses parties de guitare, la finesse et la délicatesse qu’il n’a pas dans la voix. C’est peut-être ce qui le rend si sympathique. Et c’est cette musique, cette ambiance, cette générosité qui m’ont donné envie d’avoir une guitare et de la prendre même le soir tard quand la solitude me cueille d’un direct au foie parce que tu es partie ou parce que tu n’es pas encore là et que je ne sais pas où te trouver, enfin quand personne n’est là pour l’entendre parler à ma place.
Plusieurs titres figurent dans «Blues Alive» dont j’ai déjà parlé. Pourquoi alors parler de «After hours»? Parce qu’aucun avis n’a encore été rédigé sur ce CD et vous pourriez tomber dessus. Il reste encore des disquaires de sang et de chair qui connaissent la musique et qui ont dans leur bac de quoi nous faire vibrer le marteau et l’enclume (ceux de l’oreille, pas ceux du drapeau de l’ex URSS!).
1. “Cold day in hell”.
Paroles et musique de Gary pour ce titre repris sur «Blues Alive», qui démarre en fanfare avec une attaque de saxos, suivie de la guitare. La7 pour démarrer, soli en Do#m, tempo autour de 100, assez rapide donc. Tout le style de Gary résumé dans ce morceau avec de quoi réviser ce que peut faire une bonne guitare au son medium, quand le guitariste triture les cordes dans tous les sens. La guitare est présente en permanence, dans l’accompagnement rythmique ou mélodique, en soutien du champ comme le fait Knopfler avec une autre façon de jouer bien sûr. La chanson? Encore une qui a trop tiré sur la corde: «Tu as beaucoup demandé, je t’ai beaucoup donné. Tu m’as poussé aux limites, Il y a une ligne étroite entre l’amour et la haine, Il fera froid en enfer avant que je revienne vers toi. C’est trop tard pour les excuses, pour les pleurs». Une de mes chansons préférées quand j’ai la pèche ou que j’ai envie de l’avoir.
2. “Don’t you lie to me” de Hudson Whittaker. Tempo rapide (140), intro bien découpée et intervention de la guitare entre chaque phrase, typiquement Mooresque. « Il y a deux choses que je ne supporte pas, une femme au cœur froid et un homme qui ment, alors ne me ment pas, ça me rend fou… »
3. “Story of the blues”. C’est un blues “classique” au tempo lent (moins de 50), à la voix poussée, où l’émotion est donnée par la guitare précise et extraordinaire de variation, qui démarre tranquillement, pour profiter du sustain infini, puis accélère avant de magnifiquement terminer decrescendo avec un bon gros son comme je les aime. Repris sur «Blues Alive».
4. “Since I met you baby” de G. M. Très fun style blues-rock pour s’agiter les guiboles avec en prime B.B. King une des grandes figures Black du Blues en guest stars. Une contribution du King, qui laisse à penser que Moore mérite son respect et ça c’est énorme. Imaginez, les paupières quasi closes, la guitare en bandoulière posée contre la bedaine et les mains énormes qui triturent de la note avec un feeling incroyable. Ce type devait déjà boire du Blues dans son biberon! La voix est rauque comme fatiguée d’avoir chanté pendant un demi siècle. Sympathique duo qui figure aussi Repris sur «Blues Alive».
5. “Separate ways”. Une très jolie chanson (tempo 80) de G.M alourdie par sa voix malgré les choeurs féminins en relais. Beaucoup de finesse en revanche dans la guitare aérée pour des glissés sur deux cordes exemplaires. «On répète encore et toujours les mêmes erreurs, je ne sais pas où on s’est trompé, est-ce le moment de séparer nos routes?». Repris sur «Blues Alive».
6. “Only fool in town” de G.M. Intro volcanique sur Dom7, tempo rapide (130), rythmique très pulsive découpée en quadruple croche, parce qu’une fille a le chic pour te rendre dingue mais tu n’es pas le seul fou en ville. Le solo est impressionnant de diversité avec une partie très mélodique et une fin très rythmique puis bien sûr le final qui ne surprend plus. Morceau à découvrir.
7. «Key to love» de John Mayall. Peu connu en France, John Mayall est le père fondateur et spirituel du Blues Blanc auquel se réfèrent les Clapton, Beck et autres guitar heroes de Grande Bretagne. Plus énergique que fin, à la croisée des chemins entre Blues et Rock’n roll.
8. “Jumpin’ at shadows” de Duster Bennett. Ce blues lent sur La7/ Ré7/ Si7(tempo 45 environ) est une pure merveille, jouée par Gary Moore et repris sur «Blues Alive»,. La subtilité de la guitare qui pour une fois se coule dans la musique sans revendiquer la première place, fait oublier le manque de chaleur du chant. Ca paraît facile mais les Blues lents et longs sont les plus difficiles car il faut trouver la note juste, l’expressivité avec «feeling», et pas seulement envoyer du gaz à tous les étages. Un morceau magnifique tout simplement qui devrait faire aimer la guitare électrique même aux huîtres, ai-je écrit sur l’avis de «Blues Alive»!
9. “The Blues is alright” de Milton Campbell avec une autre guest stars Albert Collins. Intro chantée avant la guitare, dans le style Negro Spirituals. Puis une basse cabotine et le rugissement de la guitare qui se jette dans l’arène comme le taureau qui en avait marre de patienter dans sa chambre noire… Le premier solo est celui de Albert King et la différence de style avec B.B. King ne manquera pas de vous sauter aux yeux. La télécaster de Albert répète des séquences très rythmiques. Peu de notes mais un jeu compulsif que Gary ne reprend pas à son compte et la complémentarité sonne très bien.
10. “The hurt inside” de GM. Un de mes morceaux préférés pour sa rythmique géniale sur un accord classique de Dom7 et un tempo de 100. Pas le plus spectaculaire mais l’un des plus travaillés, des plus riches. De quoi s’amuser en visitant la gamme de Do, avec un son qui peut alors se rapprocher de Robert Cray car on peut faire claquer les notes en les détachant bien.
11. “Nothing the same” de G.M. Le slow qui tue pour terminer l’album avec une voix adoucie que je trouve cette fois bien en adéquation avec l’accompagnement arpégé sur une suite d’accords très riches. L’émotion de cette ballade se prête bien à des retrouvailles ou à une première fois. «I think of you, I start to cry, nothing’s the same without you». Un solo tout en douceur presque effleuré comme une main qui se pose sur votre épaule ou un baiser-caresse. Pour cette homogénéité et donc la sincérité qui s’en dégage, c’est peut être le plus beau slow de Gary. Ici pas de cinéma mais une pureté et une vérité qui montrent que le bonhomme a des trésors de moins en moins cachés. Top!
Amitiés.