Il y a longtemps, c'était en 2042 je crois...

5  24.01.2007

Avantages:
Mon bouquin n'est pas terminé .  .  .

Inconvénients:
.  .  . parce que je n'en connais pas encore la fin

Recommandable: Oui 

Phizapp

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En préambule…

La découverte de la présence de gentuisoline dans l'amidon des racines de gentiane relance l'arrachage intensif de cette dernière dans le Haut-Doubs; toutes choses que je raconte dans "Le mystère de la gentiane jaune". Actuellement la technique d'arrachage traumatise le rhizome qui ne peut livrer les précieuses molécules que s'il est traité avec égard et délicatesse, or si la technique actuelle avec la fourche du diable a toujours donné de bons résultats elle ne peut plus malheureusement satisfaire à ces nouvelles contraintes, donc il faudrait s'orienter vers une technique plus douce que seule une machine a caméra ultraviolet pourrait satisfaire.
La réalisation de cette machine sera confiée à un sorcier de la mécanique ; en l'occurrence : Victor Potchariof qui va imaginer, dessiner, et développer le salvateur engin. Brillant ingénieur, Potchariof met rapidement au point une machine capable d'extraire cent kilos de racine à l'heure, mais ces performances ne sont pas du goût des environnementalistes locaux qui tentent par tous les moyens, y compris celui qui consiste à confier une mission très spéciale à la plantureuse Clotilde ; se glisser dans le lit du chercheur pour connaître tous ses plans…

Je vous demande de me croire ; j'ai écrit ce texte dans la deuxième quinzaine de décembre 2006, soit 1mois avant la disparition de l'abbé Pierre dont je donnais le nom à la rue dans laquelle se passe ce court extrait. Pensant, ce matin, remplacer le nom de cette rue dans un premier temps, par respect pour l'abbé, je me suis finalement résolu à vous le proposer comme je l'avais écrit au premier jet, en forme d'hommage cette fois. Merci.

Extrait de "Avec la fourche du diable"

…Clotilde mettait toujours un point d'honneur à parfaire ses créneaux ; celui qu'elle terminait maintenant avec beaucoup d'application était à classer dans les chefs d'œuvre du genre. La caméra latérale lui indiquait que la Porsche était distante du trottoir de cinq centimètres seulement.
- "De mieux en mieux " pensa t-elle.
En l'effleurant, elle éteignit l'écran infra rouge qu'elle consultait toujours pour l'aide au stationnement nocturne. Il était vingt trois heures lorsqu'elle coupa le contact de sa voiture. Clotilde ouvrait la porte du compartiment réfrigéré au pied de la console centrale en évaluant son contenu d'un rapide coup d'œil ; il ne lui restait plus que quatre mignonnettes de Champagne qui scintillaient tels des lingots d'or à la lumière du petit frigo. Elle hésita entre les deux millésimées "2038" : l'année où elle fit la connaissance du chercheur Victor Potchariof ou les "2040" ; lorsqu'elle en devint sa maîtresse. Ne pouvant se résoudre à choisir, elle fourra les quatre petites bouteilles, qu'elle calait précautionneusement pour ne pas qu'elles s'entrechoquent, dans le fond de son petit sac à dos.

En posant la pointe de son escarpin sur le Tartan de la chaussée, elle leva son regard là-haut au troisième étage, vers la porte fenêtre du bureau de Potcha ; le plafond reflétait le halo bleuâtre d'une lumière tamisée. Clotilde pensa que son amant devait être bien absorbé par son ouvrage pour travailler ainsi sans sa lampe de bureau.

Une douce tiédeur incitait les passants, ceux qui sortaient des salles de cinéma, à flâner nonchalamment dans les rues de Besançon. Les vitrines des commerces, de la rue Abbé Pierre où Victor possédait son appartement, déversaient outrageusement leur lumière mordorée qui embrasait les façades des vieux immeubles de type haussmannien, leur donnant ainsi l'apparence d'être recouvertes
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de feuilles d'or. Curieusement cette rue, qui était celle des joailliers et des horlogers bisontins, bordée de vitrines où se vautraient sur des coussins de soie des montres à quinze mille euro-francs, portait le nom d'un célèbre ecclésiastique qui n'avait eu de cesse de lutter contre la pauvreté durant un demi siècle.

Le ventail droit de la lourde porte en fer forgé s'ouvrit lorsque Clotilde s'approcha de la porte cochère. La jeune femme, dont le cœur battait à l'idée de passer encore une folle soirée avec son amant, se retourna pour voir si dans la rue Abbé Pierre n'était pas garée la voiture d'un inopportun casse pied qui aurait tout gâché. Aucune voiture identifiable ou connue n'y était stationnée, ce qui décupla plus encore son envie de Potcha.

Pour ne pas perdre une minute et plutôt que d'attendre l'ascenseur, elle préféra s'engager dans la volée de marches du grand escalier. En passant furtivement devant les boites à lettres, Clotilde dégageait une bretelle de son sac à dos qu'elle fit glisser sur son avant bras, alors qu'elle escaladait les premières marches elle interrompit brusquement sa progression ; Victor n'avait pas ramassé le courrier. Le facteur passant à quatorze heures, Potchariof était probablement trop absorbé pour s'occuper de tâches aussi ingrates et subalternes. Inquiète, elle revenait tout de même sur ses pas ; appuyait la pulpe de son index sur l'œilleton à balayage laser qui libérait aussitôt l'ouverture de la petite porte en laiton, une dizaine d'enveloppes basculèrent en avant. Songeuse, Clotilde retirait les enveloppes de la boite qui se referma automatiquement. Tout en gravissant l'escalier, d'un pas lent cette fois, elle déchiffrait les adresses des expéditeurs aux dos des lettres qu'elle égrainait entre ses mains.

La jeune femme débouchait enfin sur le palier du troisième étage lorsqu'elle se rendit compte qu'elle était incapable de restituer une seule des dix adresses lues précédemment, ou alors peut-être une ou deux…En ouvrant son sac à dos dans lequel elle plongeait une main tâtonnante, Clotilde collait son oreille à la porte ; Potchariof écoutait toujours la radio ou son PK 7, même en travaillant. Elle pointa sa télécommande sur les verrous qui libéraient la haute porte de chêne clair qui s'ouvrait lentement; depuis qu'il avait été récemment agressé par des environnementalistes intégristes, Victor s'enfermait toujours ainsi lorsqu'il travaillait dans son bureau.

En pénétrant dans le vestibule faiblement éclairé, Clotilde déposait son petit sac à dos, celui qui contenait les mignonnettes de Champagne, sur une console de Kevlar, puis, se ravisant elle sortit les quatre petites bouteilles qu'elle alignait sur les clayettes de l'armoire à vin qui se dressait dans un angle du vestibule. Un silence étrange régnait ici, seul lui parvenait le ronron du compresseur de cette armoire climatisée, elle se figea pour détecter le moindre son pouvant provenir du vaste appartement ; elle n'entendit que le verrouillage automatique de l'armoire à vin qui se refermait derrière elle.

Sa présence déclencha la lumière tamisée du long couloir dans lequel elle entrait. En passant devant la porte de la salle à manger, elle s'aperçut que Victor n'avait pas dressé la table. C'était, quotidiennement, la seule tâche ménagère qu'il accomplissait avec beaucoup d'attention et à laquelle il ajoutait toujours une pointe de fantaisie en disposant, au centre de la grande table ronde : le lundi ; des roses rouges, le mardi ; des lys, le mercredi ; des amaryllis, le jeudi ; des orchidées jaunes-orangées, toujours fourrés dans des collerettes de fougères, bref à chaque jour de la semaine correspondait une fleur.
- "Vraiment, aujourd'hui il est surbooké " Pensa Clotilde.
Victor était ainsi, accaparé par le travail, il se déconnectait de la réalité pour mieux se concentrer sur ses synthèses.

- Mon chéri, c'est moi, m'entends-tu ? Interrogea t-elle.

Non, Victor ne l'entendait pas. Ce satané PK 7 sur les oreilles l'empêchait de capter le bruit des escarpins de Clotilde qui martelaient le marbre du couloir. Souvent lorsqu'elle rentrait à l'improviste, c'était un jeu entre eux, elle le surprenait avec des ruses de Sioux en déchaussant ses escarpins à talons aiguille.

Dès qu'elle posa ses pieds nus sur le sol elle découvrit que le marbre était bien tiède. Il n'avait pas mis la table mais ne s'était guère plus soucié de relancer la climatisation. Clotilde, au fond du long couloir sur lequel débouchaient une dizaine de portes, voyait un rai bleuté qui soulignait le bas de la porte du bureau de Potcha.

Comme on effeuille une marguerite, Clotilde entamait alors un long et savoureux striptease en abandonnant un à un ses vêtements. Laissant glisser sa veste de tailleur qu'elle abandonnait sur le dos d'un fauteuil club en passant devant le petit salon, elle parvenait maintenant à hauteur de la salle de bain. Clotilde "dézipait" silencieusement sa jupe. En équilibre sur une jambe, puis l'autre, elle marqua la pose ; il lui avait semblé entendre un tiroir s'ouvrir là-bas au fond du couloir. D'un geste mesuré, elle lança adroitement sa jupe sur le rebord du jacousy. Suivant une trajectoire balistiquement identique, quelques secondes plus tard la petite culotte de soie rejoignait la jupe. La jeune femme reprenait sa longue marche d'indienne. Ses doigts couraient en s'activant sur les boutonnières de son chemisier en soie de rose, un à un, elle dégageait fébrilement chaque bouton nacré. Le dernier bouton du haut défait, elle écarta les pans de son chemisier comme on ouvre le rideau d'un théâtre, exposant ainsi sa ferme et jeune poitrine. La porte de leur chambre, devant laquelle elle passait à pas veloutés, étant entrebâillée, elle y déposa habilement, en le lançant, son chemisier qui s'accrochait sur le bras d'un valet indulgent. Arrivée enfin devant la porte du bureau de Potcha ; elle n'avait plus grand-chose sur le dos.
En grimaçant, parce que le mécanisme craquait, Clotilde abaissait doucement le bec de canne de la lourde porte et glissa sa gracile silhouette dans le mince espace qu'elle entrouvrit.

Evidement Potchariof, assis devant son ordinateur, avec son PK 7 sur la tête n'entendait toujours rien. Clotilde contourna la zone du vieux parquet dont les lames disjointes et grinçantes trahissaient toujours la pression des pas. Ses longues jambes lui permirent d'atteindre un îlot salvateur, garant de pas feutrés et silencieux, en l'occurrence un immense tapis persan qu'elle longea telle une chatte. Féline et sournoise, elle s'approchait en faisant glisser la pointe de ses pieds sur la laine épaisse du tapis. Elle s'immobilisa quatre mètres derrière lui, dans son dos.
Le chercheur Potchariof était toujours immobile à sa table de travail. Clotilde s'approcha encore un peu et remarqua qu'il avait déjà passé sa robe de chambre, donc elle le devinait entièrement nu dessous, émoustillant davantage son envie de lui. Elle se glissait toujours sur le tapis, cette fois en décomposant chaque mouvement qu'elle imprimait, à sa cuisse gauche puis à sa jambe qu'elle maintenait en suspend avant de poser la pointe de son pied pour dérouler enfin sur le talon. Telle un prédateur, elle marquait la posture avant de dérouler la jambe droite. Deux mètres la séparaient de Victor Potchariof. Sans pouvoir mettre un nom sur la musique qu'il écoutait, elle en percevait le grésillement dans le PK 7. Il tourna légèrement la tête sur sa gauche. Le chercheur avait du entendre des sons derrière lui. Souvent, il avait ainsi la bonté de laisser croire qu'il n'avait rien entendu. Clotilde redressait sa poitrine en avant puis, par une pression de son index sur le clip mammaire de son soutien gorge libérant ses deux seins, elle déposa la pièce de lingerie sur un Voltaire d'époque qui, pendant trois siècles et demi, en avait sûrement vu d'autre sur son bras. En se plaquant la main sur la bouche, elle eut du mal à contenir un fou rire naissant. Victor, qui l'avait entendu écraser ce début de fou rire, tourna encore un peu la tête vers la fenêtre. Ne voulant pas qu'il ait le temps de se retourner, Clotilde se jeta sur Potchariof en lui arrachant son peignoir, ensuite à pleins bras elle se colla à son dos sur lequel elle écrasait et roulait ses seins. Coincé et serré entre les bras de Clotilde, Victor, ainsi tenaillé, ne pouvait se libérer. Le PK7 vola en l'air puis retomba sur le bureau.

Il était vingt trois heures dix sept très exactement, est-il besoin de rappeler que Besançon est la capitale de la précision, lorsque les passants attardés de la rue Abbé Pierre entendirent des cris inhumains déchirer l'air de ce quartier chic. Les hurlements de désespoir provenaient de cet appartement là-haut ; où il y a une petite lumière bleue.

Les cris cessèrent. Un long silence donnait plus d'écho à cette petite musique lancinante qui provenait du même appartement ; c'était l'Agnus Dei, le dernier morceau du Requiem de Mozart.

Ce mardi matin le commissaire divisionnaire Bartocci garait sa vieille Peugeot 609 devant le 15 de la rue Abbé Pierre. Tous les journaux bisontins, qui savaient déjà que c'était le charismatique divisionnaire qui s'occuperait de l'affaire, dépêchaient leur chroniqueur judiciaire sur le coup. Dans la corporation, on savait que ce curieux policier distillait ses informations à la façon d'un feuilleton, et ce, en violation complète des procédures d'instruction de l'enquête et malgré les nombreux et infructueux rappels à l'ordre de sa hiérarchie. Le commissaire, âgé de soixante douze ans, instruisait les coups tordus qui se perpétraient dans la capitale comtoise depuis un demi siècle, alors les haussement de menton et les froncements de sourcils de ses supérieurs ne l'effarouchaient pas trop. Les journalistes, l'attendant le crayon numérique d'une main et l'agenda à plasma de l'autre, foncèrent comme des mouches sur le divisionnaire lorsqu'il sortit de sa voiture. Flatté par la présence de tant de journalistes, le vieux policier simula l'agacement, puis les écarta d'un geste d'humeur en grommelant.
- Bon alors vous êtes déjà tous là vous autres. Alors ce matin, très tôt, on m'a averti de la mort du directeur de l'école d'ingénieur de Besançon, monsieur Potchariof qui possédait un dossier médical sans l'ombre d'un doute laissant présager une mort prématurée. L'enquête démarre seulement, je me rend, de ce pas, sur le lieux du décès. Vous comprendrez, mesdames messieurs, que je ne puis vous en dire plus. En vous remerciant, à demain.
Si ce n'était pas des vraies conférences de presse, cela en avait la saveur et la théâtralité, quelques rares journalistes privilégiés, en quête de scoops, obtenaient en privé des tuyaux que Barto monnayait contre des indications, voire des délations ; on aimait pas trop ce petit jeu dans le petit monde des rédactions studieuses et ronronnantes qui, pour certaines, ne s'embarrassaient pas de ces nobles principes ; néanmoins, pour d'autres, la déontologie restait encore une vertu à défendre.
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Commentaires sur cet avis
stephan9

stephan9

03.04.2007 16:54

Félicitations pour le récit...

alexela

alexela

31.03.2007 17:57

revenue... Ya-t-il une suite? Car on a ici tellement de questions en suspens .......

alexela

alexela

31.03.2007 12:42

Quelle jolie plume : l'art et la manière d'ajuster les mots de telle manière que chaque mot nous met encore plus en suspens pour la suite... Que de belles descriptions, quelle jolie montée d'adrénaline aussi... Ne serait-on pas plongés dans un film ? En 2042, que de choses nous attendent... (je repasserais mais promis, pas dans longtemps ... ;-) )

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