Mes gentils lectrices et lecteurs habituels connaissent mon habitude à défendre toutes les initiatives tendant au développement durable. La raison en est simple : nous n'avons qu'une seule planète.
Dans cet esprit et puisque je loue une maison assez proche du trou-du-cul du monde, je dispose de 1700 m² de terrain sur lequel je jardine. D'un point de vue strictement homo-sapiens ou serf, le fait de manger ses propres légumes relève de l'habituel. Pour un contemporain « rurbain », c'est déjà nettement plus rare, les « homos non abilis » que nous sommes devenus conçoivent la salade comme une chose verte qui poussent dans des sacs de marchés ou de supermarchés.
Dans cet esprit, je me chauffe au bois et mélange mes cendres avec différents résidus organiques de cuisine et de l'herbage qui provient soit de la tonte, soit de la fauche (j'adore pratiquer la faux, façon hardi laboureur, mais sans les sabots).
Ce joyeux mélange me donne un compost naturel et sans odeurs qui est stocké au Nord/Est de mon jardin. Bien sûr, cela ne vous parle pas, mais c'est proche du tas de bois en limite de mon grillage, ce dernier donnant sur un magnifique bois de peupliers (parce qu'un trou-du-cul peut néanmoins se révéler être très beau). Jusque là, vous vous dites « mais où veut-il en venir avec son avis qui n'en est pas un ? ». Bon, je me lance.
Le jour de la fête des mères, je me suis retrouvé dans mon jardin sous un soleil de plomb avec mes deux garçons, l'aînée ayant opté pour le tournoi de basket à Tralala-les-oies.
Muni d'une bêche, je me décidais à ramener les mottes les plus éloignées par-devers-moi (mais sans les remiser, les plus de 25 ans percuteront). J'avais installé quatre planches entre quatre piquets pour éviter que l'ensemble ne fasse « ballon d'Alsace format 1/2500 ème ».
Or, en retirant une motte de contre les planches, je vis la fin d'un anneau reptilien, façon lézard qui a fait pas mal de musculation. Partant de cette vision, j'avais le choix entre 4 possibilités :
A) un lézard très, très balèze, encore plus que Wonka, un gros gecko domestique à qui ma femme a décidé d'apprendre les lois de la gravitation sous le capot de la tondeuse
B) Un orvet que l'on aurait laissé trop longtemps sur une corde à linge
C) Une couleuvre
D) Une vipère
Vous noterez la gradation qui permet de donner à mon avis une constance dramatique.
Bon, je me décidais à toucher l'appendice apparent dudit reptile et celui-ci s'enfonça alors dans l'humus tendre sans rapidité excessive, plutôt sur le modèle d'un escargot rhumatisant. Je décochai donc instinctivement la croix du choix A.
Je retirais donc les mottes situées plus loin et allais couper l'herbe le long de la planche à l'extérieur du tas de compost. Bon, le coin étant nettoyé, je me suis dit que la bestiole devait se trouver soit dans le compost, soit entre la planche et le compost.
La seconde solution était facile à vérifier, il me fallait tirer rapidement sur les piquets afin de surprendre le reptile qui ne manquerait pas de s'enfuir. Auparavant, je demandais à mes nains de jardin d'aller voir ailleurs, ne serait-ce qu'à 4 ou 5 mètres de là.
Je tirais brusquement sur les piquets et … rien. Que dalle ou plutôt, si, un petit rectangle de vide dans le compost du format de 2 timbres (ou deux Hollywood bangs pour ceux qui ont lu mon avis) laissant apparaître le ventre du reptile, un ventre vert/jaune pâle avec les marques latérales caractéristiques. Bon, plus de doute, je pouvais également décocher l'option B. Restaient donc les deux plus gênantes, les C et D.
Je me mis donc en quête d'un grand pot de fleurs vide et d'un plus petit afin d'occulter l'orifice d'évacuation. Au point où j'en étais, je ne connaissais pas la taille de l'animal mais je l'évaluais à vue de nez entre 25 et 30 centimètres. Je revins donc nanti de mes récipients et me demandais bien comment j'allais pouvoir procéder.
A mon retour, le serpent s'était déplacé et était rentré plus profondément dans l'humus. Seuls 5 ou 6 centimètres de queue dépassaient. Je ne pouvais le laisser filer ainsi au cœur de mon engrais fétiche au risque de le voir un peu plus tard disposant d'une taille plus conséquente. De plus, si celle de qui je partage la couche devait tomber dessus, j'aurais eu l'occasion de voir cette dernière pulvériser tous les records de vitesse : c'eut été rigolo mais un peu cruel tout de même.
Comme j'avais mis mes gants de jardinage, je choppais le serpent pas la queue.
Premier constat pour quiconque n'est pas familier des serpents : c'est musclé. On s'en doute puisqu'il passe sa vie à onduler sur le sol mais là, c'est vraiment notable. Malgré une certaine traction exercée sur l'appendice caudal, le reste du bestiau s'était suffisamment replié pour ne pas craindre d'être tiré à l'extérieur. Je ne voulais pas blesser l'animal et décidais donc d'opter pour une stratégie moins agressive : à l'aide d'un mini râteau à 5 griffes, je dégageais doucement la partie supérieure de l'humus. J'ai bien du creuser sur une quinzaine de centimètres.
Heureusement, la chance était avec moi car, en soulevant une couche de feuilles devenues noirâtres, j'ai été confronté au corps, un ensemble d'anneaux mais qui n'étaient pas contractés. En fait, le serpent était un peu plus grand que ce que j'imaginais au départ : une quarantaine de centimètres, le dos d'une couleur une peu métallisée marron et gris (qu'il avait du prendre en option). J'enfonçais donc doucement les piques du râteau entre les anneaux puis, linéairement mais sans brusquerie, j'ai retiré l'ensemble et j'ai pu voir la tête, une toute petite tête dans le prolongement du corps : c'était une couleuvre.
Celle-ci n'a pas tardé à se dérouler d'entre les griffes du petit râteau, aussi, je la saisis par la queue, laissant la tête suspendre à bonne distance de mon propre corps. A savoir : une petite couleuvre peut donc légèrement relever sa tête mais pas suffisamment pour atteindre sa queue. J'ai donc fait comme dans « Vipère au poing » mais en moins brutal puisque j'ai bien sûr laissé le reptile vivant. Deux mètres me séparaient du pot de fleurs dans lequel je l'ai déposé doucement avant de poser un tamis à sable sur le dessus. Mon fils aîné est allé ouvrir le portail et nous sommes partis avec notre drôle d'attirail cent à cent cinquante mètres plus loin afin de la laisser retrouver l'ombrage salutaire.
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Quelques conseils si vous vous retrouvez dans une situation identique
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Lorsque la couleuvre était dans le pot immobile, elle était très calme. Cependant, dès qu'elle a commencé à être déplacée, celle-ci s'est repliée sur ses anneaux. Pensez-donc toujours à couvrir les récipients dans lesquels vous devez transporter des serpents, c'est une simple question de bon sens.
J'ai été frappé par le manque de rapidité du reptile : il s'agissait bien d'un exemplaire récent, ses aînés sont bien plus rapides et plus agressifs. Passés le cap des cinquante centimètres, bloquez le reptile sous une branche en 'V' au niveau de la tête mais sans blesser l'animal (inutile de lui montrer que vous êtes le plus fort, il le sait déjà !).
De même, cela semble bête à dire, mais il a fallu que j'éloigne mes garçons qui, eux, n'ont pas peur de grand chose.
Néanmoins, si ce type d'aventure devait vous arriver, ne tuez pas ce petit serpent qui se révèle extrêmement utile dans la chaîne alimentaire. Au pire, si les serpents constituent l'une de vos phobies, demandez à un voisin ou une voisine de l'emmener plus loin.
Je vous remercie de votre patiente lecture.
24.10.2005 22:40
mis à part les lézards et les orvets, je te laisse bien volontiers emmener les autres loin, très loin de chez moi... brrr
17.10.2005 22:27
ouf !!!! les serpents c'est pas ma tasse de thé mais avis interressant vraiment a+
03.10.2005 14:40
Bravo, lorsque j'étais enfant, nous allions dans le sud ouest, région natale. Nous n'avions pas peur de ces reptils, en pleine chaleur sur les bord de la garonne on en trouvait pas mal. Aujourd'hui, je crois que je n'aurais pas tué mais je l'aurais laissé dans son coin et j'aurais éviter d'y retourner. Ton avis m'a fait quand même frissonner.