Pourquoi maintenant?
******************
J’allais à une conférence ce dernier vendredi et j’étais très en avance. Quarante-cinq minutes au compteur, à occuper si possible, plus intelligemment qu’en restant planté comme un poireau devant la porte encore fermée.
J’avisai une librairie-disquaire et décidai d’y aller faire un tour histoire de voir si je pouvais pêcher quelques raretés dans les bacs à CD. Bonne idée que j’eue là car je vous ai dégoté quelques petites perles de musique à des prix ma fois fort sympathiques, 6.99euros jusqu’à fin Mars, je ne pouvais pas vous laisser rater ça!
C’est donc pour cela que je me précipite un peu pour vous parler d’un des CD en question, ce «Blues Alive» qui fait partie de ma CDthèque, et qui pour n’être pas de toute première jeunesse (1993) n’en est pas moins fort bon à mon goût.
Qui est Gary Moore?
********************
Gary Moore n’a pas toujours joué du Blues car c’est de cette musique qu’encore une fois il s’agit. Il était déjà fort connu dans le milieu musical quand il entama un impressionnant virage à 180° en venant au début des années 90 dépoussiérer avec punch un genre bientôt centenaire.
La planète Blues-Rock-Hard en tomba des nues quand l’album «Still got the Blues» fut parut rendant hommage autant à des légendes qu’à des héros méconnus, Albert Collins, B.B. King, Memphis Horns, …
Jusque là, en effet, c’était au sein du groupe hard rock, Thin Lizzy que Gary, l’Irlandais né à Belfast après la deuxième guerre mondiale, se faisait les doigts et usait les cordes de ses guitares.
«On ne peut pas jouer du hard-rock toute sa vie» s’excusa presque le solide Gary pour cette intrusion que personne ne trouva vraiment déplacée tant Gary rencontra un colossal succès et apporta à ce genre vénéré depuis que des mains noires lui ont donné le jour après des journées passées dans les champs de coton, dés le premier des 4 albums qu’il lui consacra dans la foulée («Still got the Blues», «After hours», «Blues Alive» et «Blues for Greeny»).
Je ne suis pas un spécialiste du Hard ni même un fan, mais je sais que quiconque tient au moins honorablement une six cordes dans un groupe de Hard ne peut être considéré comme un manche tant ce style demande technique, maîtrise des effets, dextérité et ne pardonne pas les erreurs vu le volume sonore élevé!
Les chansons qu’elles soient de sa composition ou des reprises de standards mettent en lumière sa virtuosité technique et sous cette bonne vieille pentatonique (5 notes de base pour broder un solo de blues), pointent des descentes ultra-rapides de gammes plus riches rappelant son passé chargé de «métalleux».
Alors oui, amoureux des guitaristes sachant manier la fameuse Gibson Les Paul au gros son épais et chaud, et domestiquer la distorsion la plus démoniaque, vous n’allez pas être déçus!
Que le tempo soit lent ou rapide, la guitare précède, répond à la voix et termine. Vous aurez droit à des intros à en baver, des soli à réveiller un bluesman mort, et ce que je trouve encore plus mortelles des fins de morceaux decrescendo à faire rêver.
Vous avez envie que ça bouge, que ça déménage, et que ça caresse comme une brise d’été au soir sur la terrasse d’une plantation de Virginie?
J’ai ce qu’il vous faut, des morceaux bien structurés à l’atmosphère parfois Soul ou Rn’B, taillés dans la masse, avec de la finesse dans les accords qui ne se contentent pas du traditionnel Mi7-La7-Si7. Car si Gary Moore est blanc, il a des références et sait ce que les Eric Clapton, John Mayall, Jeff Beck et Peter Green ont apporté en crédibilité au «British White Blues».
Attention, côté chanteur Gary Moore c’est plus du Whiskey que de la limonade. Attendez-vous plutôt à de la puissance et à de l’énergie dans la voix qu’à du velouté et à de la retenue. Gary, à la rudesse du bûcheron plutôt qu’à la distinction du majordome fait ce qu’il peut avec son bagage et sa nature. C’est pas de la nouvelle cuisine mais du roboratif!
Pour moi tout est question de moments opportuns. Il y a des moments où j’ai besoin du swing d’un Robert Cray et d’autres où j’ai envie «d’envoyer du gaz» comme disent les motards et pour ça je me fais des piqûres de Gary Moore en intra-oreillettes!
Oui, j’ai dévoré du Moore en vorace de sons de guitare que je suis, au point de me faire piéger un jour de 1997 en achetant «Dark Days in Paradise» qui n’avait malheureusement pas plus de rapport avec le Blues qu’un cactus avec une blonde angélique à la taille de guêpe et aux jambes de gazelle! Bon là je m’égare, la fièvre monte au rappel de cette erreur passée. On ne peut pas gagner à tous les coups!
Alors, si vous trouvez à petit prix l’un des quatre CD de blues de Gary Moore sus-cités, n’hésitez pas, osez! Allez, je vous donne quand même mon petit préféré, si vous avez le choix et un seul à prendre, «Still got the Blues», le premier... ou « Blues Alive » si vous aimez les ambiances Live et la magie de morceaux où les réactions du public influent sur le jeu des musiciens particulièrement dans les soli.
Si on parlait du CD?
*******************
Justement, venons en au fait. Alors de quoi est-il fait ce «Blues Alive» de Gary Moore enregistré en public donc et dédié à Albert King (J’ai le «I’ll play the blues for you» de A.K. et ça vaut aussi le coup de se le mettre entre les deux oreilles »)?
* 13 titres au verso, en bleu sur fond de flammes de l’enfer où la passion de la musique plonge le guitariste grimaçant courbé sur sa guitare.
* Des photos de concert à l’intérieur mais pas de paroles, contrairement à «Blues for Greeny», les noms des musiciens (trompette, saxo(s), harmonica, basse, batterie, claviers) et des choristes qui participent à la fête et d’illustres invités, les fameuses Guest Stars, Albert Collins et George Harrison.
1. “Cold day in hell”.
Paroles et musique de Gary pour ce titre issu de “After Hours” qui démarre en fanfare avec une attaque de saxos, suivie de la guitare. La7 pour démarrer, soli en Do#m, tempo autour de 100, assez rapide donc. Tout le style de Gary résumé dans ce morceau avec de quoi réviser ce que peut faire une bonne guitare au son medium, quand le guitariste triture les cordes dans tous les sens. La guitare est présente en permanence, (allergique s’abstenir), dans l’accompagnement rythmique ou mélodique, en soutien du champ comme le fait Knopfler avec une autre façon de jouer bien sûr. En solo, on entend l’influence blues dans la façon d’enchaîner les effets quand le débit est moyen et celle plus Hard dans le phrasé rapide des gammes. La chanson? Encore une qui a trop tiré sur la corde: «Tu as beaucoup demandé, je t’ai beaucoup donné. Tu m’as poussé aux limites, Il y a une ligne étroite entre l’amour et la haine, Il fera froid en enfer avant que je revienne vers toi. C’est trop tard pour les excuses, pour les pleurs». Une de mes chansons préférées quand j’ai la pèche ou que j’ai envie de l’avoir.
2. “Walking by myself” de J. Rodgers. Une intro à ne pas mettre dans toutes les mains tellement la guitare s’affole. J’ai l’impression de voir quelqu’un tenter de traverser la chaussée d’une autoroute à l’heure de pointe. Harmonica (Mick Pentalow) et guitare pour accentuer la rythmique. Figure sur «After hours»
3. “Story of the blues” encore signé GM. C’est un blues plus “classique” au tempo lent (moins de 50), à la voix poussée, où l’émotion est donnée par la guitare précise et extraordinaire de variation, qui démarre tranquillement, pour profiter du sustain infini, puis accélère avant de magnifiquement terminer decrescendo avec un bon gros son comme je les aime. Figure sur «After hours».
4. “Oh pretty woman” un peu plus de nerf pour cette chanson d’un certain Williams qui n’a donc rien à voir avec le titre de Roy Orbison. Si je vous dis que la guitare se régale et qu’elle le crie sur tous les tons et à tous les temps, ça vous étonne? C’est incroyable, elle a toujours quelque chose à dire, cette gratte! Figure aussi sur «Still got the blues».
5. “Separate ways”. Une très jolie chanson (termpo 80) de G.M sur «After hours», alourdie par sa voix malgré les choeurs féminins en relais. Beaucoup de finesse en revanche dans la guitare pour des glissés sur deux cordes exemplaires. «On répète encore et toujours les mêmes erreurs, je ne sais pas où on s’est trompé, est-ce le moment de séparer nos routes?».
6. “Too tired” de Johnny Guitar Watson/Maxwell Davies/ Saul Biharl avec participation vocale et guitaristique de Abert Collins le maître de la Telecaster au jeu incisif. Un hommage bien sûr aux uns et aux autres avec deux guitares qui s’accordent parfaitement pour chasser nos bourdons même quand nous sommes trop fatigués pour quoi que ce soit. Les parties de guitare sont plus rythmiques que mélodiques comme le veut le style de A. Collins. Néanmoins nos deux amis s’amusent à se tirer la barbichette alors que les autres se sont tus et l’effet est intéressant car malgré leurs digressions on ne perd que progressivement le fil du morceau. Le final est signé Moore. Ce gars là ne sait pas laisser mourir une chanson sans l’accompagner. Figure aussi sur «Still got the blues»
7. «Still got the blues» un superbe slow blues de G.M. tiré de l’album de même nom dans lequel une fois encore Gary montre qu’il a dans les doigts la délicatesse qu’il n’a pas dans la voix. Pour ceux qui en ce jour de Saint-Valentin pleurent encore d’anciennes amours, sachez que visiblement ils ne sont pas seuls à pouvoir dire «I’ve still got the blues for you». Magnifique envolée de solo, où chaque note est une larme et un cri d’espoir à la fois, puis une fin toute en émotion où la guitare ralentit le tempo en passant de la quadruple croche à la noire puis à la blanche dans un dernier soupir de résignation.
8. “Since I met you baby” de G. M. Très fun style blues-rock pour s’agiter les guiboles.
9. “The sky is crying” de J Robinson/ C Lewis/ S James. Le blues dans toute sa splendeur, tempo lent et guitare vivace qui envoie du bend (note tirée vers le haut et donc haussée d’un demi-ton ou d’un ton, le La devient La# ou Sol par exemple) à tout va et qui prouve que même sur un tempo lent on peut s’éclater grave sans perdre en feeling et en restant propre (pas donné à tout le monde quand même). Le second solo est murmuré chuchoté et joue avec le Larsen. Ca sent la leçon de blues pas cher!
10. “Further on the road” de Joe Veasey/Dan Robey. On se rapproche un peu du style Texas Blues, avec ce morceau speedé que n’aurait pas renié un Stevie Ray Vaughan par exemple. Main droite rapide nécessaire sinon jouer en play back à défaut d’avoir la blonde de toute à l’heure à ses côtés. Et oui c’est pas toujours marrant la solitude même jouée en Blues!
11. “King of the blues” de G. M pour «After hours». J’aime beaucoup ces rythmiques martelées avec la basse qui pulse tous les temps. Si on n’a pas compris qu’en fait Gary chante en duo avec sa guitare, on ne comprendra jamais rien à son style.
12. “Parisienne walkways” de G.M. et Phil Lynott le chanteur de Thin Lizzy. Un tube planétaire de 1993 pour une ballade écrite en 1978 (sic!) que tout le monde connaît avec son intro brillante, ses soli poétiques, son sustain interminable qui fait malgré tout plus «cirque» que musique et son accompagnement en arpèges. Quand les «hardeux» donnent dans le slow, ç’est renversant, n’est-ce pas Scorpions?
13. “Jumpin’ at shadows” de Duster Bennett. Ce blues lent sur La7 Ré7 Si7(tempo 45 environ) qui figure sur «After hours» est une pure merveille, jouée par Gary Moore. La subtilité de la guitare fait oublier le manque de chaleur du chant. Devrait faire aimer la guitare électrique même aux huîtres!
Voilà, j’en ai dit beaucoup alors à vous de décider maintenant.
Amitiés.
09.03.2004 10:53
Très agréable à lire, j'aime bien la façon dont tu nous parles de tout ça.
02.03.2004 09:40
Pour info, Gary Moore a aussi été guitariste de Skid Row, un des plus grands groupes de heavy-métal des années 80... C'est un artiste génial, polyvalent et vraiment à l'aise sur tous les terrains... Il sait pratiquement TOUT faire !!! Tous les guitaristes issus de ce milieu ne peuvent en dire autant (à part quelques monstres sacrés comme Eddie Van Halen et Slash, que l'on retrouve régulièrement en "guest-stars" sur des compilations de VI...) !!!
29.02.2004 22:41
tes avis donnent le blues !!!! excellent ...