La chevauchée du Val qui rit
19.09.2008
Avantages:
Un film drôle, instructif et réussi . . .
Inconvénients:
. . . de l'époque où Val ne virait pas ses collaborateurs .
Recommandable:
Oui
 madmike
Plus à mon sujet:
15/01/2012... En cinq ans, Nicolas Sarkozy aura perdu un triple A et gagné un double panda... ;o)
Membre depuis:16.06.2000
Avis:3784
Lecteurs satisfaits:41
Cet avis a été évalué par 29 membres de Ciao en moyenne: très intéressant
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Préambule
Philippe Val , directeur de Charlie Hebdo , a fait récemment parler de lui en virant Siné , qui avait eu le malheur de persifler à propos du fils du président de la République, mais il fut un temps, pas si lointain, où il faisait montre de moins de servilité et de plus de courage en publiant dans son journal les douze caricatures danoises du prophète qui provoquèrent l'ire des mahométans les plus extrémistes.
L'affaire fit jaser, et même débat, puis Dali Boubakeur , le recteur de la mosquée de Paris, que l'on ne connaissait point si proche des intégristes, traina devant les tribunaux l'hebdomadaire au motif de ces caricatures, un procès qui vu son sujet eut un retentissement certain, au point qu'un candidat à la présidence de la République apporta son soutien au journal et qu'un autre vint même témoigner en personne en sa faveur.
Le documentariste Daniel Lecomte a suivi ce procès, et réalisé à cette occasion un film intitulé C'est dur d'être aimé par des cons , sorti le mercredi 17 septembre 08 dans une combinaison de 62 salles…
Synopsis
Novembre 2004.
Le réalisateur Theo van Gogh , arrière-petit-fils d'un autre Theo van Gogh qui était le frère de Vincent van Gogh , est assassiné par Mohammed Bouyeri , néerlandais de fraîche date agissant au nom de l'islam. Le choc est immense, et en réaction un journal danois publiera douze caricatures de Mahomet , qui elles-mêmes provoqueront de violentes réactions dans certains pays musulmans. L'affaire devient mondiale, et France Soir , l' Express et Charlie Hebdo reprennent ces caricatures.
La mosquée de Paris et deux autres organisations musulmanes décident de traîner devant le tribunal Charlie Hebdo , en un procès qui deviendra un événement, compte tenu de la mise en cause de la liberté d'expression critique par une religion. Les plaignants sont défendus par Maître Spizner , avocat en d'autres lieux de Jacques Chirac ou du RPR, et l'hebdomadaire adjoint à son avocat habituel Richard Malka un ténor du barreau, Maître Kiejman , ancien ministre socialiste.La campagne présidentielle bat son plein, et la XVIIème chambre du tribunal parisien voit défiler personnalités et trublions…
Un film passionnant et drôle
Il n'est pas évident de faire un film à partir d'un procès, et plus encore quand l'on ne peut pas filmer in situ, en vertu de la règle française qui interdit les caméras au tribunal, sauf en de très rares exceptions d'intérêt historique. Le sujet était anticinégénique au possible, puisqu'il s'agit de réaliser un documentaire sur un événement qu'il est impossible de filmer, et paradoxalement 'cette contrainte a permis de réaliser un excellent film , le réalisateur ayant su transcender la difficulté, et réaliser un film vivant et drôle.
Le déroulé est strictement chronologique, ce qui replace le spectateur dans les conditions exactes des acteurs d'alors, en le mettant vraiment dans les conditions réelles, et l'image alterne dessins, scènes d'ambiance et interviews des protagonistes, qui reprennent leur déclarations devant le tribunal, de façon sans doute plus vivante et moins contractée que dans la solennité d'une audience capitale. Le procédé est extrêmement astucieux, en respectant l'ordre des interventions et en faisant redire par les intervenants leurs mots ou peu s'en faut, et le montage alternant ces moments de quasi-audience avec de véritables interludes dans la salle des pas perdus lui ôte tout ce qu'il pourrait avoir de répétitif ou de conventionnel.
Le film est drôle , les dessins des illustrateurs de Charlie Hebdo étant fort piquants et les répliques des différents protagonistes souvent non dénuées d'humour, et l'on rit bien volontiers à ce film, ce qui ne l'empêche pas de traiter sérieusement d'un sujet sérieux , la liberté d'expression et le principe de laïcité. Certains des témoins convoqués sont de haute tenue, et par exemple l'intervention d'un journaliste algérien contraint à l'exil par les suppôts maghrébins de l'islam radical est éminemment juste, tandis que le texte d'un Nicolas Sarkozy ou le témoignage d'un François Bayrou témoignent d'une vision d'hommes d'état. Le sujet dépasse largement le simple problème ponctuel de tel numéro de Charlie Hebdo , et nombre des intervenants contribuent à un débat de haute tenue, au nom d'une conception voltairienne de la liberté d'expression …
Des ténors du barreau
Il est un peu délicat de parler d'interprétation à propos d'un tel film, puisque la plupart des protagonistes sont pris sur le vif, ou tout au plus répètent leurs propos d'alors, mais l'on peut quand même distinguer les avocats, qui eurent par définition un rôle déterminant.
Maître Spizner , l'avocat du diable, fait preuve d'une habileté manœuvrière retorse, essayant toujours d'élaguer toute allusion aux principes généraux et de circonvenir les témoins pour les amener sur son terrain, non sans savoir au passage se déchaîner d'un trait d'humour corrosif digne des satires de ses adversaires d'un procès.
Richard Malka , l'avocat habituel de Charlie Hebdo , montre un culot monstre et une belle efficacité, en attaquant bille en tête mais toujours avec intelligence, et le coauteur de La face karchée de Sarkozy se révèle d'une redoutable créativité.
Enfin Maître Kiejman , ci-devant ministre, se révèle un vieux matou retors, jouant avec la chambre comme avec une souris, et mettant son entregent et son art de la formule au service de la cause de l'hebdomadaire…
En conclusion
C'est dur d'être aimé par des cons est aussi surprenant que réussi .
Je suis allé voir ce documentaire un peu par curiosité, et j'ai été fort agréablement surpris de le voir aussi brillant, drôle et dynamique, et finalement aussi captivant qu'un polar , malgré un sujet pour le moins aride a priori, un débat théorique sur les limites de la liberté d'expression devant un tribunal parisien.
Le réalisateur a réussi à transcender ce simple fait divers pour en faire une défense de la liberté d'expression et de la laïcité, et montrer combien ces valeurs élémentaires de la République dépassent largement le cas d'un journal sur lequel il y aurait souvent à redire pour atteindre à l'universel…
Note : 9/10
La question qui fâche
Le documentaire fut bouclé bien avant la récente affaire Siné.
Philippe Val , qui s'illustre dans ce film en héraut de la liberté d'expression, est devenu depuis l'homme qui a viré Siné , qui avait eu le malheur de médire du fils du président de la République, et de réaliser ainsi un quasi-crime de lèse-majesté.
Il est surprenant de voir Charlie Hebdo ainsi s'auto-censurer, et plus encore quand l'on se rappelle à l'occasion ce de film que Nicolas Sarkozy fut du côté du journal lors de ce procès mémorable, un soutien sans doute décisif en raison de sa situation d'alors, ministre et président probable.Le renvoi de Siné serait-il surtout un renvoi d'ascenseur envers le plus surprenant des amis de Charlie Hebdo ? La question restera sans doute sans réponse…
Tags en relation avec C'est dur d'être aimé par des cons (17 septembre 2008)
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26.03.2009 19:42
ça faisait longtemps que tu avais fait un avis sur un film que je n'avais pas vu
24.09.2008 14:34
je ne demande qu'à le voir mais hélas il ne passe pas ici !! c'est énervant d'ailleurs car j'adore Philippe Val
23.09.2008 11:31
Je doute vraiment que Philippe Val prenne ses décisions en fonction des humeurs de Nicolas Sarkozy. Mis à part cela (disons que je trouve cela un peu hors sujet ^^ dans la mesure où licencier n'est pas censurer), voici un excellent avis, superbement bien écrit, et qui m'a déjà à moitié convaincu que ce film valait la peine.