L'évaluation de l'auteur:
| Avantages: |
Un superbe ouvrage . . . |
| Inconvénients: |
. . . au tirage limité . |
| Recommandation pour les acheteurs potentiels? |
oui |
…
Préambule
Le peintre américain
George Condo était l’une des vedettes de la dernière
FIAC (Foire Internationale de l’Art Contemporain), puisque ses œuvres étaient présentées par trois galeries, et non des moindres, issues de trois pays différents (l’anglais
Simon Lee , le belge
Xavier Hufkens et le français
Jérôme deNoirmont ), et ses toiles font régulièrement sensation dans les salles de ventes, avec quelques records au-delà du demi-million de dollars.
L’exposition de nouvelles œuvres de ce peintre inclassable, au sujet duquel on a parfois parlé de
réalisme magique , est un petit événement, et la
Galerie Jérôme de Noirmont en a profité pour éditer un
luxueux album , intitulé comme l’exposition dont il constitue le catalogue
George Condo : Cartoon abstractions …
Petite causerie
L’album débute par une préface d’un certain
Eric Troncy , qui, en trois pages denses, esquisse une analyse de l’œuvre du peintre en général, et de la série
Cartoon abstractions , objet de l’exposition et du livre, en particulier. Le texte est bref, mais lumineux, et échappe au côté pompeux de bien des préfaces en pointant sans prose inutile ce qui fait la spécificité de l’œuvre d’un américain qui a souvent puisé ses sources en Europe et refusé de s’enrégimenter dans quelque mouvement, tout en introduisant les nouvelles œuvres, plus redevables à la culture américaine que les précédentes.
L’ouvrage comporte également la liste des œuvres exposées avec leurs dimensions (mais sans les tarifs, à six chiffres), une brève biographie de l’artiste et une liste des expositions passées du peintre. La liste en question est d’ailleurs fort impressionnante, puisque pas moins de 88 expositions monographiques (c’est-à-dire consacrées uniquement à cet artiste) sont recensées, ce qui en dit long sur la riche carrière de cet artiste…
De superbes reproductions…
Le corps du catalogue est consacrée à la reproduction des œuvres, présentées à chaque fois sur une double page, la page de gauche ne portant que le titre et celle de droite reproduisant l’œuvre (à l’exception de la plus grande,
Cartoon abstractions , dont la reproduction occupe deux pages).
La disposition est classique, mais c’est superbement réalisé : le papier est évidemment du papier glacé de qualité, les reproductions sont parfaites, aussi bien dans le piqué de la photo que dans l’exactitude des couleurs (ce qui est très difficile), et en feuilletant le livre, on a vraiment l’impression de se retrouver, dimension à part, face aux œuvres !
L’ouvrage est
magnifique , et son tirage limité à mille exemplaires en fait un véritable collector, d’autant plus qu’il est nettement plus accessible qu’un original de l’artiste (même ses dessins valent déjà le prix d’une voiture…) ! Ceci étant, pas la peine d’insister, le mien n’est pas près de quitter ma bibliothèque !
… d’une série un peu à part
L’artiste s’est jusqu’ici largement inspiré de la tradition européenne, et la même
galerie Jérôme de Noirmont présentait par exemple cet hiver (dans son exposition
Au-delà du réel ) un
Don Diego qui était une sorte de variation clownesque sur les grands d’Espagne de Velasquez ou un
Aztec Cosmologist qui rappelait les œuvres cubistes de
Picasso .
Les douze œuvres de cette exposition (et donc du livre) sont au contraire inspirées des personnages de cartoons d’
Hanna Barbera , le plus notoire étant Gros-Minet (ici baptisé
Sylvester , en VO), et déjà cela change des têtes clownesques dont le peintre était familier !
La matière diffère aussi, puisqu’il s’agit d’acrylique et non d’huile, et le médium renvoie ainsi au
Pop Art américain, qui mit l’acrylique à l’honneur, plus qu’à la séculaire tradition picturale européenne, centrée sur la peinture à l’huile (bien plus difficile, comme le dit la chanson).
Le style s’émancipe aussi, avec un non-fini un peu surprenant, les parties purement figuratives se détachant sur des fonds parfois grattés, ou à peine dessinés. Les toiles sont un peu les enfants illégitimes de Warhol et Pollock, un mélange pour le moins surprenant : les personnages empruntés à la culture populaire, et parfois répétés, évoquent le principe d’appropriation du maître du
Pop Art , alors que les fonds très instinctifs, peints paraît-il au son du jazz, seraient plutôt apparentés à l’expressionnisme abstrait américain.
La série s’inscrit ainsi dans la filiation de deux importantes traditions picturales étatsuniennes, alors que jusqu’ici
George Condo s’était soigneusement tenu à l’écart, et s’inspirait plus d’une Europe où il se forma largement (il habita dix ans à
Paris …). C’est assurément une étape importante dans son œuvre, mais seul l’avenir dira s’il s’agit d’un virage décisif, d’une ré-américanisation d’un art jusqu’alors au-delà des modes, ou bien d’une incursion isolée, d’une parenthèse exceptionnelle dans une œuvre d’esprit très différent…
En conclusion
Cartoon Abstractions est un
superbe ouvrage d’art .
La qualité exceptionnelles des reproductions et de l’objet et son tirage limité en font déjà un véritable objet de collection, nettement plus « raisonnable » que les originaux fort côtés de l’artiste américain.
La série relatée dans ce catalogue est un peu à part dans l’œuvre du peintre, et ne saurait donc être considérée comme représentative de son style, mais elle constitue en tout cas une incursion curieuse loin du style habituel du peintre…
Note : 9/10
Pour en savoir plus
Une exposition dans laquelle figurait d’autres œuvres de
George Condo :
http://www.ciao.fr/Au_dela_du_reel_Paris__2043869
* Cartoon Abstraction, George Condo
- préface d’Eric Troncy
- édition Galerie Jérôme de Noirmont, mars 2010
- ISBN : 2-912303-30-3
- tirage limité à 1000 exemplaires
- 164 francs (soit 25 euros)
- exposition jusqu’au 26 mai 2010