Casablanca, Maroc

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Bouche bée à la Maison Blanche

4  29.01.2007

Avantages:
La ville est diverse et attachante .  .  .

Inconvénients:
.  .  . mais populeuse et grouillante .

Recommandable: Oui 

madmike

Plus à mon sujet: 15/01/2012... En cinq ans, Nicolas Sarkozy aura perdu un triple A et gagné un double panda... ;o)

Membre depuis:16.06.2000

Avis:3784

Lecteurs satisfaits:41

Cet avis a été évalué par 35 membres de Ciao en moyenne: très intéressant

La cité marocaine de Casablanca est connue des cinéphiles, plus pour l'excellent film « Casablanca » de Michael Curtiz avec Humphrey Bogart et Ingrid Bergman que pour le calamiteux « Casablanca driver » de Maurice Barthélémy avec lui-même et Isabelle Nanty, et beaucoup moins des touristes, qui lui préfèrent l'un peu galvaudée Marrakech, ayant peur sans doute que la capitale économique du Maroc ne soit pour eux Rabat-joie, et rares sont ceux qui s'y font plus qu'y passer.
La ville s'appelait à l'origine Dar el Beida, la maison blanche, mais elle est désormais universellement connue sous son nom espagnol, après une histoire mouvementée qui la vit saccagée par des portugais las de voir leurs navires attaqués par des autochtones portés sur la piraterie, oubliée pendant quelque siècle, timidement refondée au XVIIIème siècle, et finalement lancée par Hubert Louis Gonzalve Lyautey.
L'académicien français et futur maréchal de France choisit en effet dès lors que le protectorat français fut établi sur le Maroc en mars 1912 par la convention de Fez d'en faire le centre économique du pays, en confiant le développement urbain à un certain Prost, sans rapport me semble-t-il avec Alain, ce qui permit à la cité côtière de prospérer, une expansion encore accentuée après l'indépendance en 1956.
Le souverain alaouite, commandeur des croyants, descendant du prophète, et j'en passe et des meilleures, Hassan II allait parachever l'ascension de la ville en la dotant de la plus vaste mosquée d'Afrique, seconde en taille seulement à celle de La Mecque, une merveille architecturale qui suffirait d'ailleurs à en justifier la visite…


La ville est plurielle.
L'histoire complexe de cette cité, et son développement récent, en font un ensemble urbain aussi vaste que varié, l'on est loin par exemple d'une Marrakech qui se subdivise uniquement ou presque en une medina que les touristes visitent et une palmeraie où ils logent, la cité est polycentrique, et extrêmement variée, l'on peut en passant d'un trottoir à l'autre quitter un quartier résidentiel cossu pour rentrer dans des logements populeux, la brutalité des rapprochements évoque plutôt certaines cités américaines comme New York que les transitions plus graduées des cités européennes.
Le cœur ancien de la cité est évidemment la Medina, ou plutôt l'Ancienne Medina, préexistante au protectorat français, et plutôt bien préservée grâce à l'administration éclairée de Lyautey qui interdit qu'on la défigurât, la ville coloniale s'est développée non loin de là, déployant ses vastes bâtiments le long de larges avenues bordées de palmiers, en une sorte de variante méridionale de l'urbanisme hausmannien, et enfin les nouveaux quartiers cossus s'étalent le long de la Corniche, tandis que l'immense mosquée Hassan II est à la pointe de la ville, proche de la ville ancienne comme de la corniche.
Le port est purement industriel, et donc sans intérêt pour le visiteur même si économiquement crucial, les nouveaux quartiers d'affaire prennent des airs de la Défense, avec notamment des Twin Towers œuvres de Ricardo Bofill qu'heureusement aucun extrémiste catholique n'a eu l'idée d'attaquer à coup d'avions, et des quartiers résidentiels de tous niveaux complètent le tableau d'une métropole très industrieuse, avec ses quatre millions de sujets environ, sans compter les sujets de mécontentement aurait dit Henri Rochefort.


La Medina est grouillante.
Le centre historique de la cité s'abrite encore derrière quelques lambeaux assez décevants et fort reconstitués des murailles du passé, l'on est loin ici de la noble ampleur des murailles de Marrakech, les murs n'ont que quelques mètres de haut, peu d'épaisseur, pas de continuité complète, et semblent de facture trop récente pour être parfaitement honnête, la reconstruction a me semble-t-il un peu pris le pas sur la restauration.
Les quelques boutiques à touristes se situent près de l'entrée principale, face à la place des Nations Unies et à l'hôtel Hyatt, il faut alors se faire une raison et subir les conversations intéressées
Photos pour Casablanca, Maroc
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Casablanca, Maroc Photo 31646735 tb
Médina, un tailleur
des vendeurs qui s'inventent quelque cousin parisien pour mieux essayer de fourguer une djellaba à la gazelle ou une paire de babouches au monsieur, j'avoue que je me vois mal porter de telles chaussures revenu à Paris, je n'ai pas envie de subir un contrôle d'identité avant même d'avoir pris le métro ! Ceci étant cette partie purement touristique est très limitée, le faible nombre de touristes limitant évidemment la rentabilité de telles échoppes, et l'on n'est loin des souks style Tunis bientôt purement touristiques, ici il est assez facile de quitter cette zone à l'on vend d'improbables tambours et des poteries décorées de chameaux au soleil couchant, le genre de souvenirs beaufisants qui ne me sied guère.
L'on se perd ensuite avec plaisir dans un lacis de rues au plan anarchique, notant au passage quelques maisons anciennes ou portes décorées de clous, quelques mosquées toujours actives et une église désormais squattée par des habitants, l'on remarque aussi beaucoup de mendiants, invalides réels ou non, femmes avec des enfants en bas-âge, vieillard chenu, particulièrement autour des mosquées, puisque l'aumône est l'un des cinq piliers de l'islam (avec la profession de foi, la prière, le jeune et le pèlerinage), et que donc un bon musulman doit aider ses frères dans le besoin, une forme archaïque mais sans doute bien nécessaire d'aide sociale dans un pays visiblement très inégalitaire.
Le marché bat son plein, les poules vivantes attendent dans leur cage que quelqu'un jette le dévolu sur elles, elles sont alors pesées vives, puis plumées et préparées rapidement, la fraîcheur étant ainsi on ne peut mieux garantie, les poissons reposent simplement sur de la glace, les carcasses de viande sont accrochées sans plus de précaution à des crocs de boucher, les étals de légumes et d'agrumes témoignent de la prospérité agricole du pays, les pyramides colorées de citrons ou alignement soigneux de légumes sont impressionnants de couleur. Plus loin les bijoutiers sont les seuls à accepter les cartes de crédit pour leurs compositions chargées, et le fournil opère la cuisson des pâtons préparés par chaque foyer, stockant ensuite sur une palette différente pour chacun le résultat, certains préfèrent de grands pains, d'autres de plus petits, la boulange est bien appétissante ici, mais il faudra aller dans l'une des deux pâtisseries ou l'un des nombreux épiciers-droguistes pour se régaler d'un de ces pains succulents.
La médina casablancaise est ainsi un labyrinthe authentique, où, passé la zone à touristes initiale, l'on se trouve bien vite l'un des seuls européens, mêlés au ballet des porteurs lourdement chargés ou des chalands faisant leurs courses, étourdi du mouvement perpétuel d'une ville grouillante, que seule une averse impromptue parvient à freiner, obligeant les vendeurs à couvrir prestement leurs étals vulnérables…


La ville coloniale est à l'opposé de ce monde.
Elle débute dès la porte de la Médina, par une place des Nations Unies dominée par l'hideuse silhouette de l'hôtel Hyatt, gardé comme Fort Knox par des sbires patibulaires mais presque, j'imagine que la présence de ce symbole américain en plein cœur d'une ville qui vit il y a quelques années des attentats djihadistes est une vivante provocation aux défenseurs du sunnisme extrême, elle est en tout cas une entorse au bon goût et à l'esthétique élémentaire, cette barre verticale précédée d'un canopée nouveau riche étant d'une hideur achevée.
La place Mohamed V, ex-place Lyautey, est heureusement infiniment plus élégante, témoignant d'une vision architecturale éclairée, ce vaste espace largement transformé en jardin public est dominé par l'élégante silhouette néo-mauresque du tribunal, encadré d'un commandement militaire et du consulat de France, qui a désormais hérité de la statue du maréchal Lyautey déplacée de quelques décamètres pour ne pas heurter les sentiments des ex-colonisés. Le trio de bâtiment est un très bel ensemble, d'une conception équilibrée et fine, témoignant de l'utilisation intelligente d'éléments locaux, comme les toits de tuile verte, par des architectes français maîtres des proportions et de la perspective.
La préfecture voisine, et un peu postérieure puisqu'édifiée en 1930, est plus massive, à part sa tour élégante, et vaut surtout par un intérieur gracieux, l'on a d'ailleurs la surprise d'y découvrir deux belles toiles marocaines de Jacques Majorelle, fils du Louis Majorelle de l'école de Nancy et peintre suffisamment attaché au Maroc pour en faire sa résidence, et bâtir à Marrakech une très belle demeure.
La massive cathédrale du Sacré Cœur, aujourd'hui désaffectée, vaut surtout par la vue panoramique dont l'on jouit depuis sa tour accessible aux visiteurs qui ne craindront pas d'emprunter un escalier largement constellé de fientes de pigeon, plus loin l'on découvre l'intéressante Notre-Dame de Lourdes, dont le béton sans intérêt est un écrin à de merveilleux vitraux, réalisés par un maître-verrier chartrois qui trouva l'occasion de déployer ici une magistrale tenture de verre de 800 mètres carrés.
L'on atteint ensuite le quartier des Habous, ou Nouvelle Médina, charmant pastiche des styles anciens, les deux mosquées dominent un ensemble de ruelles pittoresques, où le touriste est quelque peu attendu par des vendeurs de souvenirs improbables, non, je ne veux pas de babouche, merci, à bas bush ! comme disait à peu près sa dame, avant de contourner le palais Royal, immense cité interdite dont l'emprise en pleine ville est impressionnante, et interdiction de s'approcher, de photographier, et même de marcher sur le trottoir le longeant, on ne plaisante pas ici avec sa majesté Mohamed VI, souverain alaouite, commandeur des croyants, descendant du prophète, et j'en passe et des meilleures.
Les vastes avenues qui le relient au centre-ville sont assez surprenantes, livrées à un souk utilitaire et pittoresque, un ferrailleur qui stocke dans sa cour des tonnes de ferraille, qui eussent fait le bonheur de César Baldaccini dit César, voisine avec une rue où les ferronniers soudent les portes de fer forgé si prisées des marocains, un peu plus loin l'on vend d'improbables marchandises au cul du camion, tandis que la circulation est assourdissante, le klaxon n'étant point une option ici, et les nombreux véhicules reflétant la taille de l'agglomération !


La façade atlantique est moins industrieuse.
Les larges plages battues par les rouleaux de la façade Ouest de la ville n'ont été que très tardivement occupées, et beaucoup plus à des fins de loisir, devenant la façade balnéaire de la métropole.
L'angle entre la façade portuaire et la façade occidentale est occupée par l'imposante mosquée Hassan II, dont le minaret de 200 mètres de haut est une merveille de légèreté, bien que dominant la ville, et visible de fort loin, l'endroit est l'un des rares réellement touristiques de la ville, et le mérite, cette alliance d'un architecte français et du savoir faire traditionnel marocain se révèle aussi impressionnante par sa beauté que par sa taille, au point d'ailleurs que les immeubles sur la baie immédiatement à côté semblent des maisons de poupée au regard de cette construction majestueuse et gracieuse.
La première pointe sur la corniche est dominée par un phare blanc un peu façon minaret, mais ce serait plutôt un minaret à l'ottomane, cylindre blanc fin et élancé comme ceux des mosquées qu'élevait Sinan pour Soliman le magnifique, au pied de ce phare aux allures de minaret se presse un quartier très populaire, à la limite du bidonville, et dans lequel j'avoue ne pas m'être engagé, le lieu semblant peu intéressant, et sans doute pas forcément accueillant pour le nanti qu'est forcément un européen de passage.
La baie suivante est une belle plage, à peu près désertée à part quelques amateurs d'exercice et de courageux surfeurs venus profiter des rouleaux de l'Atlantique, un complexe balnéaire y tombe en ruine, surréaliste architecture naufragée que deux sbires et un chien gardent cependant jalousement, interdisant que l'on y prenne la moindre photographie, alors que sur les hauteurs d'Anfa se succèdent de richissimes villas, devant lesquelles une imposante mosquée est le signe de la générosité intéressée de la rigoureuse Arabie Saoudite, qui tente par ses pétrodollars d'exporter son islam pur et dur.
La pointe entre cette baie et la suivante est un haut lieu de la vie locale, ponctué d'un multiplexe de douze salles qui semble n'avoir rien à envier aux UGC Cité Ciné, de plusieurs fast food bien déplorables en un pays où l'on mange bien par ailleurs, et d'innombrables clubs privés, centres de fitnesse, bars et piscines qui bloquent l'accès à la côte pendant un temps, il manque dans ce pays le sentier des douaniers de la législation française, cette abondance assez surréaliste de centres balnéaires privés semble d'ailleurs excessive, à voir l'abandon et le délabrement de certains, la concurrence a dû en laisser quelques uns en faillite.
La plage suivante est immense, trois kilomètres d'un sable sombre largement découvert à marée basse, pas moins de vingt-quatre accès pour y descendre, en cette période hivernale c'est le rendez-vous de tous les footballeurs amateurs, et des matches sans nombres se disputent, au point qu'il est parfois difficile au promeneur de passer sans perturber le jeu, il n'y a que le bout de cette plage plus calme, et l'on croise alors quelques couples d'amoureux, venus ici à l'égard de la foule et des regards sans doute pas toujours amènes pour être seuls au monde, main dans la main face aux vagues puissantes d'un océan qui bat sans relâche, et a d'ailleurs étrangement sculpté les quelques rochers.
Le cap au bout de la plage est dominé par le mausolée de Sidi Abd-er-Rahmane, le tombeau de ce saint homme est désormais entouré d'un pittoresque petit village, et les femmes profitent de la marée basse qui seule le rend accessible pour s'y rendre en pèlerinage, venant y demander je ne sais quelle protection ou bénédiction… La silhouette charmante de ce petit mont Saint-Michel casablancais est aussi belle que surprenante, à l'opposé dans son authenticité venue du fond des siècles du modernisme balnéaire de la plage voisine !
La balade est belle, mais longue, il faut compter une quinzaine de kilomètres en venant du centre de Casablanca pour longer ainsi la corniche et revenir via le résidentiel quartier d'Anfa, une jolie promenade pour ceux qui n'ont pas peur de marcher un peu…


Casablanca est injustement méconnue.
La plus grande ville marocaine n'offre certes pas la séduction immédiate d'une Marrakech si carte postale, elle est vivante et grouillante, diverse et plurielle, et y passer deux ou trois jours permet de voir des choses très variées, de la très authentique Médina au joli quartier colonial, sans oublier l'incontournable et magnifique mosquée Hassan II.
L'accès en est assez aisé, puisqu'il existe des vols directs depuis Paris, Air France a par exemple quatre vols quotidiens, qu'en période de promo on peut dégotter à 1312 francs (soit 200 euros) toutes taxes comprises, le séjour n'y est pas très onéreux, certains hôtels proposant des prix extrêmement accessibles, et c'est ainsi l'occasion d'un week-end end fort dépaysant sans trop débourser.
La destination n'est guère prisée des touristes, c'est évident, et pourtant il y a de fort jolies choses à voir là, Casablanca sous ses abords de métropole populeuse et moderne offre quelques trésors, du charme hausmanno-mauresque de son quartier colonial à la splendeur hallucinante de sa grande mosquée…

Note : 7/10


Quelques infos pratiques en prime :
- l'aéroport international Mohammed V (code IATA CAS) est situé à 18 km de la ville, les liaisons ville-aéroport sont assurées par les grands taxis pour un forfait de 250 dirhams (soit 164 francs ou 25 euros),
- les restaurants sont concentrés autour de la place Mohamed V (ex-place Lyautey), du côté de la banque du Maghreb et de l'état-major, et très accessibles (par exemple 75 dirhams soit 50 francs ou 7,5 euros pour un très copieux plat de viande accompagnées de frites et eau minérale Chez Brochette ®),
- les hôtels sont nombreux, mais beaucoup sur la corniche, les mieux placés sont le Hyatt, le Kenzi Bisma et le Ramada, tous trois proches de la Médina et de la place Mohamed V, je recommande le Ramada pour son rapport qualité-prix (370 francs soit 57 euros pour une chambre confortable petit déjeuner inclus).


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Commentaires sur cet avis
willymax

willymax

04.03.2009 23:08

ça ne m'attire pas du tout comme région

tequiladrenaline

tequiladrenaline

07.04.2007 13:44

Merci pour cette description très juste de MA ville

tequiladrenaline

tequiladrenaline

07.04.2007 13:14

avec ses quatre millions de sujets environ >>> multiplie par deux et tu te rapproches de la réalité

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