Lieux communs
13.11.2002
Avantages:
. . .
Inconvénients:
. . .
Recommandable:
Oui
Détails:
Convivialité du site
Mise à jour
Plus
 noctem
Plus à mon sujet:
Tiens, je suis là.
Membre depuis:27.04.2000
Avis:121
Lecteurs satisfaits:53
Cet avis a été évalué par 62 membres de Ciao en moyenne: très intéressant
J’aime bien retenir des citations. Certaines sont des souvenirs, des phrases qui m’ont touchée dans un livre, plus rarement un film, parfois une conversation. D’autres ne me sont pas personnelles, et je tombe dessus à travers les souvenirs des autres, dans une conférence, un cours, quelquefois sur internet. Que la phrase soit connue ou non, peu m’importe. Lorsqu’elle ne l’est pas, c’est qu’elle m’a frappée moi, et lorsqu’elle l’est, qu’elle est lieu commun au sens joli de l’expression, au sens ancien : territoire partagé, lieu de rencontre, culture de tous.
Mon histoire d’amour avec les citations a commencé lorsque j’ai appris à lire et à écrire. Je crois que la première phrase qui m’a touché est celle que j’ai retrouvé sur un album photo de mes huit ans : je lisais Les Trois Mousquetaires en édition pour enfants, et j’avais adoré le moment où D’Artagnan pleure, et où Athos lui dit – en gros, je me souviens très mal : tu pleures parce que tu es un homme.
Avant de me promener régulièrement sur le web, jusqu’à mes 18-20 ans, j’avais des fiches entières de citations. Je les retenais quelquefois pour leur poésie, surtout pour les phrases en langue inconnue. Moi qui haïssais les cours de latin, j’adorais la brièveté des formules célèbres des pages roses du petit Larousse, et leur bon sens. J’espérais qu’omnia vincit amor (l’amour triomphe de tout), je savais déjà que sic transit gloria mundi (ainsi passe la gloire du monde) et, surtout, je commençais à comprendre le célèbre conseil : recordare hominem (souviens toi que tu es (que tu n’es qu’) un homme). Enfant d’une famille compliquée, violente, intransigeante, je percevais le problème à travers le prisme déformant et beau du latin de tous, du latin pour chacun, des citations de bon sens. J’aimais aussi les proverbes. C’était ma période espagnole, sans doute motivée par mon inscription en classe d’allemand. Je lisais Lorca, Machado et Jimenez sans comprendre grand-chose, émerveillée par le goût que les mots avaient sur ma langue, percevant obscurément pour chaque poète comme une coloration, une âme, une architecture. Je découpais de petits morceaux de ces poèmes incompréhensibles, que je recopiais patiemment, et je demandais quelquefois, timide, aux profs d’espagnol des autres classes de me dire ce que signifiaient mes trouvailles.
J’aimais bien aussi les petites phrases françaises trouvées dans les livres que je dévorais à l’époque sans pouvoir m’arrêter. Daniel Pennac : « ainsi découvrirent-ils la vertu paradoxale de la lecture, qui est de nous abstraire du monde pour lui trouver un sens », me donnait l’impression de mieux me comprendre. Nikos Kazantzaki, avec Alexis Zorba, avait généré une bonne dizaine de fiches, que je relisais tout le temps et dont je n’ai retenu qu’une phrase : « compassion non seulement pour l’homme, mais pour le monde entier qui lutte, crie, pleure, espère, et ne voit pas que tout n’est qu’une fantasmagorie du Néant ». Adolescente, j’aimais les citations sombres, les interprétations nihilistes du monde. Et puis est venue la fac. Pas ma première année de médecine, vaste foutage de gueule sans grand intérêt à part celui de m’avoir fait courir les cinémas de Lille de semaine en semaine, réalisant mon plus beau score du nombre de films vus en six mois jusqu’ici. Non, pas cette fac-là, l’autre, la vraie – la vraie pour moi, bien sûr – la fac de Lettres.
Et là, d’un coup, c’est moins simple. Plus de petites fiches, de grands coups de cœur. Plus autant. Une vision plus sèche des choses, des livres imposés, des livres intéressants sans être touchants, des livres utiles, sérieux. On repérait bien des citations, oui, mais pas pour rire. Des citations utilitaires, indispensables en dissertation ou nécessaires à l’oral, des citations-preuves, sans intérêt en tant que telles, mais à replacer dans les commentaires de texte pour prouver qu’on avait bien compris.
Ca ne m’empêchait pas de continuer à lire. Mais je lisais moins, quand même, et moins souvent des choses que j’aimais. J’étais en train d’acquérir un regard critique, analytique, distant sur ce que je lisais. Il a fallu cinq ans pour que le système soit tout à fait au point. Je fais maintenant une sorte de disjonction complète entre ce que je lis pour moi et ce que je lis pour l’université. Lecture naïve, lecture travail. Peut-être que ma mémoire est moins bonne d’année en année, mais il faut avouer que, si je me souviens correctement d’avoir lu quelque chose quelque part, je me rappelle rarement la phrase exacte. Mémoire discontinue.
Je n’ai pas cessé d’aimer les lieux communs pour autant (que ceux qui rigolent déjà se reportent au début de mon avis pour comprendre ce que j’entends exactement par là). Puisque le Petit Larousse n’a plus beaucoup de mystère après cinq années de fac de Lettres, je m’approvisionne ailleurs en sagesse générale. Dans mes moments de désoeuvrement, je me promène parfois sur un site passionnant : Citations du Monde (www.citationsdumonde.com). Intelligemment, le site en question propose de nombreux critères de recherche : auteur, thème, provenance… On trouve de tout, des auteurs classiques à Michel Houellebecq en passant par des chanteurs, des hommes politiques, des anonymes… Quelques fonctions sont offertes en supplément, forums de discussion, création d’un recueil personnel de ses citations préférées, boutique, cartes postales… Tout ça avec une architecture et des graphismes pas désagréables, et un système de liens hypertextes permettant de rebondir d’une citation à une autre à partir d’un simple mot.
Bref, c’est bien. Très bien, même. Beaucoup de choses très drôles, pas mal de réflexions profondes, et une variété appréciable pour ce réservoir à lieux communs. Le site affirme proposer 80 001 citations – j’imagine que chacun y trouve son compte. Mais vous vous demandez peut-être à quoi peut servir un site de citations. Pas à briller par sa culture, à moins que la connaissance impeccable des phrases marrantes de Woody Allen soit vraiment quelque chose d’original à replacer en société. Peut-être simplement à rire, à réfléchir, à rêvasser d’un mot à un autre, retrouvant ici quelque chose qu’on pense, là, une idée dérangeante, ou exotique, inédite ou au contraire, partagée. Lieux communs, lieux de rencontre, lieux d’échange. L’occasion de faire un tour d’horizon du savoir commun de l’humanité, dans ses variations et dans ses constantes.
Comme c’est bientôt Noël, j’ai quelques cadeaux à faire à des ciaonautes que je vous incite à lire de toute urgence :
Pour Matlechat « Un chien, un chat, c’est un cœur avec du poil autour » (Brigitte Bardot)
Pour Arnem « La Corse, c'est le pays où, quand tu avances, le travail recule. » (Tino Rossi)
Pour Dounaska « La lune est belle lorsque le chien l'espère. » (proverbe savoyard)
Pour MissLunatique « Tout ce que je désire vraiment, c'est immoral, illégal ou ça fait grossir. » (Alexander Woolcote)
Pour Grumpf « Quand on allume une cigarette sur un quai de métro ou en attendant un bus, il arrive. (loi de Murphy)
Pour Booo « Le caleçon est au vaudeville ce que la toge est à la tragédie. » (Carlo Rim) Pour Pooncake « Les vaches sacrées font les meilleurs hamburgers » (Mark Twain)
Pour Mikio « L'homme regarde la fleur, la fleur sourit. » (koan zen)
Pour Yaya.b « J'ai su que j'étais devenu une star le jour où j'ai vu des gens bizarres récupérer mes vieilles chaussettes » (George Clooney)
Pour Schrubs « Le méchant est comme le charbon ; s'il ne vous brûle pas, il vous noircit. » (proverbe italien) … mais aussi… « Quand nous jugeons sans connaître, nous condamnons sans preuve. » (M. Bouthot) … et encore… « Le conformisme intellectuel vaut l'inquisition. » (J. de Bourbon-Busset) … ou pour finir… « Ce qu'on sait de quelqu'un empêche de le connaître » (Ch. Bobin).
Et pour conclure, une jolie phrase de Martin Luther King : « Nous devons apprendre à vivre ensemble comme des frères, sinon nous allons mourir tous ensemble comme des idiots. »
Joli, non ? :-)))))
En lire davantage sur ce produit
|
|
05.04.2003 17:00
Magnifique.J'adore tes avis.Je cours lire le prochain.A tout de suite.Gui-gui
26.12.2002 15:12
Une pour toi : "Dies noctem vincit" ... serais-tu une femme de la nuit ?
01.12.2002 21:07
"Ma seule politique c'est de jouer les méchants et dêtre bon" De B Shaw aussi. Decidemment :-)) "Les méchants font parfois des bonnes actions. On dirait qu'ils veulent savoir s'il est vrai que cela fait autant de plaisir que le pretendent les honnetes gens" de Chamfort. "Dans "je l'aimais" il y a "mais" " de chais plus qui :-))) et mon favori, "Je ne tolere pas les gens intolerants" de chais plus qui. Allez, un dernier, "Le secret de la reussite avec un enfant c'est de ne pas être ses parents" :-))))