Rester à leur écoute

4  30.07.2004

Avantages:
se dépasser toujours

Inconvénients:
difficile parfois

Recommandable: Oui 

louvlad

Plus à mon sujet:

Membre depuis:01.01.1970

Avis:119

Partager cet avis sur Google+
Cet avis a été évalué par 23 membres de Ciao en moyenne: très intéressant

A une époque où beaucoup de parents baissent parfois les bras face à l’adolescence, parfois même l’enfance de leur progéniture, leur permettant de faire tout et n’importe quoi pour « avoir la paix », et ainsi courant le risque de dérives parfois dramatiques, ce débat me semble important.

Certes, il ne s’agit pas de parler de l’éducation de nos chères têtes blondes dans leur ensemble, mais plus précisément de tenter de réagir face à des enfants « difficiles ».

Le terme « difficile » me parait un peu vaste. Qu’entend donc le créateur de cette fiche par enfant difficile ? Nous connaissons bien sur plusieurs significations à cette « AOC » : l’enfant peut être simplement difficile à nourrir, ayant des goûts particuliers. Il peut aussi s’agir d’un enfant difficile car n’acceptant pas de recevoir des ordres ou refusant toute critique ; mais il peut s’agir aussi d’enfants difficiles psychologiquement.

Ces enfants très nerveux, souvent instables, qui sont parfois de vrais bombes à retardement, et qu’il est très difficile d’intéresser à quoi que ce soit. C’est de cette expérience là dont je souhaite vous parler aujourd’hui. En effet, le débat sur ce sujet étant pour le moins vaste, je souhaite me cantonner à ma propre expérience, une de ces expériences dont on ressort fier et enrichi personnellement.

Il y a quelques années, j’étais donc beaucoup plus jeune, j’avais dans mon entourage des personnes que je considère encore comme étant de ma famille. Au moins celle du cœur. Tous les ans j’allais en vacances pas très loin de Saintes, en Charente-Maritime, sur un petit terrain de camping qui s’appelait « Le Communal ». Dans cette petite ville où se trouvait ce terrain de camping résidaient les personnes que je considère comme mon oncle et ma tante, et leurs 4 enfants mes cousins et cousine.

Une fille et trois garçons, dont deux jumeaux ; ces jumeaux étaient de faux jumeaux, et l’un deux avait sans nul doute pris toute l’énergie des deux réunis. En effet, l’un était, et est toujours, quelqu’un d’hyper cool, à qui rien ne peut arriver à grande vitesse. Le second, celui dont je souhaite vous parler, était une bombe, une vraie pile électrique sur vitaminée.

De nombreuses années, il a été suivi par des psychologues, a vu des tas de médecins. Son mal : une nervosité exceptionnellement élevée. Le moindre échec, la moindre contrariété le mettait dans des états d’excitation proche de la folie, le rendait fou de colère au point qu’il cassait tout et frappait sur quiconque tentait de le raisonner. Une pathologie lourde à assumer pour sa famille, au point que ses parents évitaient de recevoir des personnes chez eux sans les y avoir préparer. Le père avait fini par sombrer dans l’alcool (ce n’était pas une excuse, bien sur, mais c’est ainsi. De plus cet homme avait un cœur d’or), ce qui l’a d’ailleurs tué quelques années plus tard. La maman, quant à elle, se retrouvant seule, ne pouvant plus faire face, faisait dépression sur dépression, ce fils au demeurant gentil en temps « normal » lui prenant son temps et celui de ses autres enfants ainsi que sa santé.

C’est dans ce contexte que je suis arrivé à le connaître un peu mieux. Il est plus jeune que moi d’une dizaine d’années, et lors de nos premières rencontres, en « famille », je ne me doutais pas de ce dont il souffrait, ni de ce qu’il faisait endurer au membre de sa famille. Je n’ai jamais assisté à ses crises. Lorsque je l’ai su des années plus tard, je me suis étrangement rapproché de lui. Sans doute parce que j’adorai cette tante au point d’essayer de la soulager en m’occupant de ce fils terrible, je ne saurai le dire ; toujours est-il que je me suis rapproché de lui, tentant de lui faire faire quelque chose de ses dix doigts.

A l’époque, j’étais un passionné de maquettes en tous genres. Des avions, des bateaux, tout y passait ; je réalisais même des petites scènes avec des soldats que je peignais avec une aiguille à coudre, fabriquant des décors avec les moyens du bord.

Et bizarrement, lui qui d’habitude ne s’intéressait à rien, sans doute par peur d’un échec annoncé, lui qui semblait se « foutre » de tout, semblait s’intéresser à ce que je faisais. Je l’avais plusieurs fois remarqué, me regardant alors que je tentais, parfois même en m’énervant, d’assembler une pièce qui ne voulait pas se loger à l’emplacement que je lui avais destiné. Il apparaissait parfois dans cette grande pièce où j’avais tout loisir de bricoler, de donner libre cour à mon imagination, et il me regardait faire. Derrière ses grosses lunettes qui lui faisaient paraître plus que son âge, je voyais ses yeux qui tentaient de fouiller le détail de mes créations.

Aussi me suis-je dit assez rapidement : et pourquoi ne pas le laisser essayer ? Ma première proposition reçut un « non » cinglant, mais tinté de la peur de l’échec, je le ressentais (j’avais déjà cet instinct animal qui me permet de ressentir certaines choses). Avec patience, et au bout de quelques jours, je lui ai expliqué certaines choses concernant les maquettes : comment on s’y prépare, les éléments à avoir, etc…au début, nos conversations ne duraient que quelques minutes, car je sentais bien que ce chapitre ne l’intéressait pas, voire même commençait à l’exaspérer.

Puis je suis allé lui acheter quelques maquettes très simples ; peu de pièces, parce qu’il fallait vraiment faire au plus simple. Les premiers essais furent catastrophiques, mais peut-on parler de « catastrophe » lorsqu’il s’agit de ce genre de pathologie ? J’ai failli céder à plusieurs reprises, car il s’énervait beaucoup trop vite à mon goût, mais j’ai tenu…difficilement au début, mais je ne voulais pas céder.

Au bout de deux trois maquettes atterries à la poubelle, quelques pièces furent assemblées tant bien que mal, commençant à dessiner un avion de chasse. Je le regardais faire, toujours près de lui, ne faisant rien d’autre que l’encourager, que lui parler, lui prodiguant quelques conseils, tentant parfois de la calmer…mais au fil du temps, je n’eux plus besoin d’agir dans ce registre : son attention était de plus en plus concentrée sur ce qu’il voyait se monter de ses propres mains.

L’avion, qui pour une personne « normale », n’aurait pris que quelques heures à être monté de toutes pièces, prit là quelques semaines, à raison de plusieurs heures par jour, de colères parfois homériques mais non dirigées vers cette maquette. Parce qu’enfin son attention avait été captée pour la première par quelque chose de concret, et ce quelque chose, il commençait à l’aimer et à en prendre soin ; pensez donc : la première fois de sa vie qu’on lui fait créer quelque chose, et qui plus est, la première fois qu’il y arrive…je sentais qu’au fond de lui, il était déjà fier du résultat, même si beaucoup de gens auraient eu à redire sur la qualité de l’assemblage.

Sa mère, qui ne s’interposait pas dans ces moments là, nous laissant à notre connivence, en resta bouche bée : c’était la première fois qu’elle voyait son fils faire preuve d’attention et de soin pour un objet.

Lorsque l’avion fut enfin réalisé, il fallut le peindre…je lui laissais ce privilège de décorer son œuvre…ce ne fut pas facile non plus car diverses pièces étaient tout de même petites et demandaient de la précision. Mais je ne suis intervenu une fois de plus que pour l’encourager. La langue tirée, les yeux rivés sur le fuselage, il peignait, avec des pinceaux parfois très fins, et je dois dire que même certains de ses « pâtés » avaient fière allure sur cet appareil hors du commun.

Et lorsque enfin le mirage F1 fut terminé, il fit la fierté de mon cousin, ainsi que celle du reste de la famille.

Vous savez quoi ? Ce fameux mirage F1 existe toujours ; il trône dans le salon de mon cousin qui a maintenant deux enfants, un métier, et qui se plait à raconter l’aventure de cet appareil ayant essuyé des tempêtes dantesques à qui veut l’entendre. Il est toujours aussi fier de sa première réalisation, et même aujourd’hui, lorsqu’il sent la colère ou l’énervement le submerger, il a au fond de sa petite maison une pièce où sont empilées des boîtes de maquettes qui l’attendent sagement. Le maquettisme est devenu son remède, car il n’est pas guéri ; il sait juste mieux canaliser ses pulsions.

Et moi de mon côté je suis fier d’avoir tenu bon, et chaque fois que nous nous voyons, ce sont bien des souvenirs qui remontent à la surface, accompagnés par de bonnes parties de rigolade.

Alors, même si je n’ai pas su dans cet avis parler totalement des enfants difficiles, le sujet étant vraiment trop vaste, mais les cas bien distincts, je voulais par ce témoignage vous faire comprendre qu’il ne faut jamais baisser les bras, que l’attention est la meilleure des armes face à des cas difficiles. Oh bien sur, il arrive que l’on veuille baisser pavillon, que l’on veuille baisser les armes, mais même s’il ne s’agit pas d’une guerre, il nous faut nous battre contre eux, pour eux, car abandonner, c’est aussi les abandonner à pire encore.

Et puis, cela nous apporte tellement…ce que j’ai fait pour ce cousin m’a appris patience et tolérance, m’a appris à voir de différente façon ceux qui ne sont pas comme le commun des mortels ou qui ne rentrent pas dans un moule bien lisse de par leurs problèmes.

J’espère que cet avis vous aura plu, à défaut de vous avoir convaincu. Merci en tous les cas pour vos lectures et commentaires.

Partager cet avis sur Google+
Liens sponsorisés
Evaluer cet avis

Quelle est l'utilité de cet avis pour prendre une décision d'achat ?

Guide d'évaluations

Commentaires sur cet avis
Hommage_A_Ma_Louve

Hommage_A_Ma_Louve

11.12.2004 14:04

Toujours croire au potentiel de l'enfant et en sa faculté de récupération, ce que l'on appele la Résilience...même si le terme implique encore bien des choses derrière ! Bonnes réflexions, à bientot.

lamalissse

lamalissse

18.11.2004 20:27

Bel preuve qu'un enfant, aussi difficile soit il, peut arriver a des miracles si il est stimulé. Mais le sujet est bien vaste.....

alexandrejano

alexandrejano

08.09.2004 21:54

je croyais que tu allais parler de jo , dans cet avis !! ;-))

Ajouter un commentaire pour cet avis

max. 2000 caracteres

  Postez votre commentaire


publicité
Evaluations d'avis
L'avis sur Comment réagir face à un enfant difficile ? a été lue 549 fois et a été évaluée:

exceptionnel (17%) par:
  1. lanata
  2. alayne
  3. delphinette73
et aussi par 3 autres membres

"très intéressant" (78%) par:
  1. coucoumanu
  2. alexandrejano
  3. m-h-b
et aussi par 25 autres membres

"intéressant" (6%) par:
  1. Hommage_A_Ma_Louve
  2. lamalissse

Comprendre l'évaluation de cet avis.
publicité