Une Fugue ici, une Jambe traversant un Carreau là.

4  10.12.2004

Avantages:
Plus c'est difficile, plus c'est passionnant .  .  .

Inconvénients:
Difficiles, bagarres, insultes, provocations, obscénités .  .  . et bien d'autres choses !

Recommandable: Oui 

Hommage_A_Ma_Louve

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Avis:32

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Cet avis a été évalué par 44 membres de Ciao en moyenne: très intéressant

L'avis est long...c'est le fruit d'une réflexion de 4 mois de stage passé en Institut Thérapeutique et éducatif... J'ai choisi de ne pas parler de l'établissement " l'ESCALE", mais de me concentrer directement sur la partie USAGERS, et SPECIFICITE DE LA FONCTION EDUCATIVE.

J’ai choisi de me consacrer pour ce second lieu de stage en Institut Thérapeutique Educatif et Pédagogique ( ITEP ) , afin d’observer une population de jeunes présentant comme caractéristique d’ensemble, des troubles du comportement.
Curieux d’observer ces troubles, et de les mettre en lien avec l’ensemble de la théorie dispensée en école d’éducateur spécialisé, j’ai voulu m’orienter vers ce public complexe.
Le fait de travailler en Internat m’a convaincu dans la possibilité de suivre plusieurs adolescents en des moments “ clés ” de vie quotidienne, et compte tenu de la diversité des cas et de situations, j’ai eu le choix de mes outils et de mes démarches d’observation.
De plus, j’ai choisi de m’intéresser aux missions multiples de l’éducateur – observer, écouter, comprendre les jeunes présentant des problèmes de comportement et / ou des problèmes d’apprentissage. Puis analyser la situation et proposer des formes d’aide adaptées...

Je vais passer sur la partie contextuelle de L'ITEP, anciennement appelé Institut de Rééducation ( IR ). Un reportage était passé sur TF1 pour montrer un peu ce qu'était un IR et j'avais trouvé le reportage bien succinct et réducteur.


CARACTERISQUES DES JEUNES ACCUEILLIS

Une fugue ici, une jambe qui traverse un carreau là. Ailleurs moins graves, des portes qui claquent ou une bagarre…
La porte de sa chambre vient encore une fois de claquer violemment. Tout ça pour une simple remarque à propos de son attitude / retard. Il était attendu pour un rendez vous chez le dentiste. L'autre jour, c'était autour d’un sujet fragile que la porte a claqué. Après, c'est le silence buté pendant quelques heures, quelques jours, sans un mot.
Puis soudain, ça passe, comme si de rien n'était. Pour ces enfants aux troubles du comportement, on n'en choisit pas le moment, ni la forme et l'intensité : il faut faire avec… violences ordinaires à l’Escale…

En voyant évoluer ces enfants et adolescents en difficultés, lors des divers temps de vie quotidienne, mais également durant les temps de classe et d’activités, on se rend vite compte qu’ils souffrent de trois sortes de désordres : individuels, familiaux et sociaux. Ces jeunes présentent quelques éléments de névrose, de psychose, et beaucoup s’imaginent un monde spécifique de défi des règles et de tout aspect culturel.

Ainsi, l’une des caractéristiques de l’ESCALE est d’accueillir des enfants ou des adolescents présentant non seulement des troubles de la conduite et de la personnalité, mais aussi des déficits de l’organisation de la pensée.

Certains enfants sont violents très jeunes, cherchant toujours une réponse, une limite qui les arrête. J’ai pu remarquer cela une fois à midi, lors du repas sur un autre groupe : un garçon agé de 7 ou 8 ans était en crise le long du repas pour différentes raisons – repas trop lent, caprices alimentaires, sortie non autorisée hors de table – et son unique souhait à ce moment précis était peut être encore que l’on stoppe sa violence, que l’adulte fasse bloc et qu’il remette les pendules à l’heure.

Pour certains, le scénario paraît déjà bien rodé entre eux, très érotisé - la douleur physique devient le média du soulagement de la tension intérieure et donc un équivalent de plaisir dans la douleur -, dans l'attente d'une nouvelle sanction qui semble être leur mode de relation.

Un grand nombre sont conscients de leurs difficultés et de leur échec scolaire, bien que présentant une bonne capacité de projection dans l'avenir.
Il ne faut pas oublier que certains, n'ont jamais été suivis par des médecins psychiatres ni reçu de traitements psychotropes et que ces derniers ne présentent pas de pathologie psychiatrique structurée.
Certains ont une élocution correcte, sans trouble de la compréhension, s'expriment clairement en français et sont jugés « réadaptables ».
Ils apparaissent peu différents des adolescents de leur âge, à ceci près : sexualité et agressivité sont plus liées chez eux ; la tendance à agir de façon impulsive est plus importante ; le repérage de la limite entre ce qui est autorisé et ce qui est interdit est plus flou.


LES MANIFESTATIONS OBSERVABLES

Arrivé à l’ESCALE, on peut observer des enfants et adolescents de toute couche sociale et il faut rapidement supporter leur chahut, leur turbulence et leur agressivité.
En vie quotidienne, à chaque instant peut éclater une dispute et ce sont des jeunes tellement fragilisés, dans l’incertitude vis-à-vis d’eux même, que la cohabitation avec les autres est délicate, d’autant plus que certains ne supportent pas que l’attention se détourne d’eux. Cela se ressent souvent dans des temps d’internat, après la classe, où la jalousie entre eux peut être redoutable.

Lors d’une punition par exemple, avec privation d’activité sportive ( piscine ), l’un d’entre eux avait tout fait pour se faire remarquer, usant d’une provocation verbale violente, en passant par des menaces de fugue, avant de fuguer véritablement.
Ces moments là sont parlants, car l’adolescent qui va mal, qui se cherche, va ressentir en lui ses peurs, ses affects, ses angoisses, et il faut régulièrement les aider à mettre des mots sur leurs ressentis, afin de les aider à respirer, à calmer le jeu, les accepter tels qu’ils sont, et donner du sens à leur histoire.
S’ils ont un manque général de confiance en eux, on peut toutefois se réjouir de certains progrés effectués, par exemple dans le fait d’avoir partagé quelque chose ( le temps du forum est particulièrement riche de ce côté-là ), d’avoir échangé une relation, à défaut de progrés à l’école ou en atelier. Leur concentration ne dure jamais très longtemps et il faut renouer avec le processus d’apprentissage très souvent. Le but est de redonner cette envie d’étudier, de participer à tous les temps de vie quotidienne, avec un emploi du temps personnalisé et d’établir un projet d’ensemble.

Sous cet aspect, que ce soit au petit déjeuner, au repas, au goûter, en temps scolaire ou récréatif, en activités ou en atelier, chaque jeune devra se confronter aux limites fixées par les professionnels, et apprivoiser les règles en sécurité.

Chaque jour, nous pouvons nous trouver face à un jeune, un sentiment ou une situation non familiers et nous pouvons nous trouver désarmés face à la nouveauté. Les temps de vie quotidienne permettent justement de se laisser parfois dépasser par ces instants délicats, et de là voit-on des jeunes timides, peureux, observateurs, sociables, hardis, curieux, angoissés, anxieux ou encore dépressifs et malheureux.


SUR LE PLAN RELATIONNEL


Entre eux, certains paraissent inhibés, parfois seuls, parfois à plusieurs, élèves assidus ou totalement irréguliers. Personne ne se plaint d'eux ou bien le contraire… mais un grand nombre de ces jeunes montrent une énergie qu'ils dépensent pour maintenir les apparences.
Pour reprendre l’exemple du repas de midi, temps qui est normalement pensé comme « temps calme », la plupart sont dans ces moments là surexcités, comme si le fait de se retrouver en groupe, avec le ou les copains était synonyme de faire n’importe quoi, de dériver et de se rendre le plus intéressant
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Vue de l'Internat
possible, pourvu qu’on fasse parler de soi. Combien de fois peut-on s’apercevoir qu’ils sont sur le qui-vive, en train de vivre chaque minute dans l’appréhension de la minute qui suit, comme si le silence était impossible pour eux. Le phénomène de groupe est donc un moteur qui permet la dérive pour épater la galerie – jet de nourriture, gaspillage, bruit avec les couverts, obscénités dans les paroles, dans les gestes sont autant de faits récurrents qui finissent par ne plus surprendre.

Ces phénomènes relationnels sont observables à plus d’un titre, et particulièrement dans les temps d’activités ou de récréation , où l’on assiste régulièrement à des troubles relationnels de ces pré-adolescents se caractérisant soit par une attitude de retrait, de repli sur soi-même et une fuite de la relation ; soit par une attitude accaparante vis-à-vis de l’adulte ou soit par la recherche d’une relation exclusive voire possessive avec lui : c’est le cas de plusieurs jeunes carencés et très en attente sur le plan affectif. Les troubles relationnels peuvent également se caractériser par une attitude provocatrice tendant à créer constamment de nouveaux conflits.

Sous cet aspect, le quotidien à l’Escale ne rencontre aucune routine. Ces jeunes ont une fureur d’exister et exclus, ou s'étant exclus depuis belle lurette du système scolaire et de formation, ils leur restent les biens à posséder ou les actes à commettre.
Partout, il faut exister et le faire savoir, et plus particulièrement en vie quotidienne.
Et donc, dans son institut de rééducation aussi : on y sera leader, chef de bande, victime, grand frère, petit frère...chacun à sa place, parfois chèrement acquise et maintenue, d'où l'augmentation de la délinquance gratuite, symbolique, afin d'épater et de montrer qu'on est capable " de"...


DANS LEUR COMPORTEMENT

Ce point du comportement me permet de rappeler que l’enfant ou l’adolescent déprimé ou dépressif exprime souvent son malaise par des phobies et des plaintes somatiques. La dépression chez le jeune ne se manifeste pas de la même manière que chez l’adulte. En général, il n’est pas abattu ni triste, contrairement à l’adulte qui n’a plus « envie de rien », il est plutôt agité et agressif. Ce genre de comportement doit être pris au sérieux, car les signaux de détresse intime sont envoyés par l’adolescent à sa manière, comme il peut, souvent paradoxale, parfois incompréhensible au premier abord, et donc incomprise.

Pour parler plus franchement des types de comportement rencontrés, on ne peut pas parler de crimes et de délits graves, ou à défaut, très rarement.
En revanche, on ne compte plus la multiplication des incivilités, des transgressions mineures, de l'agressivité et des provocations presque toujours en groupe - parfois seul également -, ainsi que des insultes et des injures, et autres échauds-fourrés.
A cela s'ajoute des agressions physiques ou sexuelles (plutôt des attouchements) et dans l'ensemble, ils interrogent l'autorité par la provocation.

En temps de récréation, que ce soit entre deux cours ou après la classe, on remarque qu’au niveau verbal, il se dégage une instabilité se traduisant par des difficultés d’expression ( troubles du langage, langage volubile…). Au niveau moteur, l’instabilité peut prendre la forme d’un comportement nerveux, impulsif et inorganisé : ces jeunes sont souvent dans un état de grande excitation et sont constamment en mouvement. Encore une fois, l’instabilité peut se traduire également par une agressivité plus ou moins importante et un comportement d’opposition vis-à-vis d’autrui.

Ces jeunes en ITEP sont tous candidats à une psychothérapie; et une aide médicamenteuse avec des antidépresseurs ou des régulateurs de l'humeur, leur sera parfois utile, non pas comme solution bien sûr, mais comme moyen pour trouver d'autres modalités d'expression et de règlement des conflits. Sinon, ils se bloquent, la violence devient le seul mode d'évitement familier. Or, il importe qu'ils recouvrent une plus grande liberté de choix.


A TRAVERS LES ACTIVITES


Si l’enseignement est une chose essentielle à l’Escale, celui-ci laisse la place en doublure avec les temps d’activités ou d’apaisement. Rentrer en activités invite à penser à la chose exceptionnelle, en rupture avec le « traintrain », afin de produire, de faire sortir, d’obtenir un résultat, de favoriser la socialisation et l’entraide. On peut ainsi distinguer deux types d’activités à l’Institut :

- d’un côté la vie quotidienne qui concerne les activités journalières, régulières, incontournables, stéréotypées « vitales » ; toilette, repas, sommeil, etc…

- de l’autre les activités dites « éducatives » qualifiées d’expression ou d’animation, faisant, elles, appel à matières, lieux appropriés, instruments et techniques ; et dont le caractère serait plus existentiel et donne à désirer.

Les activités éducatives permettent de s’échapper un peu du quotidien violent qui peut habiter leur esprit, et ces moments sont souvent riches de communication, de partage et d’implication du jeune. Dans ces moments de création manuelle, ou d’expression sportive, l’adolescent mérite toute l’attention du professionnel et sa préoccupation. L’activité mise en place, du peu qu’elle soit intéressante et vécue de façon positive, témoigne du respect et de l’empathie pour le jeune, le tout dans un but d’encadrement et parfois de dépassement de soi.

La plupart du temps, ils trouvent les moyens de canaliser le flux agressif et sexuel en excès vers des formes de satisfaction personnelle et d'expression valorisées : pratiques sportives, artistiques, goût pour la lecture et l'lnformatique…
A ce propos, l’espace GRIMM à l’Escale est le lieu dit par excellence pour se poser, prendre un temps d’arrêt et se divertir par la lecture, l’emprunt d’ouvrage en fonction des centres d’intérêts de chacun, regarder une cassette vidéo classée par thème, jouer à des jeux ludiques ou intellectuels, ou simplement se reposer dans un fauteil confortable et oublier le stress accumulé de la journée.

Autre possibilité : le plaisir d'apprendre par le ludique, de comprendre, de découvrir et d'entrer en relation avec les autres.

Les médiations culturelles que sont l'écriture, le théâtre, la musique, l'atelier bois, le sport, auront aussi toute leur importance pour retrouver le plaisir de faire et de fonctionner avec, de partager, en respectant le rôle et les particularités de chacun, d'éprouver l'absence et la présence, le proche ou le lointain.

Enfin, chaque mercredi se tient un rendez-vous « escalade » pour les jeunes de l’Internat, animé par un professionnel spécialisé et les effets qui seront évoqués en analyse de l’intervention éducative, permettent l’avènement de territoire autre, spécifique, de spécialisation dans les gestes de l’activité, où se conjugue bien des apprentissages.


SUR LE PLAN SCOLAIRE



Généralement, le refus scolaire commence de manière insidueuse par des plaintes, des difficultés à aller en classe, puis à y rester. La scolarité de ces jeunes en butte avec l'école est souvent marquée par l'indiscipline ou l'agitation, un échec scolaire en primaire et des retards énormes.

En effet, il s’agit là de ces jeunes pré-adolescents et adolescents dont les difficultés sont très importantes, dont l’admission a fait suite à une prise en charge sanitaire. Le retard scolaire est conséquent et les capacités d’apprentissage sont gravement entravées.
De ce fait, l’enseignement est spécialisé, la prise en charge demande une grande souplesse et une capacité d’adaptation à leur problématique.

Les violents ordinaires ont souvent en commun une marginalisation scolaire, une élaboration verbale pauvre avec des soucis de dyslexie, des familles défaillantes, en panne de transmissions, qui comptent sur l'école et les pouvoirs publics pour régler leurs échecs, et un mal de vivre grandissant qui conjugue frustrations affectives et sentiments de dévalorisation.
On retrouve aussi dans leur parcours des brimades et autres humiliations de la vie quotidienne, avec une défaillance des interventions adultes lors des agressions. Le recours plus facile à l'acte traduit alors une impasse dans la constitution du sujet adulte.

L'école à l’Escale apparaît comme un espace d'expérimentation et d'apprentissage des relations aux autres; c'est particulièrement vrai dans les cours de récréation, malheureusement trop souvent zones de non-droit, abandonnées aux enfants avec une présence adulte plus ou moins renforcée et passablement intervenante.
La classe est en effet l'espace de l'investissement des connaissances. C'est bien dans ce temps de re-création que peuvent se jouer différemment les pulsions agressives, mais à condition d'une présence adulte garante des règles de la vie collective, et capable de poser des médiations, des jeux, permettant une canalisation de la violence vers des voies qui civilisent.

Les jeux éducatifs en classe permettent non seulement d'acquérir les connaissances utiles à la vie d'adulte, mais aussi d'apprendre à vivre avec les autres. On apprend d'autant mieux en jouant que ça n'en est pas l'objectif.

La violence à l’école existe également, nous l’avons vu dernièrement avec l’agression d’une institutrice spécialisée qui a vu venir les coups.
C'est une véritable violence qui s'exerce sur l'enseignant débutant dans sa rencontre avec un univers dont il ne connaît presque rien. De là se pose encore la question d’une formation suffisante quant à la violence prévisible du jeune envers le professionnel…


Comment réagir face à un enfant difficile, violent, salement abimé de l'intérieur ?

Tout d’abord, en arrivant à l’ESCALE, on est vite pris par l’ambiance qui règne et par le fait d’être “ nouveau ”, “ stagiaire ”. C’est dans les moments récréatifs que je me suis senti le plus insulté par deux ou trois jeunes et je me demande si la formation des éducateurs spécialisés, telle qu’elle est conçue actuellement, prépare vraiment le personnel à ce type de rencontre dans la réalité. Car s’il est vrai que l’on peut s’attendre à un public violent, on reste cependant confrontés à des formes de violence qui dépassent le modèle que nous avons pu rencontrer dans notre formation. Existe-t-il une formation “ juste ” face à la violence ?

Lorsque l’on sait que le jeune ne va pas forcément poser de questions pour appréhender la réalité, mais passera directement à l’acte ( monnaie courante à l’ESCALE ), il faut alors prendre cela comme un manque pour eux à représenter, un appel au secours plus exactement en rapport avec cette souffrance psychique dominante et que l’on soit stagiaire ou professionnel, on parvient à faire la part des choses, et à voir ces jeunes autrement que comme des “ sauvageons ”.

Il m’est évident qu’au delà d'un certain seuil, comme un baril de poudre avec une étincelle, le trop-plein de charge agressive exige une décharge immédiate
Il suffit parfois d'un incident minime pour y mettre le feu. Il n'y a plus de limites, plus de barrage, plus de liens qui puissent retenir. Comme dans les débordements de colère à plus petite échelle.
La qualité des réponses des éducateurs, des enseignants, et de la famille est déterminante pour rassurer l'adolescent sur l'aide que peut lui apporter son entourage.

L'un de leurs problèmes est de se figurer une réalité interne qu'ils ne peuvent reconnaître et donc maîtriser. L'agressivité apparaît dans ce cas comme une solution : elle, au moins, s'adresse à un objet qui existe.
Chez d'autres, la colère impulsive et les portes qui claquent remplaceront volontiers le difficile dialogue avec les éducateurs ou les parents...et avec soi-même.

Les comportements sont trompeurs, même s'ils évoquent un mal-être. Bon nombre d'adultes voient encore des caïds et des fortes têtes là où la violence intérieure et la dépression règnent en maître. Ces jeunes cherchent justement à éviter d'être confrontés aux sentiments dépressifs, aux angoisses de séparation et de perte, alors que les discours officiels à leur sujet n'évoquent que les hypothèses délinquantes traditionnelles.

Autre point qui me paraît essentiel, celui de la petite enfance. L'agressivité n'est pas toujours pathologique et parfois, elle témoigne de réactions adaptées à un environnement qui la suscite. La violence à l'adolescence conduit à s'intéresser très activement à ces débordements de la petite enfance : sa prévention ne doit pas être envisagée au collège ou au lycée, mais bel et bien en crèche et en maternelle.

Moins les jeunes ont de choix, plus il me semble de notre devoir de tout faire pour leur en offrir davantage. Il faut les aider à trouver d'autres issues à la " rage" de vivre qu'ils éprouvent. Les plus violents sont tout autant créatifs et actifs. Le moteur est là, à nous de leur ouvrir d'autres routes que celles de l'auto- ou de l'hétéro-destruction. Il ne faut pas bloquer l'adolescent dans un scénario unique, déjà joué d'avance, celui du violent.

Enfin, comme l’énonce le psychiatre Boris Cyrilnuk, créateur du concept de la “ Résilience ”, je crois au pari de la résilience et du bien être que l’on peut apporter, afin que le jeune puisse être ré-insérable, et cela, à bien des niveaux.
Si les conséquences des violences sur les victimes doivent évidemment animer les actions des intervenants, il ne faut pas sous estimer également les capacités de digestion, de récupération et de transformation des adolescents, pour peu qu'ils disposent d'un bagage psychologique et affectif suffisant, du soutien de l'entourage et d'une capacité à parler de ce qu'ils ont subi et à être entendus, y compris par la justice. Cette " résilience" naturelle peut et doit être soutenue, voire induite par les professionnels que les victimes rencontrent, en particulier quand l'aide de la famille est défaillante. Il vaut mieux faire le pari de l'existence de capacités de restauration et les soutenir ; il sera toujours temps de constater qu'elles sont insuffisantes chez certains !

Je partage le point de vue selon lequel il est inconcevable de travailler avec les enfants / adolescents sans faire un pas vers les parents : il faut cheminer ensemble et tout ceci pose la question de l’accompagnement…Il faut aussi savoir ce que fait le jeune en dehors de l’établissement, et tenter d’établir un suivi social des familles…

La pratique à l’ESCALE de mon point de vue de stagiaire m’enseigne qu’il ne suffit pas de créer un cadre, d’y mettre des règles pour que l’enfant s’apaise. Les règles, il les connaît pour sans cesse les mettre à mal et c’est souvent dans le corps à corps que se passe la relation entre enfants, et entre enfants et adultes , ils sont très démonstratifs : par leurs colères, leurs insultes, leur expression violente dans les mots comme dans les coups, par leur attachement, leurs errances ou leur fuite…
La parole, ou du moins, le rappel à l’ordre ne les arrête pas toujours, ne fait plus limite et il faut parfois du temps pour se faire respecter, afin de ne pas paraître comme un “ persécuteur ”, mais bel et bien comme quelqu’un qui est présent pour les accompagner dans leur désarroi et leur souffrance interne.


LE ROLE DE L'EDUCATEUR : PARLONS EN.


Classiquement, l’éducation se définit comme l’action de développer les facultés morales, physiques, intellectuelles, mais aussi comme le lieu où se développent les capacités à apprendre, à évoluer, à s’adapter, à communiquer ; ce n’est donc plus seulement l’acquisition de techniques mais bien un travail sur soi qui est en jeu.

Educateur en ITEP…quel rôle complexe... Nous pouvons situer l’éducateur comme celui qui donne à découvrir, expérimenter et qui organise la vie quotidienne.

Le travail de l’éducateur en internat s’inscrit dans un quotidien, rythmé par les moments de journée comme le lever, le repas du midi, le retour de la classe, le goûter, les devoirs, le temps avant le repas du soir, la soirée, le coucher, les périodes de vacances…

L’éducateur accompagne l’enfant dans sa vie quotidienne. C’est à travers des attitudes vis-à-vis de la nourriture, de sa prise en charge corporelle, de son rapport aux règles, à la loi, mais également à travers ses comportements ( passivité, agressivité, violence…) envers les autres que l’éducateur va agir.

Le premier rôle de l’éducateur est sans doute d’exercer une prévention de l’écoute, et d’être pleinement attentif à la souffrance psychique du jeune.
Quelle réponse leur donner ? Pourquoi est il si important de parler de la réalité ?
La réalité de la vie quotidienne que connaissent bien les éducateurs à l’ESCALE, c’est le heurt au cadre, au permis, à la vie du groupe, aux réunions, aux limites et aux droits que donnent les adultes…tout ce qui fait en réalité la vie de l’institution.

La prise en charge éducative dans l’établissement a pour objectif d’apporter une consolidation de la personnalité et les éléments d’une autonomie qui permettent au jeune de se confronter, de se constituer un système de références et de valeurs sociales.
Sous cet aspect, l’éducateur se situe pourrait on dire dans un rôle de suppléance, entre les parents et le jeune, ce qui reste une position délicate à tenir. Proposer des relations tout en se situant dans un cadre institutionnel qui fasse limite, renvoie l’éducateur à se repositionner en permanence et à se laisser interpeller par ses collègues.


ANALYSE DU ROLE DE L'EDUCATEUR


Il n’existe pas qu’une seule pédagogie en tant qu’éducateur…on peut essayer la fermeté et l'exigence, le laisser-faire avec l'espoir que cela passerait rapidement, tel un acte de confiance... Rien n'y fait parfois. Lorsqu'on voit seul certains adolescents, ils acceptent de lâcher quelques mots : ils ne savent pas pourquoi ils traitent ainsi les éducateurs, parfois d'autres membres du personnel...ils racontent leur passé, leur enfance, leur mal être, aimeraient qu'on leur laisse plus de liberté...
Par contre, en voyant leur désarroi, il s'en veulent souvent de les insulter mais ne savent pas comment en sortir. Un jour, nous l'appelerons Jeremy, me sortit ceci " C'est malgré moi, dit il, que ça se passe comme ça".

C'est pourquoi il importe d'établir un autre rapport au temps : lui apprendre à attendre, à différer - ce sera aussi nécessaire dans la vie scolaire et sociale plus tard, que dans la vie affective et sexuelle.

La sanction fait partie du quotidien de l’éducateur à l’ESCALE pour faire prendre conscience à un jeune des conséquences de ses actes. Le passage à l’acte peut être vu comme une provocation et la sanction est ce qui permet de prendre du sens, de se rendre compte de la gravité de l’acte commis.
J’ai le souvenir d’une punition donnée par une enseignante qui était de priver le jeune de “ chasse au trésor ” du lendemain, et cela avait véritablement peiné le jeune, mais plus que cela, à l’enfermer dans sa provocation et dans sa hargne contre l’adulte parce qu’aucun espace d’accompagnement et de dialogue n’y a été préservé à ce moment précis. .

Enfin, l’éducateur aura à cœur de donner l'exemple du respect de l'autre et du sens de la justice, de bien mesurer l'importance de l'estime précocement accordée à l'enfant et à ses capacités, afin d'aider très tôt à éviter la spirale des pronostics sombres ; pour cela, permettre à l'enfant d'éprouver la fiabilité de nos réponses par rapport à nos engagements.
Egalement de soutenir ses positions en tant qu'adulte, parent, enseignant, éducateur...et donc de supporter éventuellement un conflit, c'est à dire un point de vue différent, conflit qui est à l'opposé des violences. De se donner les moyens d'une intervention protectrice si besoin et d'avoir davantage confiance dans les potentialités d'évolution et de transformation des jeunes.
D'accepter enfin que le futur soit aussi leur affaire et donc de leur laisser progressivement la place tout en leur donnant certains moyens, pas tous.


CONCLUSION


Les troubles de la conduite et du comportement, manifestations de la souffrance des enfants et adolescents accueillis dans cet institut, génèrent en permanence une mise à l’épreuve constante et intense de tout cadre de prise en charge et des pratiques professionnelles, qu’elles aient pour objet le soin, l’éducation ou l’enseignement.
La trajectoire de ces jeunes est caractérisée par diverses formes d’exclusion. La prise en charge constitue en elle-même un défi, souvent vécu comme ultime pour ces jeunes.

Par rapport aux répères masculins/ féminins, on observe une supériorité de professionnelles femmes et cela pose peut être des problèmes dans les valeurs masculines qu'un jeune est en droit d'attendre.
Ne pourrait on pas instaurer la parité hommes / femmes dès l'admission dans les filières de formation concernées : écoles d'éducateurs, instituts de formation en soins infirmiers, de travailleurs sociaux, IUFM, faculté de psychologie...
En effet, face aux problématiques de transgression, de violence, de construction identitaire, d'apprentissage, le renforcement du pourcentage d'homme dans le champ social et les domaines de l'enseignement, des soins et de la justice des mineurs ne pourrait que comporter des avantages.
Qu'attendons nous pour ouvrir le débat sur ces sujets? Premier point de conclusion.

Pour beaucoup, le contexte familial n'est pas lumineux : une longue histoire douloureuse, dans laquelle l'enfant a été mis en situation de subir toutes sortes de violences, de négligences et d'abandons, sans jamais en connaître les tenants et les aboutissants.
Le travail psychologique dans lequel il s'engage lui permet de repérer les violences qui se sont exercées sur lui, d'en réattribuer la responsabilité à ses auteurs, ce qui ne justifie en rien la sienne.
Encore une fois, les médicaments, activités, médiations - en particulier culturelles - formations ont pour but de leur redonner une plus grande liberté de choix, l'espoir d'une identité sociale nouvelle, et donc d'une intégration sociale possible.
Encore faut-il pour cela des limitations à leurs agissements, et des propositions éducatives et de formation professionnelle.

La situation de crise traduit, chez un adolescent, une difficulté à s'assurer une place dans le milieu parental, scolaire, professionnel ou social. Alors, la violence n'est jamais gratuite ; elle sert toujours à exprimer quelque chose que l'on ne parvient pas à dire autrement.
Dans cette visée, il faut souligner le rôle des adultes, des éducateurs et des parents, déterminant pour contenir, réguler et pacifier cette violence.
Il faut pouvoir se représenter les adolescents comme vulnérables, se sentant menacés et cherchant à se défendre, y compris en attaquant. Mais il importe de garantir des limites et de maintenir des liens parlés, même dans la confrontation.
Face à la violence, évitons l'angélisme compréhensif à tout crin de même que la diabolisation et l'unique réponse répressive !



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willymax

willymax

16.02.2010 20:39

le problème est que chaque cas est différent donc malgré toute la théorie que l'on a il faut s'adapter

Hommage_A_Ma_Louve

Hommage_A_Ma_Louve

15.02.2010 00:20

Merci mille fois chester, nous partagerons notre vécu professionnel prochainement!

CHESTER3

CHESTER3

13.02.2010 23:46

Ouaouhhhhhhhhhhhhh alors là, franchement je suis bouche bée, quel talent d'écriture ! Ayant travaillé dans ce genre d'institution, je fus aussi confrontée aux mêmes difficultés et il est vrai que le métier d’éducateur n’est pas un métier facile, il faut être fort aussi bien psychologiquement que physiquement et surtout savoir parfois se remettre en question, chose que malheureusement certaines personnes refusent … Merci Mickael d’avoir pris le temps de publier cet article. Je te mets un EEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEE 

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