Fragile (DVD)

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Fragile (DVD)

Réalisateur : Jaume Balaguero - Acteurs : Calista Flockhart, Yasmin Murphy, Elena Anaya, Gemma Jones, Richard Roxburgh - EAN : 3259130230178 - Univers...

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Avis sur "Fragile (DVD)"

publié le 13/10/2008 | evilash
Membre depuis : 06/10/2000
Avis : 127
Lecteurs satisfaits : 82
Plus à mon sujet :
Super
Avantages Un film qui fait peur et qui fait pleurer, ça change de l'habitude...
Inconvénients En même temps, ça va épuiser le stock de mouchoirs...
exceptionnel
Qualité du Film
Occasion
Public
Histoire
Bonus

"Les infirmières ont des sex toys mécaniques..."

Ils auraient pu refaire la route ces feignasses...

Ils auraient pu refaire la route ces feignasses...

FRAGILE ou SI C'EST CA LA MEDECINE JE PREFERE LA GUILLOTINE

(voici un avis qui a été rédigé en proie à des maux d'estomac, n'ayant pas mangé depuis deux jours. J'ai décidé de me rendre dans un état proche de la catatonie afin de comprendre les tourments qui agitent les personnages de ce film. En gros je fais de l'Actor's Studio mais dans le domaine de la rédaction. Je fais du Redactor's Studio quoi...)

(cet avis est dédié à lilybee85. ça fait longtemps qui je n'avais point envoyé de petite pensée à son encontre, c'est pourquoi je souhaite que ce petit écrit perturbe l'oscillation de son pompon…)

C'est ainsi, aujourd'hui, c'est sans appel, c'est notre époque chantée par Louise Attaque qui veut ça… Nous voici dans l'ère de la modernité, du tout internet et de l'accès à la grande Information, même la plus cachée et la plus viciée… Dès qu'une question se déplace entre vos deux oreilles, il vous suffit de rendre visite à votre ordinateur, de trahir ainsi un moment d'intimité coquin avec votre compagne ou votre compagnon (ou les deux, mais auquel cas, vous m'envoyez des photos sur ma page myspace, pour mon blog) pour poser votre point d'interrogation sur le moteur ronronnant de recherche que vous préférez. Et très vite vous êtes le roi du monde, vous en savez de plus en plus sur tout. Vous êtes même devenus des incollables au sujet des geeks, ces étranges oiseaux qui vivent le jour et la nuit leurs passions d'adolescents attardés… Vous croyez tout savoir sur eux… Et bien non, pas forcément, il y a des choses que l'on ne trouve pas sur les sites, ou alors il faut savoir lire entre les lignes…

Dr Marcus : C'est bien, tu es courageux. On en refait juste une autre C'est important que tu nous dises comment c'est arrivé…

Ce que toutes les nouvelles encyclopédies ne vous diront pas c'est que les geeks sont des êtres sensibles, dotés de sentiment et qui souvent sont de grands solitaires au cœur gros comme ça. Ils ont le droit comme tout le monde de tomber amoureux et de se retrouver le cœur brisé, le tout dans la foulée. Les jupettes leur tournent la tête, ils n'ont plus du tout le cœur à manger (déjà, comme ils se vautrent avec joie dans leur canapé, ils ne mangent que des cochonneries… des chips, des pop corns, de la barbapapa…) et se retrouvent bien malheureux. Même s'ils veulent faire croire le contraire, et que rien ne les affecte plus que de perdre une partie de Warhawk quand ce foutu abruti de davidwebb07 les a égorgés au détour d'un escalier. Les sentiments ont droit de cité chez les geeks autant que chez les autres, vous savez. Ce n'est pas parce qu'ils sont peu musclés qu'ils manquent pour autant de caractère, donc de personnalité, donc de sentiments.

Roy : Américaine ? Vous êtes en Angleterre depuis longtemps ?
Amy : C'est une longue histoire

Les geeks sont donc dotés d'un cœur gros comme ça, et il leur arrive même de pleurer devant un film destiné uniquement aux pouffes et autres mamies à caniches (je précise que les mamies à caniches sont différentes des potes à chien. D'abord, les mamies à caniche n'aiment pas les potes à chien parce qu'elles les trouvent sales, combien même leur propre caniche passe sa journée à leur lécher le visage. Quelque part, je préfère les potes à chien aux mamies à caniches, n'en déplaise à ce charmant gentil Monsieur croisé cet été dont je vous ai déjà parlé…). La preuve, il m'arrive très souvent de pleurer devant un film au cinéma, ou bien devant ma télé. Je pleure comme une madeleine pour un rien, dès qu'un peu de sentiment est mis en jeu au cours d'une séquence aussi courte soit elle. Je peux même pleurer devant un film d'horreur, un film d'épouvante, un film qui fout la trouille. Et oui, je veux bien toujours faire croire que je suis blindé contre tout et que j'ai un cœur de pierre, mais ce n'est pas du tout le cas, et désormais je sais que je vais faire l'objet de plaisanteries douteuses et autres quolibets.

Partie 1 - JE VOUDRAIS BIEN COURIR DANS DES COULOIRS TOUT BLANCS DERRIERE UNE INFIRMIERE

Et oui, un film peut faire pleurer un geek, un film d'épouvante aussi peut lui tirer les larmes, tel est ainsi le cas de ce très beau film espagnol dénommé FRAGILE. Comme son titre l'indique, le film parle de la fragilité de la vie, des gens, de leurs sentiments. Son héroïne (interprétée par la diaphane Calista Flockhart que tout le monde connaît bien pour avoir vu des nouveaux nés danser la gigue dans un cabinet d'avocat…) y est une douce infirmière, et on sent à son visage qu'elle a été marquée par un incident dramatique. Elle arrive dans un hôpital en passe d'être fermé et dont l'évacuation a déjà démarré, il n'y reste plus que quelques médecins et infirmières et les patients qui y sont encore alités sont des enfants. Ceux ci sont au nombre de huit, souffrent tous de troubles pulmonaires, respiratoires. Notre jolie et douce héroïne est donc présente pour s'occuper des gentils enfants, en remplacement de la précédente infirmière de nuit, celle-ci ayant en effet pris la poudre d'escampette. Il faut dire qu'elle avait très peur de ce que lui racontaient les enfants. En effet, certains d'entre eux prétendent avoir une amie imaginaire dont ils racontent qu'elle vient leur rendre visite la nuit. Ils ont une imagination débordante ces pauvres enfants, vous me direz… Surtout qu'ils lui ont même donné un nom… Charlotte… La « Fille Mécanique »…

Maggie : Charlotte… Les cubes, c'est pour parler à Charlotte…
Amy : Qui est Charlotte ?
Maggie : Une fille, je crois.
Amy : Elle ne peut pas parler ?
Maggie : Non. Elle est différente. Elle est mécanique.
Amy : Ah. Une fille mécanique. Si on allait la voir, tu sais où elle est ?
Maggie : En haut.

J'en entends déjà s'écrier « Chouette ! Encore un film de fantôme ! »et secouer leur mèche de rebelle (vous avez de la chance, le statut de chauve arrive vite derrière, j'en sais quelque chose) d'un air effronté. Oui, c'est vrai que je vous ponds une nouvelle fois une chronique sur un pur film de genre, mais bon vous savez les films de fantômes sont au genre fantastique ce que sont les pornos anal au genre pornographique. Il y a des cris, des poils, des draps qui bougent et des visages grimaçants. C'est tout pareil. Comme dirait mon papa « une fois que tu en as vu un, tu les as tous vus. » Oui, mais pas totalement papa, et je ne peux pas m'empêcher de continuer à les regarder. Je parle des films de fantômes, mais je pense que vous m'avez suivi… Et puis, de toutes façons, la mode au film de fantômes est toujours à la mode actuellement, et cela ne va pas s'arrêter de sitôt. Ces films sortent régulièrement dans nos salles, et les rayons de nos videoclubs en sont encombrés. Et ils remportent toujours autant de succès, combien même il est d'estime. Il n'y a qu'à voir la sortie et le succès relatif du récent MIRRORS au cinéma, et ce n'est pas forcément parce que Jack Bauer s'y ballade un revolver à la main, non…

Helen : Je vous présente Amy. Ce sera votre infirmière de nuit, jusqu'au départ.
Amy : Salut !
Child : Où est Susan ?
Helen : Susan a du partir mon chou.
Amy : Ca va ?
Maggie : Nous sommes malades...

C'est parce que les histoires de fantômes qui secouent leurs draps blancs et leurs gros boulets captivent toujours autant les foules. Et tout le monde sait que les boulets, ben il vaut mieux les avoir sur un écran de cinéma qu'à côté de soi. Mais bon, ça c'est un autre problème, et je ne saurai vous aider si un boulet vous court sur le haricot (cette expression me fait rire, elle me bouleverse même l'opercule devrais je dire. Alors, j'ai bien une petite idée de ce que veut représenter ledit haricot mais je trouve que réduire ladite expression au seul usage masculin serait un peu trop machiste. Cela fait partie des si nombreux mystères qui ne préoccupent pas la société française. Le mâle s'accorde tant d'importance n'est ce pas…), parce qui si c'est le cas, il vous suffit de supprimer ses messages dans votre boîte à lettres publique, ou ses messages privés. En tout cas, FRAGILE est l'occasion également de parler de son cinéaste espagnol, Jaume Balaguero, dont le dernier film sort bientôt en dvd ( REC ), cinéaste à la personnalité totalement déroutante et troublante, oserai je même préciser.

Partie 2 - JE VOUDRAIS MANGER DES POMMES SANS AVOIR PEUR DE MAUX D'ESTOMAC

Donc, le film de fantôme propose bien souvent le même sujet, le même trauma à l'origine de la nuisance spectrale, et il s'agit alors pour réussir un bon film de genre d'essayer de se sortir des sentiers battus, de proposer une histoire plus originale que les autres. Ce qui n'est pas une mince affaire, hein, vous le savez. Mais voilà, Jaume Balaguero, gentil réalisateur espagnol, réussit encore une fois à surprendre ses spectateurs en apportant sa patte si particulière. Ainsi, Jaume met dans ce film une jeune femme en avant, en héroïne propre à braver le royaume des ténèbres, comme c'est d'ailleurs souvent le cas dans ces films de genre (et comme c'est déjà le cas dans ses autres films). Vous vous demandez donc en quoi cela est original, et bien c'est tout simplement parce que ce n'est pas la nature propre des femmes à vider leurs tripes quand elles hurlent qui intéresse Jaume, non, mais plutôt le caractère pur, lumineux que peuvent dégager les femmes.

Roy : En fait on aurait déjà du fermer depuis deux jours… La plupart des enfants sont déjà à Saint James, en centre ville. Mais avec l'accident de train, ils n'ont plus de lits. Alors, pas le choix, on doit attendre

Dans chacun de ses films, la femme a un rôle bon, propre à éclairer des sa douceur un monde en proie à la brutalité et à la cruauté. Alors que dans les autres films de genre, la femme joue le rôle de la belle qui crie à chaque grincement de porte. Ce genre d'utilisation machiste de la femme dans ce cinéma de genre vient du fait que les producteurs savent combien les garçons aiment emmener leurs copines voir des films d'épouvante. Quand elles prennent peur, elles empoignent la main de leur petit ami et celui ci est tout content. Elles s'identifient à la pauvre héroïne et se demandent toujours pourquoi elles partent sans protection dans la cave au fond du cimetière de la maison sur la gauche sous le pont des Arts. Alors que dans le cinéma de Jaume, ce n'est point le cas, la femme a toujours un rôle de femme de fort caractère, souvent certes fragile, mais toujours prête à braver les dangers, et armée s'il le faut.

FRAGILE ne déroge pas du tout à la règle, une fois de plus, son héroïne est très courageuse, et rien ne la fait reculer, elle ira jusqu'au bout pour découvrir la vérité, aussi terrible soit elle. Comme d'habitude Balaguero dessine un personnage de femme très envoutant, et le visage doux de Calista Flockhart apporte une pointe de fragilité que les autres héroïnes de films fantastiques n'ont malheureusement pas toujours. Sous cette douceur, on sent parfaitement une femme fragilisée par le passé, dont le visage risque à tout moment de se briser non pas sous la forme de cris de scream queens apeurée comme ses consoeurs, non, mais sous les larmes tristement versées. Jamais Jaume ne cherche à s'appesantir sur le trauma de son héroïne, il laisse le soin au spectateur de deviner ce qui vraiment s'est passé auparavant. FRAGILE dessine un personnage de femme très beau qui devrait en ravir plus d'une spectatrice, et ses traumas devraient en perturber plus d'une. La belle Amy, en belle héroïne, fait face toute seule la nuit, aux peurs des enfants dont elle a la garde, et son rôle de mère de substitution est alors exacerbé. D'où ses cruels instants qu'elle traverse quand elle voit les pauvres enfants souffrir. Et encore une fois, les hommes ne seront que de simples spectateurs face aux drames qui se déroulent dans le film, comme dans tous les films de Jaume Balaguero. Les hommes ne servent à rien…

Amy : Tu as vu tes parents aujourd'hui ?
Maggie : Je n'en ai pas.
Amy : Moi non plus.

Et oui, il s'agit de ne pas oublier que nous sommes dans un film d'un sinistre Monsieur Balaguero. Ce jeune homme a la très belle idée, dans chacun de ses films, de placer en victimes, martyrs, de jeunes enfants. Chez lui (comme Emir Kusturica, mais dans un autre domaine), les enfants sont innocents, purs et dénués du toute méchanceté… Et leur innocence est la victime (non pas de la guerre, nous sommes pas dans PLATOON ) (je pense que peu de gens comprendront la plaisanterie… je fais un bisou sur la narine gauche à ceux qui trouveront l'explication…) (oui, la dernière fois, je l'avais fait sur la joue… Faut changer hein…) (j'aurais pu dire la fesse droite, mais comme il y a que des mecs qui risquent de répondre, j'ai pas envie de prendre ce risque. Même si pour l'occasion ils se mettent en jupette) du monde des adultes, qui leur font traverser mille maux sans aucun remèdes. Je préfère donc vous avertir que chez ce cinéaste, les enfants sont très souvent mis à mal. Aucun de ces films n'a jusqu'à présent montré un enfant sortir de scène avec le sourire.

Amy : Ils sont combien ?
Helen : Juste huit. Problèmes pulmonaires, je te dirai.
Amy : J'aimerais voir leurs dossiers.
Helen : Du calme, tu as tout le temps.

Dans LA SECTE SANS NOM ( LOS SIN NOMBRE ), une petite fille servait de déclencheur au mal absolu le plus sinistre, et certaines scènes montraient avec complaisance des cadavres d'enfants gonflés par la noyade. Dans DARKNESS (son film le plus terrifiant), des enfants étaient durement maltraités, et étaient la victime de projets maléfiques franchement glauques. Dans son dernier opus, [REC], une petite fille subit un sort peu enviable non plus. Jaume Balaguero n'a donc aucun tabou à mettre à mal de jeunes enfants, et dans ce film ci, il ne faillit pas à sa règle. Tout le monde peut être victime, et spécialement des enfants, d'autant plus quand ceux ci sont malades, alités, et ne peuvent bouger sans l'approbation de médecins. FRAGILE parle de la fragilité, non pas seulement de son personnage principal, mais aussi de la fragilité des enfants qui peuvent être atteints plus facilement que les adultes. Et leurs corps sont tellement fragiles, aussi, leurs os se brisent si facilement… car c'est aussi ce dont il est question dans ce film, de petits corps humains qui se tordent de douleur, les os craquant comme des petites allumettes…

Roy : Pour l'amour de Dieu, ne bougez surtout pas !

Partie 3 - JE VOUDRAIS POUVOIR TE CROQUER MON ENFANT, TU AS DE SI JOLIES DENTS

FRAGILE est un pur film d'épouvante, et jamais il ne cherche à faillir à la règle combien même on en sort ému et en larmes. Tout le long métrage repose sur cette dualité obscurité / lumière, votre cœur est à la fois tiraillé par la tristesse et l'effroi. La lumière repose entre les mains de l'infirmière Amy que l'on suit avec elle malgré tout dans le noir, parce qu'on le veut bien et qu'on veut trouver comme elle la solution… Le parcours de cette héroïne rejoint ainsi celui des héroïnes de contes de fées que l'on a pu lire quand nous étions petits, et ce n'est d'ailleurs pas un hasard si un extrait de la BELLE AU BOIS DORMANT est carrément projeté en plein milieu du métrage. Cet extrait merveilleusement choisi sera une preuve de l'intelligence dont fait une fois de plus preuve le cinéaste espagnol. C'est ainsi, au plus profond de l'obscurité que la princesse / infirmière va affronter ses peurs et celles des enfants dont elle a la garde.

Une majorité des scènes se déroule donc de nuit, ce qui n'étonne personne puisque l'héroïne est une infirmière de nuit. Et dès que la nuit tombe, une chape de plomb tombe sur le vieil hôpital dont les longs couloirs et leurs murs suintent le mal et la pourriture. Les nombreuses séquences de nuit sont réalisées sous forme de cauchemars éveillés dont l'épouvante est exacerbée par les décors qui se referment sur les personnages comme les mâchoires d'un puissant piège à loup. Jaume sait comme personne d'autre filmer l'obscurité comme un personnage à part entière. Dans son cinéma, le noir, les couloirs, tout devient un personnage, tout prend vie et donc un rien fait peur.

Maggie : C'est elle. Elle est en colère.

Voir Amy se promener dans un étage désaffecté de l'hôpital, couvert de poussière, de toiles d'araignées, et parsemé d'instruments médicaux rouillés procure de beaux frissons aux spectateurs. Les endroits oubliés de l'hôpital donnent la chair de poule, mais les plus récents ne sont pas plus sympathiques pour autant. Le décor de ce film renvoie au cinéma gothique british des années 50 et 60. De nombreux autres films nous viennent à l'esprit dont LA MAISON DU DIABLE… Par contre, n'allez pas croire que FRAGILE est un film de couloirs, c'est à dire un film où l'on voit un personnage se promener 90 minutes durant dans de longs couloirs avec des portes qui grincent et des chats qui miaulent. Et donc, Jaume Balaguero ne nous montre pas l'infirmière se promener seule tout un film durant dans ce décor obscur… Heureusement, il va à l'essentiel, il sait que nous avons tous peur de ce que les enfants nomment « la Fille Mécanique »…

Dr Marcus : Vous vous êtes pris d'affection pour elle ?
Amy : Oui, elle est orpheline n'est ce pas ?
Dr Marcus : Et elle a la mucoviscidose. Le gros lot.

Sans dévoiler de qui il s'agit (et non il ne s'agit pas d'une poupée gonflable, d'abord les poupées gonflables n'ont rien de mécanique, elles tiennent plus de la chambre à air que du droïde plantureux vu dans les géniaux films de science fiction), le personnage de la Fille Mécanique est amené de façon très sournoise, maligne (normal, en même temps il s'agit d'une fille, elle arrive donc sur la pointe des pieds, tout en douceur, et non avec des gros sabots comme un mec…) tout doucement, jusqu'à ce qu'on la rencontre au détour d'une scène très flippante. Ce personnage sympathique au corps marqué par la douleur donne lieu aux principales séquences à effets spéciaux du film. Un gros travail a été apporté pour lui donner un aspect à la fois triste, tragique et en même temps répugnant. Il n'est pas toujours évident de ne pas sombrer dans le ridicule en essayant de donner corps aux visions de cauchemars que peuvent avoir les personnages (ici, les enfants malades) et souvent cela tombe à côté de la plaque. Dans FRAGILE vous ne regretterez pas de faire la connaissance de La Fille Mécanique, et si son surnom étonne au premier abord (non je vous l'ai dit elle n'a rien de gonflable) (ce n'est pas un sex toy non plus), vous comprendrez très vite quand vous ferez sa connaissance.

Roy : Je suis ici depuis des lustres et il y a toujours un gamin qui jure avoir vu Charlotte. Presque une légende urbaine.

Elle correspond à tous les fantasmes qu'ont les enfants (nous compris, nous sommes de grands enfants) à l'égard du boogeyman, c'est à dire le monstre tapi dans le noir, sous votre lit ou dans votre placard. Le genre de créature que l'on a envie de voir, et que l'on est près à sortir le museau de sous les draps pour affronter son regard même si on sait que l'on risque notre peau. La Fille Mécanique n'est au départ qu'évoquée, chuchotée puis sa présence se fait de plus en plus sentir (un peu comme la Mère des Soupirs de SUSPIRIA de Argento.) grâce à de somptueux effets de délabrements soudain des décors, qui rappellent par ailleurs le travail effectué par Christophe Gans sur son SILENT HILL (et qui me rappellent aussi qu'il faut que je passe la serpillière chez moi, que ça urge même parce que si j'ai des invités qui arrivent à l'improviste… Quoique je ne connais personne par ici… Zut j'en oublie ma condition de geek des fois…) . Ce personnage est donc sinistre, et chacune de ses apparitions procure son lot de sensations fortes. Ces moments étant donc les moments de trouilles, inévitables quand on aborde ce cinéma de genre là…

Partie 4 - JE VOUDRAIS ME RETENIR DE PLEURER MAIS J'Y ARRIVE PAS

Il ne faut pas perdre en effet de vue (sinon on finit chez les fous avec Jacques Pradel, et ça serait vraiment insoutenable à vivre… vous vous imaginez passer vos journées à regarder dans le blanc des yeux son visage tout larmoyant de baudruche molle ?) que FRAGILE est un film d'épouvante pure. Et que tout au long, des séquences propres à terrifier le caniche de ma voisine interviennent de plus en plus fréquemment, jusqu'à la conclusion. Petit problème inhérent à ce genre de film, on devine tout le temps quand la scène de trouille va démarrer, c'est à dire dès que la lumière s'éteint ou qu'un personnage s'éloigne de trop, une lampe torche à la main. Après, tout le talent réside dans l'agencement de la scène dite qui fait mouiller la culotte de votre voisine (ou de votre voisin, les garçons aussi mouillent leurs culottes… heu… caleçons…) et il se trouve que Jaume Balaguero est un bel orfèvre en la matière et qu'il sait parfaitement bien filmer ses scènes là. Visionner ce film tout seul dans le noir, pour se mettre dans l'ambiance est une expérience à faire… seul ou alors chacun à un bord du canapé. D'autant plus que le réalisateur sait magnifiquement apprivoiser l'obscurité et sait en faire son amie, tout en en faisant l'ennemie des personnages et donc du spectateur…

Amy : Tu vas devoir rester avec elle. Elle est très gentille. Elle va très bien s'occuper de toi…
Maggie : Non non non !

Tous les passages où notre héroïne est amenée à braver l'obscurité telle Ariane dans un Labyrinthe ou plutôt Blanche Neige dans une forêt obscure (il est plus légitime d'emprunter ici une image de conte de fées) sont des moments dans lesquels nous sommes très vite mal à l'aise. Les souvenirs trainent partout au milieu de la poussière des endroits oubliés de cet hôpital, et l'atmosphère se fait vite étouffante dans de tels endroits. Les séquences chocs sont certes moins nombreuses que dans ses autres films mais cela n'empêche pas le film d'être une belle noirceur. FRAGILE est sans nul doute un film d'atmosphère, qui joue plus sur la suggestion que sur les séquences gores (comme dans REC ou LA SECTE SANS NOM par exemple) et c'est en cela qu'il est plus réussi encore, atteignant le niveau de DARKNESS qui était jusqu'alors sa plus grande réussite (enfin c'est mon avis, hein, je ne vous en voudrai pas si vous pensez le contraire. Je vous en voudrai plutôt si vous pensez différemment tout en m'égorgeant par traîtrise comme ce fichu Davidwebb007 dans WarHawk… Qu'est ce que je peux le détester ce Davidwebb007…). Jaume Balaguero n'use pas d'effets chocs comme il est souvent la mode, je pense à ces atroces jump scares dont je critiquais l'usage dans le raté remake de THE EYE par exemple…

Dr Marcus : C'est un boulot dur. Dieu sait que c'est dur. Un boulot parfois déchirant.

Jaume joue très bien avec l'impression d'étouffement par les décors sur les personnages du film. Ceux ci sont prisonniers des grands couloirs de l'hôpital comme s'ils n'avaient nullement le droit d'en sortir. Et comme ce sont des enfants qu'il s'agit, le film obtient une dimension encore plus effrayante que si nous voyions des adolescents prépubères en proie à des spectres verdâtres. La sinistre atmosphère qui règne dans ces lieux ajoutée la sensation d'enfermement, tout concourt ici à mettre le spectateur mal à l'aise. Comme les enfants, (ici malades donc encore plus propres à être condamnés à de terribles souffrances) comme l'infirmière, nous avons envie de prendre nos jambes à nos cous… et Jaume filme comme personne d'autre ces couloirs chichement éclairés, les personnages s'y retrouvant comme pris dans les faisceaux des phares d'une voiture venant les écraser. Nous sommes des lapins, nous ne baisons peut être pas autant (quoique ça dépend… ça dépend de la jupette…) mais nous nous faisons massacrer de la même façon et notre corps en sort meurtri. Notre âme aussi.

Maggie : Tu sais ce que je crois ? Je crois qu'il faut un baiser pour sauver la princesse. Un baiser d'amour.

Car, en effet comme je vous l'ai dit, ce film n'est pas seulement effrayant, n'est pas un simple film d'épouvante, il est aussi un film bouleversant. Je ne vous dirai rien du tout, mais sachez que FRAGILE apporte une idée sublime sur le pourquoi de la présence des fantômes à nos côtés. Une vision que je n'avais encore jamais vue dans un film de ce genre. Habituellement, le film de fantôme joue uniquement sur la peur viscérale de la mort, alors qu'ici ce n'est pas seulement le cas. Les vérités y sont exprimées de façon plus dures, le film apportant un regard nouveau sur la vie et donc sur la mort. Je ne vous cacherai pas que la fin de ce film (que j'ai vu désormais trois fois) me fait toujours autant pleurer. Ce film fait peur mais en même temps ce film est beau. Ce n'était pas chose aisée de la part de Jaume Balaguero mais voilà, il a réussi son pari, il nous joue une partition différente, son actrice principale y étant tellement remarquable qu'elle apporte force et souffrance aux drames qui se trament dans les couloirs de cet hôpital…

JE VOUDRAIS DIRE DEUX MOTS SUR

La réalisation :
Jaume Balaguero n'en est pas ici à son galop d'essai, il est un des représentants les plus forts du cinéma fantastique actuel européen. Il sort des sentiers battus, en ne jouant pas les effets chocs faciles, même si son film demeure malgré tout un pur film de genre. Sa mise en scène est sobre et efficace comme toujours, et il prouve une fois de plus son talent à prendre le spectateur par la main pour l'entraîner aux confins de la peur… et des larmes…

L'interprétation :
Calista Flockhart : Voilà une actrice qui d'habitude me fait rire dans son rôle d'avocate fofolle ( ALLY MAC BEAL ) et qui ici arrive à m'émouvoir par son jeu à fleur de peau, au bord de la dépression. Son côté diaphane apporte encore plus de fragilité au personnage, et on se surprend à être émouvoir par ses blessures intérieures. Bref, Elle y est remarquable.

La vieille dame : Ils restent près de ce qu'ils ont aimé. C'est ça qui les retient. C'est très simple.

Richard Roxburgh : voilà un acteur que l'on a vu dans de très nombreux rôles de méchants dans d'innombrables blockbusters débiles tels que MISSION IMPOSSIBLE II, VAN HELSING (il campait un ridicule Dracula) ou encore LA LIGUE DES GENTLEMEN EXTRAORDINAIRES. Habituellement il en fait des tonnes, en on dirait qu'il le fait exprès alors qu'ici pas du tout, il n'est que sobriété et retenue. D'un certain côté, il ne joue que le rôle de témoin et de soutien mental à l'héroïne du film…

Elena Alaya : voilà une belle et douce jeune femme vue dans de nombreux films espagnols, et de temps en temps dans des films américains, celle ci apportant le côté exotique que les américains aiment voir. Vous la reconnaîtrez ainsi si vous aviez regardé jusqu'au bout VAN HELSING ou le CAPITAINE ALATRISTE (les filles l'auront sûrement vu jusqu'au bout, celui là, remarquez, Aragorn jouait dedans…). Elle joue ici très bien une collègue de Calista Flockhart, impuissante et résignée face aux douleurs subies dans le film.

Petite précision désormais, sachez que ce film tourné en cinémascope était destiné initialement à une exploitation en salles chez nous, sauf que le distributeur (studiocanal) en a décidé autrement et que le film a connu une diffusion en exclusivité et an avant première sur Canal Plus le 14 avril 2006 ! alors que ce film a remporté de nombreux prix au travers de nombreux festivals étrangers dont le Goya (équivalent espagnol des Oscar et des César) des meilleurs effets spéciaux.

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exceptionnel

Commentaires sur cet avis

  • chabannou publié le 09/06/2009
    Ah ben c'est bizarre je viens d'offrir REC, je vais me tenter celui-ci avant de voir l'autre; Bel avis comme toujours
  • lucieh publié le 24/11/2008
    c'est marrant comme on est con des fois hein...moi je voyais pas du tout Calysta jouer dans de tels films ( en fait, je ne la voyais pas jouer ailleurs que dans Ally Mac Beal ) mais ton avis donne franchement envie de découvrir ce " science fiction et horreur" ( dixit ciao ) inconnu.
  • lucieh publié le 24/11/2008
    et je crois bien en avoir vu un autre entre les deux...donc ter :)))
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Information produit : Fragile (DVD)

Description du produit par le fabriquant

Réalisateur : Jaume Balaguero - Acteurs : Calista Flockhart, Yasmin Murphy, Elena Anaya, Gemma Jones, Richard Roxburgh - EAN : 3259130230178 - Universal Music

Caractéristiques Principales

EAN: 3259130230178

Nom: Fragile

Editeur: Universal Music

Format: DVD

Date de sortie: 12.06.2006

Année d'édition: 2006

Type de Public: Tous publics

Réalisateur: Jaume Balaguero

Acteurs: Calista Flockhart; Yasmin Murphy; Elena Anaya; Gemma Jones; Richard Roxburgh

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