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L'art sert-il à quelque chose ?

5  17.03.2006

Avantages:
une question futile et essentielle à la fois

Inconvénients:
un peu long pour ceus que ça n'intéresse pas

Recommandable: Oui 

bulma07

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Membre depuis:19.07.2004

Avis:42

Lecteurs satisfaits:17

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Cet avis a été évalué par 7 membres de Ciao en moyenne: très intéressant

Ceci est une question très ambitieuse à laquelle nous avons répondu en cours, lors d'un travail sur table. J'ai continué de réfléchir au sujet afin d'étoffer ma réflexion que je vous livre aujourd'hui :

A quoi peut bien servir l'art ? A embellir nos salon ? A nous divertir ? A gagner de l'argent ? La question est depuis longtemps au coeur des réflexions sur l'art. Celle-ci est vaste et ardue car l'art et protéiforme et s'est transformé à travers les siècles. Les mots qui composent cette question nécessitent eux-même un éclaircicement. Tout d'abord "servir à" indique que quelqu'un peut tirer un bénéfice ou un avantage quelconque de quelque chose. Quant au mot art, désigne-t-il simplement les arts plastiques ou comprend-il aussi la musique, le théâtre, la poésie ou encore la danse ? Le mot art transcende toutes ces disciplines. Il désigne une activité humaine plus générale.Le mot servir sous-entendrait un art utile, une sorte d'outil, un moyen pour atteindre quelque chose alors qu'à première vue, une toile accrochée au mur ne sert strictement à rien au sens strict du terme. Et pourtant l'art existe et à toujours existé. L'homme doit bien en tirer un certain bénéfice.
C'est ce paradoxe que nous tenterons d'étudier en commençant par une première partie où nous aborderons l'aspect inutile et autonome de l'art. Puis nous chercherons à identifier ses effets les plus immédiats non seulement sur le regardeur mais aussi sur le créateur lui-même. Enfin nous nous demanderons si l'art est nécessaire et à quoi il sert vraiment.

Les médias nous le rappellent souvent : l'art ne sert à rien et en plus il coûte cher à la société. Répondre non apparaîtrait alors comme une réponse vulgaire et galvaudée. Bien sûr l'art ne satisfait aucun besoin primaire (boire, manger, dormir) ni même secondaire ou tertiaire. Cependant l'Homme est agité par autre chose que par ses besoins basiques. Il convient donc de creuser un peu la question.
Commençons tout d'abord par le vrai détracteur de l'art et de la poésie à savoir Platon. Les artistes sont chassés de sa République car ils éloignent le peuple de la vérité et donc le pervertissent. L'art n'est qu'illusion car il est une représentation de ce qui est déjà une représentation : les objets réels sont des représentations imparfaites des Idées. Le procédé mimétique qui est propre à l'art de son époque et à la poésie ne créé pour lui qu'une apparence factice, illusoire qui n'a pas d'existence réelle.Ainsi pour lui l'art ne sert véritablement à rien car il n'est que fausseté. Pourtant, beaucoup d'artistes actuels n'utilisent plus le procédé mimétique dans leur travail, et leur activité est toujours de l'art. Donc, non seulement la théorie de Platon a ses limites mais en plus elle ne correspond plus du tout à l'art de notre époque. La contestation de ce point de vue radical ne prouve pas pour autant que l'art serve bien à quelque chose. Prenons par exemple les formes d'art qui servent très directement à quelque chose sont par conséquent univoques, ennuyeuses, voire dangereuses (je pense ici à peinture de propagande par exemple). Elles n'évoquent rien de plus que ce qui y est présenté et confinent le spectateur dans une seule voie. Pour Hegel dans Esthétique, la liberté définit l'art, ce qui suppose que l'art doit se détacher de tout asservissement quel qu'il soit. Le bel art selon Hegel n'est possible que si l'artiste fait preuve d'autodétermination et qu'il créé librement.
De plus si on considère l'évolution que l'art moderne a connnu, on constate qu'il s'est dirigé vers toujours plus d'autonomie. Par exemple l'invention de la photographie à libéré les artistes d'un art "de mémoire" qui servait à fixer un visage ou un lieu pour qu'il traverse le temps (les portraits d'art d'aujourd'hui n'ont plus tout à fait cette fonction). L'oeuvre ne sert plus à imiter fidèlement le réel. L'art abstrait en est une bonne illustration. Les oeuvres abstraites semblent autonomes et ne remplissent aucune fonction évidente, mais c'est justement parce qu'elles sont détachées de toute contraintes autres que celles de l'artistes lui-même qu'elles sont puissantes. Les sculptures minimalistes de Richard Serra par exemple dégagent une force car elles s'imposent d'elles-même et qu'elles ne servent profondément à rien.Elles n'ont aucune fonction et ne sont asservies par aucune représentation.Dans l'Esthétique de Hegel l'art est autotélique c'est à dire qu'il n'a pour finalité que lui même. Les artistes conceptuels ont travaillé sur cette notion et ont réalisé des oeuvres tautologiques qui rappellent que l'art ne peut être autre chose que l'art. L'oeuvre d'art ne dit rien d'autre qu'elle même. Mais pour Hegel quand l'art prend de plus en plus d'autonomie, il se vide paradoxament de sa substance. En allant vers l'expressivité la plus pure sans servir même le fond de l'oeuvre l'art deviendrait alors superficiel. De plus si l'art ne servait vraiment à rien cela reviendrait à dire qu'il n'a aucun effet sur le regardeur, or quand on voit les débats passionés qui agitent les gens quand il s'agit d'art, on peut alors en douter.


De plus l'Homme a toujours été lié à l'art, on peut alors se demander pourquoi quelque chose qui serait aussi vain serait présent depuis touours et en tout lieu. L'art doit bien finalement servir à quelque chose.
Tout d'abord c'est l'argent qui me vient à l'esprit. Certes on devient rarement artiste dans l'unique but de devenir riche, mais il ne faut pas oublier que l'art fait vivre tout un groupe de personnes, de l'artiste lui-même en passant par les acheteurs qui s'en servent comme placement financier, les galeristes ou les directeurs de musées. L'oeuvre est inscrite dans un marché puissant et elle appartient aussi au monde économique. L'aspect mercantile n'est pas à négliger, mais il ne me semble toutefois pas essentiel car certains artistes ne vivent pas de leur art et continuent tout de même à créér. L'argent parvient aussi à dénaturer un travail, car l'artiste pour vendre plus, peut se conformer aux goûts des acheteurs potentiels. Les artistes du courant du Land Art par exemple ont cherché à se libérer du marché de l'art en créant des oeuvres qui ne peuvent s'acheter directement.
On peut aussi réfléchir sur des formes d'art directement utiles comme l'art thérapie ou l'art de propagande. dans ce cas ce sont les limites de ce qu'est l'art qui sont questionnées. L'art thérapie n'est pas vraiment de l'art car il n'est pas destiné à être vu par des personnes autres que des médecins. L'art thérapie est juste une sorte de médicament parmi d'autres fait par des gens qui ne prennent aucun recul par rapport à leur production. La propagande relève plus d'une stratégie de communication coercitive à plus ou moins grande échelle. En fait il convient de différencier ce qui est simplement utile de ce qui est réellement utile. Beaucoup d'artistes affirment qu'ils ne pourraient pas vivre sans peindre, écrire,... La notion d'expression et de liberté est donc très importante. Certains exorcisent leurs démons à travers l'art et ne peuvent pas faire autrement. Pour le créateur non seulement l'art sert à quelque chose mais en plus il est nécessaire. Je me souviens d'un artiste abstrait que j'avais rencontré il y a déjà quelques années qui présentait son travail comme un questionnement. Il posait les questions fondamentales en peignant et disait trouver les réponses dans ces mêmes tableaux. Le travail de Frida Kahlo est aussi très représentatif de cet art nécessaire. La douleur physique et morale que subissait cette femme se retrouve très directement dans sa peinture. Peindre semble avoir été une forme d'expression mais surtout un acte primaire et nécessaire pour extérioriser ses souffrances.
Le regard du spectateur sur l'art nécessite aussi un éclaircissement. En effet les gens courent les musées et les expositions et on peut se demander ce qu'il y cherchent réellement. Le musée est pour beaucoup une sorte de temple de la culture et il est un passage obligé comme une sorte de pélerinage. Le Louvre est rempli de touristes qui ne sont pas réellement là pour l'art mais seulement pour pouvoir dire "J'y étais et j'ai vu la Joconde". Une attitude aussi superficielle est à rapprocher de celle des coureurs de vernissages qui sont juste là pour se faire voir et se faire photographier à côté des notables. l'art devient alors un prétexte et un faire-valoir. Passage sur l'esthétique relationnelle.... Pour Schoppenhauer, la contemplation d'une oeuvre belle est un moyen d'apaiser pendant un moment les tourments intérieurs et de retrouver une certaine harmonie. Le spectateur est à la recherche d'émotions profondes face à une oeuvre d'art. L'art fait résonner et met en branle des sentiments enfouis et très intimes : l'oeuvre fait écho à notre nature profonde que nous pouvons parfois découvrir à travers elle.

Comment démêler un tel pardoxe ? La nouvelle Le magicien de Dino Buzzati dans son célèbre recueil de nouvelles Le K apporte un élément de réponse. Un écrivain un peu lassé par son travail qu'il trouve parfois dérisoire est provoqué par le professeur Schiassi. Celui-ci cherche à lui montrer que le travail de l'écrivain, de l'artiste,... est complètement inutile et qu'il est donc condamné à disparaître. L'écrivain finit par réagir en rétorquant :
"Oui, les histoires que l'on écrira, les tableaux qu'on peindra, les musiques que l'on composera, les choses stupides, folles, incompréhensibles et inutiles dont tu parles seront pourtant toujours la pointe extrême de l'Homme, son authentique étendard".
En effet, non seulement l'art est une des choses qui nous différencie le plus de l'animal mais en plus, dans son inutilité, il permet à l'Homme de prendre conscience de son propre esprit et de sa propre liberté. Pour Hegel l'art amène l'Homme vers un état qui va au delà de la simple conscience qu'il appelle conscience de soi. Si l'art provoque tant de débats passionnés, de dicussions houleuses et de critiques enflammées c'est parce qu'il est quelque chose d'essentiel et qu'il touche quelque chose d'essentiel en l'Homme. Il ne sert pas apporter du plaisir immédiat ou du diverstissement (cela n'empèche pas les artistes d'être drôle et de mettrre de l'humour dans leur travail), il permet d'ouvrir son propre esprit, d'être parfois confronté à des choses provoquantes qui nous réveillent ; parfois le monde est perçu à travers le spectre de loeuvre d'art et non plus l'inverse car l'art nous imprime des images fortes qui sont un des fondement de notre culture. C'est pourquoi l'art est loin d'être un luxe, une chose superficielle et inutile destinée une élite. Si l'objet d'art lui-même est inutile car n'est pas fait dans le but de servir à quelque chose, il n'est pas sans conséquences sur celui qui le créé et celui qui le regarde.
Loin d'éloigner le regardeur de la vérité comme le prétend Platon, l'art permet de percevoir le monde autrement. car l'art permet d'exprimer l'indiscible. C'est dans la fausseté de l'image c'est à dire le décalage qui existe entre la réalité et la propre réalité de l'artiste que le regardeur pourra percevoir la chose juste. La vérité se trouve alors dans l'apparence sensible de l'oeuvre et cette dernière n'est pas une simple illusion.


Ainsi, même si le public n'est plus là, et que les salles de concert se vident, l'art sera toujours une part nécessaire de l'humanité.On peut se demander si à notre époque où la recherche du plaisir immédiat à travers les loisirs et autres divertissements, l'art à toujours sa place. De plus le divorce actuel de l'art et du public questionne encore plus ce que doit être l'art dans la tête des gens. L'abandon d'une technique virtuose et de la représentation systèmatique y est surement pour quelque chose. Il est pourtant difficile à croire que le public recherche une simple performance technique dans l'oeuvre d'art. Peut-être cette désafection est-elle due à un simple manque d'éducation...
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Commentaires sur cet avis
delphine2612

delphine2612

22.05.2006 20:58

Tout simplement, félicitations

amundain

amundain

15.04.2006 13:55

Félicitations pour ce traitement à la fois très développé et parfaitement argumenté de bout en bout. Le sujet n'est pas facile, effectivement, et la question que tu poses peut être sujette à moult débat, débat duquel tu te sors très bien ;-)

k1_71

k1_71

08.04.2006 23:47

Bravo pour cette réflexion qui m' intéressé de bout en bout. Je t'accorde donc volontiers un E, même si je n'ai pas non plus été transporté par ton propos. Ceci dit, ton avis a le mérite de traiter d'un sujet peu évident et qui fait figure d'exeption sur ce site.

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