De nouveaux Horizons

5  08.05.2010

Avantages:
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Inconvénients:
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Recommandable: Oui 

Kaileena

Plus à mon sujet: 25.08.13 : De très rares passages par ici ! Me voilà professeure stagiaire agrégée d'arts plastiques...

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Hello les Ciaonautes !


J'avais prévu de vous publier un petit avis beauté mais il semblerait que j'ai tardé à demander le référencement du produit puisqu'il n'est toujours pas en ligne, bon du coup, ce sera pour lundi je pense ! En attendant, j'avais envie de vous faire partager un nouveau compte-rendu d'exposition que j'ai du rédiger dans le cadre de l'un de mes mémoires de recherche. Comme l'avis sur l'expo "Vanités" avait plu, je me suis dit, pourquoi pas publier un nouvel avis artistique (et peut-être d'autres à venir, qui sait :p).


Je voudrais vous présenter l'exposition "Horizons" de Jan Dibbets, qui a été présentée au MAM de Paris de février à mai, mais qui est malheureusement terminée (j'aurais du publier cet avis avant, sorry). Et en plus, il n'y a pas tellement d'images de cette expo sur le net pour vous montrer à quoi ça peut bien ressembler... enfin bon, espérons que mon texte suffira à vous donner une impression de ce pouvait bien être cette expo.
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Introduction


L’exposition consacrée au travail de Jan Dibbets au Musée d’art moderne de la ville de Paris propose un regroupement de travaux de l’artiste néerlandais autour du thème de l’horizon. Dibbets a commencé ses Horizons à la fin des années 60 et au début des années 70 (de 1969 à 1974), avant de les reprendre bien plus tard au cours des années 2000 (2005 à 2007). Ce sont toutes ces œuvres qui sont réunies au MAMVP pour proposer aux visiteurs un voyage singulier entre ciel et terre.


Dans cette analyse, je vais tout d’abord parler de l’organisation de l’exposition puis je parlerai ensuite des œuvres qui y sont présentées et des questionnements abordés par l’artiste. Enfin, je ferai une petite conclusion sur cette exposition.
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Analyse


L’exposition « Horizons » consacrée à Jan Dibbets est située dans une partie du musée qui offre plusieurs grandes salles aux murs blancs, très hauts et dont la lumière des éclairages arrive en plongée sur les œuvres. La toute première salle, qui constitue une sorte de hall d’entrée, ne présente que deux œuvres, et un texte descriptif de la démarche de l’artiste pour informer le visiteur qui ne connaît pas encore le travail de Dibbets. A côté de ce texte figure sa première œuvre, Five Island Trip (Work for Siegelaub’s Summershow), réalisée en 1969 pour une commande du promoteur d’art conceptuel Seth Siegelaub.


Cette première salle nous donne déjà le ton de l’exposition

Photos
  • Exposition Horizons de Jan Dibbets (Musée d'Art Moderne de Paris) artwork_images_117335_274906_jan-dibbets - Exposit
  • Exposition Horizons de Jan Dibbets (Musée d'Art Moderne de Paris) g_MAMVP01Dibbets - Exposition Horizons de Jan Dibb
  • Exposition Horizons de Jan Dibbets (Musée d'Art Moderne de Paris) g_MAMVP01Dibbets01 - Exposition Horizons de Jan Di
  • Exposition Horizons de Jan Dibbets (Musée d'Art Moderne de Paris) jan-dibbets-2 - Exposition Horizons de Jan Dibbets
Exposition Horizons de Jan Dibbets (Musée d'Art Moderne de Paris) artwork_images_117335_274906_jan-dibbets - Exposit
Exposition Horizons de Jan Dibbets (Musée d'Art Moderne de Paris)
: des photographies de paysages sont offertes au regard ; tantôt il s’agit de la mer, tantôt il s’agit de la terre (ou plus précisément des plaines verdoyantes). Plus loin, dans la plus grande salle sont montrées des œuvres plus imposantes de par leur taille, et qui ne se contentent plus du cadre classique pour s’élever vers le plafond, notamment avec la réalisation des Comets.


La dernière salle présente toujours des Horizons, mais aussi quelques Perspectives corrigées. Au fond de celle-ci, un petit espace est consacré aux projets vidéo de l’artiste, vidéos mises en vis-à-vis et qui questionnant toujours cette question de l’horizon, mais à travers le motif de la mer en mouvement.


L’organisation de l’exposition ne suit pas de chronologie ni de thématique particulière, les œuvres sont un peu disséminées dans l’espace sans volonté de créer, à mon sens, de cohérence précise, sinon celle du thème de l’horizon qui est constamment repris (et pour ainsi dire, épuisé...). Il y aurait pu avoir, selon moi, par exemple une partie « horizons maritimes » et une autre partie « horizons terrestres », mais l’avantage d’un mélange des œuvres est un certain dynamisme créé dans l’accrochage, dynamisme qui n’aurait sans doute pas pu être produit par une succession de photographies de la mer ou de landes (qui au final, aurait été peut-être trop monotone).


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La totalité des œuvres présentées sont issues de deux périodes durant lesquelles Dibbets a traité le thème de l’horizon ; une période récente (2005-2007) et une plus ancienne, qui remonte dans les années 1970 (1969-1974). Les œuvres ne manifestent pas de différences flagrantes, malgré le grand écart temporel qui les sépare (en revanche, la qualité des tirages photographiques est moins bonne lorsque les oeuvres sont anciennes). Toutes sont réunies dans ce même lieu d’exposition, parce qu’elles témoignent d’une réflexion majeure au cœur de la pratique de l’artiste sur cette question de l’horizon dans l’art.


En effet, l’horizon, cette ligne imaginaire inventée par l’Homme pour simplifier les codes de la représentation, a toujours été un élément fondamental dans les règles de la construction de la perspective (et de l’espace en général) dans la peinture à l’époque de la Renaissance, chez les grands maîtres italiens mais aussi en France par la suite. Dibbets va justement aller à l’encontre de ces conceptions classiques en élaborant ses compositions en faisant plus ou moins abstraction de cette ligne fictive au profit de compositions plus libres. L’horizon apparaît alors davantage comme un élément plastique, plutôt qu’une ligne qui serait le point de départ de toute construction.


En proposant une rupture avec les conceptions classiques de la construction de l’espace, Dibbets invite le visiteur à adopter un autre regard face au monde qu’il côtoie. La ligne d’horizon est basculée, chamboulant nos repères et questionnant notre perception. Dibbets réalise plusieurs séries de photographies avec un basculement progressif de l’horizon terrestre et maritime, qui se penche de plus en plus, de 15° d’inclinaison dans le sens antihoraire à chaque photo. On a ainsi sur la première photo une ligne d’horizon droite, à 0°, puis la photo suivante présente une inclinaison de 15°, la suivante de 30… etc et jusqu’à obtenir au final un horizon vertical, à 180°.


Ce basculement de l’espace est intéressant car non seulement nos habitudes visuelles sont remises en cause, mais aussi parce que la ligne d’horizon, qui au départ avait une place centrale dans la composition, se retrouve peu à peu déplacée, remontant vers le haut en diagonale, laissant plus d’espace à la mer qu’au ciel par exemple.


Dans d’autres œuvres, l’horizon reste horizontal (lol) mais il change de place ; une des premières séries de photographies qui est exposée à l’entrée de l’espace d’exposition nous montre des photos avec une découverte progressive de l’espace (Land up and down). La ligne d’horizon est très basse, puis elle monte, peu à peu, nous dévoilant la lande et rétrécissant le ciel. Puis lorsque la lande recouvre la totalité de l’espace, la photographie suivante fait redescendre la ligne d’horizon, jusqu’à ce que le ciel remplisse à nouveau toute la photo. Ce système de « vision progressive » est intéressant, mais à mon sens moins abouti que les autres dispositifs ou l’horizon apparaît basculé et produit ainsi un renversement des codes.


Par ailleurs, Dibbets se sert de l’horizon comme ligne « conductrice » pour créer de nouveaux paysages fictifs (Sealand, Sectio Aurea…). Il prend plusieurs fragments de nature ; photographies de mers ou de landes (avec le ciel), et assemble les deux en alignant la ligne d’horizon pour créer une continuité visuelle entre les deux éléments, de manière à inventer au final un espace qui n’existe pas dans la nature. A partir d’éléments hétérogènes réels, Dibbets produit un espace homogène fictif qui se matérialise sous nos yeux.


Parfois, il ne se sert que d’un seul et même paysage ; la mer ou la lande, mais dont il met en correspondance diverses prises de vues. De cette manière, il crée les Comets, longues courbes qui s’élancent à la conquête du ciel, produites à partir d’assemblages de photographies d’horizons terrestres ou maritimes verticaux plus en plans plus ou moins rapprochés. Il produit également des Panoramas, qui sont de petites photographies juxtaposées ou superposées en suivant une courbe (qu’il nous montre à l’aide d’un croquis sous l’assemblage), qui au final ressemblent un peu à un puzzle visant à reconstruire la ligne d’horizon.


Ces tentatives de reconstruction sont assez amusantes, et le dispositif photographique utilisé est plutôt original et inventif. Dibbets joue véritablement avec notre perception, et remet en cause les codes de la vision. Dans la dernière partie de l’exposition, il s’essaie à la vidéo en filmant la mer, de haut en bas, en suivant l’horizon, mais sur trois moniteurs (c'est-à-dire que la mer descend sur l’un, mais monte sur l’autre, alors qu’elle « stagne » sur le troisième), ou bien en le basculant à nouveau, et en le faisant monter et descendre en suivant la diagonale qu’il forme. La question du cadrage apparaît donc fondamentale chez Dibbets.
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Conclusion


La nature a au final une place primordiale au sein de l’œuvre de Dibbets. Il traite le paysage au moyen du médium photographique grâce auquel il interroge le monde et le visible. Il questionne notre perception et nos habitudes visuelles en brouillant les codes de représentation, en s’appuyant sur le motif de l’horizon qui apparaît comme un motif fondamental au cœur de sa démarche, ce concept peut paraître d'ailleurs très réducteur mais il est malgré tout plus riche qu'on ne le pense et Dibbets nous en donne un aperçu à travers ses oeuvres (néanmoins, c'est assez répétitif à force, il faut l'avouer...). De même, la question du cadrage est très importante dans son travail puisque c’est le cadrage qui définit un point de vue particulier que l’artiste veut montrer.


Avec certains cadrages, la mer apparaît comme une figure à part entière. Le paysage n’est plus envisagé en tant que tel, mais davantage en tant que figure, comme c’est un peu aussi le cas dans mes photographies. En effet, la photo de paysage qui exclue tout être vivant a un statut particulier qui « humaniserait » presque les lieux, en leur donnant une véritable présence. Cela se voit surtout dans l’œuvre de Dibbets avec les vidéos de la mer en mouvement, qui apparaît comme une entité. Parallèlement, les maisons dans mes photos apparaissent comme des figures ; et le paysage est traité avec plus ou moins de distance par rapport à la réalité, en fonction du cadrage choisi.


Enfin, le travail de Dibbets s’inscrit dans une pratique très contemporaine car il s’attache à « transgresser » les conceptions classiques pour se les réapproprier et questionner ce que nous voyons. La ligne d’horizon est réutilisée au service d’une transformation de notre perception, qui permet au final de recréer une nouvelle réalité, née de la fusion d’éléments visibles détournés ou mis en corrélation. En ce sens, Dibbets ouvre de nouveaux horizons à l’art contemporain.
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Voilà, ce petit avis est terminé, j'espère qu'il aura plu aux amateurs d'art (et peut-être aux non-amateurs), et puis je vous remercie pour votre lecture et vous dit à bientôt pour un nouvel avis (beauté !) ce week-end ;)

Amicalement, Kailee
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Commentaires sur cet avis
PetiteEtincelle

PetiteEtincelle

22.10.2010 10:23

"Le paysage n’est plus envisagé en tant que tel, mais davantage en tant que figure, comme c’est un peu aussi le cas dans mes photographies." >>> Tu compares tes propres photos à des photos d'artistes reconnus dans tes devoirs ? :o Moi j'adore ! :D

lastar.com

lastar.com

15.05.2010 23:00

- E -

stessy45

stessy45

12.05.2010 11:40

Plus de E mais c'est un avis excellent...je ^ne sais même pas comment on peut être tellement inspiré il fauit vraiment être passionée:)

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