Gran Torino (25 Février 2009)

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Gran Torino (25 Février 2009)

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Gran Torino : un concentré de Eastwood

4  12.03.2009

Avantages:
Scénario ambitieux, humour, Clint

Inconvénients:
Clint évince toute concurrence  :  on ne voit que lui

Recommandable: Oui 

amundain

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Membre depuis:09.12.2005

Avis:337

Lecteurs satisfaits:134

Cet avis a été évalué par 24 membres de Ciao en moyenne: très intéressant

Clint Eastwood est de retour au cinéma, quelques mois à peine après nous avoir offert « L’échange ». Il a la forme Clint, quand il s’agit de mettre en scène des films. Pour ce qui est de jouer dedans, en revanche, ça s’était plutôt calmé depuis « Million Dollar Baby », dernière apparition en date devant la caméra (et accessoirement film réalisé par lui-même qui lui valut de remporter l’Oscar du meilleur réalisateur).
« Gran Torino » marque donc le retour du grand Clint devant la caméra, à presque 79 ans, pour ce qui s’annonce clairement comme un baroud d’honneur et très probablement son dernier rôle en tant qu’acteur, l’envie de mettre en scène ayant remporté la partie.
Bon nombre de rumeurs ont d’ailleurs circulé sur « Gran Torino », la plus surprenant de toutes (et encore, l’est-elle vraiment ?) étant le fait qu’il s’agissait d’un nouvel épisode de la série des « Inspecteur Harry » ! Alléchant, certes, mais non vérifié (encore que, par certains aspects…). Quoi qu’il en soit, ce film a effectué un démarrage exceptionnel en salles, s’attirant à la fois les bonnes grâce des critiques à une quasi unanimité (ce qui est quand même rare, même pour un gars de la trempe de Eastwood), et aussi celles d’un public souvent conquis par le travail de Clint.


Synopsis

Walt Kowalski est vieux, aigri, raciste, armé et plein de préjugés.
Ancien de la guerre de Corée, il vit aujourd’hui à Détroit où il a travaillé pendant des dizaines d’années à la chaîne dans l’usine Ford du coin. Walt vient de perdre sa femme, et se trouve désormais seul, accentuant sa propension à l’isolement…
Le quartier dans lequel il habite depuis de longues années a progressivement été envahi, d’après lui, par des immigrés latinos, africains, ou asiatiques (et plus précisément hmongs) qu’il voit d’un œil plus que mauvais.
La seule vraie consolation de Walt, outre son fusil toujours à portée de main, c’est sa voiture de collection : une Gran Torino qu’il bichonne affectueusement et sur laquelle il a monté lui-même l’arbre de direction.
Aussi, lorsque le petit voisin, Thao, tente de lui voler la voiture afin de faire ses preuves pour intégrer un gang du quartier, Walt voit rouge et se pose en adversaire déterminé de ladite bande, à la plus grande joie de ses voisins qui voient dorénavant en lui un héros. C’est cette situation qui va contribuer à un réchauffement des relations entre voisins, faisant fléchir Walt sur bien des positions, et le rapprochant de ses voisins, avec lesquels il va nouer des liens d’amitié à son corps défendant.


Clint réinvente son cinéma

L’histoire de « Gran Torino », à priori, peut sembler un peu plus légère que les derniers films d’Eastwood, dans lesquels il abordait des sujets aussi sérieux que la guerre (« Mémoires de nos pères », « Lettres d’Iwo Jima »), la disparition ou le meurtre d’enfant (« L’échange », « Mystic River ») etc. Autant de réjouissances qui pourraient quasiment faire passer « Gran Torino » pour une comédie familiale, ou presque.
Bon,

Photos pour Gran Torino (25 Février 2009)
Gran Torino (25 Février 2009) GranTorino1
Clint is back !
on n’en est tout de même pas là, même s’il faut avouer que dans sa dernière réalisation, Clint Eastwood a su intégrer un côté un peu plus léger en misant sur quelques répliques et situations prêtant à sourire en dépit du contexte dans lequel elles sont intégrées : la majorité des bons mots vient du mépris ouvert du héros, Walt, pour ses voisins immigrés qui, au choix, écorche joyeusement leurs noms ou penche plus directement dans les insultes racistes, très premier degré en début de film, puis plus sous forme de jeu au fur et à mesure que progresse l’intrigue.
Cette légèreté vient peut-être aussi du script lui-même : le scénario de « Gran Torino » est un scénario original (oui, pour une fois il ne s’agit ni d’une adaptation de roman, ni d’une histoire inspirée de faits réels…), et même un premier scénario, écrit par Nick Schenk, lequel a eu l’occasion de côtoyer durant de nombreuses années des ouvriers immigrés hmongs, ce qui ne manque pas d’apporter une touche d’authenticité au film. C’est d’ailleurs la première fois dans un film (américain, tout du moins), qu’il est question de cette communauté hmong. Il s’agit, pour faire court, d’un peuple disséminé sur plusieurs pays d’Asie et qui a pris le parti des américains durant la guerre qui a sévi dans cette région, les conduisant à être persécutés sur place et à obtenir un droit d’asile de la part du gouvernement américain.
Le scénario, et donc le réalisateur, nous invitent donc à faire connaissance avec ce peuple à travers ses coutumes et ses traditions, qu’ils n’ont pas manqué de faire suivre aux Etats-Unis. Pour cela, on peut aisément accorder au film un petit plus culturel, c’est toujours bon à prendre.
Mais le film va bien plus loin que cela, en abordant des sujets de société assez profonds sur la situation de l’Amérique aujourd’hui et les multiples tensions, notamment raciales, qui gangrènent ce pays pourtant hautement multiculturel et multiethnique. Ainsi, le personnage de Walt Kowalski (pourtant lui aussi fils ou petit-fils d’immigré polonais) représente l’Amérique d’hier, celle de l’âge d’or, notamment de l’automobile, où les usines Ford tournaient à plein régime et où Detroit, capitale de l’automobile, était le centre bouillonnant d’une Amérique dynamique et prospère, qui s’enlisait malgré tout dans un conflit asiatique mais restait fière d’elle et confiante comme jamais. Face à lui, l’Amérique d’aujourd’hui : un brassage de cultures et de races, un désespoir latent et un manque certain d’optimisme pour l’avenir.
Deux faces d’une Amérique qui nous est présentée, du coup, plutôt sur le déclin, et une situation qui ne manque pas d’occasionner des clashes, l’exemple de Walt et de son voisinage en étant une représentation parfaite.
« Gran Torino », c’est également une chronique de la vieillesse, avec un héros fatigué qui ne se résout pas à sa condition, et qui souhaite continuer à avancer en dépit du temps qui passe. Une vieillesse teintée d’acariâtreté, de manque de tolérance, et de racisme primaire dans le cas de Walt pour qui tout ce qui n’est pas blanc n’est pas jugé digne. Une position très extrême en début de film que l’on comprend, au fur et à mesure, être bien plus une réaction épidermique due à la guerre qu’un véritable mépris d’un autre qui serait différent, l’attitude de Walt évoluant dans le sens de la tolérance, voire du partage et de la complicité avec son voisinage.
Autant de sujets traités, pour une fois, sans pathos excessif et sans cette insupportable manie qu’a Eastwood, de manière générale, de vouloir tirer des larmes à son spectateur à tout prix, sur dramatisant ce qui se passe à l’écran et tombant dans le drame absolu. Ce ton plus léger est d’ailleurs une bénédiction. Attention, je ne dis tout de même pas que Clint a changé son fusil d’épaule de manière drastique et qu’il tombe dans la comédie légère de boulevard. Loin de là, les enjeux du film sont tout de même plus importants.
Dans tous les cas, cette fameuse voiture, la Gran Torino, est la matérialisation physique de tous ces aspects : une voiture des années glorieuses qui est désormais une pièce de collection que l’on regarde avec envie et admiration, mais dont on sait qu’elle ne verra plus jamais le jour, un symbole de la toute puissance perdue (dans une certaine mesure) de l’Amérique face au monde lorsque Walt ne manque pas de reprocher à ses voisins et à sa famille de ne pas acheter américain (eux, heureux propriétaires d’une Toyota, un sacrilège aux yeux de Walt !)…
Cet attachement à l’Amérique et à ses valeurs étant d’autant plus souligné que le drapeau américain est présent dans bon nombre de plans, à commencer par le porche de Walt, américain et fier de l’être.

Clint crève l’écran

Que ce soit derrière, mais surtout devant la caméra, « Gran Torino » donne à Clint Eastwood l’occasion de briller une fois, encore, l’acteur ayant même déclaré que ce pourrait être la dernière devant la caméra, sa carrière d’acteur touchant à sa fin.
Ainsi, est-ce voulu ou totalement inconscient, toujours est-il que le personnage de Walt Kowalski est un peu un personnage testament, une espèce de somme de tout ce qu’a pu être Eastwood au cinéma, à travers les multiples personnages qu’il a interprétés, les plus mémorables, le grand public en conviendra, étant ceux de Harry Callahan dans la série des « Inspecteur Harry », ou encore ses diverses incarnations du cowboy dans les westerns spaghetti de Sergio Leone dans les années 70. Ici, le personnage principal de « Gran Torino » semble reprendre des traits de caractère de chacune de ces gloires passées, pour en faire un homme passionnant, et d’un charisme tellement incroyable qu’il parvient à reléguer immédiatement au second plan quiconque partage l’écran avec lui.
Et c’est probablement sur ce point que « Gran Torino » affiche une petite faiblesse : celle de tellement magnifier son héros principal que l’on en vient à trouver les personnages secondaires assez fades et sans saveur. C’est d’ailleurs la chose qui m’a le plus dérangé dans ce film, le manque d’attachement que j’ai pu ressentir vis-à-vis des voisins de Kowalski, en particulier les deux jeunes Thao et Sue pour lesquels je ne suis pas parvenu à ressentir la moindre empathie, et encore moins de tristesse lorsque surgissent les coups durs et que leur vie devient une sorte d’enfer.
Dommage, car cela semblait être l’un des ressorts importants du film, et je suis un peu passé à côté de l’intrigue, ne me sentant ni impliqué ni concerné par le devenir des personnages autres que Walt lui-même.
C’est d’ailleurs sur ce seul et unique point, important tout de même, que je peux critiquer ce film qui, sinon, est extrêmement bien réalisé. Eastwood est d’ailleurs considéré comme un très grand réalisateur, mais je dois avouer que généralement son cinéma m’ennuie. Pas que ses histoires ne soient pas intéressantes ou que ce soit filmé avec les pieds, bien au contraire : la côté souvent très académique et trop léché de ses mises en scène finit par me horripiler. Quand rien ne dépasse, j’ai tendance à considérer les films comme un peu trop propres.
Ici, même si l’on sent un certain sursaut en termes de mise en scène, avec une réalisation un poil moins formatée qu’à l’habitude, le tout reste cruellement marqué de la patte Eastwood : une intrigue assez lente, qui conduit à un film au rythme indolent, qui se laisse regarder, mais, à mes yeux, ne décolle jamais pour créer chez le spectateur l’excitation que j’aime personnellement ressentir dans un film. En gros, ça se laisse regarder, c’est agréable, mais ça s’arrête là.
Reste que ce n’est déjà pas si mal, il n’y a qu’à voir le nombre de films sur le même modèle qui sont totalement indigestes que sait pondre Hollywood chaque année. Mais définitivement, je crois qu’Eastwood ne parviendra jamais à me conquérir totalement et à me faire vibrer devant l’un de ses films…


Conclusion

Ce film est une double surprise : d’abord parce qu’il sort très peu de temps après « L’échange » (trois mois entre deux films, il ya bien peu de réalisateurs qui peuvent se targuer d’avoir un tel rythme !), et ensuite parce qu’il constitue un renouvellement de style pour Eastwood que je considère comme le roi du mélo pleurnichard formaté pour les Oscar.
Ici, en dépit de sujets plutôt sérieux, Clint parvient à se mettre en scène de manière plus légère et, parfois, humoristique, livrant un film à la fois plus éloigné de son univers qu’à l’habitude, mais aussi plus personnel dans la mesure où l’on sent qu’il se raconte en tant qu’acteur. Il y intègre en effet tout ce qui a façonné la légende Eastwood, les genres de personnages qu’il est et restera toujours aux yeux du public, pour créer un héros bouillonnant de sentiments contradictoires que l’on a bien du mal à haïr en dépit de son tempérament détestable.
Un film somme, semblent dire les critiques avertis, qui est une forme de testament qu’adresse Eastwood au cinéma. Une vision plutôt pessimiste, en dépit de la qualité du film : Clint est-il fini ? Il y a fort à parier que non ! Reste que désormais, il faudra probablement compter sans lui devant la caméra. La fin d’une époque, il faut le dire…
En tout cas, les amateurs du cinéma d’Eastwood ne pourront qu’être aux anges devant « Gran Torino », c’est un grand Eastwood qui occupe l’écran, tellement grand que son aura et son charisme éteignent totalement ses partenaires. Dommage, mais quelle prestation pour Eastwood !


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Commentaires sur cet avis
shihan

shihan

29.04.2009 11:28

Harry faisait vraiment très "héros américain" alors que dans ce film, j'ai trouvé CE vraiment proche de la réalité. L'historique sur les hmongs, les relations entre habitants, les rancoeurs du passé, le "racisme primaire" (encore très présent aux States...), tout cela est remarquablement bien représenté. La fin du film est assez inattendue, mais démontre fort bien que la veangeance par la violence peut être détournée par un minimum d'astuce (bien sûr, tout le monde n'est pas en "fin de vie"...lol). ;-))

shihan

shihan

29.04.2009 11:23

Si CE brille de toute sa "splendeur" dans ce film, c'est bien parce que c'est un acteur qui a du talent, du vrai...et un très bon réalisateur. ;-))

peusoune

peusoune

24.04.2009 15:12

à voir la présentation je trouvais que ça faisait super papi qui se la pète, mais je vais réviser mes préjugés moi aussi... je le verrai à l'occasion...Super avis !

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