... L’on peut noter ainsi de superbes dessins de Francis Picabia , inestimables ou peu s’en faut (un portfolio de dessins de l’artiste était récemment proposé pour deux millions d’euros par une galerie de la rue Bonaparte), mais aussi les petits dessins coquins de Willy , l’époux de Colette , ... Lire l'avis
Avis par madmike sur Hôtel de Massa, Paris 29.09.2009
L'évaluation de l'auteur:
Intérêt
Très bon
Fréquentation et Affluence
Bon
Amplitude Horaire
Très mauvaise
Accueil et Service
Très bon
Rapport Qualité Prix
Excellent
Avantages:
Un hôtel à l'histoire insolite et aux jolies collections . . .
Inconvénients:
. . . même si l'intérieur n'est que rarement visible .
Recommandation pour les acheteurs potentiels?
oui
Avis complet
…
Préambule
Il est fréquent que des voyageurs descendent dans un hôtel, mais nettement plus rare qu’un hôtel se révèle voyageur. C’est pourtant ce qui est arrivé à l’ hôtel de Massa , hôtel particulier initialement élevé le long des Champs-Elysées et désormais sis près de l’Observatoire de Paris, c’est-à-dire à quelques kilomètres de sa position initiale, une translation peu banale pour un bâtiment qui ne relève pas vraiment du préfabriqué.
Cet hôtel à l’histoire peu ordinaire abrite désormais la Société des Gens De Lettres , ce qui permet d’en admirer aisément l’extérieur, et de profiter de l’ouverture exceptionnelle dans le cadre des Journées du patrimoine pour en visiter l’intérieur…
Des propriétaires pittoresques
Le commanditaire et premier propriétaire de l’hôtel, Denis-Philibert Thiroux de Montsauge , était administrateur des Postes, place importante certes, mais a priori peu en rapport avec le train de vie que supposait un hôtel particulier. Il avait peut-être profité de la fortune de son épouse, fille d’un de ces fermiers généraux si décriés pour leur enrichissement, mais d’aucuns ont supposé qu’il avait en fait servi de prête-nom au comte d’Artois , frère du roi Louis XVI et futur Charles X , qui aurait souhaiter y loger discrètement juste à côté de son propre hôtel particulier une actrice avec laquelle il entretenait une liaison !
L’hôtel passa ensuite entre diverses mains, avant d’être acheté en 1830 par le général et comte Charles Flahaut de la Billarderie , qui fut l’un des plus illustres exemples de descendance illégitime en cascade : il était en réalité le fils naturel de Charles-Maurice de Talleyrand-Périgord, prince de Bénevent , et de plus sa mère, la marquise de Souza , a souvent été tenue pour une fille illégitime de Louis XV ! Mais la généalogie ne n’arrête point là, puisqu’il eut d’une liaison avec Hortense de Beauharnais , fille de l’impératrice Joséphine de Beauharnais et épouse du roi de Hollande Louis Bonaparte , un fils illégitime, le duc de Morny , demi-frère de l’empereur Napoléon III . Autrement dit le général comte était le fils d’un prince, le petit-fils d’un roi, l’amant d’une reine, le père d’un duc et le "beau-père" d’un empereur, ce qui dans le genre doit être un record !
Le dernier propriétaire ne fut pas le moins intéressé, puisque Théophile Bader était surtout intéressé par la parcelle, sur laquelle il voulait édifier un magasin (il était en effet le propriétaire par ailleurs des Galeries Lafayettes). L’hôtel ayant été classé in extremis, il contourna l’obstacle en offrant l’hôtel et son déplacement à la Société des Gens de Lettres, pendant que l’état concédait à cet usage un terrain prélevé sur celui de l’Observatoire : le tour de passe-passe lui permit d’édifier un magasin (aujourd’hui le Monoprix des Champs-Elysées), et donna un siège à la société fondée près d’un siècle auparavant, au prix d’un déménagement pour le moins insolite, et qui fit la joie des éditeurs de cartes postales de l’époque !
Un hôtel classique et sobre
L’ hôtel de Massa fut l’œuvre de l’architecte Jean-Baptiste Le Boursier , assez réputé semble-t-il alors et bien oublié depuis, et il faut bien avouer qu’il n’a pas l’élégance des constructions d’ Ange-Jacques Gabriel : l’hôtel est un quadrilatère régulier, avec des fenêtres sagement alignées, sans les décrochements à coup de colonnes avec lequel l’architecte du roi savait animer les façades les plus simples.
L’hôtel est éminemment classique, avec ses belles pierres de tailles et ses délicats festons soulignant les fenêtres, mais il est très sobre, trop sobre sans doute pour être réellement séduisant extérieurement : c’est un beau bâtiment, indiscutablement, mais l’on ne s’extasie pas devant, comme on le ferait devant un chef d’œuvre de l’architecture…
Un intérieur Art Deco et littéraire
La succession de propriétaires avait depuis longtemps privé l’hôtel de son mobilier historique, chaque propriétaire vendant les murs mais gardant ses meubles, et la Société des Gens de Lettres hérita de murs bien vides, que Théophile Bader s’empressa de remplir en offrant du mobilier contemporain, et comme la SGDL est conservatrice, elle dispose ainsi aujourd’hui d’un des deux plus beaux ensembles de mobilier Art Déco de France, ensemble classé Monument Historique.
Le salon Jack Thieuloy est ainsi meublé d’un bel ensemble de fauteuils de bois précieux à tissus géométriques, la salle du Conseil garde encore l’immense table d’époque à l’ingénieux piètement et le Petit Salon possède quelques meubles dont les courbes harmonieuses tranchent avec la géométrie souvent rigoureuse de l’ Art Déco . Les meubles sont utilisés quotidiennement, et pourtant en très bel état, et c’est là une véritable exposition de la production de l’époque, digne des plus grands musées d’art décoratif !
La SGDL a d’autre part accumulé des souvenirs artistiques et littéraires devenus aujourd’hui précieux. La tapisserie des fondateurs tissée par les Gobelins en 1958 sur un carton de Rohner est certes surtout anecdotique, intéressante surtout parce qu’elle réunit Honoré de Balzac, Georges Sand et Alexandre Dumas, mais le Buste de Victor Hugo d’ Auguste Rodin est une très belle pièce, un plâtre originel différent des tirages postérieurs plus répandus et donc témoignage d’un état intermédiaire de la création du génial sculpteur. Un peu plus loin l’affichiste Leonetto Cappiello a laissé un portrait de groupe inachevé.
Les collections d’arts graphiques ne sont exposées qu’avec parcimonie, mais ne sont point négligeables pour autant. L’on peut noter ainsi de superbes dessins de Francis Picabia , inestimables ou peu s’en faut (un portfolio de dessins de l’artiste était récemment proposé pour deux millions d’euros par une galerie de la rue Bonaparte), mais aussi les petits dessins coquins de Willy , l’époux de Colette , qui s’amusait à griffonner des femmes nues sur les enveloppes de sa correspondance !
Bref, autant l’extérieur est un peu décevant, autant l’intérieur regorge de trésors, d’autant plus que la visite est assurée par un écrivain de la SGDL, fort éloquent quand il s’agit d’évoquer les fantômes du passé…
En conclusion
L’ Hôtel de Massa vaut par curieuse histoire et ses jolies collections .
L’extérieur est sans doute un peu trop sobre pour valoir à lui seul le déplacement mais l’intérieur, certes rarement ouvert, révèle un ensemble exceptionnel de mobilier Art Déco et une belle collection artistico-littéraire, préservée par la Société des Gens de Lettres.
Autant dire que c’est une visite intéressante à faire lors des Journées du Patrimoine…
Note : 7/10* Hôtel de Massa (Société des Gens de Lettre) - 38 rue de Faubourg Saint Jacques ; 75014 Paris - extérieur visible durant toute l’année aux jours et heures ouvrables (le caractère public de la SGDL fait que les grilles restent ouvertes) - intérieur visible dans le cadre des journées du patrimoine (de 14h00 à 18h00 le 3ème samedi de septembre)