L’animation au cinéma lorsqu’elle n’est pas Japonaise est destinée principalement à un public d’enfant ou d’adolescent. En effet Disney s’intéresse principalement aux 2-6 ans, et si Dreamworks vise un public plus large, et Pixar propose une double lecture de ses films, il n’en reste pas moins que les jeunes adultes et adultes sont un peu délaissé par les professionnels de l’animation, et en réalité seul les Japonais s’intéressent à ce public pourtant nombreux qui constitue une très large part des entrées en salle, et surtout un public qui a les finances lui permettant les acquisitions en DVD.
Les Japonais eux ont compris depuis longtemps que l’animation n’est pas un mode d’expression cinématographique réservé aux plus jeunes mais que tous les publics sont susceptibles de voir ce type de film, il suffit simplement d’adapter le produit à la cible et le public suit.
Partant de ce constat de l’existence d’un marché de l’animation destiné à un public adulte, deux Français se sont penchés sur la question et c’est ainsi qu’est né le projet : Kaena, La Prophétie.
Chris Delaporte et Tarek Hamdine pour pousser encore un peu plus loin décidèrent de se lancer non dans l’animation classique, mais dans l’image de synthèse. la confrontation avec Final Fantasy film référence ne manquerait pas d’être faites, mais après tout la French Touch pourrait peut-être faire la différence.
Chris Delaporte sera par ailleurs associé à Pascal Pinon et ils cosigneront la réalisation de ce film, Tarek Hamdine étant lui confiné à un rôle de co-scénariste.
Ce projet pour être une réussite supposait la réunion de plusieurs éléments cumulatifs, un scénario pour contenter les adultes plus exigeants en la matière, une réalisation et des effets spéciaux sans faille, des personnages sympathiques, et surtout un univers original et complexe.
Après 7 ans de développement Kaena était une réalité, mais une question restait en suspend, les Français allaient-il réussir à damer le pion aux Japonais et à produire un film de très grande qualité.
Un scénario sans faille ?
Un vaisseau spatial gigantesque fonce à travers l’espace, mais bientôt un incident mécanique survient et c’est l’accident. Le vaisseau en perdition s’écrase sur une planète, les quelques survivants du crash s’extraient des débris péniblement et se font immédiatement attaquer et massacrer.
800 ans plus tard, Kaena est une jeune femme d’environ 16-20 ans qui vit sur Axis, un monde arbre géant. on ne voit jamais le base ni le faite de ce monde arboricole, car y aller est interdit et dangereux. des créatures sont tapies dans l’ombre prête à vous dévorer dans ces territoires inconnus.
Kaena est indépendante et fière de l’être, elle est une sorte de modèle pour les plus jeunes qui ne veulent plus suivre les conseils des aînés, mais veulent au contraire suivre Kaena dans ses aventures. Car elle a le goût de la découverte et de l’inédit, plus que celui de la vénération béate des Dieux.
En effet, le peuple de Kaena vit à la merci de géant qui se nomment les Sélénites. Mais le peuple de Kaena vit en pensant que ces êtres immenses sont des dieux, et que tout ce qui se passe sur Axis arrive en raison de colère ou des joies des Dieux.
Et les dieux vivent de la sève que les humains récoltent dans les branches des arbres d’Axis. Les dieux réclament toujours plus de sève au peuple de Kaena. Mais les humains sont bien obligés de constater que la sève se fait plus rare sur Axis, il faut aller de plus en plus loin pour la chercher, et c’est de plus en plus dangereux car des animaux énormes les attaquent régulièrement dans cette quête sans fin.
Le grand prêtre du peuple d’Axis incite les humains à apaiser la colère des dieux, en effet si la sève disparaît c’est bien évidemment à cause de la colère des dieux qui ont été offensés d’une manière ou d’une autre.
Kaena ne croit pas en tout cela, et veut au contraire percer les mystères de la mer de nuage qui s’étend en bas de l’arbre. En effet un vieux (fou) du village lui parle d’un monde inconnu avec des paysages et une vie meilleure.
Que trouvera Kaena à cet endroit, la vie, la mort, un espoir de civilisation ?
Alors le verdict sur ce scénario, c’est bien sur une déception.
Tout d’abord je dois dire qu’il y a erreur sur la marchandise, en effet la Bande Annonce nous a vendu un film de Fantasy. Un monde imaginaire, une héroïne qui seule affronte des êtres effrayants qui maintiennent en esclavage tout un peuple.
Or le propos n’est pas exactement celui-là, puisque finalement c’est plus un scénario de science-fiction qui nous est proposé.
Je n’en dirais guère plus pour ne pas dévoiler le scénario, mais le vaisseau spatial du début mets facilement sur la route de ce qui va se passer.
Par ailleurs, les réalisateurs ont vendu ce film comme de l’animation pour adulte. Le but avoué étant d’aller plus loin que Shrek et Monstre et Compagnie, qui s’ils pouvaient être vus par des adultes pouvaient aussi plaire aux plus petits. Kaena devait au contraire s’adresser à un public exclusivement composé de grands ado et de jeunes adultes. Et il me semble bien que Kaena ne répond pas à cette attente, en effet le film est vraiment visible par un public de très jeunes, qui apprécieront les facéties de certains personnages.
Je trouve un petit peu dommage qu’un auteur n’arrive pas à réellement bien appréhender le public qui peut être visé par son film. On peut avoir un but premier et arriver à quelque chose de différent, mais pourtant il ne faut pas maintenir le discours initial et savoir s’adapter, ce qui en l’espèce aurait d’ailleurs permis au film de gagner des spectateurs.
Des Personnages Charismatiques ?
Un film pour être réussit tient bien souvent à des personnages charismatiques sinon emblématiques.
Kaena la prophétie a un personnage emblématique, dans la mesure ou le personnage principal donne son nom au film.
Le problème du film tient en réalité au fait que Kaena est le seul personnage un tant soit peu fouillé et travaillé et encore cela tient plus de la reprise de bonnes idées, ou supposées telles que de l’innovation.
En effet, le Look de Kaena tient de Lara Croft (cf les Jambières et les armes accrochées sur les cuisses), et aussi de la Jap-Anime dans la mesure ou ses vêtements ne masquent pas grand chose de sa plastique ébouriffante et notamment sa paire de seins énormes digne d’une jap-anime de bas étage.
Je trouve que c’est un peu petit peu dommage d’en arriver là pour vendre du produit.
Par ailleurs, la personnalité de l'héroïne n’a en elle-même, qu’un intérêt assez réduit, c’est la rebelle classique qui ne supporte plus la vie telle qu’elle est conçue par son peuple, décide de vivre en marge selon ses idées, et qui va bouleverser la vie sur la planète Axis uniquement par ses actes.
Les autres personnages du film ne font que passer, c’est tout juste même si l’on retient leur nom. Je regrette au passage qu’ils soient insuffisamment identifiés, ce qui crée une confusion, on ne sait pas immédiatement à qui Kaena à affaire, en effet ils ont une fâcheuse tendance à se ressembler. Ce qui n’est pas pour surprendre lorsque l’on sait que les réalisateurs ont seulement mis en place 40 personnages différents, les autres étant extrapolés, seuls les détails étant différents.
Ce seul point permet de mettre en exergue la pauvreté du film sur le plan essentiel de la création de personnages pouvant permettre au spectateur de s’identifier, ou tout simplement d’avoir envi de vibrer un peu pour eux, et là le plaisir s’en va……..
Concernant les personnages, il faut tout de même citer la distribution de premier ordre qui a contribué aux voix en Version Anglaise : Kirsten Dunst => Kaena, Richard Harris => Opaz (Opas en Version Anglaise) et Anjelica Huston => La reine des selenites.
En Version Française : Cecile de France => Kaena, Michael Londsale => Opaz, Victoria Abril => La reine des selenites.
Une Réalisation Sans Faille ?
Kaena la prophétie marche dans les bottes de sept lieux de Final Fantasy The Spirit Within, qui quoiqu’en disent les esprits chagrins est bien la référence en matière de film en image de synthèse (ou image photo réaliste pour Final Fantasy). Un film référence qui néanmoins souffrait d’un scénario un peu léger, par rapport au mythe qu’il représente, et qui a connu un semi-échec.
Alors Kaena est-il à la hauteur de Final Fantasy et accessoirement des productions Américaines du même nom.
On peut aisément dire que graphiquement, Kaena est à la hauteur de productions comme Shrek ou Monstre et Compagnie. Les graphismes sont soignés, relativement précis et la caméra (façon de parler) bouge souvent, et pas mal de scènes bénéficient de mouvements latéraux ou arrondis du plus bel effet.
De sorte que Kaena est de ce point de vue, c’est un joli succès, est bien au niveau des productions Américaines et donc de PIXAR qui est tout de même une des références pour ce type de films.
Mais il est clair, que Kaena n’est vraiment pas au niveau de Final Fantasy. Ce film avait des graphismes au-delà de ce qui est encore aujourd’hui techniquement possible pour les concurrents de Square Soft.
En effet les réalisateurs du film ont entretenu délibérément une comparaison entre Kaena et Final Fantasy et en conséquence on est obligé de rentrer dans ce jeu et de constater l’échec Français sur ce point.
Les humains ont globalement tous le même visage (il est à noter que seuls 40 personnages furent réellement travaillés, les autres ne furent que des extrapolations), les paysages sont relativement monotones et mono-couleurs et la réalisation utilise des teintes relativement sombres.
Les paysages sont en effet répétitif, on a l’impression de se trouver un peu tout le temps au même endroit, ce qui crée une absence de repère dans ce monde arboricole. Dés lors que chaque branche ressemble à la branche voisine, l’ennui vous gagne.
Spécialement, si les couleurs tendent plus vers le gris-marron foncé que vers le jaune (soleil) et le bleu azur de la mer.
On le sait, en matière d’effets spéciaux, le noir fait souvent office de cache misère, ce n’est sans doute pas le but dans ce film, mais il est si présent que l’on ne peut s’empêcher de faire la réflexion. Ce qui est tout de même dommage.
En somme la réalisation de Kaena est soignée, mais répétitive et ne tient pas la comparaison par rapport à son modèle.
Verdict
Kaena souffre de plusieurs défauts qui nuisent fortement à ce film. En premier Lieu le sous-titre « la prophétie » est vraiment mal choisi dans la mesure ou il n’y a rien de prophétique dans ce film, ce qui arrive est plus du au hasard et à l’entêtement d’une gamine qu’à une obscure prophétie écrite sur les rives de la rivière Mrin. En deuxième lieu la cible affichée n’est pas la bonne. Troisième chose à trop vouloir briller, on finit par se brûler lorsque l’on ne soutient pas la comparaison.
Mais si l’on replace ce film dans son juste contexte, à savoir un film en image de synthèse que l’ensemble de la famille pourra aller voir, un film sans prétention ni flonflon, qui ne demande qu’à relancer l’industrie de l’animation Française et Européenne, alors là oui ce film est une belle réussite qui sans doute en appellera d’autres.
Quelques adresses Internet
http://www.kaena.lycos.fr/ <= site officiel
http://www.allocine.fr/film/filmarticle_gen_cfilm=41305.html
http://www.cinemovies.fr/fiche_bof.php?IDfilm=593
21.06.2003 13:59
j'en entends pas mal parler...
20.06.2003 15:14
Si dans l'ensemble votre avis est très intéressant, il souffre cependant de quelques maladresses et erreurs (notamment dans la compréhension du scénario). De plus, Kaena n'est surtout pas un film pour enfants (pour exemple : le jour où je suis allé voir le film, les 2 seuls enfants présents sont sortis en pleurant après quelques minutes). Ce n'est certes qu'un exemple, mais reconnaissez que les personnages (pour certains "effrayants"), le scénario (assez complexe) et l'ambiance (quasi-monochrome) ne sont pas vraiment destinés à un jeune public...
19.06.2003 23:46
Je ne suis pas vraiment d'accord avec toi, c'est pourquoi je vais écrire un avis sur ce film que j'ai adoré ! Mais heureusement que tous les goûts sont dans la nature ! A+