Au panthéon de la musique...
23.02.2010
Avantages:
sublime
Inconvénients:
le jazz est un inconvénient pour certains !
Recommandable:
Oui
 toulaolaba
Plus à mon sujet:
Magnifique, toutes ces lectures ! Sur quoi faut-il écrire pour intéresser les ciaonautes aujourd'hui...
Membre depuis:15.07.2004
Avis:10
Lecteurs satisfaits:8
Cet avis a été évalué par 4 membres de Ciao en moyenne: très intéressant
Qui n’a jamais entendu parler de Miles Davis ? Comment ça moi ? Impossible ! Même en ignorant tout du jazz, vous avez tous au moins entendu son nom, sans compter que vous n’avez pas pu passer à côté de «So what » et de ses innombrables reprises, même sans savoir qui en était le créateur. Ceci dit, si vraiment vous ne connaissez pas sa musique, allez vous informer sur le net. Comment ça, je vous incite à télécharger… mais pas du tout, qu’allez-vous chercher ? ! D’ailleurs, vous trouverez des extraits tout à fait légaux sur milesdavis.com ;-). Après quelques secondes d’écoute de «So what » qui me paraît être le plus connu, vous vous frapperez la tête en disant : «Bon sang mais c’est bien sûr ! » Mais je m’égare. Revenons à ces monuments du jazz que sont Miles et cet album mythique paru pour la 1ère fois en 1959 (oui, je sais, beaucoup d’entre vous n’étiez pas nés, moi non plus d’ailleurs, ça n’empêche pas d’apprécier…) et réédité à de multiples reprises, celle que je possède datant de fin 1999 (mais il y en a eu depuis, c’est bien la preuve que l’album vit toujours !). A l’époque, Miles a 33 ans… et 18 ans de carrière derrière lui ! Ayant passé sa jeunesse dans la banlieue chic de Saint-Louis, véritable plaque tournante du jazz dans les années 30 et 40, ce petit gars issu de la bourgeoisie noire-américaine a toujours été très pressé. Ainsi, il mène de front ses études et la musique, jouant (mal) de la trompette aux côtés d’un certain Dizzy Gillespie (vous savez, celui qui gonflait ses joues comme certaines grenouilles… vous voyez quand vous voulez !) ou d’un dénommé Charlie Parker, alias Bird. Ajoutez à cela que celui qui deviendra l’un des grands séducteurs de son époque se marie et devient père à 16 ans, et vous comprendrez que sa vie vaille le détour ! Sans compter qu’à l’instar de nombreux jazzmen, il ferait passer bon nombre de rockers pour des enfants de chœur ! Ah si, vous pouvez me croire…
Si vous ne deviez retenir qu’un seul disque de Miles parmi la multitude répertoriée, ce serait donc Kind of blue, chef-d’œuvre incontesté de l’histoire du jazz mais également de la musique en général, réconciliant musiciens, critiques et public. Pour ceux qui connaissent mal le jazz, sachez qu’il s’agit avant tout d’une musique d’improvisation. Ainsi, Kind of blue a été enregistré en deux sessions. Le 2 mars 1959 furent donc mis dans la boîte «So what », «Freddy Freeloader » et «Blue in green », tandis que «All blues » et «Flamenco sketches » furent créés le 22 avril. A noter la présence sur la dernière édition d’une deuxième version inédite de «Flamenco sketches », 9’30 supplémentaires de bonheur qui justifient à elles seules cette nouvelle réédition ! Bien entendu, pour obtenir un tel résultat, il faut de sacrés musiciens. Miles joue avec le même sextette depuis 4 ans mais le pianiste Bill Evans a quitté le groupe. Miles obtiendra sa participation à Kind of blue, son nouveau pianiste Wynton Kelly étant plus axé sur le blues. A l’arrivée, Bill Evans joue tous les morceaux à l’exception du blues «Freddy Freeloader ». A leurs côtés évoluent le plus grand partenaire de Miles, à savoir le saxophoniste John Coltrane (vous pouvez toujours regarder de loin la réédition complète de leurs enregistrements communs chez Columbia… mais ça coûte la peau des fesses !), Julian «Cannonball » Adderley au second saxo, Paul Chambers à la contrebasse et Jimmy Cobb à la batterie. Jimmy Cobb dira de Kind of blue que ce disque «avait dû être composé au Paradis ».
Pour ceux qui trouvent que le jazz est une musique trop complexe réservée à une élite, sachez que la musique de Miles est très accessible, pour la bonne et simple raison qu’il trouvait lui-même que le jazz devenait de plus en plus compliqué ! Miles était avant tout sensible à la mélodie, à l’atmosphère et… au silence ! En effet, sa trompette est reconnaissable entre mille. Un son particulier, peu de notes et ce fameux silence. Comme quoi, il n’est pas si compliqué de devenir l’un des plus grands trompettistes de tous les temps ! Oui, enfin, j’abuse un peu là… Miles était surtout toujours épris de nouveautés. Il a participé (voire créé)à toutes les variantes de jazz possibles : be-bop, jazz modal comme ici, free jazz, jazz-rock… Il a même enregistré l’année de sa mort un album avec un rappeur, Doo-bop. Miles (d’ailleurs, n’est-ce pas l’un des seuls musiciens dont il est inutile de citer le nom ou le surnom ?) était un poète du jazz, quelqu’un qui se laissait dépasser par la musique, quelqu’un capable de créer une œuvre magique en une soirée, avec des musiciens qu’il ne connaît pas ou peu, simplement en regardant les images du film dont il doit créer la musique. Je vous parle d’Ascenseur pour l’échafaud, le film de Louis Malle dont la musique fut improvisée les 4 et 5 décembre 1957 en présence de la principale actrice du film Jeanne Moreau et d’un certain Boris Vian.
J’espère que vous m’excuserez pour ces digressions, j’ai beaucoup de mal à me cantonner à Kind of blue ! Pour en revenir à l’album en lui-même, sachez que la plus grande différence avec les éditions qui l’ont précédé est la qualité du son. La puissance a été améliorée et les morceaux réenregistrés à la bonne vitesse. Cela n’avait pas été le cas lors du 1er enregistrement, rendant la tonalité mauvaise et les sons légèrement trop aigus. On peut tout réparer grâce aux progrès technologiques ! Vous vous étonnerez peut-être du fait qu’il n’y a que 6 morceaux dans Kind of blue, dont un inédit. Mais le jazz est ainsi fait : chaque morceau dure en moyenne 8 ou 9 minutes ! Eh oui, ce sont les avantages de l’impro, du plaisir de jouer ensemble et de laisser s’exprimer chacun. En effet, chaque musicien de Kind of blue est essentiel dans le succès et la qualité du disque. Aucun n’est resté en retrait, Miles tenant à tirer le meilleur de tous, quitte à risquer de passer lui-même au second plan !
Miles, «the sorcerer » (un de ses surnoms, titre d’un de ses albums), l’alchimiste du jazz est ainsi responsable de l’explosion de pas mal de genres musicaux et de pas mal de talents qui ont débuté à ses côtés : John Mc Laughlin ou le batteur français Mino Cinelu. Il compte de nombreux fans dans le milieu du hip-hop, du rock, sans doute même de la techno. Il était musicien mais sa trompette était sa voix, écoutez bien, n’avez-vous pas l’impression d’entendre une voix humaine ? C’est bien ce qu’il me semblait… Laissez-vous bercer et endormez-vous au son de Miles. Et si vous connaissez un amateur de jazz qui n’aurait pas (je ne peux même pas croire que cela existe !) Kind of blue ou qui n’en possède pas cette dernière édition, n’hésitez pas à lui offrir pour Noël, vous ferez un heureux ! Kind of blue (1999) : 55’25, Columbia 1.So what : 9’22 2.Freddie Freeloader : 9’46 3.Blue in green : 5’37 4.All blues : 11’33 5.Flamenco sketches : 9’26 6.Flamenco sketches (prise inédite) : 9’32
Ciao me demande la qualité des textes et du chant, qu'est-ce que je peux répondre à ça ? Bon, par défaut, on va mettre excellent !
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11.11.2010 15:19
très bon avis
23.02.2010 18:44
C'est l'avis qui est exceptionnel; parce que le disque, il est tout pourri, lui ! :)
23.02.2010 13:32
comme tout avis passionné, celui-ci devient passionnant à la lecture ! Bravo !