Chronique d'une mort annoncée...
17.12.2004
Avantages:
Heu . . . . . . . . . . .
Inconvénients:
La souffrance . . . . . . .
Recommandable:
Oui
 mogador833
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Avis:12
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Cet avis a été évalué par 78 membres de Ciao en moyenne: très intéressant
Il y a quelques semaines, je suis tombée par hasard (je ne regarde pratiquement jamais la télévision) sur l’émission 7 à 8, diffusée le dimanche soir sur TF1, où l’écrivain Noëlle Châtelet était venue présenter le livre qu’elle vient de publier, intitulé « La Dernière Leçon ». Elle y aborde le sujet délicat de la fin de vie, et relate les derniers mois de sa mère, qui avait choisi de « partir dans la dignité ». J’ai été fascinée par la manière sereine dont Noëlle Châtelet expliquait que sa maman, qu’elle adorait, lui avait fait faire le travail de deuil avant son « départ »… Et j’ai immédiatement commandé ce livre…Pour ne rien vous cacher, j’ai la hantise, plus tard, de devenir une charge tant physique que morale pour mes enfants, et je leur ai toujours dit que j’espérais fortement que « l’on » ne m’oublierait pas trop longtemps ici-bas…. Quitte, si j’en ai la possibilité –et le courage-, à donner moi-même un petit « coup de pouce » au destin… Oui, je revendique le droit à refuser la déchéance, celui de partir avant qu’il soit trop tard… celui de laisser aux miens le souvenir d’une vieille dame, peut-être, mais VIVANTE, dans toute l’acception du terme… Je me suis donc plongée dans ce livre que j’ai dévoré en trois heures (171 pages, ce n’est pas très long…).« Ce sera donc pour le 17 octobre… » c’est ainsi que Madame Jospin (maman de Lionel, et de Noëlle Châtelet), âgée de 92 ans, et en pleine possession de ses moyens intellectuels (et physiques, puisqu’elle a conduit jusqu’à la fin) a annoncé à ses quatre enfants réunis la date à laquelle elle avait décidé de les quitter… Cette phrase résume à elle seule le caractère pour le moins « bien trempé » et la volonté inflexible de la vieille dame, ancienne sage-femme ! (Quelques années auparavant, alors âgée de 86 ans, elle était partie seule au fin fond de l’Afrique, dans un dispensaire de brousse, pour assister la population en manque de soins… Etant donné son grand âge, elle avait donc estimé qu’il y avait un risque pour elle que sa vie s’achève là-bas, et avait informé ses enfants que dans ce cas, elle souhaitait que son corps fût jeté en pâture aux crocodiles, pour « participer au cycle de la nature » !!!)Malgré les tentatives de sa famille pour la faire renoncer à son projet, Madame Jospin a poursuivi son idée jour après jour, coûte que coûte, contre vents et marées… La seule concession qu’elle ait accordée à ses enfants atterrés par cette annonce brutale fut de différer la date fatidique du 17 octobre, et de ne pas leur annoncer clairement quelle était la nouvelle échéance par elle choisie… Bien sûr, depuis une vingtaine d’années, elle avait abordé le sujet, bien sûr, elle faisait partie d’une association qui défendait le droit de mourir dans la dignité…. Mais il s’agissait pour sa famille d’une échéance lointaine, et peut-être un peu « irréelle » étant donné que leur maman était en parfaite santé…Mais voilà, la décision était prise, et irrévocable…. Trois mois durant, Madame Jospin a donc préparé ses enfants (l’ouvrage de Noëlle Châtelet ne relate que sa propre expérience, mais on suppose évidemment que tous les enfants ont eu droit à cette « leçon »…) à son prochain départ. Insensiblement, après le refus viscéral du début, on voit peu à peu la narratrice arriver à « comprendre », puis à « accepter » de devoir bientôt quitter une maman qu’elle aime et admire par-dessus tout.Mais pour arriver à cette abnégation (il me semble que pour un enfant, accepter le départ volontaire de sa mère –en pleine possession de ses moyens, je le rappelle- relève de l’abnégation), que de souffrance !!! Jour après jour, la vieille dame, patiemment, inflexiblement, a organisé sa mort… Elle a donné des objets qui lui étaient chers à sa fille, lui a rendu ses nattes d’enfant, a rangé ses affaires, étiqueté le tout, pour que l’on sache « après » à qui telle ou telle chose était destinée…Elle a annoncé qu’elle ne conduirait plus, a demandé à un proche de ramener sa voiture à l’endroit où elle l’avait acquise…. Le jour de l’anniversaire de Noëlle Châtelet, alors que chaque année, où qu’elles fussent l’une et l’autre, elle appelait sa fille à l’heure exacte de sa naissance, elle a failli à la « tradition », la laissant se ronger assise près de son téléphone… Elle ne l’a appelée que bien plus tard, afin que son premier anniversaire SANS sa mère le soit alors que cette dernière était toujours en vie…Elle a rédigé une lettre d’adieu, adressée à sa famille ou à ses amis, pour leur expliquer son geste… Elle a demandé à sa fille de lire cette missive et de lui donner son sentiment sur son contenu… Elle a préparé deux cents enveloppes, qui devaient être postées le jour ou le lendemain de sa mort…. Dans la pile de lettres, Noëlle Châtelet a vu celle qui lui était destinée… Un beau jour enfin, elle a annoncé à sa fille qui devait venir déjeuner avec elle que ce serait sa dernière visite… Elles ont déjeuné ensemble, puis Noëlle Châtelet est allée acheter le journal pour sa mère : au moment de prendre l’argent sur la commode elle s’est rendu compte que s’y trouvaient autant de petits tas de monnaie qu’il restait de jours à vivre à la vieille dame… Elles se sont séparées sur un dernier baiser, mais un baiser, dirons-nous « habituel », sans démonstration particulière…Les jours suivants, elles se sont beaucoup téléphoné, et la veille de sa mort, Madame Jospin a dit à sa fille qu’elle lui téléphonerait une dernière fois « avant »… Ce qui fut fait : la vieille dame a appelé en retard, car elle avait eu un empêchement (la visite d’une voisine), a informé sa fille qu’elle allait prendre une douche, et qu’elle était prête… Elles se sont quittées sur un dernier « je t’aime »… Noëlle Châtelet est parvenue au prix d’une volonté surhumaine à ne jamais pleurer devant sa mère, durant tout cet « apprentissage » que cette dernière lui a imposé… Elles ont même réussi à rire ensemble, parfois… Elle, de même que ses frères et sœurs, ont respecté la volonté de leur mère, qui considérait que partir ainsi était un cadeau qu’elle faisait à ses enfants en leur évitant de la voir décliner, et un cadeau d’amour que ses enfants lui rendaient en acceptant sa décision…Nous vivons avec la narratrice toute la souffrance qu’elle a éprouvée, tout le travail qu’elle a dû accomplir sur elle-même pour accepter ce départ « contre nature »… Et on imagine les instants qu’elle a dû vivre, pendant la dernière journée de sa mère !!! Quel que soit l’âge que l’on ait, nous sommes des orphelins lorsque nous perdons notre maman… Noëlle Châtelet nous dit maintenant être « apaisée », et avoir trouvé le « fantasme » de la mort de sa mère plus difficile à vivre que sa mort en elle-même…Peut-être… Il n’empêche –et ce n’est que mon opinion propre-, que j’ai trouvé une certaine cruauté mentale dans l’attitude de Madame Jospin… Qu’on décide de partir, soit, Qu’on trie ses affaires, soit, Qu’on écrive un courrier d’explication et d’adieu, soit, Qu’on ne veuille pas devenir une charge, soit… Mais que, sciemment, délibérément, on inflige cette épreuve, cette souffrance indicible aux personnes qui nous aiment, NON, au grand jamais, NON !!! Noëlle Châtelet est née en 1944. Maître de conférences à l’université Paris V en Sciences Humaines, elle enseigne la communication dans un DESS. Ecrivain, elle est l’auteur d’essais, de recueils, de nouvelles et de romains traduits dans plusieurs langues. On lui doit notamment « La Dame en Bleu », « la Femme Coquelicot », « la Petite aux Tournesols ». « La Dernière Leçon », son dernier ouvrage, est paru aux éditions du Seuil, dans la collection Cadre Rouge.
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18.10.2006 11:34
ce bouquin m'a retournée comme une Krèpe.....
03.09.2006 16:23
les douleurs des enfants sont peu de choses c'est vrai mais cette femme était tellement clairvoyante qu'elle en était surhumaine
31.08.2006 22:33
faudra que je le relise plus attentivement...