Demi-tour - Boilet, Peeters

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Avis sur "Demi-tour - Boilet, Peeters"

publié le 08/10/2003 | SiamMorg
Membre depuis : 09/11/2000
Avis : 199
Lecteurs satisfaits : 159
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Bon, faut que je m'y remette un peu tout de même ... si près des 200 avis depuis un moment, faudrait voir à se bouger là ;o)
Excellent
Avantages - euh, lisez l'avis, on ira plus vite, j'ai pas assez de place ici
Inconvénients - dessin un peu photographique parfois, mais c'est aussi un avantage ...
très intéressant

"Huis clos ferroviaire..."

Dimanche 7 Mai 1995...
Une date une peu lointaine, mais une date clé, celle du deuxième tour des élections présidentielles françaises. Sur la place de la Gare à Dijon, les partisans de Jospin et Chirac se pressent devant les télévisions, pour découvrir le score final.

Voilà le contexte de cette histoire, qui débute sur deux colonnes un peu fermées, l'une bleue, pour la femme, et l'autre jaune, pour ce voyageur assis dans le train.
Cet album débute d'une part sur un couple qui essaye en vain de faire l'amour et d'autre part, sur deux inconnus qui se rencontrent dans un TGV, parlant de coïncidences et de pansémiotique...
Ce 7 Mai 1995, un peu avant 20 heures, l'effervescence des résultats créé un climat agité, le score du match Jospin-Chirac oscillant entre 50-50... L'un des deux voyageurs, Joachim Beauchard, descend du train pour faire une halte de quelques heures à Dijon, et loue une chambre dans un hôtel, chambre qui est située juste en face de celle ou les amoureux essayaient tout à l'heure de faire l'amour...
La nuit tombe doucement, les cases et leurs limites restent figées, et les résultats tombent...
Nos deux protagonistes descendent alors de leur chambre pour aller se restaurer, et là les cases et les teintes se mêlent, Joachim et Miryam, l'amante fatiguée, se rencontrent une première fois, discutent, partagent une bouteille de St Amour et débattent tranquillement de leurs visions politiques... Les destins se croisent, les histoires d'amour sont probables, et à tout instant cela peut éclore, mais ...


C'est ainsi que cet album commence, et c'est ainsi qu'il se poursuit. Je dois avouer que pour moi c'est un véritable coup de coeur, d'une part cet album se déroule intégralement à Dijon, et d'autre part, c'est une histoire de tous les jours, une histoire banale presque, mais qui possède le charme du déjà vu, déjà vécu.

Avant de parler de mon impression sur cet album, (je repousse, car je ne sais pas tellement quoi dire en fait lol), parlons un peu de la naissance de celui-ci. A l'origine, il y a Frédéric Boilet, auteur reconnu désormais, à qui l'on doit un paquet de belles oeuvres, comme "Tokyo est mon jardin", "Le rayon Vert", "3615 Alexia", "l'épinard de Yukiko", et aussi le tout récent "Makiko parade", qu'il a écrit et dessiné avec Kan TAKAHAMA, une jeune auteur japonaise.
Et donc Frédéric, qui était en transit dans la gare de Dijon, avait été frappé par le côté microcosme des alentours de la gare, du paysage composé de cafés, d'hôtels, d'avenues, qui pouvait faire à la fois un foisonnement de lieux, et un grand vide. Un endroit au milieu de nulle part, comme le dit si bien Benoît Peeters.
Pour ne pas déformer inutilement les propos de Frédéric Boilet, je citerais ici ce qu'il dit lui-même de la naissance du projet :
"Un jour, j'ai parlé à Benoît de la gare de Dijon, où je trouvais qu'il y avait matière à huis clos. Pour moi, il suffisait d'y aller pour trouver une histoire. De son côté, Benoît avait dans ses cartons le projet d'un roman qui racontait la rencontre de deux personnes que tout sépare. Nous sommes donc partis pour Dijon le soir du 7 mai avec ces premières notions de croisement et de complémentarité. Très vite, l'histoire de Demi-Tour s'est imposée à nous par le seul fait d'être sur les lieux : nous avons écrit la trame complète le lundi, et le mardi l'essentiel était réglé ! Il ne faut pas faire le tour du monde pour écrire des histoires, elles sont là, sous nos yeux."

Cela a le mérité d'être clair et édifiant. Pas besoin de faire compliqué pour faire une histoire, les choses simples ont un charme naturel trop souvent ignoré.

Maintenant, parlons un peu de Benoît Peeters, qui n'est pas non plus un petit jeune dans le milieu de la bande dessinée. A son actif, les puristes reconnaîtrons "Les cités obscures" qu'il a réalisé avec François SCHUITEN, et d'autres...
Auteur trop méconnu dans notre beau pays, il mérite cependant qu'on tire notre chapeau à son oeuvre, car il y a de quoi s'extasier... Mais là n'est pas le propos, et sur "Demi-Tour", Peeters a été séduit également par l'idée de ne pas sortir de l'espace qu'est la gare de Dijon, et raconter une histoire qui au lieu de découvrir les signes venant d'un pays lointain (NDR : le Japon dans "Tokyo est mon jardin" par exemple), mais au contraire de s'intéresser au banal, aux petits signes de la vie quotidienne, bref de, comme le dit Peeters, "de traiter une matière plus proche, des petits signes de rien du tout, la quintessence du banal, en quelque sorte, d'autant plus que la bande dessinée a du mal à parler du monde d'aujourd'hui."

Voilà qui est dit, et bien dit.
Je vous épargnerais pour cette fois les sempiternelles biographies et bibliographies des ces deux auteurs, car les infos foisonnent sur les sites internet. http://www.boilet.net pour le premier, et http://www.urbicande.be/htm/biop.htm pour le second. Comme cela vous êtes parés pour tout connaître d'eux.
Mais j'oublie quelqu'un d'important, qui a pourtant un rôle décisif dans l'identité visuelle de cet album, à savoir Emmanuel Guibert, le coloriste, qui travaille dans le même atelier des Vosges que Frédéric Boilet. C'est à lui que l'on doit ce contraste dans les couleurs attribuées aux cases de Miryam, et celles de Joachim, ainsi que l'alchimie des deux lorsque les personnages se rencontrent.
C'est en partie grâce à lui que l'atmosphère de l'album est si particulière, et l'on peut vraiment dire que sur "Demi-Tour", les trois auteurs se complètent parfaitement.


Et justement, c'est donc à moi de vous donner mon avis sur l'oeuvre, et je vais m'exécuter pas plus tard que tout de suite.
"Demi-Tour" est pour moi un album de bande dessinée qui a beaucoup de qualités, et pour ainsi dire aucun défaut.
Commençons par les défauts si vous le voulez bien. Frédéric Boilet le dit lui-même dans la préface de l'ouvrage, il a demandé à des amis de prendre des poses pour pouvoir dessiner cet album, et c'est de là que vient ma sensation de figé parfois. En effet, tout cela fait très photographique. C'est en soi une qualité, mais aussi un défaut, rendant un peu l'image figé. Heureusement, les expressions des visages sont très réalistes, et du coup, ça passe bien. En fait, c'est un défaut qui n'en est pas un tout à fait ;o)

Les qualités maintenant, et c'est là que le bas blesse... Car j'aime tout ou presque.
Déjà, le fait que cela se passe à Dijon, dans la gare, dans les hôtels avoisinants, les cafés en bas de l'avenue qui fait face à la gare, sur les quais. Tout me rappelle un lieu que je connais plutôt bien, et pour cause, j'habite juste derrière la gare ;o)
Cet album a beau dater de 1997, ayant été conçu en 1995, le lieux sont restés quasi identiques, et tout cela m'évoque des souvenirs puissants. peut-être une des raisons pour lesquels j'accroche autant à cet album.
mais vous allez me dire, si on est pas dijonnais, on aimera pas "Demi-tour" ?
Et bien non justement, je trouve qu'être dijonnais, c'est avoir un plus indéniable, mais ce n'est pas nécessaire pour autant. En effet, il y a bien d'autres choses dedans ces quelques pages.
Déjà, autre avantage, c'est un album unique, qui n'a ni tome antérieur, ni suite. Il se lit tel quel, sans avoir besoin d'autre chose que de la définition de la pansémiotique (que je vous laisse chercher ;o). Ensuite, il y a l'espèce de huit-clos ferroviaire, car l'action ne sort guère d'un rayon de 200 mètres autour de la gare. Comme quoi avec un décor et un lieu très commun, on peut écrire de belles histoires.
Encore en plus, il y a ce travail sur la couleur, qui donne une dimension particulière à l'album, et une sacré puissance narrative, mais cela, ce n'est que mon avis personnel, mais je trouve que les couleurs renforcent l'idée de vies séparées, mais qui risque de se mêler d'un instant à l'autre, se séparant pour mieux se retrouver la planche d'après. Bref, un jeu dans les personnages, dans les cases, et dans les histoires...

Et enfin, il y a l'histoire de Joachim et Miryam, toute simple, qui ressemble un peu à des histoires qu'on a tous vécu, l'espace d'un instant, au détour d'une rue, ou d'une terrasse de café. J'aime à me dire que cette histoire ressemble à chacun de nous, et je pense que c'est ce qui fait la beauté de l'histoire. Ce n'est pas un énième univers inventé, ou une exploitation de personnages hors du commun, non, pas du tout, c'est juste une sorte de reportage sur le quotidien, le banal ou presque.
Cela ressemble à cette femme (ou un homme) que vous auriez pu croiser sur un quai, que vous avez peut-être accoster pour demander du feu, l'heure, ou que sait-je encore. Puis de fil en aiguille, vous auriez discuté tout les deux, bu un café, peut-être même loupé votre train...
Bref, une histoire que chacun de nous aurait pu vivre, et que certains ont déjà vécu, enfin pour ma part c'est le cas effectivement, et justement dans cette gare de Dijon...

Alors, la prochaine fois que vous passerez dans la gare, de Dijon ou pas, vous songerez peut-être à cet album de bande dessinée, qui mérite le détour, et qui finalement le mérite amplement. Dire que les auteurs l'ont démarché chez tous les éditeurs, pour finalement se voir accueillis à bras ouverts chez Dupuis, et en plus dans la collection "Aire Libre", qui regroupe du travail d'auteur souvent exceptionnel... Le destin est parfois étrange, mais c'est tant mieux, car pour ma part, je suis ravi d'avoir cet album dans ma bibliothèque, et ravi de vous en parler aujourd'hui...

En espérant que ce petit article ne soit pas trop long, et vous aura permis de vous faire un avis sur cet album, que je vous recommande chaudement.

Aym

Evaluation de la communauté

Cet avis a été lu 3638 fois et a été évalué à
100% :
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très intéressant

Commentaires sur cet avis

  • cooby publié le 20/02/2005
    je vais p'tet suivre ton conseil, j'aime bien le concept de huit clos et le train alors je devrai aimer en toute logique ;) en tout cas je l'ai noté pour mes futurs achats merci :))
  • l_ot publié le 25/06/2004
    "Il ne faut pas faire le tour du monde pour écrire des histoires, elles sont là, sous nos yeux."bon c'est sur facile de faire un copié-collé...mais une petite phrase qui incite à poursuivre la lecture...sinon mon avis est peu objectif...sur des sujets inconnus mais j'avoue que ton avis m'a plu...
  • veromani publié le 17/06/2004
    Les destins se croisent, les histoires d'amour sont probables, et à tout instant cela peut éclore, mais ... peut être un peu Brouilly ce Saint Amour !
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