Avis sur "La Fille de l'Ouest - Louise Dubuc"

publié le 16/11/2006 | banani
Membre depuis : 02/04/2005
Avis : 32
Lecteurs satisfaits : 22
Plus à mon sujet :
Super
Avantages une très belle écriture, un univers original, une histoire qui ne ressemble à aucune autre…
Inconvénients début un peu mou, une histoire crue qui peut dérouter
exceptionnel
Occasion de lecture
Qualité de l'objet
Auteur
A oublier/A relire
Public

"Où la beauté et la sauvagerie se mêlent…"

Paru aux Éditions Leméac, maison québécoise, en 2006, ce roman est… inclassable. Je ne sais pas bien ce qui me prend de vous faire un avis dessus, je sens que ça ne va pas être facile mais zou, je me lance !
Que voulez-vous, l'envie de faire partager un chouette bouquin est la plus forte !

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(¸.•´ : (¸.•´ : (¸.•*´¯`*•.¸ Qu'est-ce que c'est ?

Un p'tit mot comme d'habitude sur la forme. Cette fois ce n'est pas un poche, mais un format un peu plus grand 21*14cm environ. Mais comme il n'est pas très épais, j'ai pu le trimballer quand même dans mon sac, je l'ai couvert pour ne pas l'abîmer aux coins.
Il est tout simple, la couverture blanche et gaufrée lui apporte une certaine classe, le titre est inscrit en noir, tout comme l'auteur et un petit rectangle rouge rehausse le nom de l'éditeur.
Écrit en français, sorti en 2006, il fait 167 pages.
Prix : 18,95 $ canadiens (environ 13-14 euros)

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(¸.•´ : (¸.•´ : (¸.•*´¯`*•.¸ L'auteur ?

Ben là ça va être court, car Louise Dubuc signe ici sont premier roman. Elle est rédactrice et éditrice de musique, notamment du chanteur Daniel Lavoie, qui se trouve être aussi son mari. Elle participe également à la rédaction de ses chansons.
On ne peut nier que déjà elle nous offre avec ce roman un univers très personnel et original.

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(¸.•´ : (¸.•´ : (¸.•*´¯`*•.¸ Le quatrième de couverture

L'angoisse m'a saisie. Qu'est-ce que je faisais, dans l'obscurité naissante, à courir après une bête? Pourquoi m'attirait-elle tant, désirais-je si fort être en sa compagnie? Sa solitude, sa liberté? Le désir de participer à la chasse. À moins que ce ne soit ses instincts qui me fascinaient, grâce auxquels elle savait toujours que faire et où aller…Pourquoi ce sentiment d'excitation qu'avait fait naître en moi cette traque? Durant de longues minutes, je m'étais comme « absentée » de moi-même. Quelle fièvre m'habitait donc quand je courais dans les bois? Je commençais tout juste à saisir, ce printemps-là, que je ne tournais pas rond.

Qu'arrive-t-il lorsque la domestication de la bête humaine échoue dans son entreprise? C'est ce dont Louise Dubuc nous entretient dans ce roman à trois voix, avec pour héroïne Geneviève, une jeune femme gouvernée par ses seuls sens et instincts. Au fil d'une grossesse qui exalte son tempérament sauvage, tout se met en place pour qu'un drame se noue peu à peu : les esprits de la forêt l'auraient-ils envoûtée?

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(¸.•´ : (¸.•´ : (¸.•*´¯`*•.¸ Résumé à ma sauce

Thomas est tombé amoureux, par hasard, d'une femme saine, nature, à l'inverse de toutes les filles superficielles et compliquées qu'il a fréquenté jusque là. Elle est simple, elle aime les fleurs, le bowling et les promenades en voiture. Fragile et farouche, elle a besoin d'être protégée et rassurée.
Pour Thomas, Geneviève est simplement la vie incarnée : grâce et sève mêlées dans une enveloppe humaine et rousse.

Ils s'installent ensemble très vite, comme une évidence, dans une maison vieillotte à retaper, à l'orée d'un village de campagne.

Geneviève prend ses habitudes dans les prairies autour de la maison. Avec délices, elle en prend possession, parcourt les champs et la forêt environnante, se laisse enivrer par la nature et ce qui y vit.
Elle a des moments d'absences qui paraissent sans conséquences.

Alors qu'ils sont installés ensemble, Thomas ne sait rien de son passé, de son parcours avant leur rencontre. Elle vient de l'Ouest, il devra se contenter de cette information. Elle n'a pas d'amis, pas de famille, elle ne reçoit pas de courrier ou de coups de téléphone.
D'ailleurs, la seule fois où Thomas l'emmènera à un dîner donné par son meilleur ami, citadin convaincu, ce sera une catastrophe. Geneviève ne supporte pas la société, qui l'agresse, et se comporte alors comme un animal pris au piège, cherchant à échapper aux sons et aux odeurs inconnus et hostiles.

Geneviève vit chaque instant avec intensité, une intensité parfois démesurée. Mais elle est tellement attachante, et vulnérable, que Thomas ne peut lutter : il l'aime pour ses excès et ses extravagances. Cela fait partie de son charme félin…


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(¸.•´ : (¸.•´ : (¸.•*´¯`*•.¸ Les personnages

Mis à part les très courts prologue et épilogue, le récit est fait par 3 voix : D'abord Thomas, puis Geneviève, prennent la parole un chapitre après l'autre. Puis vient Debra, à partir du tiers du livre.

*•.¸ Thomas Lacroix : un homme pratique. Fils unique, il a un diplôme d'ingénieur mais il est barman dans une boite de nuit : après une adolescence un peu brimée, il a préféré s'émanciper un peu, s'amuser. Il aura envie de se ranger plus tard… C'est un homme civilisé et solide mais ensorcelé par Geneviève.
Alain, avec qui il a fait ses études, est professeur de physique et son meilleur ami.

*•.¸ Geneviève : On devine par ses propos qu'elle a vécu enfant à la campagne : il y avait une cave odorante avec des oignons et des pommes de terre. Puis une adolescence à la ville. La Nature et ses manifestations la bouleversent. Elle travaille à domicile : elle est traductrice. Comme la mère de Thomas, ça nous rassure. Travailler, c'est honorable et ça prouve qu'on est intégré dans la société.
Geneviève aime rester en pyjama toute la journée. Elle néglige parfois son travail pour courir la campagne.
Paradoxale, elle admire et adule la Nature, dont le spectacle la fascine et la terrifie à la fois, un orage ou une tempête la paniquent presque autant qu'ils l'hypnotisent.
Excentrique, cachottière et un peu asociale, voilà tout le portrait de Geneviève. Aimer la nature et peu les humains, est-ce un crime ?

*•.¸ Debra : la troisième voix, qui n'apparaît qu'à la page 50. Debra est une amérindienne déracinée, qui vit à présent seule, car elle n'a pas d'enfants et son mari Harry, blanc, est mort récemment. Son discours, souvent argotique et mêlé de mots d'anglais, lui est adressé : elle semble lui parler en pensée.
Elle porte en elle les traditions de ses ancêtres mais elle a quitté son clan trop tôt pour tout comprendre et connaître du monde des esprits.
En suivant Geneviève dans ses promenades en forêt, Debra découvre des choses étranges, mais par discrétion, elle n'intervient pas.

*•.¸ Constance : mère de Thomas. Elle n'est pas narratrice dans le roman mais tient un certain rôle dans l'histoire alors je lui fais une petite place. Constance est une femme toute dévouée à la religion et à son fils, qui est tout pour elle. Dévote, puritaine et prude jusqu'au ridicule, maniaque et soucieuse du qu'en dira-t-on, elle est toujours tirée à quatre épingles, et me fait l'effet d'une petite souris laborieuse, avec un petit air pincé. Mais c'est une brave femme, dont la gentillesse ne fait aucun doute.
Thomas se fera prier pour présenter Geneviève à Constance, sa sauvageonne n'est pas assez civilisée pour sa tatillonne de mère, et puis il craint que sa mère fasse tache dans leur intimité débridée. Geneviève aura cependant raison de Constance, grâce à son charme candide.


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(¸.•´ : (¸.•´ : (¸.•*´¯`*•.¸ Le déroulement de l'histoire

Le récit se déroule à notre époque, au Québec, sur une période d'environ 2 ans. Il est au passé : Les narrateurs donnent tous l'impression que quelque chose s'est produit, quelque chose de grave, et tentent de reconstituer le puzzle des évènements qui ont conduit à ce qui semble être une tragédie.
Le discours de Thomas est teinté de culpabilité et de regret, de même que celui de Debra : "J'ai fauté, Harry […]. Alors me v'la, honteuse, mais j'en peux plus" (page 51)
Geneviève, déroutante, ne semble pas se rendre compte de l'engrenage qui l'entraîne sur une pente dangereuse.

Thomas voit des indices, il se pose des questions mais, trop amoureux, il laisse tomber, ce qu'il pressent est si compliqué : mieux vaut fermer les yeux et éviter les confrontations. Éviter de voir ce qu'il a vu, éviter de voir ce qui fait peur… Page 49 : "C'est ce que la sagesse m'avait intimé de faire, mais je l'avais envoyé promener".
Un exemple, très tôt dans le livre (page 21), Thomas parle : "Je vivais […] avec une jeune femme déséquilibrée […]. Je ne voulais pas admettre que chez Geneviève quelque chose clochait".
Cette phrase passe presque inaperçue : Geneviève n'est qu'une amoureuse de la nature dont l'exaltation lui fait parfois avoir quelques moment d'absence. On trouve alors que Thomas est bien impressionnable pour en déduire qu'elle est "déséquilibrée".
Thomas tente d'apprivoiser sa belle, de la dominer, mais on ne peut avoir raison d'une bête sauvage, et après tout, n'est-ce pas ce qu'il aime en elle ? N'est-ce pas grisant de posséder une sorte de tigresse ?

Oui bon, quand même, elle a attrapé et mangé tout cru un petit oiseau. Eh ben, chacun ses lubies, non ?

La nature métamorphose Geneviève, qui adore se fondre dans les taillis et se mettre dans la peau d'un animal : "Je devenais une autre", "il me semblait […] que mes oreilles se dressaient" (page 39). Et aussi : "les humains m'attendrissent avec leurs passe-temps". Ne dirait-on pas qu'elle parle comme si elle-même ne faisait pas partie de la même espèce ?

Des charognes s'entassent près de la grange, mais quand Thomas l'interroge, Geneviève lui assure que ce n'est pas elle qui les ramène.

A la fin de l'automne, un évènement, qui n'en est même pas un, si ténu et insignifiant, nous frappe pourtant. Il sonne comme un mauvais présage et nous glace. A partir de là, nous surveillerons Geneviève avec un sentiment d'appréhension mêlé d'horreur.

Avec le bébé prévu pour mai, Geneviève s'épanouit, protège son trésor à sa manière. Ce bébé thérapie, ce bébé pour oublier le passé, exacerbe son tempérament déjà fauve.
Geneviève prend différentes dimensions supplémentaires au fil des pages. Fragile, émotive, irresponsable, c'est un funambule sans filet, qui menace continuellement de sombrer dans l'abîme. Elle berne son monde avec un naturel et un aplomb éhonté, sûre de son bon droit et de faire le meilleur pour elle et son enfant.

Si Geneviève est intéressante par son étrangeté, Thomas ne l'est pas moins dans un autre genre. Il a lui aussi des comptes à régler avec son enfance et adolescence trop rangées.
Thomas aussi fuit, et tente bravement de devenir un homme qui s'assume et ne craint pas le jugement des autres, un homme dont l'absence de père a laissé un goût amer.
Si Geneviève a besoin d'avoir un petit pour se sentir guérir, elle semble elle-même être une sorte de mission pour Thomas : "J'étais peut-être l'ultime barricade contre sa folie ?" (page 64). Être un homme c'est protéger les siens, Thomas en est persuadé.

Au trois quarts du livre tout s'accélère et on ne veut plus le lâcher : le pire va arriver, on le sent confusément. On ne veut y croire, on espère que le cours du destin va dévier.

Puis l'horreur est décrite si simplement, dans sa nudité, que c'en est d'autant plus écoeurant. Nous continuons la lecture, impuissants et rageurs.
On souffre avec la pauvre Debra, partageant sa honte et son sentiment d'impuissance.


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(¸.•´ : (¸.•´ : (¸.•*´¯`*•.¸ Mon sentiment

Ce roman se lit très vite et très facilement, il est écrit dans un style simple et sans prétention, fluide et très agréable. Jamais aucune lourdeur dans cette écriture très pure.
Les descriptions à travers les yeux de Geneviève sont particulièrement poétiques et intenses : "C'est si ordinaire la beauté, mais je ne m'en lassais pas".
J'ai beaucoup aimé les images utilisées, les métaphores fines et explicites, le discours de Thomas sonne particulièrement vrai.

Ce livre laisse un sentiment mitigé, teinté de malaise. Personnellement, j'ai trouvé ce roman si déroutant que j'ai eu besoin de le lire une seconde fois pour en apprécier tout le raffinement.
A la première lecture, on trouve les 30-40 premières pages un peu plates, on se demande bien où on nous emmène, puis on se laisse porter par l'émotion. A la seconde lecture, où chaque mot prend un sens plus clair, à la lumière des évènements à venir, on porte un regard plus attentif aux subtilités du récit.
Certaines phrases, surtout dans le discours de Geneviève, auxquelles on n'avait pas pris garde à la première lecture, deviennent limpides et importantes quand on les lit pour la seconde fois : On se rend compte que des tas d'indices ont été semés tout au long du livre, mais on les a ignorés, dédaignant ces clés offertes.
Finalement un vrai travail de vocabulaire a été fait. Tisser une atmosphère de manière aussi fine est remarquable. Je ne peux vous dire vraiment comment, cela gâcherait la surprise et le plaisir de lire…

C'est un livre sur l'envie d'aimer coûte que coûte, sur l'animalité que l'on porte en soi, sur la maternité et l'amour si fort qu'elle engendre.
C'est aussi un livre sur la culpabilité, car tous les personnages en portent ou en porteront une part, une culpabilité dont on ne peut se défaire, à moins d'être fou, à moins d'être une bête…

Pour toutes les mères, ce livre semblera dur, mais peut-être aussi, ce sont elles qui comprendront le mieux ce sentiment d'aimer si fort qu'on s'en damnerait. Ce qui arrive à Geneviève, c'est sans doute une métaphore sur les sentiments et les instincts, sur la raison qui parfois cède aux inclinations héritées du fond des âges.
Mettre au monde, donner la vie, c'est une déchirure (dans tous les sens du terme !!!), et je pense que ce livre parle à notre animalité, et aux entrailles mêmes qui ont conçu et qui gardent le souvenir de l'être qui y a grandit.

Tout au long du roman, on remarque que le mot "âme" revient souvent. Il s'agit ; de nettoyer l'âme, des tourments de l'âme, de la paix de l'âme, de nourrir l'âme, de son repos et de s'en emparer… L'âme est une entité presque distincte, dotée d'une vie et d'une volonté propre. Elle ne fait, bien sûr, qu'un avec les esprits des ancêtres de Debra, peu importe le nom que l'on lui donne, elle représente aussi l'animal qui est en nous.


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(¸.•´ : (¸.•´ : (¸.•*´¯`*•.¸ Le mot de la fin…

L'histoire peut sembler très dure, voire malsaine. Il faut dire que j'ai moi-même été troublée par ce roman étrange, il ne plaira pas à tout le monde. Il parle trop aux instincts pour être correct.

Mais laissez-vous séduire par cette écriture à la fois légère et piquante, pleine de poésie et qui vous réservera bien des surprises…

Edit :
Comme ce livre n'est apparemment pas disponible en France, voici des adresses de sites québécois qui le vendent :
- http://www.librairiepantoute.com/fichelivre.asp?id=258897
(le mieux : on peut payer en ligne, ils tiennent au courant de l'avancée de la commande, livraison relativement rapide)

2 autres, mais on ne peux pas payer en ligne, l'achat passe par plus de formalités :
- http://www.librairieduquebec.fr/
http://www.librairieduquebec.fr/db/fiche.php?ref=154903

- http://www.archambault.ca/store/Product.asp?mscssid=&sku=001829785&type=5

Voilà, pas d'excuse ! ;o)

Evaluation de la communauté

Cet avis a été lu 2527 fois et a été évalué à
63% :
> Comprendre l'évaluation de cet avis
exceptionnel

Commentaires sur cet avis

  • Pandora_Specter publié le 21/02/2007
    A nouveau un très bel avis que je découvre chez toi! Tu as une lecture très fine de ce livre. Je ne le connais pas mais j'ai bien envie de le découvrir, ne serait-ce que pour "vérifier" mon hypothèse du Pire... Au delà de l'histoire, il y aussi la manière d'écrire qui semble digne d'intérêt...
  • Pandora_Specter publié le 21/02/2007
    "me fait l'effet d'une petite souris laborieuse, avec un petit air pincé" > Oh quelle jolie petite image! C'est très parlant!
  • kilog publié le 06/02/2007
    Avis très prenant et bien écrit - je n'ai pas le temps de lire la fin maintenant mais tu as déjà un E mérité je reviendrai
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Information produit : La Fille de l'Ouest - Louise Dubuc

Description du produit par le fabriquant

Caractéristiques Principales

Titre: La Fille de l'Ouest

Auteur: Louise Dubuc

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