Le Violon noir - Maxence Fermine

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Le Violon noir - Maxence Fermine

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Avis sur "Le Violon noir - Maxence Fermine"

publié le 28/08/2004 | Pandora_Specter
Membre depuis : 12/04/2003
Avis : 54
Lecteurs satisfaits : 80
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très intéressant
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Qualité de l'objet
Auteur
A oublier/A relire
Prix

"Emouvante sonorité de l'âme"

Couverture du livre de poche

Couverture du livre de poche

Le Violon noir de Maxence Fermine.


Lecture conseillée par Here..InMyHead et Haegis, dont les avis m’avaient convaincue de découvrir ce « tout petit fascicule », Le Violon noir de Maxence Fermine m’a enchantée.
Un peu plus d’une centaine de pages, quarante-cinq chapitres répartis en trois parties de tailles inégales, ce court roman raconte une bien triste et bien jolie histoire.


Pour vous façonner une image plus précise de ce petit ouvrage, imaginez un livre où la musique serait principe d’écriture. La citation de Mozart, mise en exergue, « la vraie musique est entre les notes », serait la clef qui vous permettrait de découvrir le charme de cette ravissante histoire. Car Fermine écrit peu. Ses phrases sont plutôt courtes. Seulement, il ne dit que l’essentiel. Ce langage épuré n’en est pas moins beau et agréable. Je parlerais d’un style mélodieux, léger, sans fioriture, qui permet aux sentiments, aux impressions de se développer dans le silence. Les noirs caractères qui forment les mots ne remplissent qu’à peine la page blanche. Tout le livre repose sur cette dichotomie, ce jeu, ce combat incessant entre le blanc et le noir – « couleurs » des notes de musique –, entre les sons et le silence ; silence non pas pesant, ni lourd, mais riche de sous-entendus, véritable terreau pour l’imagination fertile du lecteur qui se doit désormais de lire entre les lignes.

Mais la ressemblance entre l’écriture du Violon noir et la musique ne s’arrête pas là. Le roman de Fermine peut aussi être considéré comme polyphonique dans la mesure où deux destins se croisent, se mêlent, se répondent : celui d’un jeune prodige, un violoniste au talent reconnu dans toute l’Europe de la fin du XVIIIème siècle et celui d’un vieux luthier qui réside à Venise. La structure du livre reflète l’importance qu’acquiert la notion de double dans le roman. Bien que les premières années de la vie de Johannes Karelsky, le jeune musicien renommé, soient contés par un narrateur omniscient, et l’expérience d’Erasmus, le vieil homme qui fabrique les violons à la première personne, les similitudes sont flagrantes. Chacun cherche à atteindre la perfection définie de la même façon par les deux personnages. Ce sont les mêmes mots qui sont employés par l’auteur. Il s’agit, pour les deux hommes, de s’adresser au ciel et de parler à Dieu. Le violoniste rêve d’écrire un opéra magnifique ; le luthier, quant à lui, cherchait à fabriquer un instrument magique. Leurs cheminements semblent toujours être identiques, comme si l’histoire se répétait, comme si le jeune homme revivait véritablement ce qu’Erasmus avait connu quelques années auparavant. Certaines phrases sont troublantes. Elles semblent anodines, mais ne passez pas à côté, elles ont leur importance. Notez, par exemple, qu’à la page 65 de l’édition Arléa, le vieil homme demande au jeune Johannes, « Alors toi aussi, tu l’as rencontrée ? ». La plus frappante, et peut-être aussi la plus convaincante, vous la découvrirez en fin du roman : « Johannes fut du cortège, avec l’impression d’assister à son propre enterrement. ».


Troublant, ce roman l’est certainement. Jamais dans Le Violon noir, on ne peut distinguer le rêve de la réalité. Johannes, alors qu’il est parti se battre pour la France, lors de la campagne d’Italie, à l’époque napoléonienne, est gravement blessé lors d’une bataille. Mourrant, il reçoit cependant la visite d’une belle femme, aux traits réguliers, toute de noir vêtue et à la voix terriblement juste, pure, émouvante et surtout envoûtante. Son chant est une caresse pour l’âme du jeune homme souffrant ; l’eau qu’elle lui fait boire est un baume pour son corps meurtri. Il est sauvé… Etait-ce un rêve ? Etait-ce vrai ? Nul ne sait, pas même le jeune soldat…
Plus tard, alors qu’il est hébergé, par hasard – mais est-ce véritablement le hasard qui le conduit d’abord juste qu’à Venise, ville-mère de l’opéra, ensuite dans cette ancienne demeure ? – chez Erasmus, élève du fils de celui qui se faisait appeler Stradivarius, Johannes découvre un violon noir autour duquel semble se cristalliser tout ce qui ressemble à du mystère. De cet objet d’artisan semble émaner forces ondes qui troublent le jeune violoniste, qui s’imagine victime d’une malédiction, d’un sortilège lorsqu’il découvre avec effroi que les partitions qu’il avait écrites étaient, à son réveil, vierges… Johannes tend à croire que le violon noir est fautif. Le roman verse alors dans le fantastique, dans cette « hésitation entre une explication naturelle et une explication surnaturelle des évènements relatés » comme le définit Todorov.
Lorsqu’à nouveau le jeune Johannes entend cette fabuleuse voix qu’il ne peut oublier, dans une église, après les Vêpres, il est submergé de bonheur, mais est incapable de distinguer quoique ce soit, dans le noir. La jeune femme dont la voix s’élevait disparaît, soudainement, comme un songe au goût sucré, s’efface…

L’histoire baigne dans cette ambiance très particulière, assez feutrée, car plus le lecteur s’enfonce dans le roman et plus l’espace semble se confiner, se focaliser jusqu’à ce fameux violon noir, qui attire tous les yeux, qui accapare pratiquement l’espace, jusqu’à donner son nom au titre de l’œuvre de Fermine.
Tout est également comme happé, enrobé dans un épais brouillard (mentionné par l’auteur) qui crée un paysage en noir et blanc. Les contrastes en sont d’autant plus flagrants. Il se dégage une impression de photographie à l’ancienne, où les couleurs chaudes et éclatantes, la richesse de Venise sont figées dans un sombre tableau. Et que dire de l’échiquier, l’un des trois trésors d’Erasmus ? Des cases blanches, des cases noires… Et puis cette idée à nouveau d’enfermement psychologique, que le jeu d’échecs symbolise si bien.
On osera parler d’une « inquiétante étrangeté », en somme.

Et là, s’amorce la seconde partie du roman. Erasmus sent qu’il est temps pour lui, de livrer son lourd secret. Fébrile, le lecteur attend et espère tout comprendre. Parce qu’il a besoin de se raccrocher à quelque chose de plus rationnel, il découvre avec intérêt ce que le vieux luthier a vécu, à savoir une triste passion amoureuse, à sens unique, un orgueil presque démesuré pour les yeux noirs de celle dont la divine voix était un enchantement, le désir de fabriquer pour l’amour de la ravissante demoiselle, l’unique violon capable d’imiter sa fameuse voix aux accents si terriblement prenants. Un violon magnifique fait d’ébène, un violon aux courbes féminines et au son merveilleux mais un violon qui fera le malheur d’Erasmus…

Un livre relativement noir, avec néanmoins une petite lueur, à la toute dernière page. L’unique leçon à tirer est celle d’Erasmus :


« Vois-tu, les rêves, il faut finir par les briser. »

Pour la beauté des dialogues, pour la poésie des mots et pour la belle symbolique des objets, Le Violon noir est un roman qui marque, qui laisse sa trace. Ne pas passer à côté, vraiment.


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Cet avis a été lu 1322 fois et a été évalué à
69% :
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très intéressant

Commentaires sur cet avis

  • ladele33 publié le 19/09/2007
    D'un coup j'ai très envie de le lire!!!
  • silene-the-only-one publié le 17/09/2007
    Tu donnes envie de découvrir cette oeuvre.
  • jacnat publié le 03/04/2007
    Excellent avis, tu écris très bien et nous présentes superbement ce "Violon noir" de Maxence Fermine !!!
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Information produit : Le Violon noir - Maxence Fermine

Description du produit par le fabriquant

Caractéristiques Principales

Titre: Le Violon noir

Auteur: Maxence Fermine

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