Avis sur "Slumdog Millionaire (14 janvier 2009)"

publié le 02/02/2009 | amundain
Membre depuis : 09/12/2005
Avis : 341
Lecteurs satisfaits : 0
Plus à mon sujet :
Excellent
Avantages Histoire, montage, acteurs, musique
Inconvénients RAS
exceptionnel
Rire
Occasion
Public
Must ou navet ?
Histoire

"Qui veut gagner des (millions de) roupies ?"

Je m'excuse pour ce titre misérable, je sèche...

Quand on connaît un peu la filmographie de Danny Boyle, on sait qu'avec chaque nouveau film on a une bonne chance sur deux, allez, même un peu plus, d'y trouver une grande surprise et un film envoûtant. Ce fut le cas, pour ma part, avec quelques unes de ses dernières réalisations, comme « Sunshine » par exemple, mais aussi avec ses premiers ou plus récents films qui sont devenus quasi classiques comme « Trainspotting » ou même « 28 jours plus tard », sans entrer dans le détail.
En plus, il est plutôt doué, Danny, pour offrir des bandes-annonces accrocheuses, avec un petit plus dans le cas de « Slumdog Millionaire » : la musique improbable de A-Ha qui donne un résultat franchement intrigant. Pour tout dire, quand on voit la bande-annonce de ce film, on a envie de le voir, forcément.


Synopsis

Jamal Malik est un jeune indien sorti de nulle part, ou plutôt des bidonvilles de Mumbaï. Signe particulier : il vient d'atteindre la dernière question du jeu « Qui veut gagner des millions », et est en lice pour gagner la somme faramineuse de 20 millions de roupies, là où médecins et autres intellectuels calent généralement à 16000 roupies. Comment un gamin des rues peut-il connaître les réponses à toutes ces questions ? C'est précisément ce que cherche à savoir la police locale, qui le soupçonne bien entendu de tricherie et l'arrête fissa à la fin de l'enregistrement, juste avant la toute dernière question.
Jamal n'est pas un tricheur, c'est là sa force. C'est simplement sa vie trépidante et souvent chaotique qui l'a conduit à vivre des expériences durant lesquelles il a appris bon nombre de choses, dont les réponses aux questions du jeu. Chacune d'entre elles va d'ailleurs donner la clé du savoir de Jamal, au cours de quelques tranches de vie nous montrant comment Jamal a acquis son savoir...


Et hop, Danny Boyle change de registre

S'il est bien une chose dont on ne peut jamais être sûr lorsque sort un nouveau film de Danny Boyle, c'est le genre de film qu'il va pondre. Touche à tout, il n'hésite jamais à faire le grand écart, au risque de déstabiliser ses fans et de donner du grain à moudre à ses détracteurs. Seulement voilà : quel que soit le genre qu'il aborde, Danny Boyle fait preuve d'un savoir-faire hors norme, et livre presque à tous les coups des films innovants, inédits, et captivants. Souvenez-vous de la claque « Trainspotting » ou du nouveau souffle apporté au film de genre avec « 28 jours plus tard », ou encore de la virtuosité de « Sunshine ». Boyle ne recule devant aucun pari, et semble les gagner la plupart du temps. D'ailleurs, au sein de sa filmographie, il n'y a guère que « Millions », un des derniers en date, qui ait semble-t-il déçu. Un accident de parcours largement compensé par ses autres réussites, dont ce « Slumdog Millionnaire » qui est absolument brillant.


Bienvenue en Inde, loin des cartes postales

Avant même de parler des personnages, ou plutôt des acteurs, il est nécessaire de s'attarder sur le personnage principal de ce film, c'est-à-dire l'Inde, et plus particulièrement la ville de Mumbaï, anciennement Bombay. C'est dans ce cadre propice à toutes les extravagances que Boyle a été choisi pour adapter un roman indien, « Les fabuleuses aventures d'un Indien malchanceux qui devient milliardaire », qui raconte le parcours d'un jeune indien parti de rien et qui, à la suite d'une douzaine de nouvelles, touche le jackpot. Une fois encore, Danny Boyle trouve dans ce scénario les thèmes qui semblent l'inspirer depuis de nombreuses années, à savoir l'argent en général, et les problèmes qui surviennent avec lui, que l'on en ait ou pas.
L'Inde, donc, comme personnage central de ce film, mais pas l'Inde de rêve que l'on peut voir sur les cartes postales et les guides touristiques…Non, au contraire, l'Inde que nous montre Danny Boyle est le pays du peuple, de la misère et des bidonvilles, de l'empilement d'ordures sur des mètres et des mètres, et surtout de l'exploitation, par le biais de ses jeunes héros. C'est une plongée dans l'enfer de la vie des gamins qui n'ont rien, qui se font exploiter par des adultes sans scrupules leur vantant quelque gain et n'hésitant pas à leur faire subir les pires des atrocités. En ce sens, on est bien loin d'une vision fantasmée d'un pays qui fait rêver beaucoup, mais dont la réalité du terrain est loin d'être aussi colorée que les étals des marchés aux épices que l'on voit fleurir sur les calendriers…
La vision du pays est d'ailleurs d'autant plus réaliste que l'équipe de tournage a utilisée bon nombre de mini-caméras leur permettant de ne pas se faire repérer par la foule, pour ainsi saisir d'incroyables instants de vérité


Un casting aussi hétéroclite que le pays

Même s'il s'agit d'un film au budget conséquent (loin des sommes colossales attribuées par les grands studios, tout de même...15 millions de dollars, si ma mémoire est bonne, c'est à peine un dixième d'un blockbuster à l'heure actuelle), ce n'est pas pour autant que celui-ci regorge de vedettes, et c'est une des choses qui rendent ce film encore plus séduisant.
Pour faire simple, le film s'articule autour de trois personnages principaux, deux frères et une jeune fille qu'ils rencontrent au cours de leurs déambulations dans les rues de Mumbaï. On suit ainsi ces personnages durant plusieurs étapes de leur vie, de leur toute petite enfance jusqu'à l'âge adulte, et chaque personnage est interprété par trois comédiens en fonction de la période de sa vie qui est traitée.
Pour la petite histoire, les personnages adultes sont interprétés par de véritables acteurs, dont certains (les deux héros, Jamal et son amie Latika) faisaient ici leurs premiers pas sur grand écran, alors que leurs « doubles » enfants sont campés par de véritables gamins des rues, histoire de donner encore plus de réalisme à l'ensemble : quoi de plus vrai, en effet, que de demander à de vrais gamins de la rue d'évoluer dans leur milieu naturel, plutôt que de convier de jeunes interprètes complètement déconnectés de l'univers dans lequel il leur est demandé d'évoluer ?
En tout cas, qu'il s'agisse des uns ou des autres, le casting est une brillante réussite, et tous les interprètes dont parfaits. Le jeune Dev Patel qui interprète Jamal adulte est tout à fait sidérant même s'il a parfois l'air un peu neuneu, ce qui ne gâche toutefois en rien sa composition. Freida Pinto, dans le rôle de Latika adulte, est elle aussi brillante, en plus d'être d'une beauté saisissante. Tout ce petit monde va en connaître des vertes et des pas mûres, en tout cas, et à chaque instant être extrêmement convaincants.


Un découpage auquel on adhère ou non

L'un des grands tours de force de Danny Boyle est d'avoir respecté le principe du livre en construisant celui-ci autour de diverses « saynètes » (bien que le terme soit assez peu approprié), alternant avec des extraits du jeu télévisé.
Ainsi, chaque nouvelle question donne l'occasion de se plonger dans l'histoire de Jamal, et de le suivre dans une tranche de vie qui va conduire à savoir pourquoi il connaît la réponse à telle ou telle question. C'est assez audacieux au niveau montage, et bien que le principe puisse sembler répétitif, il n'en est absolument rien, chaque nouveau chapitre laissant le spectateur dans l'expectative de savoir comment Jamal a bien pu apprendre telle ou telle chose.
La bande-annonce laisse clairement entrevoir la manière dont sera construit le film, même si elle laisse la part belle aux moments plutôt légers de l'histoire de Jamal, son frère et Latika. Cependant, le ton du film est bien plus grave, avec quelques passages vraiment durs à ne pas montrer à tous les yeux probablement.
Quoi qu'il en soit, Danny Boyle parvient à insuffler un rythme endiablé à son film, et à nous faire vibrer durant un peu plus de deux heures devant les péripéties de ses héros, pour lesquels on tremble, on frissonne, on est empli d'émotions, et surtout plein d'espoir.
Ce film est une belle histoire, bien que terriblement dramatique, et une magie certaine se dégage de « Slumdog Millionaire » tout au long du lent cheminement qui conduit Jamal à la plus haute marche du jeu. Et pour peu que l'on accroche au principe du film et de son découpage (ce qui se fait naturellement, en tout cas dans mon cas), on passe un superbe moment de cinéma, où l'on vibre et on se laisse entraîner, en plus de tout le reste, pas un habillage sonore superbement bien choisi.


Un film multi-primé

Pour conclure, un petit point statistiques et récompenses sur « Slumdog Millionaire ».
Largement récompensé au Royaume-Uni, le film a franchi les océans pour se voir décerner le titre de meilleur film aux Golden Globes 2009 et aux British Independant Film Awards, ainsi que celui de meilleur réalisateur dans ces deux compétitions. La route des Oscars semble même grande ouverte à ce film, en course pour plusieurs prix d'après les spécialistes.
Après avoir vu le film, il est facile de comprendre pourquoi.
Alors à vous d'aller vous rendre compte de ce que vaut ce film en salles…

Merci de vos lectures.

Evaluation de la communauté

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exceptionnel

Commentaires sur cet avis

  • xxxanthi publié le 17/04/2010
    Un très bon film qui montre bien l'exploitation de la misère dans ce pays. Excellente analyse.
  • dorty61 publié le 24/05/2009
    un avis très réussi
  • Milo-Milo publié le 20/05/2009
    exceptionnel
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