L'évaluation de l'auteur:
| Avantages: |
bonne interprétation |
| Inconvénients: |
le mal - logement en France |
| Recommandation pour les acheteurs potentiels? |
oui |
Incursion dans le cinéma pour changer, je reviens vers mes amours culturelles pour vous présenter et recommander un film dérangeant du réalisateur Cyril Mennegun.
¤•••••¤ LOUISE WIMMER, de Cyril MENNEGUN ¤•••••¤
Ce film a été présenté à la Mostra de Venise, il a en outre reçu plusieurs prix.
Il est sorti dans les salles italiennes en septembre 2011, et seulement en janvier dans les salles françaises.
Cyril Mennegun a déjà à son actif trois documentaires et dont Louise Wimmer qu’il a écrit et réalisé est le premier long métrage.
Encore plus intéressant, Louise Wimmer a vu le jour grâce au parrainage de Canal+ d’Arte et de la région Franche-Comté. On sait donc dès le générique que ce film ne va pas être un conte fleur bleue, mais davantage une représentation sociétale contemporaine à vocation humaniste.
¤•••••¤ L’histoire ¤•••••¤
Le film est une fiction documentaire. Nous ne savons pas si Louise Wimmer existe, on sait en revanche que le drame vécu par Louise Wimmer est celui de milliers de femmes et d’hommes en France. Le réalisateur a choisi de nous la présenter dans le cadre d'une tranche de vie d’un mois environ.
Quinquagénaire par fortune encore présentable, Louise Wimmer vit sans domicile fixe à Belfort (*). Elle dort dans sa voiture, se lave dans les toilettes des cafés ou des stations-service. Le coffre de sa voiture est son dressing, son fumoir, sa salle de musique et sa chambre à coucher. Louise travaille en qualité de femme de ménage à temps partiel le matin dans un hôtel. Elle a une fille qu’elle n’a pas vue depuis plusieurs mois, un amant occasionnel, des relations amicales de bistrots, une voiture qui est devenue son « tout », et des dettes.
Nous découvrons progressivement les éléments essentiels de sa vie en suivant Louise dans son combat pour l’obtention d’un logement.
¤•••••¤ Les acteurs ¤•••••¤
Louise Wimmer : Corine Masiero
Didier : Jérôme Kircher
Jean-Paul Roulot : Paul
Anne Benoit : Nicole
Marie Kremer : Séverine
Frédéric Gorny : le manager de l’hôtel
Anne-France Poli : l’assistante sociale senior
Cécile Rebboah : l’assistante sociale junior
Globalement de presque inconnus du grand écran, ou alors il y a si longtemps qu’on a oubliés leurs seconds rôles. Tous ces acteurs sont plutôt familiers du petit écran depuis de nombreuses années. En tout état de cause, le casting est sans relief, et vu le sujet on comprend que ça vaut mieux pour la crédibilité du film.
¤•••••¤ Louise Wimmer dans sa relation aux autres ¤•••••¤
Avec son amant :Elle n’en attend rien, sinon un peu de plaisir. Louise Wimmer est une femme qui ne veut plus dépendre de quelqu’un, encore moins d’un amant. Si la relation entre ces deux-là doit évoluer, ce ne sera pas avant que Louise n’ait son logement à elle.
Avec son mari :Lorsqu’ils se revoient fortuitement, le mari promène à son bras une jeunette qui pourrait être leur fille. On déduit de la scène dans laquelle ils sont réunis que ces deux-là n’ont plus rien à partager et que tout ce qu’ils avaient en commun peut partir soit aux ordures, soit en fumée. On imagine que probablement trompée par son mari, Louise a tout quitté sur un coup de tête, en tout cas il est question de dettes mais pas de pension alimentaire sauf pour sa fille.
Avec sa fille :En toute logique, ce serait à la fille de s’appuyer sur la mère pour avancer dans la vie. Mais voilà, sa mère est dans le pétrin. La fille est obligée d’avancer seule, elle ne peut se charger d’un fardeau, sa mère ne lui demande rien du reste. On sent qu’entre les deux, la rupture conjugale a contribué à distendre les liens filiaux, et qu’il ne reste pas grand-chose qui unisse la mère et la fille. On les voit réunies toutes les deux dans une seule scène, on sent que la fille est pleine d’empathie pour sa mère mais qu’elle est confondue par le malheur qui s’abat sur elle, un malheur dont elle ne peut pas se charger si elle veut réussir sa propre vie. La fille abandonne la mère à son sort. La mère ne demande rien à sa fille, mais prend conscience de la manière dont sa fille la perçoit.
Avec l’assistante sociale :L’assistante sociale qui s’occupe de son dossier ne semble pas très inspirée par le cas Louise Wimmer. Celle-là a beau se débattre comme une lionne pour faire valoir l’urgence de sa situation, non décidément non, Louise Wimmer a quelque chose d’infiniment trop arrogant dans sa volonté de ne pas courber l’échine dans sa situation. Louise Wimmer comprend qu’elle devrait faire l’aumône mais elle demande un droit, un droit au logement.
Avec ses collègues :Quand on vit dans une voiture, la situation est délicate tant pour soi que pour la ponctualité. Louise doit faire face aux reproches qu’entraînent ses retards. Elle a d’autant plus de mal qu’elle se sait en faute vénielle, fragilisée car aussi misérables que soient ses revenus elle a besoin de ce job donc elle doit s’écraser face à un jeune patron aux dents longues.
Quand elle veut faire amie-amie avec sa nouvelle collègue, Louise ramasse un gadin. Après l’avoir épaulée et lui avoir fait la courte échelle elle comprend qu’elle risque plus que des reproches pour un retard ou deux, mais carrément de se faire voler son gagne-pain.
Avec ses relations de bistrot :
Louise Wimmer a réussi à tisser un lien dans un café où elle récupère son courrier. La patronne lui a concédé une petite ardoise, mais la presse pour la régler. Elle lui garde aussi son courrier, pour la dépanner mais ça s’arrête là.
Un copain de bar la dépanne quand sa voiture tombe en panne mais prend ses désirs pour la réalité. Louise découvre que sa solitude peut faire d’elle une proie facile si elle baisse la garde.
Avec elle-même :
Pour ne pas sombrer, Louise se raccroche à la musique. Elle écoute Nina Simone en boucle, jusqu'au jour où ....
¤•••••¤ Conclusion ¤•••••¤
La gageure est de nous présenter une femme de cinquante ans qui a quasiment tout perdu, sans faire fuir le chaland et en réussissant le tour de force de convaincre celles et ceux qui ont déjà connu la misère dans leur vie que la tragédie que vit Louise Wimmer est crédible.
Bien que le réalisateur s’égare dans de multiples voies de garage tout au long du film, le résultat est à la hauteur de l’ambition. C’est une réussite, en aucun cas une gloire, en tout état de cause un film qui marche grâce au bouche à oreille puisque la petite salle n° 4 du cinéma Les 7 Parnassiens était presque complète et qu’une file d’attente nous attendait à la sortie.
Pourquoi ce succès confidentiel ?
Le thème tombe à pic compte tenu de l’actualité du mal logement en France. Mais ça n’est pas la seule raison. Si on compare Louise Wimmer avec Mona dans Sans toit ni loi interprétée par Sandrine Bonnaire, on remarque tout de suite deux différences majeures.
Louise Wimmer est une femme adulte qui avait une vie qu’on imagine confortable et sécurisée et qui a tout perdu du jour au lendemain. A la différence de Mona, Louise n’est pas une marginale, de plus elle n’est pas jeune, elle cherche au contraire à se réinsérer dans la société, pas à la fuir.
Louise Wimmer est une de ces millions de femmes qui vivait sous la dépendance financière d’un époux dont elle se sépare sans avoir assuré son indépendance matérielle. Elle n’a visiblement pas de formation, pas d’amis personnels bien qu’on lui voie un amant dans le film, sa fille la fuit et elle est strictement désargentée. Pire, elle a des dettes et pas l’ombre d’une chance de trouver un logement autre que social.
Au travers de sa séparation conjugale elle se retrouve face aux difficultés que connaissent tous les jeunes lorsqu’ils démarrent dans la vie sans qualification. Sauf qu’elle a 50 ans.
Le problème de Louise Wimmer ne se réduit pas à un job alimentaire pour lequel elle est en compétition, sans qu’elle s’en rende bien compte d’ailleurs, avec des dizaines de jeunes qui ont besoin de travailler. Louise n’est pas un bras-cassé. Nous comprenons qu’elle fait face avec tout son caractère à ce parcours du combattant du mal-logement en France. Elle ne demande pas qu’on lui fasse la manche, elle ne la fait d’ailleurs pas. Elle ne demande pas qu’on paye ses dettes, elle s’en arrange elle-même. Elle ne demande pas qu’on l’héberge, elle a fait une demande de logement qui, et c’est bien là le gros problème de Louise, n’aboutit pas.
Le problème de toutes les Louise Wimmer du monde c’est de trouver une place dans la longue file des attentes prioritaires, alors même qu’en France les personnes seules ne comptent pas comme des cas prioritaires. Louise a beau dormir dans sa voiture, essayer de s’en sortir avec dignité, la rareté des logements disponibles fait qu’elle passera inéluctablement, à moins d’un miracle, derrière beaucoup d’autres avant que ce ne soit son tour.
Days of Pearly SpencerL’histoire finit bien pour Louise mais combien d’autres Wimmer en attente d’un logement ? 10% des logements sociaux en France restent vacants du fait de la mauvaise gestion des organismes de logements sociaux. Par ailleurs, les pouvoirs publics évaluent à au moins 15% le nombre de locataires qui n’entrent plus dans les critères d’attribution des logements sociaux mais s’y maintiennent par le jeu des surloyers, faisant une économie de 40% sur les loyers pratiqués dans le secteur privé.
Louise Wimmer est un plaidoyer contre le mal-logement, l’insuffisance de logements sociaux en France et un turn-over défaillant. C’est un film sombre que le parcours de cette femme qui s’accroche avec l’énergie du désespoir, mais qui ne verse pas dans le pathos ni le compassionnel exarcerbé. C’est incontestablement poignant, mais supportable. En fait, sans doute un peu trop malgré le réalisme des situations et le bon jeu de l’actrice.
(*) En 2008, un ancien député de Belfort et ancien ministre de la défense de la Vè république quittait sous la pression médiatique un logement social qu'il occupait indûment à Belfort. Il en conserve un autre à Paris duquel il est devenu du fait de son âge indélogeable. De nombreux élus, dont d'anciens secrétaires d'état, ministres ou députés, occupent en 2012 indûment des logements sociaux en France.
Dans les moins : quelques longueurs, des scènes de baise dont on se serait bien passés en fait
Dans les plus : le réalisme des situations
Bonne journée et à bientôt pour de nouvelles aventures ^_^
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| Autres avis |
Elle s'appelait Louise
Evaluation du produit Louise Wimmer (04 janvier 2012) par
madmike
Avantages: Un film très juste...
Inconvénients: ...sur un sujet difficile.
…
Préambule
Le cinéma français a longtemps été éloigné des réalités, mais depuis le début du troisième millénaire de nouveaux réalisateurs ancrent leurs films dans le quotidien, montrant les difficultés hélas fort actuelles des petites ...
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Les membres de Ciao ont trouvé cet avis très intéressant |
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très intéressant
28.01.2012
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Une vie vraiment injuste ce coup-ci
Evaluation du produit Louise Wimmer (04 janvier 2012) par
bigboo
Avantages: Trés émouvant, très réaliste, optimisme
Inconvénients: Pas vraiment drôle...
...Les films sur la crise sociale ont le vent en poupe. Il faut dire que l’actualité ne les rend malheureusement pas obsolètes. La même semaine que Une Vie Meilleure, que j’aurais pu sans problème m’abstenir d’aller voir, est sortie plus discrètement Louise ...
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Les membres de Ciao ont trouvé cet avis très intéressant |
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très intéressant
23.01.2012
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