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Et voilà ! Après avoir parlé de Marseille en général, des balades qu’on peut y faire, de ses endroits à la mode, de son stade et de son équipe de foot (pov’ Chrislau, il ne s’en est toujours pas remis *insiste lourdement*), je vais vous parler un peu de ses transports en commun. Et plutôt que de vous faire un laïus sur l’étendue du réseau de bus et métro, du stationnement gênant dans les couloirs réservés et des grèves à répétition (bisque bisque rage), choses que la plupart des villes ont en commun, je vais vous parler d’un des vestiges des transports urbains marseillais à l’ancienne qui va disparaître bientôt (ou plutôt qui va être modernisé) : le tramway marseillais.
Il n’existe qu’une ligne de tramway à Marseille : la ligne 68. Lorsqu’on parle du 68 à Marseille, tout le monde sait à quoi on fait référence : une espèce de teuf teuf bruyante qui relie la Canebière à St Pierre en pétaradant et klaxonnant sur le boulevard Chave.
La ligne 68 constitue le dernier vestige de l’ancien tramway qui permettait, depuis le début du 20ème siècle jusqu’aux années 1950, de traverser Marseille d’ouest en est. Pour ceux qui ont déjà visionné la trilogie de Pagnol, vous vous souvenez sans doute de cette espèce de locomotive hybride stoppée dans son élan par une partie de pétanque. D’année en année, avec l’apparition du métro et l’ouverture de nouvelles lignes de bus (179 au total), le parcours du tramway n’a cessé de se réduire jusqu’à être aujourd’hui restreint à la portion congrue.
Le 68 part de la Canebière, à la station Noailles, anciennement appelée « gare de l’est » alors qu’elle est située en plein centre ville, les marseillais sont bizarres des fois…. La première partie de son parcours consiste à monter sur les contreforts de la plaine en utilisant un tunnel dont la sortie débouche au début du boulevard Chave, à l’angle de la rue de Bruys (c’est à dire pile poil devant chez moi, vous n’aurez plus d’excuses pour ne pas venir me saluer maintenant). Ledit boulevard est ensuite parcouru dans son intégralité (il est assez long), jusqu’à la gare de la Blancarde pour ensuite passer dans le quartier de la rue St Jean du désert et arriver à son terminus : St Pierre.
A propos de l’aspect purement fonctionnel de ce tramway, on peut dire qu’il est bien utile, puisqu’il permet de relier la périphérie est de Marseille au centre ville en à peu près 15 minutes. En outre, la plate forme de transport a été conçue pour qu’il s’intègre dans le réseau avec le terminus de tous les bus venant de l’est à St Pierre et un échangeur bus / métro / tramway à Noailles. Le 68 est donc un bon complément aux autres moyens de transport en commun sur ces trajets, surtout, venant du centre, si vous voulez éviter la terrible côte amenant à la plaine.
Sa circulation, notamment sur le boulevard Chave, ne va pas sans poser de problèmes, problèmes essentiellement dus à l’incivisme crasse dont nous autres marseillais savons faire preuve de manière extensive. Il est bien dur de circuler en dehors des rails, par exemple, alors que la voie réservée aux voitures est encombrée par les malotrus garés en double file tout au long du parcours. C’est ainsi que la circulation en voiture sur le boulevard Chave relève souvent de l’équilibrisme, les quatre roues sur les rails du tram, sans compter les gens qui tentent des dépassement hasardeux, bloquant ainsi la circulation dans les deux sens. Mais bon, on est marseillais ou on ne l’est pas…
A côté de cette utilité fonctionnelle, le 68 possède également une valeur sentimentale aux yeux de tous les marseillais, et en particulier de ceux qui, comme moi, habitent le quartier du Camas.
En effet, il rappelle aux anciens le bon vieux temps dont j’ai parlé tout à l’heure où il traversait la ville de part en part, et il permet aux plus jeunes de s’amuser agréablement. Pour tous les habitants du quartier, en effet, le 68 fait partie du paysage. Son bruit qui fait vibrer les vitres et le son de son avertisseur (un dingguelinggueling très harmonieux !!!) sont intégrés depuis toujours dans son environnement. Et à tous les montpelliérains ou nancéens qui s’imaginent que le tram marseillais ressemble à leurs rames flambantes neuves, agréables et confortables, un voyage de terminus à terminus est indispensable. Au contraire de ses cousins de Montpellier ou de Nancy, le tram marseillais est en effet quasiment une relique : le dernier changement de ses rames est intervenu en 1983, je vous laisse imaginer le caractère moderne de l’engin. En fait, c’est simple, le 68 ne ressemble à rien ! Sa forme laisse penser, avec beaucoup d’imagination, à celle de l’antédiluvienne Micheline que la SNCF ne conserve que pour ses musées du rail. Doté de deux wagons, l’un tractant l’autre, blanc assortis de petits liserés bleus, le tram 68 se meut grâce à l’électricité sur une voie mal entretenue et assez cabossée. A l’intérieur, le confort est pour le moins rudimentaire et il ne faut pas avoir peur de l’écrasement ou de l’étouffement avant de monter. De même, si vous arrivez par miracle à dénicher une place assise, non seulement vous souffrirez de maux de dos pendant trois jours, mais en plus vous raterez à coup sûr votre sortie, chaque arrêt durant 30 secondes et pas une de plus, c’est à dire à peine le temps de se frayer un passage entre les dix premières personnes que vous rencontrerez !
Tout ça pour vous dire que le tramway 68 est bien plus qu’un moyen de transport, c’est un des engins pittoresques qui participent à donner un peu de cachet à une ville bien trop grande pour que son identité ne soit pas diluée dans la modernité.
Nous tenons à notre 68, beaucoup, parce qu’il est un vrai marseillais lui aussi : bruyant, emmerdant, bancal mais à la fois attachant et on sait qu’on peut toujours compter sur lui.
La municipalité a décidé il y a peu d’entreprendre une grande réforme des transports en commun à Marseille, et l’ancienne ligne va être ré-ouverte. Bientôt (d’ici 2005), on pourra à nouveau traverser Marseille en tramway, dans des rames toutes neuves, modernes et en site propre, comme à Montpellier. Personne ne regrettera qu’un effort soit fait en ce sens. Mais de nombreux marseillais verseront une larme émue lorsque notre 68 laissera la place au nouveau réseau. Pour ma part, lorsque je verrai passer le matin en allant au boulot une de ces espèce de TGV urbain, confortable, spacieux et esthétique, je sais que je penserai à mes anciennes rames qui m’ont ramenées de l’école et du lycée, à leur inconfort, leurs sales odeurs et leur bruit insupportable, et je sais que j’aurai une pensée nostalgique pour elles.
A présent que les travaux vont commencer, le 68 va se transformer et ne sera plus jamais comme aujourd’hui : je voulais lui rendre un dernier hommage en remerciement de tant de trajets qu’il m’a permis d’effectuer.
Je vous embrasse tous, demain, on va à la caserne en métro, les temps changent, c’est pas plus mal, mais il ne faut pas renier les choses qui ont bercées une partie de notre vie.
@ + vous tous, l’officier de réserve, franc tireur, wilori, matricule 853001, va mettre les drapeaux en berne….jusqu’à demain où il ira en ville avec son superbe tramway flambant neuf !
28.02.2010 22:39
Il est vrai que le tram 68 avec ses voitures belges (il existait les mêmes à Bruxelles) présentait un cachet.
30.08.2004 18:40
avis bien détaillé. dommage, j'habite dans le nord.
10.10.2002 18:41
Marseille es t le plus belle ville du Je suis d'accard avec se que tu dits dans ton avis @+ Marseillais46