Cet avis a été évalué par 35 membres de Ciao en moyenne: très intéressant
Rudolf Hoess, qui apparait dans ce roman sous le nom de Rudolf Lang, était le commandant du camps de Auschwitz. L'essentiel de la vie de ce personnage nous est connu grâce au psychologue américain Gilbert qui l'interrogea dans sa cellule au moment du procès de Nuremberg.
Robert Merle, l'auteur de "Un Week-end à Zuydcoote" (prix Goncourt, 1949), utilisa les travaux de Gilbert pour écrire, peu de temps après la guerre (en 1952) son roman "La mort est mon métier". Même si Merle fait véritablement preuvre d'historien quand il retrace la lente et tâtonnante mise au point de l'usine de mort de Auschwitz (en utilisant comme source les documents présentés lors du procès de Nuremberg et des textes officiels), ce livre est avant tout une oeuvre romanesque: la première partie du récit est en effet une re-création étoffée et imaginaire de la vie de Rudolf, ce bon ouvrier manuel, très courageux , doté de qualités impressionnantes et remarquables d'organisateur.
Le roman est divisé en sept parties, dont chacune porte comme titre une date qui correspond à une période de la vie de Rudolf. Les grandes étapes de sa vie sont les suivantes: - En 1913 Rudolf vit une enfance très perturbée notamment à cause de son père dont il a énormément peur. - De 1916 à 1918 il est au service d'un capitaine de cavalerie grâce auquel il entre dans l'armée à l'âge de 15 ans et huit mois. Il devient vite sous officier. Mais l'Allemagne capitule... - De 1922 à 1929 Rudolf vit une vie très rude et difficile dans cette Allemagne d'après-guerre appauvrie et humiliée. Il rejoint les S.A. - De1929 à 1934 il travaille sous les ordres d'un grand propriétaire en tant que fermier et s'occupe de l'organisation du parti de sa région. Sa vie "reprend un second souffle". - De 1934 à 1945 il s'occupe du camps de concentration de Dachau puis de celui de Auschwitz. Il n'arrête pas de monter en grade. Son travail, c'est sa vie.
Grâce au récit à la première personne le lecteur connaît directement les pensées de ce personnage (qui est le narrateur) atteint de névrose (il a des TOC). De plus, ce personnage n'est pas capable de diriger seul sa vie: il a besoin qu'on lui fixe des buts, des objectifs à atteindre. Chez le capitaine de cavalerie, il cherche à entrer dans l'armée. Au service du grand propriétaire foncier, il cherche à être reconnu pour son dévouement au travail. Enfin, au serivce de Himmler et de Hitler dont il est "sous le charme", Rudolf cherche à les servir du mieux possible, et donc à trouver les solutions pour remplir les objectifs qu'on lui fixe, formulés en terme "d'unités par jours" exterminées à augmenter sans cesse.
Dans cet ouvrage qui nous expose la vision d'un Allemand qui a commandé cette opération, et pensé le processus industriel d'extermination des juifs, on ne voit cependant pas paraître un seul juif de manière individuelle. C'est parce que pour Rudolf, ses supérieurs ou ses collègues, ils ne représentent que des chiffres, des convois, des groupes. Dans ce roman, les juifs ne représentent en fait qu'un problème mathématique abstrait à résoudre pour Rudolf, et c'est ça qui est terrifiant, cette absence totale d'humanité.
Ce livre raconte donc la vie d'un homme qui a tué des milliers et des milliers de personnes, d'un homme dont la vie était vouée au travail, dont le métier, justement, n'était autre que de tuer des juifs qualifiés de "inaptes" à longueur de journées et à trouver les solutions pour les tuer de plus en plus vite. A la fin de "La Mort est mon métier", Rudolf est condamné à la pendaison. Mais cela ne le touche pas du tout: "Il me semblait que ma propre mort ne me concernait pas". Le lecteur se rend alors compte que, vraiment, la mort est son métier.
17.05.2006 16:52
Un livre que je ne connaissais pas mais que je vais probablement me procurer. Merci pour ton avis !
21.06.2005 17:28
bon pere, bon mari. .parfait fonctionnaire de l'usine de la mort......
21.05.2005 00:22
"les juifs ne représentent en fait qu'un problème mathématique abstrait à résoudre" Tout est dit!