L'évaluation de l'auteur:
| Avantages: |
Un livre qui fait réfléchir . . . |
| Inconvénients: |
Mesdames, le récit est psychologiquement très violent . . . |
| Recommandation pour les acheteurs potentiels? |
oui |
« Celle qui a perdu sa réputation n'est plus qu'une morte parmi les vivants. »
Proverbe persan.
►►►► DONNÉES PRATIQUES ◄◄◄◄
Titre : Morte parmi les vivants.
Auteur : Freidoune Sahebjam.
Année de parution : 2003 (Editions Grasset et Fasquelle)
Prix éditeur : 18 € (n'oubliez pas que si vous allez à la Fnac, vous avez 5 % de remise sur le prix éditeur). Également édité chez France Loisirs, mais je ne connais pas son prix.
Mon édition : Editions France Loisirs.
Nombre de pages : 325, en comptant la table.
ISBN : 2-7441-7417-3
*** « C'est leur faute si elles ont été souillées et sont devenues des diablesses. Elles n'avaient qu'à fuir et se cacher. Ce qui leur est arrivé, elles l'ont bien voulu ! »***
►►►► L'AUTEUR ◄◄◄◄
Freidoune Sahebjam.
Pour moi, ce nom était inconnu. Jamais entendu parler. J'étais même incapable de dire si cet auteur était un homme ou une femme… Vu le sujet du bouquin, je penchais plus pour une femme. Ce que je pouvais déduire sans trop me tromper, c'est que le nom était d'origine arabe.
Freidoune Sahebjam est en fait un homme. Il est né en 1933 (il a donc 72 ans). Journaliste iranien, grand reporter, diplomate et historien, il est l'auteur, entre autres, de récits et de reportages sur les humiliations subies par les femmes dans son pays. C'est sans doute pour cette raison qu'il est condamné à mort par le régime de Téhéran depuis 1979. Il vit en France depuis une quarantaine d'années (on comprendra tous aisément que ça vaut mieux pour lui), où il collabore à plusieurs magazines européens. Parmi ses écrits, « Je n'ai plus de larmes pour pleurer » (1985), « La Femme lapidée » (1990), « Un procès sans appel » (1992), « Le Vieux de la montagne » (1995), « Le Dernier eunuque » (2004), « Princesse persane » (2005).
Avant de commencer à vous parler de « Morte parmi les vivants », je voudrais saluer le courage de cet homme, qui, au péril de sa vie (il est condamné à mort par l'Iran, je vous le rappelle), dénonce les excès et les injustices exercés dans son pays. Si ces œuvres se concentrent sur la situation de la femme en Iran, il dénonce aussi, dans « Je n'ai plus de larmes pour pleurer », l'utilisation des enfants-soldats dans les guerres. Chapeau bas, Monsieur Sahebjam, vous avez toute mon admiration et tout mon respect, sincèrement.
*** « C'est le diable en personne ! Lui adresser la parole est un péché ! »***
►►►► L'HISTOIRE ◄◄◄◄
*** « Tu as bien entendu, mon fils (…), je veux un garçon, pas une fille. Une fille qui naît en premier dans une famille, ça porte malheur »***
Afghanistan, 1989.
Bilqis, 12 ans, fille aînée d'une famille de cinq enfants, aide sa mère à s'occuper de la maison et de ses frères et sœurs. Son père mort à la guerre, elle est une aide précieuse pour sa mère. Parmi ses tâches hebdomadaires, laver le linge à la rivière.
*** « Ne reviens pas avant que le soleil ait disparu derrière la colline. Lave et relave ! » ***
Cet après-midi-là, alors qu'elle fait la lessive, des soldats soviétiques, qui quittent la région pour rentrer en Russie, après dix ans d'occupation, la violent…
*** « N'aie pas peur, je ne te ferai rien. Je m'appelle Vassili. Approche… » ***
C'est ainsi que commence la descente aux enfers de Bilqis, par un viol un jour de 1989. Si vous ne voulez pas en savoir plus, parce que vous voulez lire le livre, par exemple, arrêtez votre lecture ici et passez directement au point suivant. Sinon, je vous invite à poursuivre, en vous précisant toutefois que c'est un résumé de la biographie très détaillé qui suit.
Vous avez donc décidé de poursuivre…
Rejetée par tous, dont sa propre mère, puisque « souillée », la petite Bilqis sera réduite à l'état de bête et contrainte de vivre dans l'étable avec les animaux. Elle sera ensuite vendue par sa mère à une famille de la ville voisine.
*** « Cette fille nous porte malheur. Je dois m'en débarrasser au plus vite. La vie chez nous est devenue infernale… Je ne supporte plus de la savoir avec les animaux, elle va finir par les contaminer… » ***
Exploitée et battue par son patron, qui l'accuse de tous ses maux, Bilqis s'enfuit de sa maison grâce à Hamid, un jeune livreur de boissons qui s'est pris d'amitié pour elle. Il lui propose de venir travailler pour sa tante, qui doit s'occuper de dix enfants, les siens et les frères et sœurs d'Hamid, dont les parents sont morts. Bilqis est bien accueillie chez Homa (c'est le nom de la tante), elle s'y sent bien, jusqu'au jour où Hamid découvre son histoire.
*** « Des rumeurs circulent en ville que tu as été salie par les Shoravis quand ils ont été chassés du pays. Est-ce vrai ? Pourquoi ne réponds-tu pas ? » ***
Bilqis, à nouveau rejetée, doit encore s'enfuir. Elle rencontre Shokat Khânoum, une vieille femme qui la prend sous son aile. Elle lui trouve un travail, puis un fiancé… Ne voulant pas attirer la honte sur Shokat Khânoum, sa bienfaitrice, et sur le fiancé, elle fuit à nouveau car sa nuit de noce révèlerait sa souillure…
Elle se réfugie à Herat, où elle trouve très rapidement un emploi de bonne à tout faire… Et où elle subit pendant deux années les assauts forcés d'un policier qui connaît son passé.
*** « Je viendrai ici quand je voudrai. Tu peux dire tout ce que tu veux à mon frère ou à sa femme, ils se moqueront de toi. On saura que tu es une pute et tu n'auras plus le moindre travail dans toute la ville, tu peux me croire ! Dieu m'en est témoin ! » ***
Bilqis a 18 ans. Le policier lui trouve un nouveau travail… dans un bordel taliban ! Le jour où le « protecteur » du bordel disparaît, les filles, qui risquent la mort pour l'activité qu'elles exerçaient, doivent disparaître aussi. C'est ainsi que Bilqis se retrouve dans un autocar à destination de Farah. L'autocar est arrêté, Bilqis est prise en otage… Elle devient la « chose » du chef de bande…
*** « Je suis le chef ! Je suis le plus fort ! Quand je veux quelque chose, je le prends, tout de suite. » ***
Un matin, des soldats attaquent la bande de bandits. Tous meurent, Bilqis est délivrée… Pour retomber entre les mains des soldats, qui l'emmènent dans leur caserne où elle rejoint d'autres filles prostituées de force…
*** « Je suis ici depuis une demi-année. Huit ou neuf filles sont déjà mortes. On n'a pas su comment, ni tuées par qui. Elles ont très vite été remplacées. Fais bien ton travail, ne refuse rien, sinon une lame te tranchera la gorge. Ici, pas de coups de feu, juste un couteau. » ***
Bilqis devient rapidement la favorite Sadegh Mohamad, un chef de guerre très violent, borgne, un crochet à la place de la main droite… Il la martyrise et il aime ça. Ne pouvant plus supporter les souffrances qu'il lui inflige, elle le poignarde avant de s'enfuir avec une autre prostituée…
Les deux femmes tentent de se réfugier en Iran. Pour passer la frontière, elles doivent être salies encore : elles doivent « rembourser » les passeurs iraniens qui ont pris des risques pour elles.
*** « Les plus anciennes d'entre vous seront affectées aux tâches domestiques et aux travaux des champs. Vous nous servirez, vous laverez notre linge et vous ferez la cuisine. Les plus jeunes seront plus précisément destinées aux besoins des hommes. Me suis-je bien fait comprendre ? » ***
Un bordel est créé de l'autre côté de la frontière. Haj Hassan Mohtachémi, un haut dignitaire religieux iranien, s'y rend et achète Bilqis.
*** « Il faut que je te dise quelque chose qui est un secret. Tu sais garder un secret ?… J'ai été blessé autrefois, au ventre et aux cuisses… et ailleurs. Je souffre encore et je… je ne peux pas faire tout ce qu'un homme peut faire… Tu m'as compris ? » ***
Bilqis doit procurer du plaisir à Haj Hassan Mohtachémi, lui qui ne ressent plus rien. Malgré plusieurs tentatives, elle n'y parvient pas. Furieux, il la bat et la fait transférer à Déhé Divâneh, le village des fous, un camp de réfugiés…
Là-bas, Bilqis est reconnue par deux femmes.
*** « Je la reconnais, c'est elle ! Oui, c'est bien elle ! C'est une putain ! » ***
Isolée de force du reste du camp, elle vit dans la solitude la plus totale. Seule l'infirmière scandinave et le Croissant Rouge iranien entrent dans sa tente. Régulièrement, une voiture vient la chercher pour la porter chez Haj Hassan Mohtachémi…
C'est au camp de Déhé Divanêh que Bilqis va rencontrer Freidoune Sahebjam, et lui raconter son histoire. Car ceci, chers Ciaonautes, n'est pas une simple histoire… C'est une biographie, une histoire vraie, comme on dit, celle d'une jeune Afghane violée à l'âge de douze ans alors qu'elle lavait son linge à la rivière…
Bilqis a aujourd'hui 28 ans. Elle a été sauvée par une ONG européenne. Elle a appris à lire, à écrire, et à calculer… Elle n'est pas mariée…
►►►► LE CONTEXTE HISTORIQUE ◄◄◄◄
Je ne vais pas ici vous faire une leçon d'histoire : d'abord parce que ce n'est pas le but, ensuite parce que j'en serais totalement incapable.
Cependant, une petite chronologie et quelques explications sur les grands événements du pays s'imposent, pour mieux comprendre les références du livre.
L'histoire de l'Afghanistan, c'est coups d'état sur coups d'état, assassinats sur assassinats.
En 1977, un certain Daoud est élu Président de la République afghane (à la suite d'un coup d'état où il renverse Zaher, son cousin, qui s'enfuit en Italie). Il ne le reste qu'un an puisqu'en 1978, on l'assassine et un autre coup d'état met au pouvoir un afghan pro-soviétique, Muhammad Taraki… qui ne reste président que peu de temps aussi puisque cinq mois plus tard, lors d'un autre coup d'état, on l'assassine à son tour…
*** « Les nouvelles ne parvenaient pas facilement jusqu'à Garm-Ab. Il avait fallu bien des années aux habitants pour apprendre que leur roi Mohamad Zaher avait fui à l'étranger avec sa famille (…). Puis, un jour, la rumeur s'était répandue que le cousin du roi, le nouveau chef du pays, avait été assassiné et remplacé par un président. A Garm-Ab, on n'y comprenait plus rien. On était loin des événements de Kaboul, on voyait rarement des soldats, encore moins des gens importants. » ***
En 1978, l'Afghanistan signe un traité d'amitié avec son « grand frère » soviétique (ah, ah, ah, laissez-moi rire…), « grand frère » qui s'empresse de venir envahir le pays en Décembre 1979.
*** « Il y a deux jours, les Shoravis sont entrés en Afghanistan. Ils sont des milliers d'hommes, ils ont pénétré dans Kaboul, Mazar-Sharif et Kandahar. Ils bombardent, ils tuent, ils pillent, ils brutalisent. » ***
● 1979-1989 : L'occupation soviétique.
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Babrak Karmal est installé au pouvoir suite à… un coup d'état militaire orchestré par les Russes. Qui dit russe dit communiste. On ne sera donc pas étonnés que le régime de Karmal soit un régime communiste. L'Armée Rouge envahit assez rapidement la majeure partie des provinces d'Afghanistan, et combat la rébellion anti-communiste afghane, rejointe par des Musulmans de nombreux pays (dont Oussama Ben Laden). La rébellion reçoit un soutien de la CIA, qui lui procure des armes pour lutter contre les Soviétiques (sans commentaire). Fin 1986, Mohammed Nadjibullah remplace Babrak Karmal à la tête du gouvernement.
Dans le livre, le père de Bilqis a été enrôlé de force dans cette guerre. Par les pro-soviétiques ou par les rebelles, on ne le sait pas exactement (on déduit quand même que c'est par les pro-soviétiques). On sait juste qu'il est allé jusqu'à la vallée du Panchir, et qu'il est mort en Août 1985 en défendant la ville de Shebergân (la famille n'en est cependant informée qu'en 1989 !)
En 1989, l'Armée Rouge, vaincue par le Djihad, se retire d'Afghanistan. C'est lors de ce retrait qu'il arrive à la petite Bilqis les événements que l'on sait.
*** « Au moins, on gardera un bon souvenir de ce sale bled… » ***
● 1989-2001 : La guerre civile et le régime taliban.
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Les Soviétiques sont partis, mais la guerre n'est pas finie pour autant. Les partisans du gouvernement communiste s'opposent aux rebelles.
En 1992, la démission de Mohammed Nadjibullah signe la fin du régime communiste, et un tournant dans la guerre civile, qui oppose désormais les factions moudjahidin divisées selon des critères religieux, ethniques et régionaux. Fin Avril 1992, Ahmad Shah Massoud, islamiste modéré, entre dans Kaboul avec plusieurs milliers d'hommes et devient ministre de la Défense. Un autre islamiste modéré, Burhanuddin Rabbani, est nommé président intérimaire et élu chef du gouvernement en Décembre. En 1993, malgré un accord de paix signé entre factions rivales, les affrontements continuent au Sud de Kaboul.
*** « Mais un autre ennemi nous guette à l'intérieur du pays, tout aussi dangereux et fourbe… Vous savez qui sont ces fourbes et ces ennemis de Dieu ? (…) Ces nouveaux ennemis, ce sont les gens du Nord, ceux de Mazar-Sharif, ceux de Kunduz, ceux du Panchir… Ceux qui reçoivent leur argent et leurs armes de l'étranger… Ceux qui font la guerre à notre président » ***
Massoud démissionne, et le gouvernement est recomposé autour de Gulbuddin Hekmatyar, un fondamentaliste (ouh la la, ça sent grave le roussi). Un an plus tard, les talibans conquièrent progressivement les différentes provinces du pays, soutenus par l'armée pakistanaise, et instaurent une dictature fondamentaliste.
*** « Puis, le pays bascula dans la folie religieuse ; les combattants du Nord furent refoulés de la capitale, les religieux gagnèrent du terrain et de nouvelles lois furent votées par des étudiants en théologie qui devenaient les nouveaux maîtres tout-puissants du pays. Désormais devenait interdit tout ce qui ressemblait de près ou de loin à du plaisir, du confort, de la joie de vivre et de la détente. Dans son ensemble, la population n'eut plus le droit d'écouter la radio ni de jouer avec des cerfs-volants, de taper dans un ballon, d'aller se promener en famille au bord des rivières ou dans les campagnes, de manger de la nourriture étrangère, de parler une autre langue que le persan ou la pachtou. Les femmes et les filles furent confinées chez elles, autorisées à ne sortir qu'accompagnées d'un parent et interdites de scolarité et de travail en dehors de chez elles. » ***
En 1997, les forces du commandant Massoud prennent le contrôle des zones au Nord de Kaboul. Quelques mois plus tard, Ben Laden et les responsables de quelques groupuscules extrémistes créent un " Front Islamique International contre les juifs et les croisés " dont la charte fondatrice précise les menaces contre les Etats-Unis proférées à l'été 1996. Le processus de paix proposé par l'ONU échoue, et les actions terroristes se multiplient contre les intérêts américains (attentats contre les ambassades). Le refus afghan de l'extradition d'Oussama Ben Laden, tenu pour responsable des attentats, entraîne un embargo aérien et des sanctions financières de la part de l'ONU. Sanctions renforcées en 2000 en raison du soutien que les talibans offrent aux terroristes.
En 2001, et malgré les protestations de la communauté internationale, le Mollah Omar ordonne le dynamitage de toutes les statues pré-islamiques, dont le fameux Bouddha de Bamiyan.
*** « Notre ville a été bombardée, les combats ont duré des mois et nous avons été envahis par des gens du Nord, des Pachtous du Sud, puis par des Hazaras et ensuite par les talibans. J'ai perdu deux sœurs et un petit frère. Mon père a été enrôlé par l'armée et ma mère blessée aux jambes. Puis, des talibans m'ont emmenée et, depuis lors, je suis sur les routes. J'ai appris que nos bouddhas géants ont été bombardés. Ils étaient la fierté de notre région, tu sais… » ***
Le 9 Septembre, le commandant Massoud est victime d'un attentat. Le général Mohammad Fakhim, son ancien chef du service des renseignements, le remplace à la tête du Front Uni du Nord. Les attentats du 11 Septembre, sur lesquels je ne vais pas m'éterniser parce qu'ils sont connus de tous, entraînent comme réaction américaine des bombardements sur les principales villes afghanes et bases d'entraînement terroriste (les talibans protégeaient Ben Laden, reconnu responsable des attentats du 11 Septembre).
En hiver 2001-2002, le régime taliban tombe et un régime de transition est mis en place…
Je m'arrête-là, car c'est là aussi que le récit de Freidoune Sahebjam s'arrête…
►►►► LE LIVRE ◄◄◄◄
Je vous rappelle que j'ai consulté l'édition France Loisirs.
Le livre est un bel objet. Broché, une couverture noire, en dur, avec le nom de l'auteur et le titre du livre écrits en lettres argentées, sur la tranche. Un beau livre de bibliothèque. Il est recouvert par une couverture en papier glacé, rappelant le titre et le nom de l'auteur. Sur cette couverture, sombre, en noir et blanc, la photo d'une femme en burka…
Burka : voile qui recouvre les musulmanes de la tête aux pieds en ne laissant qu'une petite ouverture grillagée à la hauteur des yeux.
Burka = prison de tissu…
L'édition France Loisirs présente au début du livre deux cartes en noir et blanc, l'une de l'Afghanistan et des pays environnants, l'autre de l'itinéraire suivi par Bilqis entre Garm-Ab, son village natal, et Déhé Divâneh, entre 1989 et 2001. Je ne sais pas si ces cartes sont présentes aussi dans l'édition Grasset et Fasquelle, mais elles sont bien commodes au lecteur qui ne connaît pas du tout la région. J'y ai eu recours de temps à autre lors de la lecture du récit.
►►►► REMARQUES DIVERSES ◄◄◄◄
● « Morte parmi les vivants » est un tableau terrifiant de la condition des femmes dans un Afghanistan ravagé par les guerres, l'intégrisme et l'obscurantisme.
● On ressent dans le style d'écriture que l'auteur a une formation journalistique. Les phrases sont courtes, les mots utilisés sont simples. Les mots en afghan, imprimés en italique, sont systématiquement explicités, ce qui facilite énormément la compréhension. La vocation première d'un journaliste est de faire passer un message clair : Freidoune Sahebjam y réussit parfaitement grâce à ce style simple et épuré, dénué de fioritures stylistiques et lexicales qui seraient mal venues dans le cadre d'un récit comme celui-ci. En bref, ce n'est pas de la « grande » littérature : l'auteur privilégie plus le fond que la forme. C'est Bilqis qu'il met en avant, le récit, et pas lui, pas son écriture.
● Ce livre, un récit bouleversant d'authenticité, est plein de pudeur. Il aurait été facile de tomber dans le glauque et le pathétique, vue la triste vie de Bilqis. Les choses sont dites, mais pudiquement. Jamais ça ne devient voyeuriste ou malsain.
● Tout au long du récit, on ressent l'évolution politique de l'Afghanistan. Il n'est pourtant jamais question de politique. Ceci dit, un indice par ici, un autre par-là, et l'on comprend si l'on est encore à l'époque pré-talibane ou si les fanatiques religieux ont déjà imposé leurs lois. On voit, à travers Bilqis, se dégrader la situation des femmes au cours des années.
● J'ai aussi eu l'impression que par le biais de ce livre, l'auteur voulait mettre le lecteur face à la question du jugement. En effet, à quoi se résume la vie de Bilqis ? Au jugement. Depuis l'âge de 12 ans, elle est jugée, par tous.
Bilqis, comme vous le savez maintenant, est violée à 12 ans par plusieurs soldats russes. La population, terrorisée, ne juge pas ces hommes, ne juge pas LES hommes… C'est donc la femme qui est jugée, la victime. Si violemment jugée qu'elle est rejetée par tous, même par sa propre famille, sa propre mère ! Quelque soit l'outrage qu'une femme subisse, elle sera toujours considérée comme coupable de ce qui lui arrive…
Par définition, un homme n'est pas une femme. Partant de cette vérité, on peut concevoir qu'un homme ne puisse pas comprendre ce qu'est l'horreur d'être violée. On peut donc « comprendre » que Bilqis soit jugée et rejetée par les hommes. Ce que je ne comprends pas, c'est l'attitude des femmes, celles-là même qui auraient pu se trouver à la rivière ce jour-là, et subir l'outrage à la place de Bilqis. Le rejet de sa propre mère m'a aussi profondément choqué… Sa mère semble pourtant profondément aimer Bilqis ! Quand elle la retrouve, elle la soigne amoureusement, et quand sa fille lui fait part de ce qui est arrivé, elle change totalement d'attitude et devient méprisante (et méprisable !). On a l'impression d'être en présence de deux personnes différentes…
Freidoune Sahebjam n'a-t-il pas mis le doigt sur un des problèmes de nos sociétés, celui du jugement, et sur les conséquences et les dérives qu'il peut provoquer, surtout lorsqu'il est mauvais ? Je vous laisse à votre réflexion…
►►►► EN CONCLUSION ◄◄◄◄
« Une tragédie afghane »…
C'est le sous-titre que l'auteur donne à son récit, sous-titre fort évocateur et qui laisse présager que le lecteur ne va pas lire que des choses plaisantes…
Cette tragédie afghane pousse le lecteur à réfléchir sur un certain nombre de choses, et ça lui fait du bien, au lecteur, de réfléchir une fois de temps en temps ! De réfléchir sur des choses tristes, graves, réelles !
Un livre que je conseille fortement donc, à vous Mesdames, pour que vous compreniez bien que même si la vie n'est pas rose tous les jours pour vous, même si votre patron est un pauvre macho misogyne qui passe son temps à vous envoyer faire des cafés pour lui et toute sa clique de mâles et à lorgner vos jambes, vous avez de la chance d'être nées là où vous êtes nées ; à vous Messieurs, pour que vous compreniez ce qu'une femme peut ressentir dans ses tripes quand elle est méprisée au plus haut point, réduite à l'état d'esclave sexuelle, annihilée par vous…
Un superbe récit, qui exprime parfaitement les sentiments féminins face à de telles infamies.. Un récit écrit par un homme ! Bravo Monsieur Sahebjam, vous êtes mon nouveau héros…
►►►► INFORMATIONS DIVERSES ◄◄◄◄
Si vous voulez aller plus loin dans votre réflexion, voici quelques sites qui pourront vous aider :
● www.afghana.org
● Une chronologie des plus grandes dates de l'histoire afghane :
http://www.thucydide.com/realisations/utiliser/chronos/afghanistan.htm
● La question du voile en Afghanistan :
http://www.acdi-cida.gc.ca/CIDAWEB/webcountry.nsf/vLUDocFr/73D73BA8D05D1A7585256C22005355F1
*** « Le bonheur, c'est quand le chagrin se repose… » ***
| Autres avis |
Morte parmi les vivante
Evaluation du produit Morte parmi les vivants - Freidoune Sahebjam par
soukaina.d
Avantages: poignant
Inconvénients: aucun
Morte parmi les vivante raconte l'histoire de Bilqis, 12 ans et demi, qui est une paysanne afghane, elle aide sa mère aux champs et à la maison depuis la mort de son père. Elle est l'aînée de six enfants. Un jour de 1989, elle est violée par des solda ...
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intéressant
15.10.2008
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