Avis sur "Suites pour violoncelle - Bach"

publié le 16/03/2005 | hex666
Membre depuis : 16/08/2001
Avis : 39
Lecteurs satisfaits : 36
Plus à mon sujet :
Excellent
Avantages Intemporelles, magiques, humaines
Inconvénients Bach est mort...
très intéressant

"Et Bach créa l'homme à son image"

Ah ben j'peux quand même la mettre, mon image...

Ah ben j'peux quand même la mettre, mon image...

Bon, je viens de lire les deux autres avis sur ces suites. Qu'y a t'il à dire de plus, me direz-vous? Peut-être quelques petites choses, comme ça, en passant.

Tout d'abord, c'est valable pour toute oeuvre, et d'autant plus pour ces suites, il faut dissocier 2 (ou 3) choses:
- L'oeuvre en elle-même
- L'interprète
- L'enregistrement. Je ne m'attarderai pas sur ce sujet, qui présente assez peu d'intérêt, je trouve, du moins pour ce que j'ai à dire.

1. Les suites pour Violoncelle - J.S. BACH
Suite n°1 en Sol Majeur, BWV 1007
Suite n°2 en Ré Mineur, BWV 1008
Suite n°3 en Ut Majeur, BWV 1009
Suite n°4 en Mib Majeur, BWV 1010
Suite n°5 en Ut Mineur, BWV 1011
Suite n°6 en Ré Majeur, BWV 1012

Que peut-on en dire, comme ça, de prime abord? Déjà, vu les numéros, on a bien l'impression qu'il les a écrites dans l'ordre, on n'a pas la suite n°3 avant la 2, par exemple. C'est déjà preuve d'un certain sérieux.

A l'écoute de ces suites, ce qui marque même le plus néophite, c'est le recours à l'écriture monodique. Enfin, il paraît... C'est ce que disent les experts.

En fait, on s'en fout un peu, comment il s'y est pris, le p'tit père Bach. Que la sixième suite ait été écrite non pour le violoncelle, mais pour la "viola pomposa" (sorte de viole, je crois, avec 5 cordes), est-ce vraiment ce qui compte? Avait-il mis des chaussettes quand il a écrit la Gavotte de la suite n°5? J'avoue, je n'en sais rien.

Oublions le prélude de la BWV 1007. Non, pas BMW 1007. En plus c'était pour Mercedes, alors... C'est le morceau le plus connu (peut-être le seul, d'ailleurs). Et pourtant, il est assez phénoménal, surtout sur le plan harmonique.

Ces suites, moi, ce qui me marque, c'est que c'est une musique de l'Homme, de l'Humanité prise dans son individualité la plus protéiforme (moi aussi, j'peux en faire des phrases qui font bien, comme les experts avec oxymore et tout ça...)

Chaque pièce, chaque morceau semble raconter une vie, triste ou gaie, parfois les deux. Fermez les yeux, et laissez vous porter
par la mélodie. Tantôt bucolique, on voit des p'tits oiseaux, des enfants qui courent dans les prés (Suite 3, courante), tantôt festif (Suite 6, gigue), avec des grandes tables en bois, des bocks de bière, (des sangliers rôtis?), des danseurs, un peu guinguette du XVIIIème (siècle, pas arrondissement)? Souvent grave. On passe alors par une gamme de sentiments et de sensations allant de la simple tristesse à l'angoisse la plus profonde. Par moment, (mais je suis très influençable), je vois des images de Jean-Pierre Marielle dans "Tous les matins du monde". Quel rapport? Aucun, si ce n'est une photographie, une image, un être enfermé dans le noir, avec une bougie, qui souffre la perte d'un être cher, et remet en cause sa foi en la vie et l'homme.

Même si ces suites ne sont pas connotées religieuses (au contraire de nombres d'oeuvres de Bach), il y a une spiritualité palpable. Pas forcément une spiritualité religieuse, mais bien une spiritualité de l'Homme (Oui, bon, de la Femme aussi...).

Autant on peut conseiller de lire Gala en écoutant Jenifer, ce qu'il convient de lire en écoutant ces suites pourrait être les "Pensées" de Pascal, par exemple, mais ça, c'est pour faire intello.

2. L'interprète
J'avoue, je ne connais pas les interprétations qui sont citées dans les autres avis. Et il en existe bien d'autres de grande renommée (Rostropovitch, Yo-Yo Ma, Pablo Casals)... Moi, celle qui m'amène ici, en ce jour, c'est celle qui m'accompagne depuis que je l'ai découverte, et qui reste ma référence à moi (Oui, je sais, sa manière d'être à moi parfois vous déplaît...) : Paul Tortelier.

C'est dommage, j'avais l'image de la couverture du CD. Je pensais pouvoir la mettre, mais non... Le plus comique, c'est l'allure du bonhomme. Il ferait presque peur. Le regard semble courroucé, on dirait un prof de musique (en l'occurrence, de violoncelle. Non? Ben si, tiens...) qui vous réprimande pour avoir martyrisé une oeuvre... Si si, j'en ai connu, avec le même genre de regard.

Bon, on oublie l'image, et on écoute le CD, quand même. Et là, ô magie, on découvre un jeu admirable et sensible. Tout en rigueur, en finesse, avec l'impression d'un investissement personnel permanent, comme si l'interprète vivait sa musique. Paul Tortelier est-il aux suites de Bach ce que Gould est aux variations Goldberg? Peut-être, mais on est ici dans le domaine du pur subjectif. Pour un avis sérieux, allez voir des experts en musicologie.

L'homme en lui-même? Je n'en sais pas grand-chose. Je sais qu'il est mort en 1990, je me souviens qu'ils en ont parlé au JT, une fois, vite fait. J'avais appris qu'il avait également fait partie d'un mouvement de promotion de la musique classique auprès des jeunes, mais je n'en sais pas plus. En regardant vite fait sur le net, on trouve un peu d'infos.

Premier prix du Conservatoire de Paris à 16 ans, en 1930, il occupe la place de soliste entre 1935 et 1947, tour à tour à Monte-Carlo, Boston et Paris. Sa renommée grandit à partir de 1947. Il est réellement lancé en 1950 par Pablo Casals. Il fera une grande carrière en tant que soliste ou en ensemble, avec notamment un épisode de trio avec Arthur Rubinstein et Isaac Stern. De 57 à 80, il se consacre à l'enseignement du violoncelle (Paris, Essen, Nice), puis par la suite en Chine. Il a "inventé" une nouvelle position pour le violoncelle (la pique "barbare", si ça vous dit quelque chose). Il donnait un cours d'interprétation à l'âge de 76 ans quand il fut frappé d'une crise cardiaque fatale.

Pour finir, une petite citation:
Pablo Casals ayant dit :
"« Il y a d'abord Bach … et puis tous les autres. »"
Paul Tortelier lui répondit:
« Malgré tout mon amour pour beaucoup d'autres – et Beethoven et Mozart ne sont pas les moindres – je ne peut qu'être d'accord avec Casals: Bach les domine tous. »

Voilà, je clôs maintenant mon avis dont j'ai voulu faire (Ah, le vilain opportuniste!) un hommage à ce grand homme, certainement peu connu, hormis dans des sphères que je ne connais pas.

Conclusion, donc :
Les suites de BACH : A ne pas louper. Et pas besoin d'aimer ou pas la musique classique pour ça.
Les suites de BACH par Paul Tortelier : là, à chacun ses choix, je ne prétends pas que ce soit la meilleure, juste que celle-là me touche, et pour moi, c'est largement suffisant.

Evaluation de la communauté

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très intéressant

Commentaires sur cet avis

  • lolette22 publié le 18/09/2005
    ;-)
  • Evalauranel publié le 18/09/2005
    J'aime bien Bach, de toute façon, j'adore la musique en général, mais une affection bien particulière pour le classique, merci à toi.
  • Oleum_perdidisti publié le 13/07/2005
    Les petits ruisseaux (Bach en allemand) donnent les grandes rivières dont je ne capte que quelques gouttes, pôvre profane que je suis. Merci d'avoir étanché ma soif.
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Information produit : Suites pour violoncelle - Bach

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Caractéristiques Principales

Style de Musique: Suite pour Violoncelle

Compositeur: Bach

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