Nouvelle

Avis sur

Nouvelle

Evaluation générale (353): Evaluation totale Nouvelle

 

Tous les avis sur Nouvelle

 Rédigez votre propre avis

Un écrit perso:mi-imagination/mi-autobiographique

4  10.07.2004

Avantages:
ça fait du bien d'écrire  !  !  !  !

Inconvénients:
Je n'ai pas de titre .  .  .  .

Recommandable: Oui 

christel30

Plus à mon sujet:

Membre depuis:03.05.2004

Avis:25

Lecteurs satisfaits:2

Partager cet avis sur Google+
Cet avis a été évalué par 1 membres de Ciao en moyenne: exceptionnel

Elle vient de sortir de la chambre d’hôpital... Il a les larmes aux yeux.
- C’est la dernière fois qu’elle me voit et pour une fois je ne lui ai pas parlé de ma mort.
Lydia et Marie-jo ne répondent pas. Que pourraient-elles lui dire d’ailleurs?
Couché sur un coté de son lit, il les scrute, l’une après lautre; L’ainée et la benjamine, il a l’air tellement serein tout d’un coup.
Il se mit à rire, et ses grands yeux noirs, blottis au fond de son visage terriblement amaigri, se sont mis à sourire aussi. Car on voit des yeux qui sourient, Gonzalve, lui, savait très bien le faire.
- Quelle heure est-il ?
- 17h20 papa, répondit Lydia. Nous sommes mercredi.
- Oui, ça je sais, puisque la petite était là aujourd’hui. Ma jo, donne moi à boire s’il te plaît !
Marie-jo s’approcha de lui , portant le verre près de ses lèvres et lui donna à boire.
C’est le dernier geste qu’elle fit pour son père et la dernière image qu’elle garda de lui.
Quelques heures plus tard, Gonzalve partait, accompagné par ses filles jusqu’au dernier moment de sa vie.
Il fut très difficile de sortir de la chambre en ne laissant rien paraître devant la petite. Ni sa marraine, ni sa mère n’avait le courage de lui dire.
A l’annonce de sa mort, les infirmières et les internes ont ressentis cette difficultés. Ils se sont occupé de la petite en attendant que les grandes parviennent à sortir de la chambre.

En partant de l’hôpital ce soir là, Marie-jo pris son temps pour rentrer avec sa fille. Elle a regardé le soleil décliner et la nuit arriver...
Lorsque Christel fut couchée et endormie, elle téléphona à Christian, son mari, pour lui annoncé le décès de son père, et surtout pour lui demander de rentrer au plus vite, car il était en déplacement professionnel.
- Est-ce que tu l’as dit à Christel ? lui demanda-t-il avant de raccrocher.
- Non, je ne peux pas. Je l’envoie à l’école demain et après demain de toute façon.
- Jo, il faut que tu lui dises.
- Non, cela m’est impossible pour le moment. Rentre, et nous le verrons ensemble. Je t’embrasse.
Il n’eut pas le temps de répondre... Elle se mit à pleurer et raccrocha le téléphone.
Seule, comment pouvait elle l’annoncer à sa fille ? C’est fini quoi ?
Elle même qui vient de perdre son père, emporté par la mort; Elle même parler de la mort à sa fille de six ans, parler de cette grande inconnue qui lui fait peur. Non, non ...
Il lui est déjà obscur de gérer sa propre peine !

Samedi matin, mars 1980, un samedi presque comme d’autre samedi. Elle est à l’école, c’est le milieu de la matinée.
Elle aime bien cette classe de couleur orangé; sur la gauche il y a cette longue fenêtre qui permet une grande clarté dans la salle.
Il y a différentes choses affichées sur les autres murs, mais vingt-quatre ans après, elle ne se souviens plus de quoi il s’agissait vraiment.
La maîtresse est devant, au bout de la classe, à gauche; elle discute avec la maîtresse de la classe voisine, juste à l’encadrement de la porte.

La classe est composée de trois rang de table. Elle se trouve dans le rang du milieu, quatre table devant le bureau de la maîtresse. Sur le mur derrière le bureau, il y a un tableau noir et une boite de craies.

Elle écrit sur son cahier. Son cahier a cinquante pages, sur la couverture elle avait écrit son nom au début de l’année scolaire, ainsi tous les élèves reconnaissent son cahier.
Écrire est amusant, mais il faut bien faire attention; il s’agit de ne pas dépasser la ligne rouge et de mettre un point sur le i.
Au même moment, une de ses camarades l’interromp; elles échangent quelques paroles. Certains des autres élèves de la classe se retournent, curieux, car les deux petites filles se disputent... elles sont habituellement de bonne copine, mais ce n’est pas un jour comme d’habitude...
La maîtresse intervient brièvement ce qui fait cesser la querelle.

Elle ne pense déjà plus à cette dispute, en fait, elle n’y a pas accordé plus d’attention que ça.
Et elle sent sur son cou un passage de vent... les fenêtres sont fermées pourtant... c’est un vent rapide et léger comme un souffle qui fait frissonner. Elle frissonne.
C’est l’ange!
Sa mère lui a déjà raconté de longues histoires où il y a des anges aux grandes ailes de lumières.
Elle les raconte surtout depuis qu’il est malade.

Ce sont des anges qui planent dans le ciel au-dessus de la ville, et descendent pour porter secours à ceux qui en ont besoin.
Ils sont descendus souvent depuis qu’il est rentré à l’hôpital, et il l’ont bien aidé. Même s’il dit, chaque fois qu’il la voie, qu’il va mourir, il est toujours là.
Il ne peut plus s’occuper d’elle comme avant, mais elle attend qu’il soit moins fatigué. Ce sera long peut-être, mais les médecins le soignent bien.


Difficile cette dernière image qui revient sans cesse depuis mercredi soir.
Papa allongé sur son lit, légèrement redressé. Il a la tete sur le coté, ses yeux sont à moitié fermés, mais il la regarde... Il semble paisible avec ce demi-sourire ... Lydia et elle, les yeux emplis de larmes, savent que ce sont les dernières heures. Le médecin les ont prévenus.
Elles l’ont veillé jusqu’au dernier moment, jusqu’au dernier soupir, jusqu’au dernier souffle.

Elle culpabilise de n’avoir rien dit à sa fille. Comment va-t-elle réagir ? Est-ce qu’il faut l’emmener à la cérémonie religieuse et à l’enterrement ? Doit-elle lui parler de sa propre tristesse ? A quel moment lui annoncer ? Comment lui annoncer ?... Les questions se bousculent.
Christel sera rentrée de l’école d’ici deux heures ...


Alors pourquoi il est là l’ange ? pour elle, pourquoi ?
Plusieurs minutes s’écoulent durant lesquelles elle reste immobile à se poser des questions.

Sans pouvoir faire sortir un son de sa bouche, ses yeux se remplissent de larmes et elle les sent débordés petit à petit ; les larmes coulent le long de ses joues, elles finissent leur glissade aux creux de ses lèvres, d’autres préfèrent tacher son cahier.
Sans comprendre, elle sait... il est parti.
Il n’est pas parti pour un très long voyage, ce qui la laisserait espérer qu’un retour est possible... il n’est pas monté au ciel ou sur la lune, il ne s’est pas endormi pour toujours, non... elle ne veut pas y croire, mais si c’est ça, il est mort.
Elle pleure. Elle pleure parce que le cœur de son grand-père s’est arrêté de battre.

Et l’autre est arrivée comme ça, de nulle part, elle croit qu’elle pleure de leur dispute. Bêta !
Et c’est le vrai téléphone arabe dans la classe, en moins de temps qu’il en faut pour le dire, tous savent qu’elle pleure, même ceux au fond de la classe.

Cela provoque un tel brouhaha que les maîtresses cessent leur conversation.

“Que se passe-t-il Christel ? pourquoi pleures-tu ?”
Elle ne répond pas. Elle sait que sa mère avait informé la maîtresse de la situation. Ses résultats scolaires avaient tellement chuté depuis un an que la maîtresse avait rapidement pris contact avec ses parents.
“Lève-toi et viens avec moi, lui dit la maîtresse, en lui prenant délicatement la main.”
Il fait chaud dans la salle de classe, même la main de la maîtresse est très chaude... c’est peut-être parce que elle a froid, ce froid subi de son papi qui est mort ressenti dans son corps de vivante... Son cœur bat très fort dans sa poitrine, si fort qu’il lui semble que les coups doivent résonner dans toutes l’école.

“Pourquoi tu pleures Christel ? qu’est-ce qui ne vas pas ?”
Debout devant cette grande fenêtre, elle fixe l’extérieur sans le voir vraiment. Ses dernières larmes continues de coulées mais elle ne pleure plus, elle sanglote encore un peu.
“C’est mon papi, il est mort.
- Mais non voyons, ton papi est à l’hôpital, mais il n’est pas mort. Qui t’as dit ça?
- Personne, je le sait... Il est mort ce matin, il pouvait pas continuer...
- Si ni ton papa, ni ta maman ne te l’ont dit ce matin avant que tu viennes à l’école, c’est que rien est arrivé à ton grand-père. Ne t’inquiète pas, tu vas aller le voir cet après-midi comme tu le fait d’habitude.”
Christel ne réagit pas. Elle sait qu’elle ne le verra pas cet après-midi. Depuis un an, il l’a entretenu de sa mort pour la préparer, car il savait qu’il ne pourrait pas vivre encore longtemps.
Elle sait, elle ne sait pas comment, mais elle le sait... maintenant, elle veut simplement que ses parents lui disent.

L’école n’est pas encore finit. Les autres élèves sont sortis dans la cours de récréation. La maîtresse lui propose d’aller rejoindre ses camarades; elle n’en a pas envie, alors elle reste dans la classe vide; vide comme elle se sent, pantelante, les mains et le cœur tendus en direction du vide... Depuis un mois, elle le voyait tous les mercredis, et samedi après-midi, parfois le dimanche lorsqu’elle insistait, avec force, rage ou colère auprès de ses parents. Il venait d’avoir cinquante neuf ans, aimait la vie, ses enfants et ses petits enfants. Leur relation était faite d’une complicité inégalable, une osmose incomparable; Il était une partie d’elle. Il avait une parfaite conscience de ce qui lui arrivait et lui en parlait souvent avec des mots faient pour une enfant de six ans, il savait aussi lui prononcer des mots durs comme “mort”, “mourir”, certainement pour la rendre capable d’accepter, le jour venu.
Le jour est venu et jusqu’au bout il a été là, même pour la prévenir.
Convaincue que son grand-père est mort, maintenant elle ne pense qu’à une chose: l’entendre de la bouche de ses parents.
Si c’est son imagination, alors ils ne diront rien et l’emmèneront le voir cet après-midi, mais sinon que va-t-il se passer ? que vont-ils lui dire ?
De toute façon, elle sait déjà et ils ne pourront pas lui cacher, ils ne pourront pas la laisser dans ce désarroi...


- Je ne me sent pas la force de le lui dire. dit-elle avec les larmes aux coins des yeux. Il faut, pourtant, que nous lui en parlions aujourd’hui.
- Je sais, je sais... répond -t-il agacé, et les yeux rougis.
- Si nous ne lui expliquons pas, elle risque de souffrir de ne plus le voir et se demander pourquoi son grand-père ne demande plus à la voir.
- Marie-jo... je sais tout ça, lui dit-il en la prenant dans ses bras. C’est ton père, c’est aussi son grand-père qui vient de mourir, et c’est aussi mon beau-père que j’ai perdu,...
Elle l’interromp par des sanglots profonds et lourds de peine.

Le temps ne passe plus dans cette salle de classe. Il lui est impossible de comprendre ce que dit la maîtresse, elle est pourtant si patiente !
La lumière blanche des nuages brille sur la fenêtre, elle fait des sortes d’éclair qui bougent, des sortes de reflets.
Dans sa tete elle s’envole au-delà de l’école, le silence est si grand, si long... C’est un silence âpre et froid, un silence épais comme la fumée sombre des usines. C’est un silence d’au-delà des grondements des villes vivantes.
Elle ne sait pas pourquoi elle a tellement besoin de savoir. C’est au-dedans d’elle, cela poigne et fait presque mal.

Tout est bleu clair autour de nous. On entends une musique. C’est essentiellement des instruments à vents. Orgues, flûtes, cors; cela fait penser un peu à du Bach. A force de monter, on est très haut dans le ciel.
- Là, on est assez haut. Tu peux lâcher le rayon de lumière.
Christel n’est pas très rassurer malgré sa présence.
- Lâche, tu ne tomberas pas. lui dit-il doucement.
Elle lâche et se jette dans ses bras. Elle sent sa respiration devenir plus fluide, telle une vague la balançant d’avant en arrière.
Dans les bras de son grand-père elle se sent toujours bien... Que c’est agréable cette chaleur qu’il émane.
- Ma petite chérie, il ne faut pas faire comme si la mort n’éxistait pas. Ce n’est pas une petite formalité, ni un tabou. C’est pour cela que je suis là. Tu sais...
Elle n’entend plus les instruments de musique. Sans lui donner la possibilité de continuer, elle lui propose une blague. Il accepte bien-sur, ils aiment rire ensemble. Et puis, on est toujours curieux d’une blague.
Elle lui raconte alors la meilleure histoire drôle qu’elle connaisse. Elle sent un rire monter en elle; elle arrive aussi à le sentir monter en lui... Il n’y a peut-être pas que la qualité de son histoire qui lui donne envie de s’esclaffer, c’est aussi son coté incongru, en cet instant.
Ils rient tout deux, ensemble, de bon cœur... C’est féerique !
Tout doucement, il se retire, elle l’entend encore pouffer en s’éloignant...

Brusquement, son silence est interrompu par la sonnerie de l’école. C’est fini, elle peut rentrer chez elle, l’école est terminée.


Elle se lance sur le trottoir. Le ciel est clair au dessus des maisons sombres. La journée est vraiment commencée. Les voitures, les bus, les motos roulent, dans un sens, dans un autre. Tous ces gens, au visage fermé si dur, elle a l’impression qu’ils savent tous.
Elle court entre les voitures stationnées à cheval sur la route et le trottoir. Elle arrive sur la place du marché vide. Des pigeons s’envolent devant elle dans un grand froissement d’ailes.
Au-delà de la place du marché, c’est la grande avenue, dangereuse. De l’autre coté de cette grande avenue, c’est les grands immeubles debout avec leur aires goudronnées, c’est chez elle. C’est là-bas qu’on le lui confirmera.

La place du marché est grande; si grande qu’il lui semble qu’elle n’en voit jamais la fin. Elle court, fonce à toute vitesse sur cette place. Elle sent le poids du vent sur son visage. Du coin de l’oeil, elle aperçoit les silhouettes des passants qu’elle croise.
Si elle pouvait croiser son grand-père au moins elle saurait qu’elle s’est trompée... que l’ange est venue pour une bonne nouvelle.
Subitement, la peur vient à l’intérieur, et sa gorge devient sèche. L’angoisse est si forte que tout se met à bouger devant ses yeux, comme quand on va se trouver mal. Elle voudrait s’arrêter, s’allonger n’importe où, par terre, contre un arbre, un coin de mur les genoux repliés contre son ventre, pour retenir les coups de son cœur qui jettent des ondes à travers son corps.
Elle est arrivée à la grande avenue. Elle est au bord de la chaussée. Il n’y a pas beaucoup de véhicules qui passe, c’est calme. Les pigeons marchent sur le bord du trottoir en faisant bouger mécaniquement leurs tetes.
C’est comme si, de toutes parts, était venu un vide intense, un vide qui suspendait une menace en haut de l’immeuble de douze étages, aux balcons, derrière chaque fenêtre, ou bien à l’intérieur de chaque voiture qui passe.
Elle reste immobile, fixe l’immeuble de l’autre coté de l’avenue, en haut des marches après l’esplanade. Elle sent le froid du vide en elle, jusqu’à son cœur et un peu de sueur mouille ses paumes. Elle a peur.


Rapidement, elle regarde à gauche puis à droite. Elle a vue arrivé cette femme rousse à vélo, mais elle n’y a pas vraiment porté attention. Elle ne pensait qu’à traverser au plus vite, et elle lui est rentrée dedans. La dame n’a rien, elle n’est même pas tombée. Sans réfléchir, elle se relève, s’excuse plusieurs fois auprès de cette dame et se remet à courir. Une voiture la klaxonne “quoi ? j’suis pressée moi aussi ! pense-t-elle”.

Enfin, elle est devant la porte de l’ascenceur. Elle appui fortement sur le bouton d’appel, elle trépigne... Elle l’entend, mais il n’arrive pas.
Si voilà, c’est bon. Les portes coulissantes s’ouvrent, elle entre et appui immédiatement sur le bouton numéro six. “Monte, allez monte !”
L’ascenseur s’arrête. Elle est arrivée au sixième étage, de nouveau les portes s’ouvrent. Elle est sur le palier. La lumière est éteinte, c’est rare mais elle se dit que c’est normal puisque son grand-père est mort.
Elle reste quelques instants comme ça, dans le noir, la main sur la poignée de la porte de l’appartement.
Une fois entrée, elle voit son père dans la salle à manger, en face. La télé est allumée, mais il ne semble pas la regarder malgré son regard fixé sur l’écran. Il est assit à table, mais la table n’est pas dressée. Elle reste dans l’entrée, personne n’a remarqué qu’elle était là. En tournant la tete vers la gauche, elle peut voir sa mère dans la cuisine, de dos occupée devant la cuisinière.
Elle entre dans la salle à manger, embrasse son père. Il est pale, son visage est fermé. Il l’embrasse à son tour et sans lui laissé le temps de dire un mot elle lance avec un air presque narquois:
“On va voir papi cet après-midi à l’hôpital?
Le visage de son père ne bouge pas.
-Je ne sais pas, demande à ta mère.”

Sans perdre une minute, elle tourne les talons et se rend à la cuisine.
Sa mère fait cuire des frites. On dirait qu’elle a pleuré. En se tournant à peine, elle se penche pour l’embrasser. On dirait qu’elle ne veut pas la regarder, ou alors elle ne veut pas qu’elle voit qu’elle est triste.
Elle le sait de toute façon, et ça se voit.
“On va voir papi cet après-midi à l’hôpital ? demande-t-elle à sa mère
Pas de réponse.
-Hein ? On va voir papi où pas cet après-midi ?
-Je ne sais pas, demande à papa.”
Il faut qu’elle sache. Énervée, elle se met dans le couloir, juste à l’entrée; comme cela, elle est à peu près à égale distance de la cuisine et de la salle à manger. Sans que ni son père, ni sa mère ne s’y attendent, elle se met à crier:
“J’en ai marre. Je demande à papa, il me dit de voir ça avec toi, et je te demande à toi, tu me dis de voir ça avec lui. Est-ce que je vais pouvoir voir papi cet après-midi ?”
Personne ne lui répond. Vexée et agacée, elle se réfugie dans sa chambre.


Elle se sent seule. C’est comme si personne d’autre n’est avec elle en attendant la mort. C’est un peu la sienne. Avant, elle croyait que la mort c’était ailleurs et que ce n’était donc pas difficile de l’attendre; mais elle n’y avait penser que depuis qu’il était malade.
Quand il a commencé a être vraiment malade, et qu’il lui expliquait qu’il allait mourir, elle croyait qu’il suffisait d’être indifférente, dur comme un caillou, et la peur ne pouvait pas entrer.
Mais aujourd’hui, sans comprendre pourquoi, elle sait que la mort c’est pour toujours. Seule dans sa chambre, elle tremble de tout son corps. Si au moins ses parents lui disaient... Peut-être qu’elle aurait plus de courage ?

Elle lui parle, comme si il était là, assis auprès d’elle. Peut-être bien qu’il est là, mais qu’elle ne le voit pas ?
Au fond d’elle, elle a une grande lueur. Une lueur d’espoir, de sérénité. Elle est triste certes, mais calme, heureuse pour son grand-père. Il n’a plus mal, et il a retrouvé certainement sa femme, mamie Simonne. Elle l’aurait presque envié, car elle n’a pas vraiment connue sa grand-mère.

Sa mère l’appelle. C’est le moment de passer à table.
La table est arrondie. Elle s’installe entre son père, à sa droite, et sa mère à sa gauche. La télévision est toujours allumée, c’est les informations.
Son assiette est servie, elle prend ses couverts; ses yeux ne quittent pas l’assiette.

“Bon, Christel, on ira pas voir papi cet après-midi, il est mort...”
La phrase rebondit dans sa tete. Elle ne laisse pas le temps à son père de finir sa phrase ou d’en dire davantages. Les larmes sont déjà là; les pleures aussi... elle jette ses couverts, et court se réfugier dans sa chambre. Elle savait mais c’est un électrochoc quand -même.

Recroquevillée sur son lit, elle pleure.

Elle vient de recevoir le don d’une solitude et d’un silence accrus. Elle regarde le plafond en ouvrant grand ses yeux pour essayer de ne plus pleurer.
Anéantie de douleur et d’angoisse, elle préfère penser aux anges, à ceux qui volent si haut qu’ils ne voient même plus la terre, seulement le tapis blanc des nuages qui glissent lentement sous leurs ailes.
Pleurer. Pleurer. Pleurer.
Elle se brise, elle lâche, elle se laisse déborder et s’endors.


Partager cet avis sur Google+
Liens sponsorisés
Evaluer cet avis

Quelle est l'utilité de cet avis pour prendre une décision d'achat ?

Guide d'évaluations

Commentaires sur cet avis
Liass

Liass

19.08.2004 02:50

J'adore.... merci :-))))

Rachel25

Rachel25

09.08.2004 10:39

Que dire......

Ajouter un commentaire pour cet avis

max. 2000 caracteres

  Postez votre commentaire


publicité
En lire davantage sur ce produit
Nouvelle - avis par NaWaK.ze.CombacK Jour d'un soir
  très intéressant
Nouvelle - avis par le.placard Ange
  très intéressant
Nouvelle - avis par chloelatitefee Papa m'aime trop
  très intéressant
Nouvelle - avis par Alexandrine69 Délire d'une gentille gothique!!
  très intéressant
Nouvelle - avis par Minimagie *o*_*o* Ma petite nouvelle (2) *o*_*o*
  très intéressant
Afficher tous les avis
Evaluations d'avis
L'avis sur Nouvelle a été lue 184 fois et a été évaluée:

exceptionnel (40%) par:
  1. Liass
  2. Rachel25

"très intéressant" (40%) par:
  1. mignon65
  2. bronxie

"intéressant" (20%) par:
  1. BARONDECREVERAT

Comprendre l'évaluation de cet avis.
publicité