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Le plafond : I La minerve

3  04.12.2006

Avantages:
Un témoignage, un début de roman, un hommage

Inconvénients:
A vous de décider si vous voulez la suite .  .  .  ce sera long

Recommandable: Oui 

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Membre depuis:04.12.2006

Avis:9

Lecteurs satisfaits:15

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Cet avis a été évalué par 23 membres de Ciao en moyenne: exceptionnel

Samedi 21 octobre 2006, troisième jour

La lumière vient d'être allumée : ça m'arrache. Un « bonjour » tonitruant, masculin, l'accompagne. Un bonjour joyeux auquel répond Josiane, ma voisine de chambre, de sa petite voix fatiguée. Moi, j'ai mal. Je dormais enfin, après des heures d'enfer, alors merde. En entrouvrant péniblement les yeux, je me tire sur le côté pour prendre mon canard à paille. Et j'aperçois un homme, en effet, à l'autre bout de la chambre : il tend le cou pour mettre son visage dans mon angle de vue, et il me sourit. On dirait qu'il a des yeux métalliques, des cheveux tout courts, métalliques aussi, c'est bizarre. Je me détourne et retrouve mon plafond dans la lumière jaune.

Le plastique de la minerve m'explose les cervicales, me rentre dans la peau, et mes cheveux collés me grattent. Il y a encore de la boue dedans, ça me fout le cafard. Vont-ils me laisser croupir comme ça encore longtemps ? Je les ai suppliés en pleurant hier soir, qu'ils me la changent cette putain de minerve, qu'ils me libèrent enfin de cette douleur là : j'ai l'impression de pourrir sous le plastique. Une infirmière de la journée d'hier, celle qui m'a augmenté les perfs, avait dit qu'il fallait la changer. Mais rien n'a suivit. Et celle d'hier soir n'a même pas voulu me mettre un peu de gaze entre la peau renflée et le plastique : « Vous avez entendu le docteur tout à l'heure ? On n'y touche pas ! »
Le docteur… Lequel ? J'en ai vu défiler tellement depuis trois jours… Ceux pour le cou, ceux pour le genou… Et puis je me suis souvenu. Celui qui m'avait auscultée dès mon arrivée dans cet hôpital était passé me voir hier soir : « Non non madame, on n'y touche pas avant deux ou trois jours ! ». Deux ou trois jours, ça fait aussi deux ou trois nuits ça ? Alors j'ai pleuré, encore.

Le type s'approche de mon lit et mate les infos sur la planche au bout.
« Leblanc Marion… Comment ça va ? » Je ne réponds même pas, je grognasse. Un homme, les boules ! Et il va me laver ? Comme si ça suffisait pas toutes ces humiliations, cette dépendance permanente ! Je jette un coup d'œil pendant qu'il me met le bracelet pour la tension : en plus il est beau. Super. Vraiment les boules.
« Un accident ?
- Chute de cheval »
Il est bien curieux. Je n'ai pas envie de rentrer dans les détails là, ok ?
« C'est Madame ou Mademoiselle ? ». Je ne réponds plus à cette question débile qu'on me pose sans arrêt. J'en sais rien ! Redevient-on demoiselle après un divorce ? Moi, rien à foutre : je reste madame Leblanc, c'est tout. Antoine n'est pas d'accord, qu'il aille paître : c'est le nom de mes enfants, celui que je porte depuis dix ans, celui sous lequel je suis enfin reconnue au boulot. Je ne vais pas afficher mon divorce à tous, ni mon isolement, j'ai assez d'emmerdements comme ça, non ? Et puis je refuse qu'on se mette à m'appeler madame Vareux, comme le faisait ce con d'avocat : je ne suis pas la femme de mon père, merde ! Et quand on a deux enfants, on n'est plus demoiselle depuis belle lurette, non ?
Le type me prend la température dans l'oreille, vérifie le mouve de mes orteils droits, note tout ça sur la planche et remballe son matos. Ouf.

Je regarde mes perfs : bientôt vides. Je vis dans la terreur qu'ils n'aient pas le temps de m'en remettre. Il faut dire, ces gens là sont tout le temps en train de courir partout, ça sonne de partout, et on a le temps de mourir vingt fois avant qu'ils n'arrivent.
Je bouge un peu plus depuis qu'ils m'ont mis les trois sacs en même temps, et la boite verte avec la grosse seringue qui bipe quand elle est vide : ça circule en permanence, du coup. Quand y en avait plus, avant la seringue, c'était l'horreur. Bénie soit l'infirmière d'hier qui a eu cette bonne idée. Au moins je ne sens plus mon genou, mon talon surchauffé. Mais j'ai toujours ces douleurs intercostales de la nuit, qui me scient les côtes et les tripes transversalement, et puis tous les muscles du dos serrés à bloc qui me tirent longitudinalement. La journée, ça finit par passer. Mais la nuit, ça me provoque des angoisses épouvantables : j'ai l'impression de tomber en arrière et que je vais mourir. Je pense à mes enfants, à mes chiens, à la buse qui plane au dessus des arbres, derrière la maison, et je pleure, je pleure… J'ai même de temps en temps une crampe terrible au dessus du trapèze gauche, à hurler.
Et pour couronner le tout, ce matin j'ai le nez bouché. La totale. Avant hier je toussais, hier j'avais plus de voix, aujourd'hui je ne respire qu'à gauche. Pourtant il fait super beau paraît-il. Super chaud, ça, c'est sûr : pour une fin d'octobre, pas de bol, vraiment.
Heureusement, j'arrive à attraper les mouchoirs qu'ils m'ont mis à disposition pour quand je pleure. J'ai tout mis à portée de main, dans mon lit ou juste à côté, sur le meuble à gauche, et sur la table à roulettes à droite. Et surtout, surtout, les téléphones : le fixe de l'hosto sur le tiroir à gauche, et mon portable, planqué dans mon lit. Tous m'ont dit que c'était interdit, les uns après les autres, mais tous me l'ont laissé. Je leur ai dit, c'est pour mes enfants, et puis ça me rassure. Je suis prête à mordre de toutes façons.

« Bonjour ! Vous prendrez quoi, Mme Leblanc ? »
C'est la petite nénette, la brune, en rose.
« Café, noir. Merci. Et puis des tartines.
- Pain de mie ou normal ?
- Normal
- Ça ira, sûre ?
- Oui oui. »
Je refuse catégoriquement qu'on me donne la becquée. Même pas mes proches. Du coup les gens qui me servent si gentiment s'inquiètent : ils n'y croient pas que c'est possible, vu mon état. Mais tout ce que je peux faire moi-même, il faut qu'on me le laisse, pitié.
« Beurre confiture ?
- Oui, merci.
- Je vous les tartine. »
A elle, j'arrive à sourire. Puis je ferme les yeux pour ne pas retrouver mon plafond tout de suite. Trois jours que je le mate ce plafond. Il est tout neuf. Au moins à Archeville, où j'étais la première nuit après ma chute, il y avait des points sur des carrés. De quoi s'imaginer, à force, des visages, des figures… Mais ici, le plafond, il est blanc, blanc, blanc. Quelques courbes d'ombre, quelques reflets du mauve des murs, selon la lumière et l'heure, et une tache. Une seule. Quelques fils jaunasses en fait, sur lesquels je louche inlassablement, à gauche de mon angle de vue limité. Nord-ouest, plus exactement.
« Bon appétit !
- Merci. »
Je sens bien qu'ici, les gens font ce qu'ils peuvent pour être aimables, ce qui n'est pas toujours le cas, de ce que je me souviens de mes autres séjours à l'hôpital, il y a longtemps. Mais ne serait-ce qu'hier, ou à Archeville, dans cette horrible petite chambre, le soir de la chute…

Allez bon ! Première épreuve de la journée : je vais devenir experte en alimentation horizontale à force. Alors c'est pas simple, hein : je me tortille comme un ver sur le côté, droit bien sûr, vu l'atèle et la douleur, pour mater vaguement ce qu'il y a sur ma petite table à roulettes, mise en biais par la dame en rose pour me simplifier la tâche. J'attrape les tartines du bout des doigts avant de rebasculer sur le dos. Et là, il ne s'agit pas de se louper : non seulement faut bien viser la bouche, mais en plus il faut passer l'aliment au dessus du petit pli de cette putain de minerve qui s'avance au dessus de mon menton. Un vrai bonheur.
Les tartines du matin, ça va à peu près : juste il faut bien assurer l'angle du pain, afin que la confiture ne me dégouline pas sur la gueule, dans le nez, dans mes pauvres cheveux ou dans le plastique. C'est tout un art en fait. D'où l'importance de la qualité du tartinage des petites dames en rose. Ensuite, il faut mâcher suffisamment et contrôler attentivement la déglutition, car la moindre erreur peut être fatale : avaler de travers, allongée sur le dos, non, je ne veux même pas envisager le résultat.
Jusqu'ici, je me débrouille pas mal, et même j'améliore chaque jour ma technique. J'adapte selon les menus. Le café, l'eau, c'est dans le canard, avec la paille : des bouts de tuyaux de perf en fait, qu'ils me découpent suffisamment longs pour desservir le canard vertical blanc jusqu'à ma bouche horizontale. Mais attention, quand c'est trop chaud, ça craint. Et le tuyau, il ne faut pas qu'il s'enroule dans le plastique blanc du canard, sinon, exit le café.
Tout un art…
Au moins, ça m'occupe un certain temps. Et j'ai eu tellement faim les premières vingt-quatre heures, dans l'attente d'une éventuelle opération, que je les apprécie les tartines, ça !

J'entends Josiane qui mange et qui marmonne. Elle a aussi mal dormi que moi. J'aime bien ma voisine. Elle s'appelle Marin, comme la dame qui s'occupait de nous quand j'étais petite. C'est marrant. Elle est arrivée le même jour, après son opération, un peu après moi, dans notre chambre 423 de la neuro-chi, comme ils disent ici. Et depuis hier, elle sort doucement du gaz. Elle me parle un peu, doucement, hésitante, me raconte son père, à la fin de sa vie. Elle le poussait dans son fauteuil, dans une maison de retraite ou de soin si j'ai bien compris. Et il râlait tout le temps, chantait des chansons communistes, mais votait à droite. J'aime bien l'entendre parler, Josiane, j'aime bien sa voix. Et puis ça me fait des images à coller au plafond. Je ne la vois quasiment pas : ça me demande tellement d'effort de me mettre suffisamment de côté, et puis il y a nos tables à roulettes, le fauteuil entre nous. J'aperçois vaguement une silhouette ratatinée avec un énorme pansement sur sa tête, mais je suis incapable d'y associer un visage. Alors, je l'imagine.
J'ai pas aimé l'infirmière cette nuit, ni dans sa façon de me refuser le changement de minerve, ni dans sa façon d'engueuler Josiane : « Je veux pas vous voir tirer là-dessus madame Marin hein ! Je vais me fâcher sinon ! » Hé cool, c'est pas une gamine non plus ! Soixante-quatorze ans ma petite vieille.
Très vite je lui ai dit : « Allez on se tutoie hein ? » Donc je la tutoie, mais elle, elle a du mal. C'est une fois sur quatre environ. Comme on partage tout, vingt-quatre heures sur vingt-quatre, j'ai pas envie de m'emmerder avec ce genre de civilités : vu notre état à toutes les deux de toutes façons…

Revoilà le type qui arrive en sifflotant. Il m'agace avec sa joie celui là.
« Je vous fais votre toilette Madame Marin ? »
Il me jette un coup d'œil en tirant le rideau entre les deux lits. Moi, j'évite : plafond. Je sirote mon café dans ma paille molle. J'apprécie infiniment ce café du matin. Comme toujours en fait, comme quand j'étais valide, normale, pas toute cassée comme ça. Avec juste mes emmerdements normaux quoi.

Je recomate doucement, mes yeux se ferment… J'entends vaguement Josiane qui papote tranquillement, gémit de temps en temps. Elle a mal à sa jambe paralysée depuis l'opération. J'entends les bruits d'eau des gants et de la bassine, la voix du type… Je sens l'odeur du savon, agréable. Je pense à mes enfants… Ils seront chez leur papa tout à l'heure, alors ça ira mieux. Là, ils sont à l'école. Ça va aller mieux quand ils seront chez Antoine. Ce sera les vacances.
Ils sont venus hier, c'était dur. Je leur ai expliqué que j'allais me remettre, qu'on aurait quelqu'un à la maison pour nous aider. Heureusement que Papa est là, et puis Chloé. Mon petit a pleuré quand je lui ai dit que oui, un jour je remonterai à cheval :
« Mais alors tu vas retomber, et ça va recommencer ! »
Mais non mon chéri, on ne se casse pas tout à chaque fois, t'inquiète.
C'était dur. Merde. Je vais pas repleurer encore quand même, j'ai eu ma dose cette nuit ! Et puis mon nez est déjà bouché alors… En plus il y a le type, là. Il a fini Josiane d'ailleurs, il passe à côté de moi pour vider la bassine dans la salle de bain inconnue, derrière la porte. Je lui jette un regard noir qui tue : il m'énerve avec sa bonne humeur, sa légèreté et son sourire. Et puis, je n'ai pas envie qu'il me lave, moi.
De l'autre bout de la chambre, il me regarde : « Alors, même pas un sourire, non ? »
Je ne réponds même pas. Plafond.
« Bon, ben je vais faire les autres et je reviens plus tard. »
On a qu'à faire ça comme ça.

Très vite, le téléphone sonne. Parfois les deux en même temps. Des fois c'est fatigant, mais ça me relie avec le reste du monde. Et c'est incroyable tous ces gens qui pensent à moi et qui se bougent pour m'aider à m'en sortir. C'est énorme. Comme si mon accident provoquait brutalement un tremblement de terre émotionnel collectif.
Ce qui me touche le plus, c'est mon papa. Ça faisait quelques années qu'il ne m'avait pas suivie à l'hôpital. Quatorze ans en fait, presque quinze. Mais à l'époque, il était toujours au moins aussi paumé que moi. Mon père est psycho-maniaco-dépressif alcoolique. C'est arrivé d'un coup, j'avais douze ans. On s'est donc pas mal occupé de lui, avec mes frère et sœurs. Alors, là, ça fait tout drôle. Il est stabilisé maintenant, avec les médicaments. Et il ne boit plus une goutte depuis des années. Il s'en est sorti quoi. Et il s'est remarié avec Cécile, le 18 juin dernier : un bien joli mariage. C'était tout doux, tout en musique. On a fait la fête chez moi, dans ma belle maison. Ma maison…
C'est lui que j'ai appelé en premier, dans l'ambulance. Il avait le Titou de toutes façons. Avec Cécile, ils l'avaient emmené au zoo pour la journée, vu que c'était mercredi, et que moi je la passais à cheval, normalement, cette journée.
« Papa, j'ai eu un petit souci là. Je suis tombée, et je me suis fait mal au genou, mais ça n'a pas l'air bien grave. Ils m'emmènent à l'hôpital d'Archeville. Tu peux aller chercher Nina chez Valérie ? Je te tiens au courant quand j'en saurai plus. Il faudra peut-être que tu viennes me chercher tout à l'heure » Pas de problème, il assure mon papa. Heureusement, il a les clés de chez moi. Ça a été un drôle de papa, mais comme papy, il assure un max. Heureusement que je l'ai.

Je pensais à une entorse, ou un truc comme ça. J'avais mal, certes, mais bon. J'ai préféré ne pas lui parler du reste, pour ne pas l'inquiéter. Un faux mouvement, un torticolis un peu brutal quoi, sans doute. Ce qui était bizarre, c'était mon index gauche, tout enfourmillé. Dés la chute, tout de suite, ma main était bizarre. « Relève-toi ! » me dit Roger, qui guidait la rando.
« Ok, ok, laisse moi deux minutes là, j'ai mal au genou ! »
Il brûlait, mon genou. Je l'ai senti partir sur le côté quand je suis tombée. Et puis j'étais un peu assommée faut dire. Je me suis déjà assise, après quelques secondes : c'est là que j'ai senti que j'avais mal dans la nuque. Mais je me suis relevée, avec l'aide des solides gaillards que sont mes collègues. Ouille : impossible de m'appuyer sur la jambe droite. Ça a été chaud de remonter sur Kerrouac, le cheval qui traverse le feu. Mais j'ai calé mon genou à l'avant de la selle, et ça allait à peu près.
« On marche jusqu'à la route, au pont, ok ? »
Ok. Mais j'avais mal au cou quand même. Le genou, ça brûlait, mais c'était supportable.
On est arrivé au pont au bout de quelques minutes, tout doucement, Roger à mes côtés : j'en pouvais plus en fait. Ils m'ont descendue de cheval : j'ai gueulé comme un âne quand ma jambe est passée au-dessus de la selle. Ils m'ont allongée au bord de la route. Pierre, mon collègue, me dit que c'est de sa faute : on s'était fait une sacrée course au galop, et il avait gagné, avec sa jument toute speed. Je m'étais arrêtée alors, en le laissant partir en avant, le temps que les autres me rejoignent. Et on était repartis tous ensembles, au petit galop, tranquilles. J'allais repasser au trot quand Kerrouac est tombé à genoux : il a glissé dans la boue du chemin. Je voyais bien que c'était gras, à la lisière, et je voulais me remettre sur le côté quand Roger a donné l'ordre de ralentir. On était neuf en rando d'entraînement. C'était génial d'ailleurs : il faisait super beau, les chevaux de Roger étaient incroyables, tout doux, tout calmes. Ce sont des chevaux qui font des spectacles : ils n'ont peur de rien. Comparés aux chevaux de club que j'avais connus avant, c'était le jour et la nuit. J'avais intégré la brigade équestre en août, super heureuse de retrouver cette sensation de liberté que me procure les chevaux…
Quand je suis tombée par-dessus la tête du cheval, j'ai eu le réflexe de me mettre en boule, pour que les sept autres derrière me sautent par-dessus sans me piétiner. Pas un seul ne m'a touchée.
Au bord de la route, après le pont, j'ai vite compris que je ne pourrais plus bouger. Mes muscles sur le sol commençaient à se refroidir, et la douleur à s'éveiller violemment. J'ai mis ma tête légèrement de côté pour me soulager un peu. Ils voulaient me mettre un truc dessous, mais il était hors de question qu'il me touchent encore : j'avais trop mal, c'était trop tard. Ils sont repartis et Hervé, le chef d'équipe, est resté avec moi. Pierre aussi. Il m'a tenu la main un bon moment.

Les pompiers sont arrivés assez vite : c'est là qu'ils m'ont mis cette vacherie de minerve qui, sur le moment, m'a soulagée. J'ai souffert quand ils m'ont coquillé la jambe et transportée sur le brancard. Ils étaient sympas, mais un peu crispés quand même. Je me voyais rentrer le soir chez moi avec un compressif, mais ils avaient l'air d'en douter : « Vous devez avoir quelque chose aux cervicales, madame, ce n'est pas normal que vous ayez mal comme ça. »
Le voyage m'a paru long.
En arrivant à Archeville, un brancardier m'a prise en charge : un petit jeune barbu, sympa. Et là, j'ai encore attendu, longtemps. La douleur s'accentuait, personne ne voulait me donner à boire. J'aurais bien fumé une clope, mais ce n'était pas possible non plus. J'ai commencé à m'inquiéter quand même quand le médecin est venu :
« On fait un scan direct ! »
Pas de radio alors… Bon.
Durant tous les examens et jusqu'à la chambre, jamais le brancardier ne m'aura quittée, sauf pour me laisser avec les médecins au scan. C'est en entrant dans cette machine infernale que j'ai compris tout d'un coup que ce ne serait pas un torticolis. Comme dans les films : zoom, dans le cylindre tout blanc. Quelques larmes ont perlé là-dedans. Le brancardier m'a gardé mes affaires, mes bijoux, mon portable que déjà j'avais tant de mal à quitter.
Une autre période d'attente ensuite, durant laquelle Hervé est venu m'apporter mes clés, mes affaires, avant le verdict du médecin, barbu lui aussi. C'est là que j'ai commencé à pleurer vraiment. C'était terrible. Trois fractures : deux au même os du genou, les moins graves, et une à la septième cervicale. Le coup du lapin. Le médecin ne savait pas trop quoi me dire, sauf que j'avais de la chance en fait : je pouvais bouger le reste, et surtout, j'étais encore là. Attentif ce docteur, mais hésitant : il fallait que j'aille en neuro-chirurgie, voir les spécialistes, ils allaient les appeler là-bas, à Fercy. Quoi qu'il en soit, ce serait long, très long.

J'ai demandé à mon brancardier personnel qu'il me laisse un peu. Il essuyait mes larmes du dos de sa main, je trouvais que c'était trop.

Je crois que j'ai d'abord appelé Papa, mais c'est Cécile qui a répondu. Je pleurais. De toutes façons je crois que j'ai pleuré pendant des heures. Je lui ai dit que j'étais toute cassée de partout, qu'il fallait s'occuper de mes enfants. En raccrochant, j'étais au désespoir : je pensais aux enfants, mais aussi aux chiens, à la maison, à la forêt. Est-ce que j'y retournerai un jour ? Est-ce que je pourrai me remettre debout ? Même à cette question là, le médecin n'était pas catégorique. Un cauchemar.
En repensant au fait que j'étais remontée sur le cheval, j'ai eu un sentiment d'horreur : pourquoi diable est-ce que je ne m'arrête jamais ?


On entre dans la chambre : retour en neuro-chi. En fait, en regardant mon plafond, je n'arrête pas de tourner et retourner mille choses dans ma tête, et ça ne s'arrête jamais. C'est surtout ces derniers jours qui défilent et redéfilent, à la fois flous et très précis pour certains détails.

Une équipe en blanc discute avec Josiane. C'est terrible ces troupeaux qui vous regardent de haut comme ça : le grand ponte donne son avis, tout le monde approuve et tout le monde s'en va. On n'écoute pas forcément grand chose des réponses du malade, mais du moment que le grand gourou a parlé, tout le monde est content.
C'est mon tour. Je ne prends pas la peine de les regarder vraiment, de toutes façons, je ne vois pas grand-chose en dehors du plafond. Une femme toutefois se penche sur moi et accède à mon angle de vue : elle est belle et a un sourire sympathique. Ok, tu veux savoir comment je vais ? J'ai mal, partout, tout le temps, mais je mange bien, parce que je veux guérir. Je ne dors presque pas, mes cheveux sont collés dans la minerve que personne ne veut m'enlever de peur d'un mauvais mouvement fatal : ça me rentre dans le lard, ça m'arrache, ça me dévore. Celle-là a la générosité de me glisser une bandelette de gaze entre la peau du cou et le plastique : merci, infiniment merci. Juste un peu de douceur sur la douleur lentement creusée dans l'hématome de ma cervicale fendue. Merci…

Je commence à comprendre que personne ne prendra cette responsabilité-là : ici comme ailleurs, la peur d'une erreur freine les élans, l'angoisse de la plainte fait fleurir les parapluies. Ce serait nécessaire, certes, mais personne pour agir : on ne me découvrira pas le cou tant que le corset en plastique promis pour me libérer ne sera pas arrivé. Cet engin, dont on me parle depuis deux jours, devrait me permettre de m'asseoir : le grand luxe. Mais pour ça, il faut d'abord faire un moule en plâtre sur mon corps, et ça, ça ne sera pas avant lundi si j'ai bien compris. Parce que là, on est samedi matin, c'est le week-end, madame. Ensuite il faudra vingt-quatre heures pour faire le plexi, comme ils appellent ça, puis encore vingt-quatre heures pour les modifications, ce qui nous amène, si je calcule bien, à mercredi. Quatre jours. Quatre nuits.
J'essaie de relativiser en retrouvant mon plafond, de ne pas accompagner mes quelques larmes de sanglots, parce que ça me secoue les côtes, et ça fait mal. Rappelle-toi, rappelle-toi ces angoisses de la première nuit : tu vas guérir, te relever, tout réparer, et retrouver les enfants, retourner en forêt. Je ferme les yeux. L'humus, l'écorce de mes chênes tant aimés, les champignons, la ronce, les feuilles jaunes, rouges, brunes, l'odeur de la terre, la fraîcheur de la brume au petit jour… mes jambes qui marchent, mes bottes sur le chemin, mes chiens…

« Bon, j'devrais pas être là, moi ! »
Ah, il est énervé cette fois le gaillard. Il ne sourit plus. Il faut dire que, par la porte qu'on laisse ouverte pour capter un peu de vie dans la chambre, j'ai entendu le brouhaha des sonnettes et les cris : on ne s'ennuie pas ici, ça pulse.
Il souffle un bon coup et se plante à ma droite :
« Madame Leblanc, je dois vous faire la toilette, mais si ça vous gêne avec un homme, une femme pourra venir vous la faire. »
Son regard est dur, il fronce les sourcils. Ok, j'ai compris. Celui là fait un remplacement in extremis : je sais qu'ils manquent de personnel ici, j'ai entendu parler de la merde que c'est dans les bruits de couloir, au fil des conversations devant la porte.
« Bon, non, ça ira. D'habitude on me met la bassine et le gant, et je fais tout moi même, sauf le dos.
- Oui ? Ok »

Il est speed, mais il a l'air rassuré que je ne l'envois pas paître. J'ai bien compris le bordel ici, et je conçois que ça ne soit pas facile, l'organisation des toilettes. Quand j'entends le cirque que c'est pour Josiane, j'imagine dans les autres chambres.
De toutes façons, depuis le début, je refuse aussi catégoriquement l'idée qu'on me fasse ma toilette intime. Rien que pour la sonde urinaire, ça m'est intolérable : quand elle glisse ou qu'elle est mal mise, c'est horriblement désagréable.
Le type me prépare tout en silence. Je lui demande mon parfum, et puis les deux canards, pour les dents. Ça l'intrigue, mais j'ai trouvé le truc hier : je n'allais quand même pas rester des jours comme ça non plus , les joues collées aux dents ! Alors je lui explique : un canard à paille molle pour l'eau propre, et un autre pour le rinçage. C'est sport, vu le diamètre du conduit d'évacuation des eaux usées, mais ça marche impec. Il est un peu perplexe, mais sourit en allant me chercher l'autre. Je suis assez fière d'avoir trouvé le truc, je dois dire : je m'adapte.

Deuxième épreuve de la journée : la toilette. Ça, c'est épuisant. Mais ça m'occupe aussi, et surtout ça me permet de me sentir beaucoup mieux après : je me décrasse très lentement de toute cette sueur, de cette odeur de souffrance. Je commence par les dents, longuement, et je dois utiliser alternativement les deux mains, car mes bras fatiguent vite, au dessus de mon visage. La perf me gène un peu, à droite, ça pique. Quand je recrache dans ma paille molle, ça mousse, c'est marrant. Cette sensation fraîche dans ma bouche est apaisante, et je me sens mieux.
La savonnette sent très bon, et ça me rappelle chez moi, dans ma salle de bain, quand tout va bien et que je suis normale, quand je chantonne sous la douche.
D'abord, enlever la chemise de nuit de l'hôpital, qu'on ne ferme jamais dans mon dos. C'est pratique, ça me permet de me déshabiller seule. Je la mets sur la gauche, et vérifie la présence de la serviette sur ma droite. Tout est à portée de mes mains, qui compensent les limites de mon angle de vue. La bassine, le savon et les gants sont sur ma petite table à roulettes, à droite aussi.
Lentement, doucement, je savonne mes membres un par un, mes seins, mon ventre, ma jambe valide, mon intimité tubulée. Je relève péniblement mon bassin, et ça, ça fait mal aussi. Lentement, doucement, je me rince avec l'autre gant. L'eau est chaude et douce. Ça me fait du bien de nettoyer mon visage. Mes pauvres lobes d'oreilles sont tout gonflés et collés à cause de la minerve, irritante. Tout a chaud tout le temps par là, surtout la nuit : ça dégouline quand je suis dans ma souffrance et dans mes angoisses. Ce qui me désespère le plus, ce sont mes cheveux. Mes cheveux, c'est ma féminité au boulot… Le plexi va remonter derrière mon crâne : je crois que je vais les faire couper. Ils me sont insupportables depuis trois jours.
Ensuite, je m'essuie, lentement aussi, avec la petite serviette blanche. Je prends mon temps, car l'air sur ma peau humide me fait du bien : ça contraste avec mes chaurées, provoquées paraît-il par ce qui passe dans mes perfs.
Quand j'ai fini, je sonne, pour prévenir. La sonnette, qui permet aussi de gérer les lumières et le volet, est toujours à ma gauche, mais je me galère souvent pour la trouver. Heureusement, elle est au bout d'un gros fil à spirales.
J'appréhende quand même un peu le regard du type, mais bon. Je me sens déjà beaucoup mieux. Cette seringue dans la perf me fait vraiment du bien. Les douleurs intercostales s'atténuent, et les tensions des muscles de mon dos sont nettement plus supportables. Un peu de confort en somme…

« Ça va ? » me demande Josiane derrière le rideau.
- Oui et toi ?
- Ça va ! »
Nous nous assurons régulièrement que l'autre va bien. Ça nous rassure mutuellement, cette sollicitude partagée.
Le type arrive assez vite. Ça n'a pas l'air marrant ce matin dans le couloir, ça gueule de partout.
« Ça y est Madame Leblanc ? »
Oui, sinon je n'aurais pas appelé.
Je me tourne, péniblement, et il m'aide à bloquer ma pauvre tête. En fait, là encore, c'est toute une technique : je m'accroche à la barrière du lit, qu'ils me remontent pour l'occasion, avec mon bras gauche, l'autre recroquevillé en dessous, et je pousse sur ma jambe gauche pour me basculer. C'est assez douloureux, surtout pour la jambe dans l'atèle, mais de moins en moins finalement. Cette position a l'avantage de me soulager dos et fesses, et de m'offrir un nouveau paysage : le rideau blanc, la table à roulettes, où j'ai provisoirement déposé mon précieux portable, et où le type a mis tout ce que je gardais dans mon lit.
A mon grand étonnement, il me dégrafe ma minerve : ouahou ! Le bonheur ! Il passe le gant dans ma nuque, me nettoie toute la sueur accumulée, le reste de boue, les cheveux collés.
« Ouhlala ! » laisse-t-il échapper.
Le gant sur la douleur de la minerve me soulage infiniment.
« Ça fait du bien hein ? » me dit-il.
Oh oui. Merci, merci… Je lui explique que c'est celle des pompiers, la douleur du plastique depuis trois jours, que personne ne veut me changer cet instrument de torture malgré les promesses, mais que la dame m'a mis la gaze ce matin : il ne s'agirait pas qu'il l'oublie après quand même. Il ne dit rien. Il m'essuie avant de refermer ma cage cervicale, en douceur.
Il passe le gant, savonnage et rinçage, dans mon dos, sur mon bassin. Je le trouve infiniment délicat, et je lui en suis profondément reconnaissante.
« C'est bon sinon, vous avez tout fait ?
- Je n'ai pas pu laver mon pied. »
Alors il me relève le gauche et le nettoie consciencieusement.
« C'était pas celui-là, c'était l'autre !
- Ah mais l'autre je peux pas madame. Y a presque rien qui dépasse, c'est pas accessible. »
Il faut dire, je n'ai encore jamais pu voir ma jambe, je n'ai pas suffisamment de liberté de mouvement pour baisser les yeux jusque là. En fait, je ne vois presque rien de moi. Je sens juste un peu d'air au niveau des orteils, alors j'avais l'impression qu'il était possible d'y passer un petit coup. Mais en étudiant la chose, je sens en effet comme une sorte de tissu léger, avec des plis. Bon.
En essuyant mes orteils gauches, il relève ma cheville :
« C'est une fracture ça ?
- Oui.
- Qu'est-ce qui vous est arrivé ?
- Chute de cheval. Ça fait longtemps. »
Je me remémore rapidement ce miracle médical. Je suis tombée sur un jeune chirurgien dynamique qui a tenté le tout pour le tout : il m'a recousu le bout d'astragale fracturé, sur cet os censé ne jamais guérir, et ça a marché. J'ai gardé quelques bouts d'aiguilles à l'intérieur, puisqu'il en a cassé plusieurs dans mes « os durs de jeune fille » comme il disait, et des vis m'ont tenu la malléole, pétée elle aussi, pendant un an. Le temps que j'accède à la majorité de mes dix-huit ans, et le tour était joué. Ma mère m'avait emmené en traumato : mon père avait trouvé que c'était une connerie, et en avait fait un scandale. Mais sans ça, jamais je n'aurais pu ni travailler en forêt, ni remonter à cheval, car j'aurais boité toute ma vie. Merci Maman. Deux cicatrices relatant les opérations me barrent la cheville de chaque côté, mais c'est du beau boulot.
Le type ne fait pas de commentaire, et finit ma jambe en silence, calmement. Il est cool ce type en fait. Il est vraiment respectueux de ma personne, ce qui provoque chez moi un sentiment d'étonnement. J'ai un peu de mal avec les hommes ces derniers temps, c'est vrai. Mais il m'a infiniment soulagé la nuque : reconnaissance donc. Merci, mec.
Il installe le drap propre dans mon dos : je suis épatée par l'art et la manière qu'ont ces gens de faire le lit alors que je suis dessus. Quand je me retourne, hop, ils déplient de l'autre côté, impeccable.
Il m'aide à revenir dans ma position plafond, que je retrouve non sans amertume. Et là, il me redégrafe la minerve par devant pour passer un coup de gant dans mon cou : ohlala, merci, merci ! J'ai un vague souvenir que c'est arrivé une fois déjà, mais qui, quand ?
« Ça tient rien du tout, ça ! » dit-il en rebouclant ma cage cervicale.
Je le regarde d'un œil nouveau ce type. Il est vraiment beau en fait. Son visage est lumineux : il semble relater toute la générosité et le respect qu'il met dans ses gestes. Ses yeux sont brillants, clairs, avec ce reflet métallique étrange qui m'a paru si bizarre tout à l'heure, et qui m'empêche d'en cerner vraiment la couleur.
Il m'aide à remettre la chemise propre.
« Bougez pas, je reviens. »
Et il s'en va. De toutes façons, je ne risque pas de me sauver. Un petit espoir me prend soudain. Ce gars là prendrait-il les risques incommensurables que m'ont refusés tous les autres depuis trois jours et trois nuits ? Je me fais violence pour ne pas trop espérer, car en cas de déception, je risque de me remettre à pleurer, ce qui gâcherait l'immense soulagement de cette toilette.

Je regarde la tache au plafond. Elle m'intrigue cette tache sur la peinture si parfaite de ce mur horizontal. On dirait les restes d'un insecte fossilisé.

Le type revient très vite en fait, avec l'infirmier qui s'appelle Baptiste. Baptiste a une drôle de tête, avec des lunettes, mais il est très gentil. Je l'ai déjà vu plusieurs fois ces derniers jours, et j'entends souvent les autres l'appeler : « Baptiste ! Il est où Baptiste ! » Baptiste a toujours mille choses à faire, mais reste toujours calme et agréable. Il a une voix très douce.
Je n'en reviens pas : le type a une minerve toute neuve a la main, en sorte de tissu rembourré, sans plastique ! Je n'arrive pas à y croire : un sentiment de joie m'envahit et me fait littéralement jubiler. « Merci, vraiment merci ! »
Ils sont très efficaces tous les deux : ils me mettent rapidement, mais avec précaution, sur le côté. Baptiste me tient la tête pendant que mon héros me déboucle la minerve en plastique dans la nuque. Toujours en me maintenant la tête, ils me redressent et enlèvent le devant : ah ! L'air tout autour de mon cou, quel bonheur ! Sans perdre une seconde et en me tenant fermement, mais délicatement, ils me remettent sur le côté et m'applique la nouvelle minerve dans la nuque : elle est beaucoup plus conséquente, mais pas un brin de plastique. C'est chaud, mais doux. A nouveau ils me basculent sur le dos pour me la boucler définitivement devant. Je le regarde, ce type qui n'a peur ni de se tromper, ni de s'engager dans le geste, et qui m'a libérée en deux temps trois mouvements de ces douleurs là. Je l'aime, c'est clair. Il s'en fout des parapluies : il a vu mon mal, ma torture, et il y a remédié sans hésiter, d'un seul élan. Merci les gars, merci, merci. Ils me montrent le vieil instrument de torture :
« Il faut la jeter !
- Mais non, on ne peut pas ! me dit Baptiste. On va la rendre aux pompiers, on est obligé. Ils décideront.
- Mais, il ne faut plus qu'il serve ce truc là, c'est dangereux ! »
J'ai un sentiment d'horreur en imaginant qu'un autre puisse subir ce truc là.
Tous les deux rigolent. Ils me tendent la chose, que je prend dans mes mains et passe devant mes yeux pour l'étudier attentivement. La mousse bizarre, censée protéger la peau du plastique, est toute ratatinée, compressée, repliée, et je comprends les mécanismes qui ont blessé ma chair sur l'hématome de ma nuque brisée.

Je leur répète merci une bonne dizaine de fois, et Baptiste sourit avant de partir, pendant que le type range mes affaires de toilette. Il rabaisse ma barrière, ce qui me redonne accès à mon portable, que je remets vite discrètement dans mon lit, contre moi. Merci, merci…
« Ça fait deux fois qu'on me remercie ce matin, au moins je ne serais pas venu pour rien » Tu m'étonnes ! Il replie le rideau. Josiane est toute contente de ma joie. Moi, j'étudie les sensations de ce nouvel engin : ça me serre plus, ça dépasse un peu plus sur mon menton, c'est plus chaud, mais pas de douleur dedans, aucune. Au contraire une impression de confort incroyable. Et il a eu la présence d'esprit de dégager mes cheveux dans la nuque.
Un immense sentiment de gratitude éternelle m'envahit. Je suis tellement bouleversée que je n'arrive toujours pas à sourire, malgré mes efforts. Il s'en va.

J'ai l'impression d'avoir couru un marathon. Une douce fatigue m'envahit, agrémentée d'un agréable contentement, nouveau et rassurant. Josiane est au téléphone, avec une de ses filles sans doute. J'aime sa petite voix. Je ferme les yeux. Il y a encore des gens bien sur cette planète. Le monde n'est pas perdu.
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Commentaires sur cet avis
VLAMAMOUCHE

VLAMAMOUCHE

22.04.2008 10:06

l'angoisse de la plainte fait fleurir les parapluies....comme tu as raison....je t'avais lu sous un autre pseudo...et domi a parlé de toi...je suis revenue...MAIS J"AI PRESQUE ENVIE DE COMMENCER PAR LA FIN POUR SAVOIR COMMENT TU VAS AUJOURD"HUI...

jacline

jacline

29.05.2007 08:16

très émue par ce premier épisode. Je reprends la suite dès que j'ai une minute.

Seoman

Seoman

23.01.2007 12:43

Merci d'être passer voir mon avis sur 'jusqu'au bout du monde'. Je me suis dit, tiens, qu'est-ce qu'il y a à lire là-bas! Et bien je te dis bravo. C'est rudement bien écrit, et sympatique à lire. Il reste au moins 5 chapitres à dévorer (en attendant les autres?). Bonne continuation.

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