L'évaluation de l'auteur:
| Avantages: |
Tout est superlatif |
| Inconvénients: |
Ca ne plait qu'aux gens comme moi . . . |
| Recommandation pour les acheteurs potentiels? |
oui |
AVIGNON CHAPITRE HEIN ou COMMENT JE LES AI RENCONTRES HEUREUX ET JOYEUX COMME DES PAPES
(Cet avis est rédigé alors que j'ai les doigt de pieds en éventail, cela explique pourquoi j'ai décidé de le décomposer en chapitre, afin que cela ne vous donne pas à lire un gros pâté indigeste. Et puis je sais combien le pâté est difficile à digérer au bord d'une piscine donc je me suis dit qu'il fallait que je sois gentil avec vous pour une fois. Je suis sûr que vous ne m'en tiendrez pas rancune. Et puis de toute façon, vous n'avez pas le droit d'être rancunier quand vous êtes en vacances. Donc voici le 1er chapitre de mon périple. les photos sont tout en bas de cet avis. ne prenez donc pas la fuite, je vous promets cette fois ci d'avoir fait court...)
(Cet avis est dédié à celle qui la première n'a pas oublié mon anniversaire, et à celui qui se tape des avant premières cinéma dans mon dos. Ils se reconnaîtront. )
PREMIERES LIGNES SUR LES RAISONS QUI ME FONT ALLER EN AVIGNON
Je sais que parmi vous, ciaonautes vertueux, nombreux sont comme moi, qui aiment revenir aux bonnes choses, aussi souvent que possible. Les bonnes choses ont une fin, dit on, mais ce n'est pas toujours vrai, parfois les bonnes choses se renouvellent chaque année et ça tombe bien puisque nous sommes là pour en profiter à nouveau, comme l'année précédente. Ainsi je peux affirmer sans me vanter que quelque part, il s'agit d'une histoire de longue date, Avignon et moi. J'y ai pris goût très jeune au sortir du lycée, à peine le diplôme du bac en poche. Je savais déjà vers quelles études je m'orientais mais j'étais encore trop jeune pour en comprendre les implications. A ce moment là, en 1994, alors que j'étais en partance pour cette ville ensoleillée, tranquillement assis dans le train, j'étais loin de me soucier de mon avenir. Ce qui m'importait était ma première véritable rencontre avec Avignon et son Festival. Je connaissais vaguement la ville, pour m'y être promené rapidement, mais jusque là, cela n'avait presque jamais été pendant le festival. Ainsi jeune bachelier, je m'offrais les clés de la ville et de son festival pour une longue période. Ce fut le premier d'une longue série de séjours…
Avignon, département 84, est une ville qui est connue pour ses nombreux monuments, certains où il fait bon danser et d'autres où on se sent tout petit. Avignon est une cité de toute beauté, où les vieux monuments fiers de leur beauté d'albâtre côtoient les plus récents, modernes et high tech sans que l'on ne perçoive aucune embrouille. Tout semble couler de source ici bas. Et si cette belle ville contient son lot d'étudiants, on ne peut pas dire par contre qu'il y fait foule la plupart du temps. Chose surprenante, la ville étant sage, elle ne se laisse pas déflorer aussi facilement qu'on le souhaiterait. J'y ai déjà mis les pieds hors saison (f)estivale et il faut avouer qu'on se sent un peu seul dans ses rues. Mais à ce que l'on m'a dit, les choses sont en train d'évoluer dans le bon sens. A voir dans un proche avenir, donc. Toujours est il que c'est quand même surtout en plein été que cette si belle ville finit par en imposer, car en bonne ville du sud qu'elle est, le soleil est son premier partenaire de bal du matin jusqu'au soir. En plein été, il fait une chaleur de dingue en Avignon, les chemises à fleurs sont de sortie, les jupettes rouges y font de nombreuses apparitions, froufrouttantes et virevoltantes. Et le mâle lambda en croise des strings à pompons, il ne sait plus où donner de la tête et des yeux tellement il y a du monde… Notamment au mois de juillet. Chose guère étonnante puisque ce mois là connaît l'effervescence du Festival d'Avignon. La ville se métamorphose, prend un nouveau visage, et cela pour un mois entier. Les jambes sous les jupettes se font cuivre, les strings se font heu... luisants...
Ce festival mérite sa majuscule car s'il est désormais âgé d plus de 60 ans, il ne s'agit pas non plus que d'un festival de théâtre. En effet, il s'agit d'un festival de festivals. Tout y est représenté, du théâtre (évidemment) à la danse, à la musique, aux conférences/débats. Prendre du temps en Avignon lors de ce rendez-vous immanquable est une virée pleine de surprises, certes bonnes ou mauvaises. Mais comme vous allez voir, boire et goûter à tous les râteliers, vous n'en sortirez de toutes façons certainement pas déçus. Il y en a des choses à voir et à faire lors du festival, la moindre salle est transformée en salle de théâtre, quand il ne s'agit pas d'un théâtre permanent. J'ai ainsi déjà vu des spectacles dans des lieux improbables tels que la cour d'un lycée sous un chapiteau par exemple.
Il faut savoir également que le festival d'Avignon connaît deux déclinaisons, le IN et le OFF. Le IN, c'est celui dont tout le monde parle à la télévision, c'est le festival qui comprend les grands acteurs, les grands chorégraphes et qui se produit dans les endroits les plus prestigieux d'Avignon (comme la Cour d'Honneur du Palais des Papes par exemple). Le OFF quant à lui, c'est le Festival qui se déroule dans les endroits plus discrets parfois insolites (comme celui cité précédemment) parfois empreints de poésie (chapelle reconvertie en salle de spectacle…). Il s'agit de ce festival là que je préfère, car il fait intervenir près de 1000 troupes de comédiens danseurs et autres sur toute la durée du Festival. Je ne plaisante pas, la ville d'Avignon, voit son plan de la ville constellée de lieux de diffusion de spectacles. Du matin jusqu'au soir vous avec chaque jour le choix entre ces mille spectacles. C'est complètement fou à écrire, je le sais bien, mais en même temps c'est tellement vrai. De 9h jusqu'à minuit, vous avez un choix énorme et il est parfois difficile de se décider. Je vous rassure quand même, vous détenez entre vos mains, non seulement votre carte OFF (qui vous permet de bénéficier de réduction sur les tarifs d'entrée) mais aussi l'imposant programme du OFF. Vous constatez alors que chaque troupe, d'où qu'elle vienne, de France ou de Navarre, de France ou d'un lointain pays oublié, a droit à son heure de gloire et de représentation quotidienne, et ce sur la durée d'un mois entier. Ce n'est pas rien n'est ce pas ? Ca vous donne envie, hein...?
PREMIERS INSTANTS UN TEMPS FUGACE DE SUEUR
C'est ainsi que fier de toute ma connaissance de ce génial Festival, je débarquais le lundi 14 juillet en Avignon (je fais dans l'ultra précision, c'est nouveau pour moi, comme procédé… et je trouve que ça fait vraiment très con…), les yeux pétillants de malice à l'idée de croiser de la jupette, les mains pleines de tremblements vicieux à l'idée de tâter du string (ce n'est pas parce que je suis en vacances que je ne suis pas resté un vilain garçon). Je savais que j'allais être pris dans un tourbillon incessant de sensations, que j'allais être souvent emballé et fou à lier, et que j'allais aussi être profondément désolé et déçu au point de déchirer de rage ma chemise à fleurs. Mais voilà, il fallait bien que l'aventure démarre un jour, non… Ainsi, à peine débarqué avec mes valises sur Avignon, le regard ébloui par tant de soleil et la chemise à fleur débraillée, je me jetais dans le premier parking souterrain venu (celui du Palais des Papes) (je précise, des fois que des ciaonautes m'aient croisé un jour dedans…), tournicotant dans les niveaux, désespérant et pestant comme un âne. La chaleur montait dans l'habitacle de ma petite voiture, je n'en pouvais plus, il fallait vite me poser et me ruer dans les rues de la ville. Toute cette fumée de pots d'échappement qui me monte à la tête… Qui me fait délirer, soliloquer...
Ouf ! une place vient de se libérer, un touriste vient de sortir avec difficulté sa grosse voiture de son petit emplacement. Bien fait. Il n'avait pas qu'à en avoir une grosse, d'abord. Ça me saoule ces mecs qui veulent toujours en avoir une plus grosse que la mienne. Je m'engouffrais (oui, je sais bien, j'aurais pu utiliser le verbe « pénétrer » en lieu et place de « s'engouffrer » pour rester dans les jeux de mots vulgaires dont vous raffolez tant, mais la phrase n'aurait plus du tout eu aucun sens. Bref j'ai préféré sacrifié un bon gag pour la qualité littéraire de ma prose.) dans ladite place, mis le frein à main, sortis le pied gauche dehors, le collais au bitume et émergeais (enfin) de la voiture. Et à ce moment là, vous êtes comme un rat de laboratoire dans sa cage. Vous ne pouvez pas rester en place. Il vous faut sortir. Vite. Et vous cherchez la sortie, personnalisée par ce fichu néon vert avec le bonhomme qui se sauve vers une flèche, vous voyez bien ce dont je parle, ce néon nous suit partout.
Une fois avoir trouvé la sortie miraculeuse, je mis le nez dehors et émergeais tout sourire sur la place du Palais des Papes. Celle ci est baignée de soleil, je trouve du monde partout, des gens sont assis par terre, d'autres sont installés en terrasse à siroter du lait fraise (en fait je n'en sais rien, mais j'aime me dire que les gens ne boivent que du lait fraise. C'est inoffensif le lait fraise, ça ne tue personne. C'est certes plein de sucre mais ça ne contient pas de paraben), bref, je me dis quelle joie de voir tous ces gens fourmiller, allons vite les rejoindre et courrons acheter notre carte du off. Je me fraye vaillamment un chemin, me faisant joyeusement remarqué grâce à ma si jolie chemise, je jète des clins d'œil complices à toutes les jolies filles que je croise (du genre «
je ne t'ai pas déjà vue quelque part toi… ? »), et salue le Pape en personne qui me toisais du regard, trouvant sans nul doute ma tenue beaucoup trop fantaisiste. Et maintenant, je suis sûr que vous vous demandez ce qu'un pape fait au milieu des touristes en shorts. Vous vous dites que je paie votre tête. Et bien vous avez tord. Parce qu'il y avait bien un pape dans la place (
tout baigne, ouais ) et il était entouré de jolies ouailles. Il s'agissait en fait d'un comédien entouré du reste de sa troupe. Que faisaient ils donc dehors, costumés, en plein soleil ? et bien ils font comme tous les autres artistes pendant le festival d'Avignon, ils se font voir, ils défilent dans les rues, et font leur publicité. Comme la télévision (à part France 4) ne s'intéresse que très peu à leur cas, contrairement au festival In, pour pousser les festivaliers à courrir les voir sur scène, il leur faut se faire remarquer dans les rues les plus fréquentées. Ainsi tout Avignon devient la journée un interminable et génial défilé d'artistes en tout genre, qui improvisent ça et là des bouts de shows, pour donner envie, pour mettre la bave aux lèvres, pour vous faire foncer au plus vite vers le théâtre où ils jouent et acheter un billet. Vous pouvez passer la journée à vous promener dans les rues, sans aller à aucun spectacle, ce n'est pas grave puisque vous aurez eu votre content de prestations improvisées dans tous les coins. Le tout se fait dans une bonne humeur communicative, les rues sont en ébullition totale, bref, la ville connaît une fête de tous les instants et à tous les croisements. Une véritable aubaine pour qui veut prendre des photos insolites dans la ville.
PREMIERS EMOIS ET MOI ET EUX ET LES AUTRES
Il me fallait désormais récupérer ma carte du Off, car une fois gagné par l'envie d'accumuler les spectacles, il me fallait adhérer financièrement à cette frénésie. Et pour ce faire, il fallait donc me rendre à la maison du Off. Je suivais donc la foule, tel un brave mouton s'engouffrant dans une vieille bâtisse, toujours sur la même place, et prit place dans une file d'attente. J'en profitais alors pour regarder mes compatriotes et me fis la remarque que si tous avaient le sourire aucun d'entre eux ne portait de chemise à fleurs. L'attente était longue, je me demandais bien ce qui se passait. J'interrogeais donc un comparse, bien plus âgé que moi.
- Mon bon Monsieur, mais que se passe t'il donc ? pourquoi attendons nous donc aussi longtemps ?
- D'abord, sachez jeune homme, que si je daigne vous répondre, c'est tout simplement parce que je suis de bonne humeur (il montre ma tenue vestimentaire du doigt), parce que franchement, vous avez l'air d'un plouc, d'un saltimbanque doublé d'un pote à chien.
- Un pote à quoi ?
- (il fronce les sourcils) A chien. Comme ces jeunes aux cheveux sales qu'on voit jouer les jongleurs d'opérette sur la place ou dans la rue…
- Heu… Oui, je vois bien mais quel est le rapport avec le chien ?
- Et bien… Ils ont toujours des gros chiens avec eux, ils ont toujours l'air défoncés…
- Les chiens ? Ils ont l'air défoncés ? Vous délirez !
- Mais non pas les chiens, pauvre abruti ! Les jongleurs en treillis et cheveux sales… !
- Aaaaah (la file d'attente avance, et je commence à désespérer d'être dans celle de ce triste individu)…
- Donc, je veux dire qu'on ne sait plus si c'est le chien qui est l'animal ou si c'est l'homme qui en est un. En gros ce n'est plus le chien qui est l'ami de l'homme mais l'inverse. L'homme est le pote du chien, et le chien est son maître, vous me suivez jeune homme ?
- Heu, oui… Mais je n'ai pas de chien vous savez… Et vous n'avez pas répondu à ma petite question…
- Certainement que je ne vous ai pas répondu, votre allure ne me plait guère… Cette chemise ridicule…
- Heu… (je n'en reviens pas…)
- Donc, vous voulez savoir pourquoi ça prend autant de temps… Et bien c'est parce que cette année ils ont décidé de prendre en photo chaque adhérent, pour éviter toute triche avec les cartes d'adhésion au Festival Off…
- Ah, d'accord je comprends…
- Comme ça, vous ne pourrez pas refiler votre carte Off à un de vos potes à chien. (il me donne une tape sur l'épaule) Maintenant, je vous prie de me laisser.
- Mais je vous en prie mon bon Monsieur… (il se retourne et je luis fais un doigt obscène et injurieux)
J'avais donc la réponse à ma question, cette année, ils nous prennent en photo, et nous colle notre tête sur la carte. Qu'est ce que j'adore quand on me prend en photo, je sens que ça va être un bonheur. Une fois mon tour arrivé (le Bon Monsieur a passé quelques minutes à poser plein de questions, sans se soucier du monde derrière lui), je me retrouve donc devant une charmante hôtesse (je remarque qu'elle n'est pas en jupette rouge, mon intérêt chute de plusieurs crans) qui me fait un sourire désarmant (enfin pas suffisamment désarmant puisqu'elle ne porte pas de jupette rouge), dresse devant elle une web cam, et hop me prend en photo. On voit ainsi sur ma carte Off ma mine de dépressif déçu de ne pas avoir été reçu par une jeune fille en jupette et string. Cette carte m'a coûté 13 € et elle me permettra d'économiser 4 à 5 € par spectacle. En gros, au bout de 4 spectacles, elle est largement rentabilisée.
La première mission du festivalier est enfin remplie, j'ai ma carte en poche, je dois maintenant repérer les 1000 spectacles du festival Off. Pour ce faire, j'ai chopé dans une corbeille un programme du festival. Il a la taille d'une énorme revue genre Vanity Fair ou GQ (revue pour les hommes qui aiment l'argent et qui aiment pas les chemises à fleurs ni les chiens) et en le feuilletant rapidement, je me rends compte qu'il y a bien trop de choses à voir et à faire et que je ne saurais par quoi commencer. Je sors à peine dehors que des personnes me chopent et me font la pub de leur spectacle, au moyen de tracts - cartes postales. En l'espace de quelques minutes, je me suis déjà laissé convaincre de voir un spectacle de cirque (effectué par des membres du Cirque du Soleil, excusez du peu) et divers spectacles de danse et de théâtre asiatiques (plusieurs troupes provenant de Taïwan ont élu domicile dans un des nombreux théâtres pour le festival cette année). Je leur promis de leur rendre visite au plus vite.
Je me sauvais vite de la Place du Palais, ça faisait déjà une heure que j'étais arrivé, et déjà la frénésie ambiante me gagnait. Je rejoignis donc la Place de l'Horloge, celle où tout le monde se retrouve, celle où on trouve plein de brasseries, et surtout celle où on croise le plus d'artistes. Je pris place à une terrasse, et tandis que j'attendais ma commande de lait fraise je me plongeais dans le journal du Off. Que choisir ? Bigre… Le journal est mieux foutu cette année, on peut choisir en fonction des auteurs (écrivains, poètes etc.), des troupes (région, département, pays…), du style de public (petits enfants, grands enfants en chemise à fleurs, Bons Messieurs et Bonnes Mesdames… quoique pour ceux là, on a plus tendance à leur conseiller le In et ses Enfers de Dante retransmis en direct sur Arte…) du titre du spectacle ou du lieu (théatre, lycée, université, collège, cour d'hôtel, chapelle…). Face à cette profusion violente de renseignements, je me dis qu'il valait mieux pour moi se promener, et repérer ainsi les endroits que je connais bien, les théâtres que j'aime…
PREMIER SPECTACLE AVEC LE TRAC DU TAC AU TAC
C'est comme ça que j'émergeais en pleine chaleur devant le Théâtre de la Danse Golovine, lieu très connu et très prisé pour ses spectacles de danse moderne et classiques. C'est dans cet endroit que j'ai vu par exemple Raghunat Manet, grand danseur hindou, et des spectacles de Bûto (style de danse japonais né après la 2nde Guerre Mondiale, et qui traite essentiellement de la mort et de la souffrance…). Mon choix se porta vite sur une troupe japonaise qui proposais une petite pièce d'une heure environ nommée « La Violoniste et l'Esprit de la Chaise ». le nom de cette pièce me plaisait bien, j'avais une demie heure d'avance mais ça ne me dérangeait pas car je remarquais que chaque lieu de spectacle avait improvisé un coin buvette, salon de lecture, au frais. Je me posais donc parmi mes comparses festivaliers, potes à chien et Bons Messieurs. Il faisait une chaleur à en faire des auréoles sur ma chemise à fleurs, mon côté pouffe n'allait pas s'en remettre, je me ventilais donc comme je pus avec tous les tracts amassés jusque là. Parce que j'en avais croisés des artistes, croyez moi… Tous posaient pour moi de façon insolite et belle, jouant le jeu de mon improvisation de journaliste ciaonautique. Je passais toutefois un coup de fil au travail, histoire de m'assurer que tout se passait bien en mon absence, et que je n'avais pas commis de bêtises dans mes dossiers (même en vacances, evilash reste stressé…) (En fait je voulais juste narguer mes collègues et leur dire que le soleil était bien plus présent ici que vers chez eux tout là haut…).
Ça y est, ils ouvrent les portes. Quelle bonheur de se lancer à la suite de mes nouveaux amis, de voir mon petit billet tout rigolo se faire déchirer par un timide japonais qui susurre des merci à tout le monde. Je pris place dans la petite salle de théâtre, le plus en haut possible pour ne pas être importuné par un géant tout moche avec des cheveux tout plein alors que moi je n'en ai plus. Les lumières s'éteignirent, le stress montait d'un cran, le trac du tout premier spectacle de ma semaine de festival d'Avignon… Le silence se fait dans la salle, une jeune asiatique nous demande de couper nos portables, de ne pas prendre de photos, et de ne pas roter.
La scène se dévoile alors, tout doucement, on voit une jeune femme endormie sur une chaise, sur un coussin près d'elle se trouve un violon. Elle se réveille, prend son souffle et reprend son entraînement de violon. Cela semble ne plus la motiver du tout, d'ailleurs… Le décor minimaliste accentue cette impression, la jeune femme sort des notes toutes tristes, on comprend assez vite au travers de sa pantomime et de sa musique qu'elle a connu un drame tout récent. Elle file se reposer et c'est durant son sommeil qu'émerge à son tour un fantôme, tout de blanc vêtu et tout de blanc poudré. Un jeu va alors se mettre en place entre les deux personnages, fait de danse, de poésie, d'onirisme et de comédie… La pièce m'emballe direct, les acteurs sont charmants, et la prestation se faisant à quelques mètres de moi, j'ai le sentiment de presque pouvoir les toucher. A la fin de la pièce, les comédiens se font applaudir bien comme il le faut, à raison, et ils semblent tout heureux d'être parmi nous. C'est apparemment leur première fois sur Avignon, et s'y retrouver les ravit visiblement.
Parce que c'est effectivement comme ça Avignon, surtout dans le Off, les artistes s'y donnent à fond pendant un mois, c'est extrêmement crevant mais en même temps il s'agit d'une formidable expérience. J'ai pu discuter avec une jeune artiste (en jupette, en plus, je ne pouvais que l'arrêter…) et elle m'a raconté que la journée elle courait en costume, distribuait des flyers, expliquait à des dizaines de personnes le pourquoi du comment de la pièce dans laquelle elle joue, puis filait au théâtre assurer sa représentation, sortir manger, faire un briefing avec le metteur en scène, se coucher seulement vêtue de son string à pompon (me demandez pas comment je sais ça, j'ai juste laissé mon imagination travailler, c'est tout… Ben oui, c'est bien tout ce que je pouvais faire, quoi… Le coup du journaliste comme plan drague a déjà été fait ailleurs…). Et tout ça pendant 30 jours. Elle me dit qu'elle est déjà éreintée mais que c'est absolument génial. Tout à fait, c'est absolument génial, le mot est lâché, il sonne juste et tellement vrai. Avignon, son festival Off, c'est une putain d'expérience qu'il faut vivre. De chaque côté de la barrière (artistes/spectateurs), tout le monde est heureux, et même si un spectacle peut décevoir, ou même si le public d'un soir peut énerver, qu'importe, le lendemain apportera son lot de nouvelles surprises. Toute la ville est en plein foisonnement, les gens sont de bonne humeur, vous ne vous faites aborder que par des artistes trop heureux de raconter leur spectacle, bref, Avignon rend hommage à ses artistes, les rencontres sont belles et enrichissantes…
PREMIERES LIGNES DE LA FIN
Je ne restais qu'une semaine en Avignon, je savais donc que j'allais avoir mon content de spectacles, de découvertes, de coups de gueules… Je me bâtis ainsi un programme de festivités bien grâtinées. Je me promis donc de rendre visite aux taïwanais, à Bernard Menez et sa troupe de théâtre, à une conférence sur la politique de l'image, et aux confidences à Allah sur la condition des femmes musulmanes… Le programme est chargé, je m'en rendais bien compte mais cependant je me devais d'y arriver. Pour moi.
(à suivre) (vous apprendrez aussi comment gérer une festivalière trash et dingue de vous et qui traite tout le monde de pizzaiolo... véridique...)
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