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Les Annés 70 : folie douce

5  30.07.2004

Avantages:
l'apogée du rêve automobile

Inconvénients:
16000 milles mort par an

Recommandable: Oui 

stooky

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Membre depuis:01.01.1970

Avis:40

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Cet avis a été évalué par 11 membres de Ciao en moyenne: très intéressant

Avant propos : merci papa et merci maman de m'avoir aider


Vanina ah ah ah aïe ! Oh ! lala ! La crampe à la mâchoire ! Gérard fige son play-back et coupe Dave sur l’autoradio. Le pied à fond sur le champignon, avec le reflet des peupliers qui passe comme des fusées sur ses Ray-Ban à montures dorées, Gégé fait hurle le moteur Cléon à 6000 milles tours. 15h15. Faut pas faiblir ! Le nez de la poursuivante se pointe dans son rétro. Bruno et Gérard, trente piges au compteur, comme des gamins, se tirent la bourre sur une méchante nationale bien piégeuse. L’un dans sa Ford Capri, l’autre dans sa R12 Gordini. Ils se sont tapés dans la main il y a une heure, le dernier arrivé à Arcachon paie l’apéro.

Quatre fois moins de voitures sur la route. Conduire est une affaire d’hommes. Une religion ! Rouler au milieu de la route, prendre les virages à gauches, à la corde. Doubler en haut des côtes, sans visibilité, un sport national ! Foncer à deux heures du matin, seul au monde. Sensation inouïe de liberté. Un plaisir à l’état pur. La France aime la bagnole et Georges Pompidou, grand amateur de Porsche 911, se paie sa dose d’adrénaline sur les routes de son Cantal natal avant d’étouffer sous la cortisone.

Pas un képi, pas un seul panneau cerclé de rouge, pas d’éthylotest, pas de limite. Ulrabrite vous met le succès à la bouche. Et plus besoin de sauter en marche, les plaquettes de pilules, vraiment en vente libre, atterrissent sur les tables de nuit. Pas de Sida. Le Concorde vous envoie au septième ciel, à Mach 2. Pas de rechauffement climatique. La neige tombe dru sur l’autoroute A6 toute neuve.

Pas de limite. Juste la mort au tournant. Quatre fois moins de voitures et trois fois plus de morts. Celle, fictive, des 16600 habitants couchés sur l’asphalte de Mazamet, à la mémoire du nombre record des tués sur la route de l’année 1972. Tout le monde s’en fout. Ca fait partie du jeu. Mais la mort de Gabrielle Russier, 34 ans, professeur au lycée d’Aix, suicidée pour l’amour d’un gamin de 18 ans, sera immortalisée par Annie Girardot.

A part l’amour, le reste, c’est du velours. Une époque ou l’employé peut licencier son patron. Dire merde. Trouver un autre emploi en 48 heures. Une telle facilité, ça change la perspective, ça autorise la spontanéité, l’insouciance. Et avec l’inflation, monsieur Tout-Le-Monde rembourse son pavillon en quelques années, ne courbe plus l’échine, prend ses aises, hausse le ton, ne s’abstient pas aux élections (la participation dépasse facilement les 80%)

Et c’est pleine d’espoir qu’une jeune maman bien dans son temps fonce dans sa 4L rouge vers l’Espagne, avec sa petite Karine dans le ventre. Sur la route de Cannes, une autre jeune femme, Joëlle, réprime les nausées de ses premiers mois de grossesse dans les cuirs beiges capitonnés de la Rolls Royce Silver Shadow bleu marine de ses beaux parents.

Pendants ce temps, à Namur, Stanislas, du haut de ses 15 ans, arrose une montagne de petits pois à grands jets d’eau chlorée pour l’usine Saupiquet, histoire de payer l’essence de sa Coccinelle qu’il conduit sans permis. Sans permis aussi, Serge va coller les affiches du PSU à bord de sa Simca 1000 pourrie, sans sièges, sauf celui du conducteur. Une voiture à trente francs. Avant de filer au bois taquiner la donzelle autour d’un feu et de la guitare de Louis Bertignac, futur guitariste du groupe Téléphone. Boire à la mort des bourgeois. Mais partir en vacances dans la CX Pallas de papa, sentir le froid vous pincer à l’aube au col du Brenner et redescendre sur les plages désertes de touristes de Rijeka, dans la Yougoslavie socialiste et non-alignée du maréchal Tito. Le jour de la chute de Pnomh Pen, Serge fête ça au champagne et déchante bientôt. A 20000 km de là, quelques mois plus tard, sur l’île de Bali, Serge sirote sont alcool de riz, accoudé au bar avec sa douce et tendre quand un prêtre français l’aborde et lui raconte le massacre commis par les Khmers rouges.

Au même moment, Christophe prend le rouge en horreur avec les immondes Clarks de cette couleur que lui a payées sa mère, et la honte devant tous les copains du collège d’Autun. On croyait au Père Noël. Le rêve se brise. Sur les otages sacrifiés des jeux Olympiques de Munich, les écoutes de Watergate, la barbe de Soljenitsyne, l’équipée sauvage de la bande à Baader, le sang de Kolwezi et d’Aldo Moro, sur les robinets fermés des oléoducs, les tankers vides. L’image des Hollandais à vélo à la télé nous obsède d’un avenir de cauchemar, sans bagnoles, dédié à la musculation des mollets. Et l’essence qui augment. « Elle augmente pas l’essence ! moi j’mets toujours cinquante balles » ironise Coluche à la radio, après le choc pétrolier. Comme Marguerite, qui lâche pile son billet de cinquante dans le réservoir de son Alfasud vert pelouse 1,3 l à carburateur double coprs. Pendant que son petit Cyril mate le compteur de vitesse seulement gradué jusqu'à 180. Ecoeuré, quand son pote Etienne lui soutient mordicus que la Renault 20 de son papa tape le 200. Sous la plui battante et le ciel gris orangé du bassin houiller de Longwy, Jean, 19 ans, démarre la 2CV vert pastel de son père et quitte pour toujours la Lorraine. Sinistrée par l’acier japonais trois fois moins cher. Trente mille emplois par terre. Bientôt le tour des chantiers navals, du textile, des chaussures, des montres Lipp, autogérées pendant 3 ans.

« Giscard à la barre » a fait campagne en 504. A peine élu et c’est la tuile. Bientôt un million de chômeurs. Indemnisés à 90%. Les bagnoles deviennent carrées et la vie aussi. Après les parcmètres à 1 franc l’heure, les premiers radars, le MLF qui fait la chasse aux machos façon Jean Yann. Place à l’homme fragile incarné par Alain Souchon qui chante « j’suis bidon ».

C’est déjà la mode des prénoms anglo-saxons. Tante Nicole claque la portière de sa Deuche orange et dépose doucement le petit Harry sur le sol. Harry, 5 ans, qui tombe en arrêt devant les hauts parleurs municipaux de la place de Pithiviers. Ensorcelé par l’Oxygène extra-terrestre de Jean-Michel Jarre dont les ondes inondent les étals de fromages de ce jour de marché. Son deuxième choc après Casimir.

Fini de rigoler. La décennie se serre la ceinture. « Un petit clic vaut mieux qu’une grande claque ». Des claques, pour réveiller la belle endormie. Elles pleuvent sur la figure des Français. L’œil au beurre noir de l’Amoco Cadiz sur les plages des Porspoder, toute la côte figée dans une sombre gluance, une odeur pestilentielle contamine jusqu’au lait des vaches. Bientôt l’ère de la grande vacherie, du cynisme conquérant de l’Union soviétique, de l’Amérique qui enfile son costume de cow-boy. Mort aux vaches !
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dave
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lastar.com

lastar.com

25.10.2006 00:41

a+

lastar.com

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25.10.2006 00:41

trés interessssssant

golgote31

golgote31

14.08.2004 04:21

Vraiment excellent!! toujours un plaisir de te lire!!

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