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... Par C . Céline , son prénom . Cancer , son fardeau . Je vous livre ici le texte que j'ai envoyé pour participer au concours cancercampus. Ma Psychosexy préférée m'avait simplement envoyé un lien Internet avec un petit mot : " Exutoire ?" Elle n'imaginait sans doute pas à quel point c'en ... Lire l'avis





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300. L'avis Trois Sans Toi, mais Cancer bien là
Avis par lucieh sur Par C
20.05.2011


L'évaluation de l'auteur:  


Avantages: mes souvenirs heureux
Inconvénients: les autres prennent encore trop de place, survivre à la Fête des Mères

Recommandation pour les acheteurs potentiels?  

Avis complet

Si vous ne deviez lire qu'un seul texte de moi, ce serait celui-ci. Mon Amie, mon Amour, ma Maman est la personne qui, à tout jamais, restera la plus importante dans ma vie.

Par C .
Céline , son prénom .
Cancer , son fardeau .


Je vous livre ici le texte que j'ai envoyé pour participer au concours cancercampus. Ma Psychosexy préférée m'avait simplement envoyé un lien Internet avec un petit mot : " Exutoire ?"
Elle n'imaginait sans doute pas à quel point c'en était un. Aujourd'hui j'ai besoin d'en parler, pas pour qu'on me plaigne mais surtout pour faire partager mon expérience, aussi pénible soit-elle .

Derrière vos écrans, avant d'être ciaonaute, vous êtes des Humains et je me suis dit que poster mon texte ici avait peut-être un sens finalement...


...
..
.
..
...


Dans la nuit du 11 au 12 décembre 2010 , Elle est partie .
Ma Maman.


Je l’attendais, ce coup de téléphone. Depuis que je l’avais quittée, environ 3 heures plus tôt, dans sa chambre d’hôpital et qu’elle m’avait dit, un sourire aux lèvres :


«Pars tranquille, j’ai juste besoin de dormir et tu sais que je ne peux pas dormir quand on me regarde. A demain ma fille. Bisous, ne t’inquiètes pas».


Un salut de la main, une chambre que j’avais du mal à quitter alors que ça faisait plusieurs heures que j’étais près d’Elle, plusieurs heures que son état changeait, passant des yeux vitreux au regard bienveillant. Je savais .
Je savais que c’était aujourd’hui qu’elle partirait. Et ce coup de téléphone dans la nuit du 11 au 12 décembre me la confirmé.


Mademoiselle , Elle est partie .


Quatre mots, quatre mots que nous redoutions depuis plusieurs semaines, plusieurs mois, plusieurs années. Les quatre mots qui marquaient la fin de Son combat, la fin de Notre lutte acharnée.

Plusieurs années....Treize années pour être exacte.


27 août 1997


Alors qu’elle se plaignait depuis plusieurs mois de douleurs abdominales et que de simples coliques avaient été diagnostiquées, Elle a été prise en charge en pleine nuit dans un service d’urgences hospitalières. Le verdict est vite tombé et il tenait en peu de mots.

Cancer des ovaires . Stade IV .


J’avais 13 ans. Pour moi la vie a basculé. Pas tellement à l’annonce de cette maladie que je ne comprenais pas. J’ignorais parfaitement de quoi il s’agissait en réalité. Cancer. Oui c’est une maladie. Stade IV. Mais sur quelle échelle?

J’ai réellement saisi l’ampleur de la situation quelques minutes plus tard lorsque mon père, d’ordinaire peu coutumier des démonstrations de sentiments, est entré seul dans ma chambre alors que j’avais attrapé un dictionnaire médical, cherchant déjà des réponses. Il s’écroula sur mon lit près de moi dans un torrent de larmes qui m’a anéantie. Il arrivait à peine à articuler. Non . Non . Non , furent à peu près les seuls mots qu’il parvint à prononcer.


J’avais 13 ans et j’ai compris ce jour-là que ma Maman était une mortelle, mais surtout qu’elle risquait de me laisser toute seule sans mère, alors que les autres filles de mon âge ne mesuraient pas leur chance. Combien de temps? Combien de temps nous reste-t-il? Nous l’ignorons parfaitement.

Entre ses chimiothérapies, ses traitements expérimentaux et son quarantième anniversaire où nous l’embrassions via une baie vitrée alors qu’elle était aussi forte qu’une brindille dans sa chambre stérile... Tout . Elle a tout tenté.


Mais rien n’a fonctionné. Il y a bien eu une accalmie où nous croyions même à une rémission. Quelle délivrance ces quelques mois de tranquillité, ces mois où ses cheveux ont repoussé, ses vacances où son visage et ses membres avaient dégonflé puisqu’elle ne prenait plus de cortisone !

Mais quelque temps plus tard, tout s’écroule.
A nouveau.
Elle décide de faire face.

Septembre 2003


Seule, elle décide d’affronter son mal seule puisque mon père, excédé de l’écart qu’elle faisait régner entre Elle et Lui, a commis l’irréparable. Il veut revenir, il veut qu’elle lui pardonne. Mais si le Cancer a bien appris quelque chose à Maman , c’est la force de la fierté.


Fraîchement divorcée, elle emménage dans un appartement, mon frère et moi sous le bras. A cause de sa maladie, elle ne pourra pas s’acheter un logement. C’est comme ça, on ne prête pas. Nous coulons malgré tout des jours heureux dans ce logement social : mon frère n’a jamais partagé de réelle activité avec Maman, mais je suis là pour lui changer les idées.
Elle sera de toutes mes sorties cinéma, elle viendra avec moi faire du shopping, je l’emmènerais même en discothèque avec mes amis, qui l’adorent. Aucun terrain. 'Je ne veux laisser le moindre terrain à ce cancer qui la ronge et qui risque de me priver de ma Maman. Ma Chair, mon Sang, mon Amour.


Pendant toutes ces années passées près d' Elle, j’ai volontairement négligé mes potentielles relations amoureuses. Tous les adolescents connaissent les flirts, pas moi. Tous les jeunes adultes sortent tous les samedis soir, pas moi. Je n’ai pas tout négligé pour autant, mes amis étaient un bol d’oxygène inépuisable et ils ne m’ont jamais laissée tomber. D’ailleurs Elle les aimait autant qu’ils l’aimaient. Mais souvent, je devais rester chez moi.

Parce qu’elle passait des soirées entières à vomir.
Parce que plusieurs fois j’ai dû appeler les secours ou l’emmener aux urgences.

Et les insomnies... Ces longues nuits où je guettais le moindre bruit dans l’appartement qui viendrait témoigner que tu as besoin d’aide. Je n’arrivais plus à dormir.

19 mars 2010


Elle avait tellement peur de ne pas fêter ses 50 ans.
Et pourtant si, Elle est toujours là, Elle est toujours souriante, Elle m’enlace toujours autant, me fais toujours autant de bisous et me rassure par sa présence. Tous les jours, je suis angoissée à l’idée de partir travailler et de regarder peut-être pour la dernière fois ce visage que je connais par coeur et tous les soirs, je me dépêche de rentrer à l’appartement pour le retrouver au plus vite.
Ce visage qui change, dont les traits deviennent plus durs et plus marqués. Ce visage qui blêmit et se creuse.

Tout a basculé le jour de ton anniversaire Maman. Nous t’avions pourtant fait une bien belle surprise : nous t’avons emmenée au bord de la mer où ta petite soeur, son fils et son mari, que tu n’avais pas vu depuis des années à cause de la distance qui vous séparait ont pris l’avion, juste pour la journée. Pour fêter ensemble ton passage dans un autre demi-siècle.


J’avais pourtant prévenu ma tante : Maman a changé, elle a beaucoup maigri et ne pèse guère plus de trente kilos.
Et surtout elle ne garde aucun repas.
Pourtant revigorée et émue par ses retrouvailles inattendues, Elle propose que nous allions manger au restaurant. Elle prendra une aile de raie, un plat qu’elle a toujours adoré sans se soucier du reste.
Pourtant quelques minutes plus tard et comme depuis des mois, Elle se lève et file aux toilettes. Comme depuis des mois, elle ne garde rien.
Ma tante est bouleversée mais ne fera rien paraître devant Elle. Plus tard elle me dira que ce jour-là, ce 19 mars , elle a vraiment réalisé ce à quoi nous étions confrontés tous les jours .

C’est la semaine suivante que Maman nous présenta à mon frère et moi, son carnet de voyage comme elle aimait à l’appeler.
Ce fameux carnet où elle organisait ses obsèques, des chansons à diffuser au modèle du cercueil jusqu’au nom du crématorium où elle préférerait être incinérée. Ces pages où elle indiquait aussi toutes les démarches que nous aurions à accomplir mon frère et moi, pour ne pas crouler sous la paperasse, comme elle disait. Tout . Elle avait pensé à tout.
C’est dans des pleurs torrentiels que nous avons accueilli ce carnet tous les deux. Mais j’ai compris très vite qu’elle le faisait pour nous, pour nous aider, pour nous protéger. Comme elle l’avait toujours fait.

Eté 2010


Je vis les pires semaines de ma vie alors que j’ai rencontré un homme que j’aime depuis plusieurs mois et qui m’épaule du mieux qu’il peut. Parce que j’en ai besoin....

Maman est en effet hantée par de vieux démons et fera un séjour en hôpital psychiatrique. Paralysée par l’idée de la mort, elle tente de la provoquer pour ne plus l’attendre. D’être actrice plutôt que spectatrice.
J’arrête de travailler pour me consacrer à Elle, pour la visiter tous les jours à l'hôpital et lui apporter le plus de réconfort possible. Pour m’occuper de son linge aussi, de ses papiers et de ses courriers. Les premiers jours sont très durs : je ne la reconnais plus. Elle ne sourit plus, ne rit plus et surtout je vois.
Ses cicatrices .
J’empêche mon frère d’aller la voir pour ne pas le perturber. Le choc risque d’être trop grand.

Un soir que je ramène ses affaires pour les mettre dans le tambour de la machine à laver, et alors qu’on m’avait assuré qu’ «on s’en était occupé», je tombe nez-à-nez, tétanisée, sur ses vêtements couverts de sang. Les vêtements qu’elle portait ce jour-là. J’ai vacillé et me suis appuyée sur le chambranle de la porte, la tête bourdonnante. J’ai cru que mes jambes allaient fléchir, mais je suis restée debout...
...Comme elle me l’avait appris.


Les jours et les semaines passent. Elle est hospitalisée en gériatrie, où j’ai connu le personnel soignant le plus compréhensif et le plus gentil du monde. Jamais on ne m’a fait de réflexion alors que je dépassais largement les horaires de visite. Je restais des heures entières avec Maman, il était hors de question que je laisse un écriteau me voler à Elle. On m’a toujours apporté une épaule lorsque je la quittais puis me cachais dans un recoin du couloir, les yeux embués de larmes. On m’a beaucoup plainte aussi, du fait de notre âge à Maman et moi. Voir partir sa maman à 25 ans, c’est inimaginable pour beaucoup de monde.

Moi, c’était mon quotidien. Tous les jours et à toutes les heures , je ne pensais qu’à ma Maman , si elle n’était pas tombée et qu’elle ne pouvait se relever, ce qu’elle faisait, ce qu’elle mangeait, si elle dormait. Car j’ai bien dû reprendre le travail, la Maladie prenait trop de place dans ma vie. J’ai même arrêté de fumer cet été-là pour la rassurer sur mon avenir car ma santé la préoccupait depuis des années.
Mon sentiment dominant : l’injustice. La peur aussi figurait en bonne place. Une maman aimante et tellement dévouée à ses enfants ne devraient jamais connaître les affres du cancer . Elle ne devrait pas vivre avec une épée de Damoclès sur la tête pendant des années , et ses enfants de ressentir au plus profond de leurs entrailles cette angoisse et cette douleur .

J’ai été témoin de tellement de choses horribles les deux derniers jours de sa Vie...Mais je ne pouvais pas la laisser seule, c’était inimaginable. J’ai longtemps cru que s’accrocher si fort à la Vie la pousserait à la guérison pure et simple. Je suis encore hantée par des visions cauchemardesques, et il m’arrive quelquefois de me lever le matin en pleurant. Simplement parce que c’est comme ça. Elle n’est plus là, elle laisse un énorme vide derrière Elle.

J’ai entendu récemment de la part d’une supérieure hiérarchique qu’elle avait été bien laxiste sur mes horaires de travail non effectués l’année dernière, mais que maintenant que c’était «fini», elle ne comprenait pas que je ne les fasse toujours pas, mes heures.

Est-il utile de préciser qu’après avoir perdu la personne la plus importante dans sa propre vie , tout n’est pas «fini» mais tout commence au contraire?

Je ne parlerais même pas de l’organisation des obsèques, seule avec mon ami, une épreuve terrible et douloureuse. Mais il faut penser également à toutes les démarches administratives qui succèdent à cette perte.

Aujourd’hui j’ai 26 ans. J’ai vécu ma vie entière avec ma Maman à mes côtés, dont la moitié avec son hôte indésirable. Et j’ai l’impression de repartir de zéro : je dois me reconstruire des repères, je dois me faire à l’idée que ma génitrice n’assistera pas à mon mariage, ni ne connaîtra mes futurs enfants. Je dois aussi passer régulièrement des check-up médicaux complets, pour éviter une découverte tardive comme il a été le cas pour Elle.

Et je laisse le temps passer. J’attends que les souvenirs heureux prennent le pas sur les trop tristes derniers mois... J’attends impatiemment. Je sais qu’un jour arrivera où le matin, je penserai à Elle sans cette sensation de manque absolu. J’essaye déjà de m’imprégner des préceptes du «cycle de la Vie». A force qu’on me rabâche les oreilles sur le sujet, je vais bien finir par intégrer que Maman a combattu ce que certains ne peuvent voir venir. Je me dis aussi que c’est un privilège d’avoir pu dire tant de choses à Maman, d’avoir eu le temps de lui démontrer à quel point je l’aimais. Certains ne sont pas si chanceux. Mais pour autant je ne m’estimais pas «préparée» à sa disparition. Les gens qui ne me connaissent que très peu pourraient penser que si, mais ceux qui savent déchiffrer mes silences et mes absences ont compris que rien ne préparaient personne à cela. Treize années n’auront pas suffi. On n’est jamais prêt.

Pour tous les collègues, amis, familles proches ou éloignées, qui ne comprenez pas toujours que votre binôme, votre employé, votre patron, votre nièce ou votre oncle doivent quitter précipitamment un lieu pour rejoindre son proche malade. Parce que vous ne comprenez pas forcément qu’il ou elle ne dorme pas depuis des semaines, que ses humeurs soient changeantes et sa santé fragile ;
.
.
.

Pour tous les médecins, infirmières, personnels soignants ou accompagnants, qui côtoient chaque jour des dizaines de malades et les aident du mieux qu’ils peuvent, qui leur proposent des traitements, des soins palliatifs et qui parfois assistent les patients jusqu’au bout... ;

Pour que la recherche et les associations, main dans la main, continuent leur combat et que leur acharnement paye le jour où le cancer ne fera plus parti des noms communs ;

Pour tous ceux qui vivent l’horreur mais aussi les instants magiques aux côtés de leur proche malade, tous les jours et pensent à eux à tous les instants ;

Pour moi aussi, qui par ce texte couche mots et maux pour la première fois depuis Sa disparition. J’espère que ce n’est que le début d’un long processus régénérateur de force morale. Pour que je continue de vivre et d’espérer.

Pour Elle surtout . Celle qui m’a donné la Vie . Celle que j’aimerais à tout jamais .
Mon ange .
Merci de m’avoir tellement donné .

Maman , tu me manques tant

Elle avait 50 ans , dont le quart de Sa Vie fut consacré à se battre . Jusqu'au dernier souffle .
   
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