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Chienne de vie

1  04.01.2007

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Recommandable: Non 

Cclineur

Plus à mon sujet: Là de temps en temps.

Membre depuis:01.01.2007

Avis:5

Lecteurs satisfaits:29

Cet avis a été évalué par 58 membres de Ciao en moyenne: exceptionnel

Je ne sais pas pourquoi j'ai fini en taule car je n'ai rien fait de méchant pourtant, juste peut-être gueuler un peu trop fort et énervé ce mec qui a finit par me rouer de coups de bâton… jusqu'au moment où le ras le bol m'a saisi et m'a poussé à lui sauter à la gueule.
Ses potes ont débarqué et m'ont foutu une toise espérant peut-être que ça me calmerait. Les imbéciles, comme si c'était la première branlée qu'on m'avait appliquée…

Des coups, j'en ai reçu plus souvent qu'à mon tour, pour des trucs que je n'aurais pas du faire ou parce que ça défoulait l'auteur tout simplement. Du coup, je n'ai plus toutes mes dents et Bondieu que j'en chie quand je dois manger les trucs durs qu'on me filent et qui me déchirent les gencives là où j'aurais du avoir mes molaires. Mais je ne vais pas pleurer, j'crêve pas de faim et c'est déjà ça.
Pas comme cette petite bonne femme qui tenait compagnie à une petite vieille et qui lui a survécu. Pas longtemps. La miss était habituée au confort, à la douceur et se retrouver là entourée de brutes puantes et excitées lui a définitivement fait perdre la raison. Elle a décidé de partir rejoindre la petite vieille sur la tombe de laquelle elle n'avait pas eu le droit de se recueillir, en se laissant mourir de fin.

Il paraît que mes ancêtres vivaient en tribu, se foutaient sur la gueule pour décider qui serait le patron. Après quand on respectait les règles, tout se passait bien. Jusqu'au jour ou un pauvre con s'est intéressé aux nouveaux venus, ces autres, et a décidé de leur filer un coup de main. Et les autres couillons ont décidés de faire pareil. Depuis la nuit des temps, on les suit bêtement parce qu'on est tous comme ça. Quand on aime, on ne fait pas semblant, c'est définitif. Quitte à se faire tuer pour leur éviter la mort. Mais ça ils ne l'ont pas compris.

Je ne sais pas comment je suis venu au monde. Mais je me rappelle de ce trou où avec mes frères et sœurs on croupissait dans la merde et la pisse, dévorés par la vermine, n'attendant rien, n'espérant rien. Espérer quoi d'ailleurs ? Juste cette bouffe immonde que de temps un des autres pensait à nous jeter. Alors on se battait, on n'était pourtant pas bien vieux, pour en avoir un bout pendant que l'autre se fendait la gueule et nous montrait ses dents ridicules.
Combien de temps suis-je resté là-dedans ? Je n'en sais rien. Mais un jour alors que seuls deux de mes frères et moi avions survécu, on vint me prendre par la peau du cou pour me charger dans un camion.

Quelques temps après, alors que je mourrais de soif, un des autres m'attacha à une corde et tendit cette dernière à un comparse. Je ne l'oublierais jamais celui-ci.
Douleurs, frustration, excitation jusqu'à la folie quand on ne finit par ne voir la vie qu'au travers de lunettes teintées de rouge et que l'on prend notre tortionnaire pour Dieu car seul lui a le pouvoir de faire que cela cesse enfin. Combien de temps cela a-t-il duré, je n'en sais rien. Il paraît que c'est comme ça qu'on dresse les robots tueurs à l'armée pour combattre sans état d'âme…
Combattre, j'ai du y venir pour sauver ma peau quand de temps à autre, l'autre me sortait du réduit où il m'avait enfermé pour m'emmener affronter mes congénères, aussi tarés que moi, aussi dangereux. Il en faisait des drôles de bruits quand je sortais debout, ensanglanté, épuisé, mais vivant et surtout…gagnant !

Jusqu'au jour où je suis resté sur le carreau. J'étais tombé sur un plus enragé que moi. Je voulais vivre pourtant, pas partir comme tant d'autres mais la petite mort m'avait attrapé et je l'accueillais avec joie.

Quelque chose me touchait !
Comme des petits coups, qui me faisaient mal là où ils étaient portés. Mes narines enregistraient des effluves écoeurantes, de décomposition, de fin du monde… Je réussis à ouvrir un œil.
Un autre était là, me fixant et essayant de me faire bouger. Mais je ne pus que pousser un gémissement tant j'avais mal. Je me crispais pourtant, attendant ses coups mais rien ! Il restait là attendant je ne sais quoi dans ce dépôt d'ordures putride où on m'avait balancé. Il a attendu longtemps, même quand cette lumière intolérable s'est levée au plafond, me brûlant impitoyablement les yeux. Et il a baigné d'eau fraîche ces yeux que j'aurais voulu fermer pour toujours, m'apportant des sensations totalement inconnues mais apaisantes, calmantes et pour la première fois de ma vie je me laissais aller dans un sommeil sans rêve, sans peur.

Je n'ai jamais pu réprimer mes frissons de peur quand cet autre me touchait. Car nous avons parcouru un putain de bout de chemin ensemble. Ce mec partageait tout ! Sa bouffe, sa couche, sa vie. Il m'apprit tout doucement à vivre sans crainte, croquant la vie à pleines dents, à courir sans rênes, enfin libre. Mais sans pouvoir le quitter… On est tous comme ça chez moi, quand on s'attache, c'est pour de bon, même si c'est un autre. Je m'étais habitué à son odeur, cette odeur de chose qui crêve, qui pourrit tout doucement. Quand je me couchais contre lui la nuit, elle ne me repoussait pas. Elle était devenue une partie de moi, comme ce mec. Si, la nuit, d'autres autres venaient pour lui piquer ce qu'il avait réussi à glaner dans les poubelles pour nous nourrir, alors je retrouvais mes réflexes de tueur et gare à l'animal qui s'approcherait ! J'appris enfin ce que signifiait ce mot : le bonheur

Mais je savais au fond de moi, que ça ne pouvait pas durer, que cet autre inconsciemment voulait quitter notre foutu planète en se suicidant à coup de ce sang rouge qui puait le vinaigre et lui bouffait les tripes. Je l'ai senti me quitter une nuit, tout doucement, comme une clope qui s'éteint. Et au matin, j'étais seul, gardant ses restes comme un con. Jusqu'à ce qu'arrive ces autres avec leur grand bâton et leur corde. Il leur suffisait de me demander et je les aurais suivi mais non ! Ils m'ont attachés solidement, m'étranglant à moitié et déclenchant cette fureur qui couvait en moi pour me jeter en prison.

J'y suis toujours. J'ai renoncé depuis longtemps à tourner en rond dans cette cage où ils m'ont jeté, me réfugiant dans un état semi-végétal, amorphe et indifférent à tout même au bordel que foutent les autres de ma race qui n'ont pas compris que ça ne servait à rien de se jeter contre les barreaux.
C'est Nöel, je ne sais pas ce que ça veut dire. Mais je sais que c'est l'époque où plein de petits gars comme moi sont ramassés je ne sais où et sont entassés ici. Parfois les autres viennent en chercher quelques uns. Mais pas beaucoup.
Un des autres a mis un jeune con dans ma prison. Surexcité l'abruti. Il s'est jeté sur moi, m'a fait mal jusqu'au moment où j'ai du le calmer. Mais je l'ai tué comme par réflexe, on m'avait appris à le faire, sans malice, c'était lui ou moi.
Les autres ont évacué son cadavre. Puis sont revenu pour me faire sortir de ma prison. Non ! Je ne voulais plus combattre !
J'ai agressé cet autre qui me menaçait d'un bâton, je l'avoue, mais j'ai eu trop peur.
Ils sont encore revenus quand la pilule qu'ils avaient mise dans ma bouffe a fait effet. Ils m'ont emporté pour m'amener dans une pièce toute blanche et toute lumineuse. Un autre, habillé de blanc s'est penché sur moi pour dire quelque chose que je n'ai pas compris. Puis il m'a piqué avec quelque chose. J'ai senti que je perdais le contrôle de mon corps, que plus rien ne marchait. Dans un dernier effort, alors je me sentais m'enfonçant dans un trou tout noir, j'ai levé la tête et j'ai vu quelque chose de bizarre dans ses yeux. Comme de l'eau qui sortait.
J'ai su alors, je ne sais pourquoi, que c'était fini pour moi.

A-t-il vu dans mes yeux, cet autre en blanc, que je lui disais merci ?


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Commentaires sur cet avis
skizotim

skizotim

02.07.2009 00:19

j'en ai les larmes aux yeux...

skizotim

skizotim

02.07.2009 00:18

...

Vibvjor

Vibvjor

20.05.2009 20:23

Putain, c'est fort !!!

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