Par D

Avis sur

Par D

Evaluation générale (824): Evaluation totale Par D

 

Tous les avis sur Par D

 Rédigez votre propre avis

Définitif Bob ou la poésie contemporaine...

5  16.04.2003

Avantages:
Très spécial

Inconvénients:
Très spécial

Recommandable: Oui 

Pandora_Specter

Plus à mon sujet:

Membre depuis:12.04.2003

Avis:54

Lecteurs satisfaits:80

Partager cet avis sur Google+
Cet avis a été évalué par 8 membres de Ciao en moyenne: très intéressant

Au théâtre des ateliers, à Lyon, a été joué Définitif Bob. J'ai eu la chance de pouvoir assister à une des nombreuses représentations de cette pièce et de parler avec le metteur en scène Eric Vautrin.
Je me propose de vous faire part de mes réactions et impressions sur cette pièce et sur le poème d'Anne Portugal qui porte le même nom et qui a été adapté au théâtre.

Il faut savoir que j'ai rencontré le metteur en scène quelques jours avant que la pièce soit jouée; il était venu nous la présenter, à nous, quelques étudiants en lettres modernes à l'initiative de mon professeur de littérature du XXème. Il nous avait lu quelques poèmes d'Anne protugal (dont Définitif Bob qui est à la fois un long poème et un recueil de poèmes) mais aussi d'autres poètes qui écrivent un peu de la même façon. A la première écoute, c'est très étrange. Eric Vautrin lisait vite, très vite. En fait, ce sont des poèmes qui jouent sur le rythme et les sonorités. Beaucoup plus que sur le sens. Ils sont très travaillés, mais ne veulent rien dire, ne transmettent aucun message, n'ont pas de sens. Je ne vous cache pas que je n'étais pas vraiment persuadée qu'un poème pouvait ne transmettre aucun message. J'étais certaine que même inconsciemment l'auteur qui enfilait les mots comme des perles, devait produire des phrases qui signifiaient...

Bref, toujours est-il que son petit discours de pub a fonctionné et que je me suis rendue au théâtre pour voir cette fameuse pièce. Ce qui m'intriguait c'était déjà comment Eric Vautrin s'était débrouillé pour faire une pièce d'une heure et demie sur un texte qui n'a pas de sens sans endormir son spectateur. Et puis c'était en quelque sorte pour tenter, moi, de trouver un sens à ce poème! (Ca doit être un tic pour les littéraires ça, toujours chercher à comprendre, à analyser, à interpréter...!)

Alors, nous entrons dans la salle. La scène est légèrement allumée. Le fond est gris clair. Un panneau blanc en face de nous, contre le mur. Deux fauteuils en cuir noirs. Trois portes: une en face, une à droite, une à gauche.
Puis la salle se fond dans le noir. La scène aussi. Trois ou quatre secondes. Puis, elle se rallume, très lentement, et on distingue une silhouette qui se dessine. C'est un homme, tout de noir vêtu. Grand, sec. Raphaël Defour ai-je lu sur le programme, mais là, ce n'est plus la question. Il est quelqu'un d'autre, un personnage. Lequel? On ne sait pas. Il parle. J'essaye de suivre ses paroles. Il ne se présente pas. Il parle, ne s'arrête pas, jamais. Mais ce qu'il dit est incompréhensible. J'essaye de m'accrocher aux mots pour tenter de donner un sens à ses paroles. J'ai l'impression d'être complètement abrutie. Je ne comprends absoluement rien, ce qu'il dit n'a aucun sens. Le prénom Bob revient souvent. Qui est-il? Que fait-il? Où est-il? Rien. On parle pour ne rien dire! Je commence à me dire que 10€ pour "ça" c'était cher payé.. Pourtant le temps passe. L'éclairage varie. Un autre personnage (tout de noir vêtu aussi)apparait de temps à autre. Il se promène, en avant, en arrière, il rentre puis sort par l'une des trois portes. Le premier ne fait pas du tout attention à lui. Il est droit, face à nous mais ne nous regarde pas. Il continue à parler. Parfois, il accélère, parfois il décélère. Toujours des alexandrins. J'ai au moins le mérite de les avoir reconnus. C'est fou comme l'oreille y est habituée.
Et puis tout d'un coup je décroche. Je ne cherche même plus à comprendre, je me laisse porter par les mots comme une bouteille à la mer qui se laisserait porter par les flots.. Advienne que pourra! La voix du premier acteur est agréable à entendre. Il ne s'arrête jamais... (Rendez-vous bien compte de cette performance d'acteur!) Je n'ai même plus envie qu'il s'arrête. Et je m'intéresse aux gestes, au sons, aux couleurs. Tout à l'air minuté, calculé, organisé, tout a l'air mécanique (mais pour m'être renseignée auprès du metteur en scène par la suite, il nous a assuré que non!). On se croirait en plein science fiction! Des êtres qui gesticulent, comme des automates. Mais qui semblent si seuls, si anonymes, si incompréhensibles, si différents. C'est très déroutant. On dirait qu'ils prennent un malin plaisir à faire ce qu'ils font sans qu'on ne comprenne quoique ce soit: par exemple, à un moment, celui qui écoute et qui ne dit mot depuis le début regarde celui qui parle et qui ne s'est encore jamais arrêté, et il hoche la tête comme s'il comprenait ce que l'autre lui disait. Et moi, j'ai vraiment eu l'impression qu'il se moquait de moi parce que je ne comprenais rien! Ca n'a pas de sens!

Et puis soudain, le silence. Plus de geste. Plus de parole. Presque plus de lumière. 30 secondes. Qui paraissent durer une éternité. Et puis un petit geste, un second, et la lumière jaune, puissante, le texte hyper rapide attaquent ensemble! C'est superbe! On ne comprend toujours rien mais on laisse, on s'envole, on quitte la réalité pour suivre les personnages. On se sent flotter, être ailleurs. On ne fait plus attention à rien, ni au sens des mots, ni au sens des gestes. On suit des yeux, on écoute, on se sent presque bercés par la voix de celui qui parle. Elle est vraiment agréable cette voix, elle ne flanche jamais.
De la neige tombe sur la scène, dans le noir. Elle seule est éclairée. C'est beau. Presque magique. On ne fait plus attention à la voix qui pourtant parle encore et toujours et raconte son histoire qui n'a pas de sens...
Et soudain, cette voix nous parle d'un Bob qui enfonce des portes ouvertes. Celui qui ne dit rien, prend son élan et court, vite, grimpe les escaliers qui lui font face, au milieu des rangées de sièges. On ne fait plus attention qu'à lui, pourtant l'autre parle.. Encore... Inexorablement... Il meuble le vide. Car c'est le vide. Ca devient le vide. Celui qui parle s'assoit, et l'autre fait tomber le décor. Il reste le théâtre seul.. Dans le noir... Et une voix qui continue.. A parler.. Inexorablement...


On reste sans voix à la fin du spectacle. Ce vide tout d'un coup. On se rend compte qu'on était captivés, hypnotisés par cette voix qui parlaient, parlaient et parlaient de choses qui n'ont pas de sens pourtant.
C'était magique. J'en garde un très bon souvenir. Je pense que c'est vraiment une expérience à faire. Au moins une fois. Mais ça doit rester exceptionnel pour étonner et faire cet effet. On a vraiment l'impression de revenir d'un long voyage...

Je vous propose un extrait du poème d'Anne Portugal qui était sur le programme, pour vous donner une idée de ce qui était dit, du non-sens des propos. Je vous conseille de lire ce texte à voix haute. Il faut aussi savoir que l'acteur qui parlait sans cesse jouait sur le rythme en étirant certains mots, qu'on gardait ainsi en mémoire plus longtemps. Et certaines expressions me reviennent encore à la mémoire.

Extrait:
Maintenant qu'il y avait
lui sur la terre
car jusqu'ici lui lequel
dernier
observateur qui n'admire
que le ciel trouva dessous
dans la colonne élévation
de travailler comme ça
pour les avoir plus près
le plan de la maison
qu'il fallait bien savoir

c'est quelque chose que lui voulait
pour ça il mit des oreillers de fer
pour écouter la télé où il est
mais dedans à l'envers

l'antique le plus parfait son beau salon
joint à qui veut
semblable l'admirant
d'avoir quitté la terre

et bob il peut comme ça
pousser une porte
porte simple et non
porte pareille
pas moins ouverte
machinalement
porte et porte
sur le palier vivant
démon vraiment
d'une voix concentrée
vous me croyez très vieux
mais je ne le suis pas
accident puis après
vitalité de la neige blanche
on devient actionnaire

(Définitif Bob, Anne Portugal, P.O.L)

Partager cet avis sur Google+
Liens sponsorisés
Evaluer cet avis

Quelle est l'utilité de cet avis pour prendre une décision d'achat ?

Guide d'évaluations

Commentaires sur cet avis
ladele33

ladele33

14.08.2007 10:47

Je ne connais absolument pas Anne Portugal... Mais c'est noté et elle sera bientôt entre mes mains avides de la découvrir!

xhou_zen

xhou_zen

10.03.2005 20:06

Et bien tes 1er avis étaient déjà très bon apparemment... Bravo donc! :-)

Sarvan

Sarvan

06.09.2003 19:40

Il me plairait bien d'insérer ce texte troublant et si bien décrit dans le n°37 de La Plume, pour Janvier 2004 ; Qu'en penses-tu ?

Ajouter un commentaire pour cet avis

max. 2000 caracteres

  Postez votre commentaire


publicité
En lire davantage sur ce produit
Evaluations d'avis
L'avis sur Par D a été lue 1879 fois et a été évaluée:

exceptionnel (5%) par:
  1. ladele33

"très intéressant" (90%) par:
  1. xhou_zen
  2. l_ot
  3. Sarvan
et aussi par 15 autres membres

"intéressant" (5%) par:
  1. Menryck

Comprendre l'évaluation de cet avis.
publicité