Définitif Bob ou la poésie contemporaine...
15.04.2003
Avantages:
Très spécial
Inconvénients:
Très spécial
Recommandable:
Oui
 Pandora_Specter
Plus à mon sujet:
"...une oeuvre inspirée, visitée de lumière comme un jardin qu'éclaire au crépuscule un cerisie...
Membre depuis:12.04.2003
Avis:54
Lecteurs satisfaits:81
Cet avis a été évalué par 20 membres de Ciao en moyenne: très intéressant
Au théâtre des ateliers, à Lyon, a été joué Définitif Bob. J'ai eu la chance de pouvoir assister à une des nombreuses représentations de cette pièce et de parler avec le metteur en scène Eric Vautrin. Je me propose de vous faire part de mes réactions et impressions sur cette pièce et sur le poème d'Anne Portugal qui porte le même nom et qui a été adapté au théâtre. Il faut savoir que j'ai rencontré le metteur en scène quelques jours avant que la pièce soit jouée; il était venu nous la présenter, à nous, quelques étudiants en lettres modernes à l'initiative de mon professeur de littérature du XXème. Il nous avait lu quelques poèmes d'Anne protugal (dont Définitif Bob qui est à la fois un long poème et un recueil de poèmes) mais aussi d'autres poètes qui écrivent un peu de la même façon. A la première écoute, c'est très étrange. Eric Vautrin lisait vite, très vite. En fait, ce sont des poèmes qui jouent sur le rythme et les sonorités. Beaucoup plus que sur le sens. Ils sont très travaillés, mais ne veulent rien dire, ne transmettent aucun message, n'ont pas de sens. Je ne vous cache pas que je n'étais pas vraiment persuadée qu'un poème pouvait ne transmettre aucun message. J'étais certaine que même inconsciemment l'auteur qui enfilait les mots comme des perles, devait produire des phrases qui signifiaient...Bref, toujours est-il que son petit discours de pub a fonctionné et que je me suis rendue au théâtre pour voir cette fameuse pièce. Ce qui m'intriguait c'était déjà comment Eric Vautrin s'était débrouillé pour faire une pièce d'une heure et demie sur un texte qui n'a pas de sens sans endormir son spectateur. Et puis c'était en quelque sorte pour tenter, moi, de trouver un sens à ce poème! (Ca doit être un tic pour les littéraires ça, toujours chercher à comprendre, à analyser, à interpréter...!) Alors, nous entrons dans la salle. La scène est légèrement allumée. Le fond est gris clair. Un panneau blanc en face de nous, contre le mur. Deux fauteuils en cuir noirs. Trois portes: une en face, une à droite, une à gauche. Puis la salle se fond dans le noir. La scène aussi. Trois ou quatre secondes. Puis, elle se rallume, très lentement, et on distingue une silhouette qui se dessine. C'est un homme, tout de noir vêtu. Grand, sec. Raphaël Defour ai-je lu sur le programme, mais là, ce n'est plus la question. Il est quelqu'un d'autre, un personnage. Lequel? On ne sait pas. Il parle. J'essaye de suivre ses paroles. Il ne se présente pas. Il parle, ne s'arrête pas, jamais. Mais ce qu'il dit est incompréhensible. J'essaye de m'accrocher aux mots pour tenter de donner un sens à ses paroles. J'ai l'impression d'être complètement abrutie. Je ne comprends absoluement rien, ce qu'il dit n'a aucun sens. Le prénom Bob revient souvent. Qui est-il? Que fait-il? Où est-il? Rien. On parle pour ne rien dire! Je commence à me dire que 10€ pour "ça" c'était cher payé.. Pourtant le temps passe. L'éclairage varie. Un autre personnage (tout de noir vêtu aussi)apparait de temps à autre. Il se promène, en avant, en arrière, il rentre puis sort par l'une des trois portes. Le premier ne fait pas du tout attention à lui. Il est droit, face à nous mais ne nous regarde pas. Il continue à parler. Parfois, il accélère, parfois il décélère. Toujours des alexandrins. J'ai au moins le mérite de les avoir reconnus. C'est fou comme l'oreille y est habituée. Et puis tout d'un coup je décroche. Je ne cherche même plus à comprendre, je me laisse porter par les mots comme une bouteille à la mer qui se laisserait porter par les flots.. Advienne que pourra! La voix du premier acteur est agréable à entendre. Il ne s'arrête jamais... (Rendez-vous bien compte de cette performance d'acteur!) Je n'ai même plus envie qu'il s'arrête. Et je m'intéresse aux gestes, au sons, aux couleurs. Tout à l'air minuté, calculé, organisé, tout a l'air mécanique (mais pour m'être renseignée auprès du metteur en scène par la suite, il nous a assuré que non!). On se croirait en plein science fiction! Des êtres qui gesticulent, comme des automates. Mais qui semblent si seuls, si anonymes, si incompréhensibles, si différents. C'est très déroutant. On dirait qu'ils prennent un malin plaisir à faire ce qu'ils font sans qu'on ne comprenne quoique ce soit: par exemple, à un moment, celui qui écoute et qui ne dit mot depuis le début regarde celui qui parle et qui ne s'est encore jamais arrêté, et il hoche la tête comme s'il comprenait ce que l'autre lui disait. Et moi, j'ai vraiment eu l'impression qu'il se moquait de moi parce que je ne comprenais rien! Ca n'a pas de sens!Et puis soudain, le silence. Plus de geste. Plus de parole. Presque plus de lumière. 30 secondes. Qui paraissent durer une éternité. Et puis un petit geste, un second, et la lumière jaune, puissante, le texte hyper rapide attaquent ensemble! C'est superbe! On ne comprend toujours rien mais on laisse, on s'envole, on quitte la réalité pour suivre les personnages. On se sent flotter, être ailleurs. On ne fait plus attention à rien, ni au sens des mots, ni au sens des gestes. On suit des yeux, on écoute, on se sent presque bercés par la voix de celui qui parle. Elle est vraiment agréable cette voix, elle ne flanche jamais. De la neige tombe sur la scène, dans le noir. Elle seule est éclairée. C'est beau. Presque magique. On ne fait plus attention à la voix qui pourtant parle encore et toujours et raconte son histoire qui n'a pas de sens... Et soudain, cette voix nous parle d'un Bob qui enfonce des portes ouvertes. Celui qui ne dit rien, prend son élan et court, vite, grimpe les escaliers qui lui font face, au milieu des rangées de sièges. On ne fait plus attention qu'à lui, pourtant l'autre parle.. Encore... Inexorablement... Il meuble le vide. Car c'est le vide. Ca devient le vide. Celui qui parle s'assoit, et l'autre fait tomber le décor. Il reste le théâtre seul.. Dans le noir... Et une voix qui continue.. A parler.. Inexorablement... On reste sans voix à la fin du spectacle. Ce vide tout d'un coup. On se rend compte qu'on était captivés, hypnotisés par cette voix qui parlaient, parlaient et parlaient de choses qui n'ont pas de sens pourtant. C'était magique. J'en garde un très bon souvenir. Je pense que c'est vraiment une expérience à faire. Au moins une fois. Mais ça doit rester exceptionnel pour étonner et faire cet effet. On a vraiment l'impression de revenir d'un long voyage...Je vous propose un extrait du poème d'Anne Portugal qui était sur le programme, pour vous donner une idée de ce qui était dit, du non-sens des propos. Je vous conseille de lire ce texte à voix haute. Il faut aussi savoir que l'acteur qui parlait sans cesse jouait sur le rythme en étirant certains mots, qu'on gardait ainsi en mémoire plus longtemps. Et certaines expressions me reviennent encore à la mémoire. Extrait: Maintenant qu'il y avait lui sur la terre car jusqu'ici lui lequel dernier observateur qui n'admire que le ciel trouva dessous dans la colonne élévation de travailler comme ça pour les avoir plus près le plan de la maison qu'il fallait bien savoir c'est quelque chose que lui voulait pour ça il mit des oreillers de fer pour écouter la télé où il est mais dedans à l'enversl'antique le plus parfait son beau salon joint à qui veut semblable l'admirant d'avoir quitté la terre et bob il peut comme ça pousser une porte porte simple et non porte pareille pas moins ouverte machinalement porte et porte sur le palier vivant démon vraiment d'une voix concentrée vous me croyez très vieux mais je ne le suis pas accident puis après vitalité de la neige blanche on devient actionnaire(Définitif Bob, Anne Portugal, P.O.L)
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14.08.2007 09:47
Je ne connais absolument pas Anne Portugal... Mais c'est noté et elle sera bientôt entre mes mains avides de la découvrir!
10.03.2005 19:06
Et bien tes 1er avis étaient déjà très bon apparemment... Bravo donc! :-)
06.09.2003 18:40
Il me plairait bien d'insérer ce texte troublant et si bien décrit dans le n°37 de La Plume, pour Janvier 2004 ; Qu'en penses-tu ?