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... Parce que, à l'époque, c'était compliqué la photo. Et Grand-Pa, lui, avait la chance d'être né fils de photographe. Il me parla alors longuement de ses vols d'observation au dessus des tranchées, dans son Breguet 14 A2. Il était fier de pouvoir dire qu'il n'avait tué personne durant la ... Lire l'avis





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Le Noël de Grand-Pa
Avis par Krys_TOFF sur Par N
24.12.2007


L'évaluation de l'auteur:  


Avantages: +
Inconvénients: -

Recommandation pour les acheteurs potentiels? oui 

Avis complet

Noël... C'est une date qui a toujours eu une saveur particulière pour moi.

Enfant, déjà, c'était une magie. Le petit Jésus que l'on mettait dans la crèche le soir du réveillon lorsque sonnaient les douze coups de minuit, juste avant d'aller au lit. Les cadeaux du matin, la joie de la surprise. Et Grand-Papy. Grand-Pa comme je l'appelais. Mon arrière-grand-père.

Tous les ans, il partait en nous souhaitant bon appétit le soir du réveillon. Il ne mangeait jamais avec nous. Et il revenait, le lendemain, pour le repas de Noël, le 25 décembre au midi. Enfin, pas vraiment midi, plutôt vers 14 heures, car on attendait Grand-Pa avant de manger.

Tout petit, je ne prêtais pas attention à ce départ de Grand-Pa. La première fois que je me suis rendu compte qu'il était parti le soir du réveillon, j'avais 5 ans. J'ai demandé à Grand-Ma : « Pourquoi Grand-Pa est parti ? ». Elle eu un drôle de sourire puis me répondit : « Tu es trop jeune pour comprendre, quand tu seras plus grand Grand-Pa t'expliquera. ».
L'année suivante, même départ de Grand-Pa, même question à Grand-Ma et même réponse. C'était assez frustrant, mais j'étais trop occupé par l'excitation de Noël pour insister plus avant.

Et puis, l'année de mes sept ans, Grand-Pa était malade. Très malade en fait, mais pour moi il semblait simplement malade, comme avec un gros rhume. Il décida quand même de partir. Je voulu l'empècher de partir, et je lui ai demandé directement quelle était la raison de son départ.
Il resta silencieux un moment en me regardant droit dans les yeux. Puis il me dit : « Tu es assez grand pour comprendre maintenant, je t'expliquerai à mon retour demain, après le repas de Noël. »

Cette nuit-là, j'eu beaucoup de mal à m'endormir. Non seulement j'étais excité par les cadeaux que j'allais avoir le lendemain, mais j'étais encore plus stressé par la curiosité du secret de Grand-Pa, et de l'explication de son départ mystérieux...

Ce matin de décembre 1977, c'est en pensant à Grand-Pa que j'ouvris mes cadeaux, presque distrait. Et lorsque Grand-Pa rentra pour le repas familial, j'eu toutes les peines du monde à attendre la fin du repas.
Grand-Pa le savait, il voyait mon excitation, et s'en amusait un peu. Puis, le repas terminé, il me prit à part. Il s'assit dans un fauteuil et m'invita à venir sur ses genoux.

« Je vais te raconter ce qu'est vraiment Noël... » me dit-il. Je ne croyais plus au Père Noël depuis peu, mon entrée au C.P. ayant été fatale au mythe du bonhomme en rouge. « C'est durant la Grande Guerre que tout changea pour moi. », poursuivit-il, « Jusque là, je voyais en Noël la fête du fils de Dieu, la célébration de la naissance du Messie, Jésus. Mais le véritable sens de cette fête se révèla à moi durant cette foutue guerre, en 1917. J'avais 20 ans… »

J'étais captivé, il racontait si bien les histoires mon Grand-Pa. Il ne s'attarda pas sur me son arrivée au régiment de cavalerie, puis son rapide transfert comme observateur sur un régiment d'aviation. « Ma passion de la photo mise au service de mon pays." Comme il disait. Parce que, à l'époque, c'était compliqué la photo. Et Grand-Pa, lui, avait la chance d'être né fils de photographe.

Il me parla alors longuement de ses vols d'observation au dessus des tranchées, dans son Breguet 14 A2. Il était fier de pouvoir dire qu'il n'avait tué personne durant la guerre. Du moins, pas directement, avec une arme. Parce que ses photos prises en avion servaient à ajuster les tirs de notre artillerie, donc ce n'était pas inoffensif. Mais c'était la guerre, personne n'avait vraiment le choix…

« Tu sais mon petit, les avions d'observations étaient la cible préférée des chasseurs ennemis, notamment du Baron von Richtofen, le célèbre Baron Rouge. A l'époque, c'était pas comme maintenant, avec plein d'électronique. Une fois, on a eu de la chance car la mitrailleuse du chasseur Allemand qui nous suivait s'est enrayée. Le temps qu'il la décoince, on avait réussi à nous enfuir. »

Je buvais ses paroles comme du petit lait, j'avais l'impression d'y être, avec lui, dans son biplan, avec les nuages pour compagnons, au dessus du bourbier des tranchées.

« Et puis arriva ce jour de décembre 1917. Nous étions en patrouille avec Henri, le pilote lorsque deux avions Allemands nous tombèrent dessus avant qu'on ai eu le temps de dire ouf ! Il n'y avait pas de mitraillette sur notre avion, notre seule chance était la fuite. Mais seuls et sans arme contre deux avions armés, nous n'avions aucune chance… »

« Henri fût tué, l'avion tomba droit sur une forêt. Je ne sais pas encore comment j'ai réussi à m'en sortir vivant, tout ce dont je me souviens, c'est que nous avons heurté la cime des arbres et que j'ai été projeté hors de l'appareil. Les branches ont certainement ralenti ma chute, et la neige au sol aussi sans doute. »

« Quand je suis revenu à moi, il faisait nuit noire. La neige commençait à tomber, et ce sont les flocons sur mon visage qui m'ont réveillé. J'avais mal partout et j'étais couvert de blessures de la tête aux pieds. J'étais glacé par le froid, et ma jambe droite était cassée. »

« En m'appuyant contre un arbre, j'ai réussi à me mettre debout, puis j'ai trouvé une petit branche morte en guise de canne. Je n'avais aucune idée de l'endroit où je me trouvais, ni de l'emplacement du front. Il régnait un silence surnaturel. Inhabituel. Un silence de mort. Normal en temps de guerre me diras-tu, mais en fait non. Car habituellement il y avait toujours un canon ou une mitraillette qui s'entendait au loin. Là, il n'y avait absolument aucun bruit… J'avais l'impression d'être seul sur Terre tout à coup. »

« La carcasse de l'avion, perchée dans les arbres me rappelait toutefois la réalité de ma situation. J'avais faim, j'avais froid, je devais retrouver nos lignes pour survivre. Alors j'ai marché vers ce que je pensais être le sud. Difficile de savoir la nuit, tu sais, à moins d'être astronome et de connaître les étoiles. »

« Au fur et à mesure où j'avançais dans les bois, j'aperçu un feu et quelques murmures. La neige s'était arrêtée de tomber. Je me dirigeais vers un camp. Ami ou ennemi ? Je n'en savais rien. Je me suis donc approché lentement, en tentant d'être silencieux. Mais je ne l'étais pas, surtout dans cette nuit si étrangement calme et avec une neige fraîche qui craquait sous mes pas. Une sentinelle me repéra. C'était un Allemand. »

J'étais mort de peur pour mon Grand-Pa. Je savais bien que la sentinelle n'allait pas le tuer, puisqu'il était là, devant moi. Mais j'avais peur quand même. Il racontait vraiment bien les histoires mon Grand-Pa. Voyant mon visage crispé d'angoisse, il poursuivit son récit.

« Ainsi donc, c'était un camp Allemand que j'avais trouvé, et non un camp Français. Mais j'étais trop épuisé pour tenter de fuir. J'ai levé les bras en restant à cloche-pied sur ma jambe gauche, espérant qu'il ne me tue pas. A ma grande surprise, il lâcha son arme et couru vers moi, m'empêchant de tomber. Appuyé sur son épaule, il m'amena au centre du camp. Ce que je vis alors me laissa sans voix… »

Grand-Pa marqua un temps d'arrêt dans son récit. J'étais complètement excité, il fallait qu'il me raconte la suite, il n'allait pas s'arrêter maintenant. J'ai fait des yeux de chiens battu, supplié du regard. Grand-Pa était content de voir à quel point son passé m'intéressait. Il me fit un grand sourire et continua.

« Ce que je vis, c'est une chose improbable. Des Français et des Allemands, ensembles, buvant un grog bien chaud. Quelques Alsaciens, côtés Français ou côté Allemand, faisaient la traduction. La sentinelle Allemande m'amena vers le lieutenant Français. Je m'assis sur un tonneau, je n'en croyais pas mes yeux. Un temps indéfini passa, je ne saurais dire si c'était quelques secondes ou plusieurs heures, et enfin je réussi à articuler quelques mots. J'ai demandé : "Ca y est, la guerre est finie ?". Un soldat assit près de moi me répondit : "T'es pas au jus ?". "Ben… Non." Je lui ai répondu. "C'est Noël !" qu'il m'a dit, "Si les généraux veulent qu'on s'entre-tue le jour de Noël, ils n'oint qu'à venir s'entre-tuer eux-mêmes !". J'étais abasourdi. J'avais donc passé une journée entière inanimé dans cette forêt ? Et puis Noël, c'était donc ça… Noël. La fraternité. La paix. Le partage d'une soupe bien chaude et d'un bout de pain au coin du feu. Je venais de découvrir d'un seul coup le véritable sens de ce jour si particulier… »

Je restais moi aussi sans voix en écoutant Grand-Pa. Sa découverte devenais mienne. Avec 60 ans de retard. J'étais en communion avec lui, je ressentais ce qu'il ressentait. Jamais nous n'avions été aussi proches l'un de l'autre que ce moment-là.

« Tu vois mon garçon, Noël ce n'est pas un jour où on fait des cadeaux aux enfants. Noël, ce n'est pas un gros bonhomme inspiré de Saint Nicolas et habillé en rouge par Coca-Cola. Noël, c'est ouvrir son cœur et partager avec ceux qui sont le plus dans le besoin. C'est pour ça que je pars, tous les soirs de réveillon. Je prends le train et je vais à Paris, sur les quais, rejoindre mes camarades de la soupe populaire. Et nous donnons. Nous partageons. Une soupe chaude. Un sourire. Des paroles réconfortantes. Et c'est à chaque fois pour moi le plus beau des Noëls. »

Ce Noël fut le dernier que vécu Grand-Pa. Il mourut l'été suivant. Mais en moi il est toujours vivant, et dès que je fûs assez grand, moi aussi je parti passer mes Noëls auprès de ceux qui en ont le plus besoin, là, tout près, aux portes de chez moi.

Contrairement à mon papy et mon papa, qui pensaient que ce n'était pas un endroit pour les enfants, moi j'y ammène les miens. Tous ensembles, nous y allons en chantant "La chanson de rien du tout" de Mickey 3D. Et c'est ainsi qu'ils apprirent, auprès de ceux que la société a exclue, le véritable sens de la magie de Noël.   
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