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Oradour, mon tombeau.

1  11.08.2007

Avantages:
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Inconvénients:
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Recommandable: Oui 

Papillonmosaique

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Membre depuis:02.07.2005

Avis:41

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Cet avis a été évalué par 93 membres de Ciao en moyenne: exceptionnel

Ne criez pas hors sujet, scandale historique, ou autre…
Mon but en écrivant ce texte n'est pas de faire un avis sur Oradour… Je veux partager ce que j'ai ressenti en entrant dans ce village.
Pour celles et ceux qui ne savent pas ce qu'est Oradour-sur-Glane, c'est un village dont les habitants ont tous été massacrés, brûlés et dont les cadavres ont été mutilés afin de ne pas identifier leurs corps et ce : quel que soit leurs âges (excepté quelques survivants qui ont eu la chance de pouvoir s'échapper à ce massacre organisé par les nazis le 10 juin 1944). Le village est resté en l'état depuis lors.
Je vous invite à aller lire l'avis de Zam qui l'a très bien expliqué.
Alors, oui, Oradour n'est pas le seul lieu de massacre du temps. Il y en a eu tellement et en reste encore autant. Mais c'est celui là que j'ai traversé. C'est celui là qui m'a mise en face des réalités de l'horreur des guerres. C'est celui là qui m'a rappelé qu'encore aujourd'hui, les guerres nourrissent le sol de cadavres d'innocents. Et d'autres innocents meurent pour d'autres raisons.
Après avoir traversé le mémorial, vous rentrez dans le village. Et dans mon état, je ne pouvais que percevoir ce que sans doute, d'autres n'auraient peut-être pas perçu à ce point. Parce que vous percevez quelque chose. Sauf quelques touristes… pfff… pas envie de m'étendre sur le non-respect… nous n'en finirions pas…

J'ai appris ce jour là que l'histoire de cette horreur était palpable.

Je me présente. Je m'appelle Arthur, nom du roi dont maman aimait me raconter les histoires. J'avais huit ans en 1944 et j'habitais le village paisible d'Oradour-sur-Glane. Je jouais devant la maison lorsque j'ai entendu des bottes claquer sur le sol, au rythme des cliquetis des parties métalliques des armes.
J'ai eu peur. Très peur. Je suis rentré me blottir entre maman et papa.
Mais juste après, la porte s'ouvrit violemment. Un soldat allemand nous cria l'ordre de sortir.
Et puis la colère me montait et je me suis jeté sur lui pour le ruer de coup de pieds et tenter de le mordre malgré les cris de maman qui me conjurait d'arrêter.
« Sale bosh ! Laisse mes parents tranquille ! »
Il m'empoigna par la chemise et me jeta dans la rue. Les genoux et les mains en sang, pelés par la rugueur du sol, je relevai le nez pour regarder sans voix le spectacle d'exode qui s'offrait à moi. Les allemands faisaient sortir tout le monde des maisons avec méthode.
Maman me prit par la main. Papa fut séparé de nous et emmené ailleurs. Je hurlais à plein poumons après lui, il se retournait en m'envoyant des baisers de la main, les larmes aux yeux. C'était la première fois que je le voyais pleurer. Je savais alors que quelque chose d'horrible se préparait.
Nous suivîmes la foule dans la rue descendant vers l'église, encadrés par des soldats trop nombreux pour tenter de fuir. Certains ont tout de même essayé. Ils n'ont pas fait trois pas avant d'être abattus dans le dos.
Mes genoux me faisaient mal mais en voyant les femmes et les autres enfants du village entassés sans aucune délicatesse dans la maison de Dieu, le regard apeuré de bêtes traquées, ma douleur laissa place à la terreur.
Je levais les yeux vers maman.
Elle serra ma tête contre son ventre en caressant mes cheveux.
Je regardais le landeau près du tabernacle en sanglottant. J'avais si peur.
Soudain des fumées noires. Des cris, des hurlements, la bousculade, la panique. On n'y voyait presque plus rien. La foule se ruait sur les issues pour se rendre compte que tout avait été bloqué.
Je commençais à suffoquer et à tousser.
Maman me prit dans ses bras et m'emmena vers un vitrail brisé pour m'y hisser.
Ses bras se crispèrent autour de mes jambes avant de me laisser glisser au sol emporté par son corps. Une balle avait transpercé son torse. Je la secouai pour la réveiller mais elle était morte. Je pensais alors que la serrer très fort aller m'aider.
Le toit était en feu. Il s'écroula sur nous.
Je brûlai vif, couché sur maman, en hurlant.
C'est ainsi que je mourus à Oradour-sur-Glane dans l'église qui m'avait accueilli pour me baptiser et qui me voyait tous les dimanches pour la messe.
Nos corps calcinés furent mutilés.
Voilà 61ans que nos âmes errent dans les ruines, en silence.
Nous continuons à y vivre dans les souvenirs et le respect de chaque cœur qui a le soucis de garder le silence, de se recueillir même quelques secondes.
Parfois, je prends une main et la dépose sur un éclat de balle dans un mur et chuchotte « cette balle a tué un innocent avant de finir dans ses pierres ».
J'ai accompagné une mère dans l'église. J'ai attiré son regard sur les murs troués par les balles, les poutres calcinées, la carcasse rouillée d'un landeau.
Elle a entendu ces cris, elle a perçu l'odeur des fumées, elle a senti les gens se bousculer dans la panique.
Des larmes au bord des yeux.
J'ai ressenti en elle une immense tristesse. Je la laissai repartir, elle et l'âme de son ange auprès d'elle.
Je regarde aussi ceux qui foulent les rues de mon enfance en parlant de choses banales comme s'ils traversaient un parc publique, sans soucis de murmurer.
Je regarde ceux qui posent à côté de la tôle rouillée d'une traction pour une photo souvenir, en oubliant qu'il y a 61 ans, un homme au volant y fut abattu et brûlé. S'ils pouvaient s'installer au volant, ils le feraient.
Je les regarde et hausse les épaules.
Ils repartiront vide de n'avoir rien compris.
Rien compris de cette journée d'horreur.
Rien perçu des invisibles qui les accompagnent et qui leur chuchottent « ne nous oubliez pas ». Il n'y a pas pire sourd que les atrophiés de l'âme.
Si vous passez nous voir, venez par respect. Venez pour comprendre. Venez en silence pour parler avec nous.
Lorsque vous quitterez mon village, regardez les champs. Le vent les a nourri de nos cendres et coloré la terre de fleurs sauvages.
Nous ne sommes pas loin.

Arthur.
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Commentaires sur cet avis
papillotte01

papillotte01

28.12.2007 00:55

riEn à ajouter...Emotion

matseb

matseb

27.12.2007 21:16

Ca me touche d'autant plus que le prénom de mon garçon est... Arthur...

gosford

gosford

18.12.2007 09:19

Les Waffen SS de la Das Reich ont eu l'occasion de se faire la main sur de nombreux villages de Bielorussie. Beaucoup d'alsaciens, dits Malgré nous, s'en sont donné à coeur joie...

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