L'évaluation de l'auteur:
| Avantages: |
Se rencontrer, c'est s'enrichir |
| Inconvénients: |
Et si la rencontre précipitait les désillusions . . . |
| Recommandation pour les acheteurs potentiels? |
oui |
Je suis encore sur le trottoir. Il est quinze heures, tu es en retard, c’est comme un refrain.
Je feuillète distraitement mon agenda, une façon comme une autre de me donner une contenance.
On dirait que les gens sont sortis de la terre, ce matin, le printemps les ressuscite.
Je me demande de quelle couleur sera ton sourire et si tu auras un mot gentil quand je serai enfin auprès de toi.
Mon agenda récite par cœur les même rendez-vous, rien n’a changé depuis hier soir, aucun lutin n’a interverti quoi que ce soit, manque d’imagination total.
Quelqu’un me bouscule derrière, je me retourne pour le fusiller du regard et me ravise : l’homme bredouille quelques excuses et il y a de la pétulance dans son regard.
Je me retourne timidement, je ne veux pas qu’il devine que je suis troublée.
Un quart d’heure passe, j’ai le temps de détailler les robes dans la vitrine. Les couleurs sont criardes, ce manque de discrétion est un peu vulgaire.
Mon portable sonne. Mathilde (est revenue). Je ne décroche pas, il n’y a jamais d’urgence dans ses jérémiades, je rattraperai demain le retard du roman de sa vie.
J’ai apporté mon livre avec moi, il rentre à peine dans mon petit sac mais je me doutais que tu ne m’offrirais pas le spectacle prodigieux de la ponctualité alors…j’occupe intelligemment le temps.
De toute façon, inutile de compter sur toi pour m’appeler. Notre relation ne s’est jamais appuyée sur une communication ordinaire.
D’ailleurs, sans être taciturne, tu ne t’es jamais montré très volubile et c’est ce mélange de lumière et de discrétion que j’apprécie chez toi.
Un charme évident avec une retenue toute britannique qui ne manque pas de sel.
Je me demande si, toi aussi, comme la plupart des hommes qui attendent, tu poses tes avant-bras sur tes genoux, comme avant le mâle plongeon. Les hommes qui adoptent cette posture semblent vouloir faire constater qu’ils savent faire front, quelle que soit l’issue de la bataille.
Le soleil se montre capricieux et je commence à me lasser un peu.
J’ai fait quelques pas mais la vitrine que je détaille à présent extirpe de ma torpeur des pensées sarcastiques : des gélules qui feraient maigrir. Quelques secondes pour remplir un verre, s’emparer de la gélule magique et voilà…Un corps de naïade sans y penser.
La minceur sans efforts comme l’amour sans les larmes, les sentiments sans le doute. Douce utopie…
Deux femmes parlent très fort à quelques pas de moi, elles se livrent à une étude comparée des enseignantes de leurs enfants. Je pourrais presque attraper mon carnet et dresser un tableau des avantages et inconvénients de chacune.
J’imagine la déconvenue de chacune si l’un des objets de comparaison venait à poindre le bout de son nez.
A moins qu’en la voyant, l’une d’elle s’écrie : « Eh bien, justement, la voilà ! Et dans quel accoutrement, regardez un peu ! ».
Cet étalage de fiel me laisse un peu vacillante, j’ai l’impression qu’elles martèlent dans mon crâne leurs récriminations. Je saisis un peu vivement mon livre et m’appuie quelques secondes contre le mur.
Une main sur mon épaule. Je me retourne, incrédule. J’ai si peu lié connaissance dans cette région inhospitalière que je serais très surprise de découvrir un visage familier.
Et pourtant, je reconnais ce visage. Frondeur, sûr de lui, trop empressé. C’est mon « pétulant ».
Il me sourit en me tendant un marque-pages consistant en un bout de feuille proprement déchiré -contrairement à certains cœurs en automne- et recouvert d’une écriture bleutée qui se penche, comme bousculée par une urgence ou bien ployant dans le vent.
C’est mon talisman du moment, le signe personnel qui se mêle à mes lectures et qui aura glissé sur le trottoir à force de lui lancer des regards énamourés.
Je le récupère en le remerciant. Je souris et pense me retourner comme il est d’usage dans ce genre de furtif échange de civilités.
Mais il est décidément très vif et en profite pour me demander si je suis là depuis longtemps, debout au milieu de ce printemps sarcastique.
La formule me plaît et donne un sésame pour engager la conversation.
Nous échangeons quelques banalités météorologiques.
Pourquoi est-ce donc toujours le premier sujet que l’on évoque avec quelqu’un.
On se soucie peut-être de planter un joli ciel avant d’esquisser l’essen-tiel, qui sait ?
Il remarque mon livre et le hasard faisant bien les choses, il l’a lu aussi.
Il m’explique son point de vue et nous entamons la conversation sur l’existence supposée non pas du sexe des anges mais celle d’un roman plutôt destiné à un homme ou une femme.
J’aurais dû venir plus tôt, le ciel se couvre sérieusement et je crains d’être obligée de m’abriter sous le parapluie que le « pétulant » tient fermement dans sa main.
Cet accessoire suscite en moi une peur abstraite. Je crains ses pointes agressives et cette vision pessimiste toute gauloise qui consiste à penser que le ciel va nous tomber sur la tête…
Cependant, sans jamais me l’avouer, j’aime assez l’idée que les hommes qui me tiennent compagnie soient suffisamment prévenants pour éloigner la pluie de mes cheveux en cas d’averse inopinée…
Un portable sonne. Pas le mien cette fois. Mais à proximité immédiate…Le « pétulant ».
Il fouille dans la poche de son imperméable comme si elle était aussi profonde que la grotte de Lascaux. En extirpe l’objet. A mon grand soulagement, la sonnerie est sobre. Ce n’est pas un générique de film ou une chanson de jeune épileptique.
Il répond de justesse, un peu gêné, n’ose pas s’éloigner, ne veut pas imaginer qu’il me trahit, j’imagine.
Il me lance un sourire désabusé, éloquent comme si je n’ignorais pas la monotonie de ses dimanches, la blancheur de ses conversations…
Il chuchote presque et met rapidement fin à la conversation. Il baisse la tête, regarde ses chaussures comme s’il les découvrait puis relève la tête et m’offre un sourire de fin du monde avec l’air de me dire : tout le bien que je devais faire (merci Jacques Salomé) est à présent derrière moi.
Je suis joueuse, j’ai nettement vu l’anguille sous la roche anguleuse mais je souhaite le pousser dans ses retranchements.
Je reprends la conversation nonchalamment puisqu’il a l’air d’attendre, lui aussi.
Il devient nerveux, ses réponses se font laconiques, je ne vois plus ses mains.
Je fais cesser cette torture et fais mine de répondre au téléphone.
J’ai gagné, ce n’était pas innocent. J’aurais pu ramener du "gros gibier" dans ma besace pour le déjeuner mais il n’est pas certain que j’en aurais fait plusieurs repas. Pas de regrets.
Je range mon allié dans mon sac et serre la main d’un ami pétri de lettres et de douceur qui s’approche de moi.
J’aime son émotion quand il me parle de ses lectures, son sourire quand il me raconte une des ses histoires secrètes, j’aime avoir le sentiment d’être seule à recueillir ses confidences, comme un parapluie inerte que l’on aurait désamorcé en le mettant sur le dos.
Il me parle de toi, me tend l’un de ses sourires juvéniles un peu gêné et me chuchote que tu es en retard. Trop de monde sur cette maléfique francilienne.
J’arbore mon masque conciliant, celui de l’acceptation totale malgré l’orage qui menace, ma tête qui éclate et ce chagrin fugitif qui décolore mon cœur l’espace d’un instant.
Il s’éloigne déjà en me remerciant de ma patience, lui qui te connaît bien.
Il s’excuse pour toi. Il me faut réfléchir alors à la notion de pardon. Cette question cruciale que tu as soulevée dernièrement.
Encore quelques pas et je serai à l’abri. Dans la boutique de mon ami.
Le tonnerre gronde, le pétulant a été rejoint…par la pétulante, bien sûr.
Elle lui parle certainement du cabriolet d’un quelconque Eric ou des avantages du tout nouveau robot ménager.
Je me retourne pour la dernière fois, feignant de vérifier si le château est toujours là.
Le pétulant me regarde, ou plutôt le petit monticule de sable qu’il représente, comme s’il s’était décomposé en essence d’ennui et de monotonie.
On devine que la pétulante est charmante sous son centimètre de plâtre.
Qu’importe, j’ai remis mes lunettes et je m’offre l’échappatoire d’un fondu au noir.
Tu me manques comme manquent les rêves lorsqu’on les oublie.
Tu n’as jamais été si près et cette proximité m’angoisse soudain, comme si la réalisation d’un vœu pouvait en compromettre le bénéfice.
La foule est dense à présent, sur cette petite place.
Je t’aperçois enfin. Tu portes sur le visage ta jeunesse altière, cette douceur qui te fait survoler le pavé.
Tu jettes un regard un peu distrait autour de toi avant de prendre place, je me demande si tu me cherches, je suis sûre que tu m’as vue, pourtant.
Je n’utiliserai pas mon portable pour capturer ton image, ce serait un crime de lèse-majesté et celles et ceux qui mettront cette folle idée-menace- à exécution s’éloigneront de ton chemin sans que cela soit réversible, c’est cette certitude qui fait que j’ignore à présent les éclairs qui zèbrent le ciel.
Le pétulant abrite sa belle sous son parapluie bête…comme la pluie tandis que je suis déjà sur la première marche.
Je peux enfin regarder ta nuque et détailler tes mains si délicates.
Un petit ballet incessant s’offre à toi. Tu écoutes en souriant, ouvre le livre et griffonne consciencieusement des mots plus ou moins personnels, j’imagine.
Ceux qui n’ont rien de particulier à te dire sont ceux qui parlent le plus fort, ils s’agitent, parlent de leur nièce, te prennent en photo et te félicitent.
Les autres chuchotent presque pendant que les suivants attendent, à bonne distance, soucieux de ne pas crever l’intimité de cette bulle éphémère et désirant plus que tout au monde que l’on respecte prochainement leur propre bulle.
Je m’aperçois que mes mains tremblent. C’est toujours si émouvant de rencontrer celui qui est au bout de la plume. Qui a veillé nos insomnies, raconté une belle histoire pour sécher quelques larmes ou accompagné au bout de longues, si longues attentes.
Perdue dans ce spectacle qui confine à la communion, je m’éveille de ce songe juste à temps pour m’apercevoir que je suis la prochaine élue.
L’homme qui se tenait devant moi s’éloigne, un sourire béat et le front lumineux.
Je m’avance, tout sourire et tend mon livre en me penchant vers toi.
Je voudrais, comme tout le monde, que tu prennes le temps, que tu poursuives ton histoire juste pour moi et que les mots que tu apposes me soient destinés.
Ta voix est douce, ton stylo est sagement posé et tu sembles attendre un signe tout en veillant à ce que j’amerrisse en douceur…
« Il y a des atmosphères languides qui rendent aussi sensuel que l’orage ou la tempête, des bonheurs bien tempérés qui sont plus exaspérants que le malheur », Stefan Zweig, La Peur.
Merci de vos commentaires que je lirai dans un silence religieux.
Que vos moments de lecture vous offrent une belle et folle parenthèse et aboutissent à la plus belle des rencontres...
| Autres avis |
Rahel, mon amie (d'un papillon à une étoile)
Evaluation du produit Par R par
sheli
Avantages: t'avoir connue
Inconvénients: ...
Ce matin, j'ai pensé à toi. Ca faisait quelques semaines que ça n'était pas arrivé, tu sais comment c'est, les années passent, le boulot, la vie de tous les jours. Mais ce matin en me réveillant, après une pensée pour Pacha qui achevait sa 3ème nuit à la ...
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|
exceptionnel
21.05.2007
(15.03.2011)
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Rêverie du mauvais côté ...
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lolomuse
Avantages: ... rêver ...
Inconvénients: ... rêver ...
Imagines ... La lumière, pâle, irréelle
Doux secret d'un petit matin blême
D'un ciel ... encore terne et gris Qui se verrait tout attendri
Du premier rayon de soleil ... frêle,
Rosi des souvenirs de la nuit ...
Imagines ...
Le soir tombant, tu ...
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exceptionnel
18.08.2007
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Réveillez vous !
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dany67
Avantages: ===
Inconvénients: ===
Bonjour, je viens d’avoir cinquante ans, et quelque part ce n’est pas rien. D’abord c’est un demi-siècle de passé et puis ensuite c’est toujours une grande chance d’y arriver entier, même en 2011. C’est le moment de se tourner vers son vécu et de faire un ...
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exceptionnel
03.12.2011
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Révélations ...
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Bernie63
Avantages: Pour délirer avec les mots
Inconvénients: ne cogitez pas trop
C'est pour rire... Parce que ce soir j'ai envie d'écrire Parce que ce soir je voudrais vous dire Parce que ce soir j'ai envie de sourire Parce que ce soir j'aimerais prédire Parce que ce soir je vais transcrire Sans rien interdire La Suite est ic ...
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exceptionnel
10.08.2008
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Réécriture, mon oiseau immaculé....
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domoi
Avantages: Un jeu
Inconvénients: Un jeu....
L´oiseau blanc a sorti de ses archives *dors-moi*, qui la faisait penser à moi... Je lui ai promis de mettre de la lumière sur ses mots... Le premier est l´original, le deuxième de Domoi, parce que je tiens mes promesses... parce que la clarté est dans le ...
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exceptionnel
12.09.2006
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