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Poètiques singeries

5  16.10.2005

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Recommandable: Oui 

Misandro

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Membre depuis:01.01.1970

Avis:33

Cet avis a été évalué par 3 membres de Ciao en moyenne: très intéressant

Le misandre n'aime pas les hommes, c'est une affaire entendu; cependant quelques-uns échappent à cette règle d'airain, ça va de soi.
À vrai dire, j'ai été plutôt surpris de découvrir Georges Fourest (1867-1945) dans l'attirail du président, au milieu d'un pack de bières Corona éventré, de photos dédicacées de lutteurs de sumo, de sandwiches au foie gras et de romans de Dumas. On affirme pourtant que c'est l'auteur préféré du Président. J'ai peine à le croire. Pourvu qu'il n'aille pas coller Fourest, avec Zola et Hugo, dans un coin du Panthéon. Oserais-je lever un coin du voile qui recouvre cet auteur méconnu ? Disons seulement que son sens aigu du ridicule l'empêcha toujours de se prendre au sérieux. "Il haïssait les sciences au point de donner dix francs à son fils quand celui-ci avait un zéro en mathématiques.", peut-on lire aussi sur le site des éditions José Corti. Ce trait ne fait qu'accroître ma sympathie pour ce génie. Ne me remerciez pas de vous offrir ce long poème de sa main, car j'aime à recopier les sonnets truculents et baroques de ce grand poète pour me pénétrer de son esprit.

La Singesse

Donc voici! Moi, Poète, en ma haute sagesse

respuant l'Eve à qui le Père succomba

j'ai choisi pour l'aimer une jeune singesse

au pays noir dans la forêt de Mayummba

Fille des mandrills verts, ô guenuche d'Afrique,

je te proclame ici la reine et la Vénus

quadrumane, et je bous d'une ardeur hystérique

pour les callosités qui bordent ton anus.

C'était dans la forêt vierge, sous les tropiques

où s'ouvre en éventail le palmier chamærops ;

dans le soir alangui d'effluves priapiques

stridait, rauque, le cri des nyctalomerops ;

l'heure glissait, nocturne, où gazelles, girafes,

couaggas, éléphants, zèbres, zébus, springboks,

vont boire aux zihouas sans verre ni carafes

laissant l'homme pervers s'intoxiquer de bocks ;

sous les cactus en feu tout droits comme des cierges

des lianes rampaient (nullement de Pougny) ;

autant que la forêt ma singesse était vierge ;

de son sang virginal l'humus était rougi.

Le premier j'écartai ses lèvres de pucelle

en un rut triomphal, oublieux de Malthus,

et des parfums salés montaient de son aisselle

et des parfums pleuvaient des larysacanthus.

Elle se redressa, fière de sa blessure,

à demi souriante et confuse à demi ;

le rugissement fou de notre jouissure

arrachait au repos le chacal endormi.

Sept fois je la repris, lascive ; son oeil jaune

clignotait langoureux, tour à tour, et mutin ;

la Dryade, amoureuse, au bras du jeune Faune

a moins d'amour en fleurs et d'esprit libertin !

Toi, fille des humains, triste poupée humaine

au ventre plein de son, tondeuse de Samson,

Dalila, Bovary, Marneffe ou Célimène,

contemple mon épouse et retiens sa leçon :

mon épouse est loyale et très chaste et soumise,

et j'adore la voir aux matins ingénus,

le cœur sans artifice et le corps sans chemise,

au soleil tropical montrer ses charmes nus ;

elle sait me choisir ignames et goyaves ;

lorsque nous cheminons par les sentiers étroits,

ses mains aux doigts velus écartent les agaves,

tel un page attentif marchant devant les rois,

puis dans ma chevelure oublieuse du peigne

avec précaution elle cherche les poux,

satisfaite pourvu que d'un sourire daigne

la payer, une fois, le Seigneur et l'Epoux.

Si quelque souvenir de douleur morte amasse

des rides sur mon front que l'ennui foudroya,

pour divertir son maître elle fait la grimace

grotesque et fantastique à délecter Goya !

Un étrange rictus tord sa narine bleue,

elle se gratte d'un geste obscène et joli

la fesse puis s'accroche aux branches par la queue

en bondissant, Footitt, Littl-Tich, Hanlon-Lee !

Mais soudain la voilà très grave ! Sa mimique

me dicte et je sais lire en ses regards profonds

des vocables muets au sens métaphysique

je comprends son langage et nous philosophons :

elle croit en un Dieu par qui le soleil brille,

qui créa l'univers pour le bon chimpanzé

puis dont le Fils-Unique, un jour, s'est fait gorille

pour ravir le pécheur à l'enfer embrasé !

Simiesque Iahvé de la forêt immense,

ô Zeus omnipotent de l'Animalité,

fais germer en ses flancs et croître ma semence,

ouvre son utérus à la maternité

car je veux voir issus de sa vulve féconde

nos enfants libérés d'atavismes humains,

aux obroontchoas que la serpe n'émonde

jamais, en grimaçant grimper à quatre mains !…

Et dans l'espoir sacré d'une progéniture

sans lois, sans préjugés, sans rêves décevants,

nous offrons notre amour à la grande Nature,

fiers comme les palmiers, libres comme les vents !!!


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Commentaires sur cet avis
vivemamour

vivemamour

24.10.2005 07:20

Vraiment j'adore ce que tu fais , chapeau .... Tu rejoins ainsi mon rdc Bizzzzzzzzzzouh

Misandro

Misandro

19.10.2005 17:18

Je vous singerais bien pour le coup...

Lub..na

Lub..na

16.10.2005 10:28

primatement vôtre

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