Un blaireau aux Amériques et autres anecdotes.
07.01.2006
Avantages:
Vivre tout simplement ?
Inconvénients:
C'est trop loin pour y aller souvent . . .
Recommandable:
Oui
Cet avis a été évalué par 49 membres de Ciao en moyenne: exceptionnel
Après mon premier avis sur la Guyane que j'ai voulu volontairement descriptif, voici quelques petites aventures et tribulations qui me sont arrivées où dont j'ai entendu parler, réunies en un seul texte et que l'on peut considérer comme un appendice à ce premier avis. Je le recommande en particulier à gigotdagneau, une sommité ciaomondialement reconnue… ***La profonde :*** Un groupe de militaire de la compagnie forêt du 9ième régiment d'infanterie de marine (basé à Cayenne et à Saint jean du Maroni) se déplaçait en forêt profonde. Le serre-file (c'est dire la dernière personne de la file) cheminait tranquillement quand il sentit soudain quelqu'un poser sa main sur son épaule ! Hors personne de son groupe n'aurait pu se laisser dépasser, le layon tracé empêchant tout écart. Se retournant en poussant un cri, il vit devant lui un homme dans un état pitoyable et tenant à peine debout… On apprit un peu plus tard que cet homme était un des survivants d'un groupe de mercenaires hollandais ayant sévi au Surinam mais ayant du s'enfuir en catastrophe pour échapper aux forces régulières de ce pays. Complètement perdu dans la jungle, épuisé, mort de faim et souffrant de la dysenterie, il était tombé par hasard sur le fil d'Ariane que déroulent derrière eux les pisteurs des groupes en forêt pour laisser une trace à leurs suiveurs. C'est ainsi qu'il était parvenu à remonter jusqu'au groupe de la compagnie forêt. Ces derniers ont récupéré son dernier camarade couché non loin à l'article de la mort. Les ossements de ses autres camarades soldats de fortune doivent, à l'heure actuelle, être complètement absorbés par la jungle. Je n'ose imaginer ce qui serait arrivé à ces deux hommes si le seul encore à peu près valide était parti dans le mauvais sens le long du fil…***La pêche :*** Les eaux guyanaises sont très poissonneuses. On peut d'ailleurs admirer dans les dégrads (les ports) qui entourent Cayenne de nombreuses tapouilles, des bateaux brésiliens en bois et à la coque arrondie, transformées en crevettier avec des bras de bigue et des mats de charge pour tirer et sortir de l'eau les filets. Mais il est très facile de pêcher de la côte à l'aide d'une simple canne à pêche. Ce que je faisais avec un grand plaisir de temps à autre d'une sorte de plateforme rocheuses non loin du fort Cépérou. Le problème, c'est que les eaux côtières sont particulièrement troubles et d'une teinte chocolat prononcée. Ce qui fait que l'on ne sait jamais ce que l'on va sortir de l'eau… D'ailleurs, certains poissons sortis de l'eau, pleins de dents et d'épines, me semblaient bien souvent complètement inconnus. C'est ainsi que j'attrapais régulièrement des duodons, des poissons coffres, qui ont la particularité de se gonfler comme des ballons dès qu'ils se sentent attaqués. Mais au repos, ils se dégonflent et redeviennent tout petits. Comme en plus ils sont immangeables, cela gâche un peu la fête. Un jour ma ligne se pris au fond et je dus batailler pendant un bon moment avant de réussir à la décrocher et de me projeter un gros crabe à pinces bleues sur les pieds. C'était lui qui avait capturer mon hameçon et le bloquait ! Plutôt énervé, le crustacé sorti d'un cauchemar, à commencé à s'attaquer à mes doigts de pieds simplement protégés de tongs… J'avoue m'être enfui sous les quolibets de pêcheurs brésiliens qui m'observaient et qui se sont chargé de faire un sort au crabe… Lors de ma visite du barrage de petit saut, j'y vis un pêcheur métropolitain qui attrapait carpes sur carpes dans la retenue. Ces carpes, haploïdes, sont littéralement mourantes de faim car le lac est empoisonné par les végétaux en décomposition. Quelques grains de maïs permettent d'en attraper plusieurs dizaines très rapidement. Etonné quand même par la quantité accumulée par ce pêcheur, je lui demandais s'il allait manger tout ça. Il me répondit que ses poissons n'étaient que des vifs ! Devant mon air crédule, il m'a proposé de m'emmener à la seconde partie de sa pêche. Il a alors sorti un bas de ligne en chaîne attaché à une grosse corde et terminé par une sorte de crochet de boucher. Puis je l'ai suivi dans la forêt jusqu'à la limite dangereuse du bas du barrage. Il a accroché une des carpes à ce crochet, l'a jeté à l'eau et l'a laissé suivre le courant. La corde s'est soudain tendue avec violence et l'homme a commencé à tirer cette corde pour ramener sur la rive un énorme silure ! Il ne m'avait donc pas raconté d'histoire…***Se méfier des apparences…*** Alors que je me promenais avec des amis guyanais le long d'une crique (une rivière), j'ai soudain aperçu un pneu de moto dans l'eau peu profonde qui léchait la rive. « Ecoeurant » pensais-je immédiatement. « Même ici, on est rejoint par la pollution ! ». Je suis entré dans l'eau pour sortir cet objet quand soudain quelqu'un m'a tiré violement en arrière ! Un des amis m'a alors montré ce que j'avais pris pour un pneu en lui jetant une pierre. Et un superbe gymnote s'est alors déployé nonchalamment pour prendre le large. J'avais failli attraper à pleines mains une anguille électrique capable d'envoyer des décharges assommant un bœuf… Lors d'une autre ballade, j'ai soudain aperçu un cabiai en train de se nourrir de tubercules dans un pré tout près d'une petite crique. M'approchant subrepticement de lui pour prendre en photo cette grosse bête sympathique, je l'ai soudain vu me charger à travers l'objectif de l'appareil. Et comme je tournais le dos à la rivière, ce cochon d'Inde géant pouvant atteindre les 50 kilos m'a envoyé valdinguer dans l'eau ! J'ai du retourner me changer car j'étais couvert de vase putride. Bonjour l'odeur dans la voiture ! J'ai appris par la suite que j'avais eu de la chance dans mon malheur car ce rongeur aurait très bien pu me mordre avec ses incisives sectionnant des branches d'un seul coup…Je roulais à bicyclette sur une petite route en direction du dégrad de Pariacabo, non loin de Cayenne quand il m'a semblé voir au loin un gyrophare bleu. Arrivé là où je croyais trouver un véhicule de pompier ou de police, je n'ai vu qu'un superbe Morpho, un papillon aux ailes grandes comme la main et d'un bleu électrique. Le soleil se reflétant sur les écailles de ses ailes m'avait donné cette illusion… et l'air très con ! Le Goliath est une sorte d'énorme lucane dont certains individus dépassent allègrement le poids de 100 grammes… Mais contrairement à cette apparence de gros scarabée rampant, le Goliath vole ! Mais en ligne droite… Je le sais, celui que j'ai à la maison sous un cadre, je l'ai pris en pleine tête dans la forêt… Je l'ai pourtant vu et entendu arriver (Car ça fait un bruit incroyable pour une relativement si petite bête). Mais lequel des deux était le plus idiot ? Je me pose encore la question. Car l'un est resté sur place et l'autre n'a pas dévié de sa route. Et je l'ai senti passé, croyez moi !Saviez vous que certains poissons peuvent grimper aux arbres ? J'ai vu là-bas dans la mangrove ( Des sortes de forêts truffées de moustiques et composées d'arbres, les palétuviers, qui poussent directement dans l'eau saumâtre des estuaires) des animaux que j'ai pris dans un premier temps pour des grenouilles, puis pour des tout petits gamins coiffés d'un bonnet de bain et portant des lunettes de piscine , en train de ramper dans le pédiluve. Mais je me suis vite aperçu que c'étaient en fait des ptériophtalmes, des poissons capables de survivre quelque temps hors de l'eau pour aller chercher sur les racines grimpantes des palétuviers en rampant sur leurs nageoires postérieures les insectes dont ils se nourrissent. Leurs yeux sont en deux parties, la partie inférieure leur permettant de voir sous l'eau pendant qu'ils laissent la partie supérieure émerger pour voir à l'extérieur comme un périscope ! Je suis allé une nuit sur la plage des Hattes voir les tortues Luth sortir de l'eau pour aller pondre leurs œufs dans le sable. Et, à la lumière de la lampe, ce que j'avais pris dans un premier temps pour un rocher s'est mis à bouger en poussant de gros soupirs… La trouille ! J'ai eu la chance de voir une de ces énormes tortues marines. Mais à distance très raisonnable pour ne pas la déranger… ***La violence :*** Lors de mon séjour en 1998, « la crique » était un quartier de Cayenne assez peu recommandable la nuit. Mais la journée, rien de notable ne semblait s'y passer. Pourtant un dimanche matin, alors que je prenais un café avec un collègue dans un bar, nous avons soudain vu surgir un homme avec un fusil de chasse. Après avoir braqué tous les clients avec cette arme, il l'a déchargée dans le plafond et est parti. La police nous a plus tard expliqué que cet homme, s'il avait trouvé sa cible, n'aurait pas hésité à l'abattre devant tout le monde ! Il paraît que cela arrive assez fréquemment que des maris trompés règlent ainsi leurs différents. J'ai changé de bar…Alors que j'étais là bas, une histoire a endeuillé le département. Deux gendarmes, en patrouille sur la route de Sinamary, ont soudain aperçu deux suspects qui s'enfonçaient à pied dans la jungle. Quittant leur véhicule, ils se sont séparés et ont poursuivi à pied les suspects. Mais l'un d'entre eux a réussi à tuer à mains nues le premier gendarme et a utilisé son arme pour abattre le deuxième. Les criminels, des surinamiens responsables de plusieurs braquages, ont finalement été capturés par des indiens chez qui ils avaient essayé de se cacher. De sombres histoires circulent sur Maripassoula tout au bout du Maroni. Des histoires de chercheurs d'or clandestins qui y viendraient la nuit pour y faire la fête ou régler leurs comptes. Pour y être allé quelques jours je me suis aperçu que cela devait surtout faire parti du folklore car c'est une bourgade assez calme et surveillée par la gendarmerie. Dommage, j'aurais bien aimé y rencontrer Lavilliers ou Corto Maltese. Ce qui se passe en forêt par contre est une autre histoire… Saint Laurent du Maroni, en revanche, est souvent la cible de truands surinamiens qui n'hésitent pas à braquer des caisses de supermarchés par exemple ou voler des voitures en plein jour pour aller ensuite rapidement se réfugier dans leur pays à bord de pirogues rapides. S'ils sont suivis, des complices se chargent de truffer de plomb les aspirants justiciers…Mais la violence la plus significative réside dans le monde animal. Toutes les bêtes s'entredévorent avec joie ! Les fourmis bouffent les Anacondas qui avalent des jaguars qui viennent d'ingérer des fourmiliers qui se gavent de fourmis… La boucle est bouclée ! De temps à autre, un homme tue un croco mais il arrive que ce soit le reptile qui reparte avec les oreilles… Tiens, à titre anecdotique, les serpents eux aussi peuvent être infestés de tiques ! Ces horribles bêtes arrivent à se glisser sous les écailles et les serpent n'ayant pas de mains (Si si , même là-bas…), ces derniers sont tout doucement vidés de leur substance par ces proches cousins géants des acariens qui fréquentent nos lits (Beuark. !) *** Le bruit :***Le bruit est très présent en Guyane. La mer s'abat sur les plages en rouleaux assourdissants qui peuvent parfois être dangereux. Assommé par l'un d'eux, il sera impossible d'être retrouvé car la turbidité élevée de l'eau empêche toute visibilité aux sauveteurs éventuels. La forêt est remplie de bruits bizarres, craquements, couinements, cris, hurlements. Votre serviteur a du interrompre une ballade pour cause d'accompagnement de singes hurleurs trop insistants… C'est dingue comme ces primates peuvent émettre de décibels. Il paraît que l'on peut les entendre à un kilomètre ! Pour avoir une idée, il suffit de fermer les yeux et d'imaginer qu'on est à un concert de Bruel et que les groupies acclament son entrée en scène. C'est à peu près ça. Mais en plus fort… Les hommes sont assez doués en matière de production décibèlienne. Le carnaval en est une démonstration éclatante ! Pour se faire son mini carnaval guyanais à la maison, il suffit se ceindre les reins d'une serviette de toilettes, de boire un litre de rhum cul sec et de taper avec une louche sur la plus grosse gamelle que l'on aura trouvé à la maison. Les balaises peuvent le faire avec un fût de 200 litres. Puis, ne pas oublier de mettre en route tous les postes de musiques de la maison, mettre des chansons différentes mais remuantes et à fond. Multipliez ça par 1000 et vous avec un carnaval Guyanais ! Samba ! Le top du top, c'est tout de même la belle Ariane ! J'étais tranquille, sur un banc de la place des palmistes, en train de manger une soupe chinoise et savourant le charme profond d'une douce soirée sous les tropiques quand soudain j'ai entendu comme le bruit d'un train au loin… Renseignements pris, il s'agissait de l'envol d'une Ariane 4 à pourtant près de 40 kilomètres à vol d'oiseau ! Mais quand j'ai pu assister non loin du pas de tir à l'allumage de ce mastodonte, j'en ai pris plein les ouïes ! (Normal, j'appliquais la maxime Carpe diem…). C'est ENORME ! Sons et lumières en plus ! Tout tremble quand le zéro (En français, ça change de l'anglais avec les tri tou, ouone , ziro, ignichone de la télé…) de l'allumage est prononcé et en avant l'Armagedon (En anglais dans le texte)! Tout d'abord des jets de flammes fusent du sol, accompagnées d'étincelles. Une vapeur semble envahir la base de la fusée quand une explosion retentit. Des flots de vapeurs blanches sont vomis par les tuyères de la fusée et se transforment peu à peu en cônes d'un bleu iridescent quand tout à coup, l'énorme cylindre semble soulevé du sol petit à petit puis de plus en plus vite et de plus en plus haut pour finalement se lancer à l'assaut du ciel dans un grondement de tonnerre et disparaître dans une traînée de flamme... Mince, c'est déjà fini ! Et ce * ?!ﻚ ?! d'appareil photo qui refuse de se déclencher ! *** Les bébêtes :*** Bien sur, il y a pas mal de trucs qui piquent ou qui mordent là-bas, les épineux nombreux, les insectes… mais il suffit de faire comme sur ciao : Ne pas y prêter attention. Et à propos de bêtes qui piquent, je sais mon pôvre gigodagneau, encore un avis trop long… Mais quand on aime, on ne compte pas ! Et j'aime ce département d'une autre planète où le paysage est splendide, la forêt envoûtante, les légendes nombreuses et ensorcelantes, la faune et la flore merveilleuses, les habitants accueillants, dynamiques, éclectiques, doués et loin d'être des moutons eux. Un jour, j'y retournerais.
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04.03.2007 14:53
trés bon avis, belle vacances!!!!
23.06.2006 17:31
Il t'arrive toujours de ces trucs!
23.06.2006 17:23
"celui que j'ai à la maison sous un cadre">>> je crois bien que je l'ai vu lui! beurk beurk