Pietas de Jan Fabre, Venise

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Pietas de Jan Fabre, Venise

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L'évangile selon Jan

5  09.07.2011

Avantages:
Une exposition superbe .  .  .

Inconvénients:
.  .  . pour ceux qui iront jusque là  !

Recommandable: Oui 

madmike

Plus à mon sujet: 08/10/14... A la réflexion, je préfère le commandement "Tu ne tueras point" à la sourate &...

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Préambule

La Biennale d’Art Contemporain de Venise est sans doute la plus grande exposition d’art contemporain au monde en dehors de la Documenta de Kassel , et la sérénissime devient ainsi tous les deux ans le centre mondial de l’art contemporain, amateurs et collectionneurs venant découvrir les œuvres souvent spectaculaires présentées à cette occasion.

L’on voit de ce fait se multiplier autour de la Biennale les Eventi Collaterali (événements collatéraux), véritable « off » de la manifestation, et même d’autres expositions, qui ne bénéficient pas du prestigieux label du lion ailé mais ne sont pas forcément pour autant indignes d’intérêt.

L’une des expositions les plus remarquables est ainsi « off off », puisque les Pietas de Jan Fabre ne bénéficient d’aucune reconnaissance de l’institution, ce qui ne m’empêcha pas d’aller leur rendre visite…


Un artiste bien connu



Le plasticien belge Jan Fabre n’est plus un inconnu depuis belle lurette, puisqu’il était déjà présent à la Documenta de Kassel au siècle dernier et avait plus récemment soulevé la polémique en 2008 en investissant les salles des Ecoles du Nord du musée du Louvre : le voisinage de ses œuvres contemporaines avec les classiques flamands avait fait presqu’autant jaser que les intrusions de Koons ou Murakami au château de Versailles !

L’homme s’était déjà invité en 2009 à la Biennale de Venise , et il y avait présenté, dans les hangars désaffectés de l’ Arsenale Nuovissimo , des installations spectaculaires, nappant un plafond renversé d’élytres de coléoptères ou se mettant en scène en train d’explorer un cerveau géant !

La réputation de ce provocateur d’Outre-Quiévrain n’est donc plus à faire, ni sa cote d’ailleurs puisque récemment une galerie parisienne demandait pas moins de 540 000 francs (soit 82 000 euros) pour chacune des sculptures de petite dimension qu’elle exposait…

A l’écart du reste de Venise



Les expositions sont nombreuses à Venise en ce semestre incontournable de l’art contemporain, et du coup l’on en trouve un peu de tous les côtés de Venise , les artistes et délégations nationales investissant les espaces disponibles pour présenter leurs œuvres et pavillons. L’on découvre ainsi d’ailleurs incidemment des lieux souvent fermés au public en temps normal, et parfois dignes d’intérêt en eux-mêmes, nombre de ces endroits étant d’anciens palais ou des institutions charitables désaffectées.

Jan Fabre a ce coup-ci choisi d’exposer à la Nuova Scuola della Misericordia , une œuvre de charité depuis longtemps tombée en déshérence, et qui lors de l’édition précédente de la Biennale avait été investie par un artiste lituanien. L’endroit est vaste, ce qui devait faire partie de son cahier des charges vu le côté souvent un peu mégalomane de ses œuvres récentes, mais quelque peu excentré, et du coup il faut vraiment le vouloir pour y aller, d’autant plus qu’il n’y a aucun fléchage pour aider l’amateur d’art en goguette.

Le lieu d’exposition se trouve en effet du côté des Fondamenta Nuove , cettte « face arrière » de l’île principale (du côté de Murano et d’ Orsanmichele et point de celui du Grand Canal), et il y a du coup une bonne demi-heure de marche depuis la piazza San Marco , à condition de ne pas se perdre dans le lacis des ruelles vénitiennes. Le trajet en vaporetto, que je n’ai pas testé, est sans doute encore un peu plus long puisque ceux-ci font carrément le tour de l’île, ce qui leur prend un peu de temps…


La messe est dite



Le bâtiment de brique le long d’un canal ressemble à une église, et c’était grosso modo sa fonction, puisqu’autrefois aucune entreprise charitable ne se faisait sans que l’on ne se place sous la protection divine. L’on rentre donc dans ce qui fut une chapelle, et l’artiste a pleinement joué de cette dimension religieuse, jusque d’ailleurs dans le titre de ses œuvres, baptisées Pietas .

Les cinq œuvres de marbre blanc reposent sur un piédestal doré, sur lesquels elles se reflètent, et l’on est prié de se munir de chaussons de feutre pour ne pas rayer le piédestal en question. La matière des chaussons évoque Joseph Beuys , l’artiste allemand décédé du SIDA il y a un quart de siècle qui utilisa largement le feutre, mais les casiers sur le côté, prévus initialement pour ranger des chaussures, feraient plutôt penser à ceux d’une mosquée. L’art serait-il la religion ? On peut se le demander à voir ce dispositif ambigu et superbe, qui mêle références aux monothéismes et rappels de l’histoire de l’art.

Dix cocons (« cocoons » en VO anglaise) ont été accrochés aux piliers de la nef, comme le seraient les stations d’un chemin de croix. Ils sont faits d’élytres de coléoptères, un matériau de prédilection de l’artiste (il en a décoré le plafond d’une salle du palais royal belge), et leur vert superbe et intense donne une note de couleur dans ce lieu dépouillé, animé seulement par le passage des visiteurs et le rituel des gardiennes, qui balayent sans arrêt le piédestal afin de le garder impeccable.

Les quatre premières piétas représentent des cerveaux surmontés d’éléments insolites, tortues ou croix funéraires. L’organe de la pensée a depuis longtemps fasciné l’artiste belge, mais c’est la première fois qu’il en livre des représentations marmoréennes de cette taille, et je dois avouer qu’un cortex de marbre d’un mètre de hauteur, c’est impressionnant ! Détail ironique, à moins que ce ne soit onirique, un animal de marbre court sur chacun d’eux, escargot, insecte ou araignée.

La Pieta V , au fond de la nef, se distingue par sa dimension, plus grande, et son thème. L’on reconnaît immédiatement la celèbre Pieta de Michel-Ange , avant de découvrir que dans cette variation contemporaine la Vierge est devenue la Mort, alors que le Christ a été remplacé par un autoportrait de l’artiste lui-même ! L’immodestie est évidente, puisqu’en une seule œuvre il réussit à s’affirmer héritier de Michelangelo Buonarotti et à se comparer au Christ (même s’il n’a pas été le seul à le faire, Gauguin s’étant par exemple projeté dans ses Christs…) !

L’on reste saisi par cette''' œuvre virtuose et magistrale''' , et il est difficile de s’arracher à la contemplation de ce groupe magnifique, dont la réalisation a sans doute été facilitée par les techniques modernes de découpe au laser… Un papillon semble prêt à s’envoler de la tête de l’artiste, symbolisant l’âme (psychè) sur le point de quitter le corps, tandis qu’un ver en donne une version beaucoup moins symboliste, plus proche du baroque d’antan.

Le plasticien belge a signé là un chef d’œuvre mêlant virtuosité technique et références multiples…

En conclusion



Les Pietas de Jan Fabre constituent une réussite incontestable .

Les sculptures, déjà magnifiques en elle-même, sont magnifiées par la mise en scène de l’exposition et le décor naturel de la Nuova Scuola della Misericordia , prenant une puissance sans doute supérieure à celles qu’elles auraient isolément, dans la white room d’un musée ou d’un richissime collectionneur.

L’événement ne fait certes pas partie officiellement de la Biennale , mais il serait dommage de le manquer pour ceux qui auront la chance de passer à Venise d’ici la mi-octobre…

Note : 9/10

* Pieta / Jan Fabre
- Nuova Scola Grande di Santa Maria della Misericordia
- Sestiere Cannaregio, 3599 ; 30121 Venezia (VE) Italy
- mél: venice@janfabre.be
- du 1er juin au 16 octobre 2011
- du mardi au dimanche : 10h00 à 18h00
- entrée libre


Photos pour Pietas de Jan Fabre, Venise
  • Pietas de Jan Fabre, Venise Nuova Scuola della Misericordia, Pieta
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  • Pietas de Jan Fabre, Venise Nuova Scuola della Misericordia, Pieta
Pietas de Jan Fabre, Venise Nuova Scuola della Misericordia, Pieta
Pietas de Jan Fabre, Venise - L'école accueillant l'exposition de Jan Fabre
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Commentaires sur cet avis
willymax

willymax

31.10.2011 01:23

super...

Claiirie

Claiirie

22.07.2011 09:01

Mon voyage de ce matin !! Ah Venise, j'aimerai bien y aller !

choupette79

choupette79

13.07.2011 13:00

Un joli petit coin ;)

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