Je vais vous parler d'une relation amoureuse bien particulière, celle qui à uni George SAND (qui est une femme, hein) à Alfred DE MUSSET.
Voici tout d'abord une petite présentation des deux personnages.
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GEORGES SANDGeorge Sand est le pseudonyme d'Amandine Aurore Lucile Dupin (1er juillet 1804 - 8 juin 1876), plus tard Baronne Dudevant.
C'était un écrivain français, féministe. Elle a écrit des romans, des nouvelles, des contes, des pièces de théâtre, une autobiographie, des critiques littéraires, des textes politiques...
C'est une artiste qui ne se consacra pas seulement à la littérature mais aussi à la peinture. Ce fut aussi une femme engagée dans le combat politique et elle participa dans les coulisses au gouvernement provisoire de 1848.Elle nait à Paris en 1804 mais passe la plus grande partie de son enfance à Nohant dans l'Indre. Ce séjour à la campagne la marquera et elle reprendra le thème de la vie à la campagne dans plusieurs de ses ouvrages (comme dans « La Mare au Diable »).
En 1822, elle épouse le Baron Casimir Dudevant avec lequel elle aura 2 enfants : Maurice (né en 1823) et Solange (née en 1828). Très vite elle quitte son mari et connait alors une vie amoureuse plutôt agitée.En 1831 parait son premier roman « Rose et Blanche » qu'elle a écrit en collaboration avec Jules Sandeau, son amant, de qui elle s'inspire pour son pseudonyme SAND.
En 1833 et 1834, elle connait une liaison mouvementée avec Alfred DE MUSSET dont elle tirera « Elle et Lui ». Elle le quitte pour le Docteur Pagello. Plus tard, elle connait Franz Liszt et surtout Frédéric Chopin avec qui elle vivra près de 10 ans (1838 - 1847). À Majorque, on peut visiter aujourd'hui la chartreuse de Valldemossa où elle passa l'hiver 1838-39 avec Frédéric Chopin et ses enfants.
Elle mène une vie hors normes et agitée. Elle a de nombreuses liaisons amoureuses, se bat pour la défense des droits des femmes et pour ses idées politiques, se lie d'amitié notamment avec Flaubert et Théophile Gautier, fréquente les frères Jules et Edmond Goncourt.Elle n'arrête pas d'écrire jusqu'à sa mort en 1876, à l'âge de 72 ans, à Nohant. Victor Hugo déclara le 8 juin 1876 : « Je pleure une morte, je salue une immortelle ! ».
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ALFRED DE MUSSET
MUSSET, né à Paris en décembre 1810, est issu d'une famille aisée et cultivée.À partir de 1828, il fréquente le cénacle romantique de Charles Nodier (1780-1844) après avoir entrepris des études (inachevées) de droit et de médecine.
Il connait un échec en décembre 1830 avec sa première comédie en prose, La Nuit vénitienne. Dès lors, il prône le « théâtre dans un fauteuil », c'est-à-dire un théâtre destiné à être lu (et non pas à être représenté sur scène).Il rencontre George SAND (1804-1876) en 1833 et séjourne avec elle en Italie. Ils rompent définitivement en mai 1835.
MUSSET a été bibliothécaire au ministère de l'Instruction publique et a été élu à l'Académie française en 1852.Il est mort à Paris en mai 1857.
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LIAISON SAND-MUSSET
Mais revenons à sa liaison avec DE MUSSET. Durant l'été 1833, MUSSET rencontra George SAND. Il avait certainement entendu parler d'elle par des amis communs (Sainte-Beuve et Tattet entre autre). Elle-même ne le connaissait que très peu, fort peu semblable aux artistes bohêmes dont elle s'entourait. MUSSET la rencontra pour la première fois à un diner organisé par Buloz (éditeur de George SAND).
Au fil du temps, d'échange de conseils ou de livres, ils devinrent amants le 29 juillet 1833. Le 9 décembre, ils partent pour Venise et, au cours de leur voyage, MUSSET tombe malade. George SAND fit appel à Pagello pour soigner MUSSET. Le médecin et la jeune femme en viennent à s'aimer. Cependant la liaison avec SAND reprend en octobre 1834 et en mars 1835, la rupture est définitive.
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TEXTESSAND et MUSSET, au-delà de ce qu'ils ont apporté à la littérature, sont également devenu des icônes de la passion amoureuse. Déclarations, jalousie, ardeurs, disputes, sensualité, amour destructeur... tout y est passé.
De cette fabuleuse histoire ont été créés de nombreux (et savoureux) textes que je vais vous présenter.
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Voici une lettre particulièrement exquise envoyée par SAND à MUSSET :Je suis très émue de vous dire que j'ai
bien compris l'autre soir que vous aviez
toujours une envie folle de me faire
danser. Je garde le souvenir de votre
baiser et je voudrais bien que ce soit
là une preuve que je puisse être aimée
par vous. Je suis prête à vous montrer mon
affection toute désintéressée et sans cal-
cul, et si vous voulez me voir aussi
vous dévoiler sans artifice mon âme
toute nue, venez me faire une visite.
Nous causerons en amis, franchement.
Je vous prouverai que je suis la femme
sincère, capable de vous offrir l'affection
la plus profonde comme la plus étroite
en amitié, en un mot la meilleure preuve
dont vous puissiez rêver, puisque votre
âme est libre. Pensez que la solitude où j'ha-
bite est bien longue, bien dure et souvent
difficile. Ainsi en y songeant j'ai l'âme
grosse. Accourrez donc vite et venez me la
faire oublier par l'amour où je veux me
mettre.
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Magnifique poème d'amour, n'est ce pas ?
Mais SAND et MUSSET étaient de fervents adeptes de la stéganographie (l'art de cacher des messages dans des textes).
Relisez à nouveau ce poème, toujours en commençant par la première ligne, mais en lisant une ligne sur deux maintenant. Voyez comment ce tendre poème prend un ton légèrement plus... sulfureux.Le texte devient :
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Je suis très émue de vous dire que j'ai
toujours une envie folle de me fairebaiser et je voudrais bien que ce soit
par vous. Je suis prête à vous montrer moncul, et si vous voulez me voir aussi
toute nue, venez me faire une visite.Je vous prouverai que je suis la femme
la plus profonde comme la plus étroitedont vous puissiez rêver, puisque votre
bite est bien longue, bien dure et souventgrosse. Accourrez donc vite et venez me la
mettre.
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Devant une invitation aussi explicite, MUSSET ne tarde pas à répondre :Quand je mets à vos pieds un éternel hommage
Voulez vous qu'un instant je change de visage ?
Vous avez capturé les sentiments d'un cour
Que pour vous adorer forma le Créateur.
Je vous chéris, amour, et ma plume en délire
Couche sur le papier ce que je n'ose dire.
Avec soin, de mes vers lisez les premiers mots
Vous saurez quel remède apporter à mes maux.
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Mais pour être une réponse valide, il ne faut lire que le premier mot de chaque ligne. On obtient :
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Quand
Voulez
Vous
Que
Je
Couche
Avec
Vous
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Réponse également très explicite. Très pressée, SAND répond :
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Cette insigne faveur que votre cour réclame
Nuit à ma renommée et répugne mon âme.
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Mais, à nouveau, il ne faut tenir compte que du premier mot de chaque vers.
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Cette
Nuit
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Dans un registre moins sentimental, voici un autre exemple de lettre que les deux amants aimaient partager. Il est question des petits coins, vous savez, ceux que l'on fréquente en cas d'envie pressante :
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LE PETIT ENDROIT
Vous qui venez ici
dans une humble postureDe vos flancs alourdis
décharger le fardeau
Veuillez quand vous aurez
Soulagé la natureEt déposé dans l'urne
un modeste cadeau
Epancher dans l'amphore
un courant d'onde pureEt sur l'autel fumant
placer pour chapiteau
Le couvercle arrondi
dont l'auguste jointureAux parfums indiscrets
doit servir de tombeau
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Là encore, un texte magnifique. Qui aurait pu penser, un jour, que des chiottes pourraient inspirer de si belles paroles ?
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Les textes purement sentimentaux sont également sublimes :
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DÉCLARATION D'AMOUR D'ALFRED DE MUSSET A SAND :
Te voilà revenu, dans mes nuits étoilées,
Bel ange aux yeux d'azur, aux paupières voilées,
Amour, mon bien suprême, et que j'avais perdu !
J'ai cru, pendant trois ans, te vaincre et te maudire,
Et toi, les yeux en pleurs, avec ton doux sourire,
Au chevet de mon lit, te voilà revenu.Eh bien, deux mots de toi m'ont fait le roi du monde,
Mets la main sur mon coeur, sa blessure est profonde ;
Élargis-la, bel ange, et qu'il en soit brisé !
Jamais amant aimé, mourant sur sa maîtresse,
N'a sur des yeux plus noirs bu la céleste ivresse,
Nul sur un plus beau front ne t'a jamais baisé !
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DÉCLARATION D'AMOUR D'ALFRED DE MUSSET A SAND :
Porte ta vie ailleurs, ô toi qui fus ma vie ;
Verse ailleurs ce trésor que j'avais pour tout bien.
Va chercher d'autres lieux, toi qui fus ma patrie,
Va fleurir, ô soleil, ô ma belle chérie,
Fais riche un autre amour et souviens-toi du mien.Laisse mon souvenir te suivre loin de France ;
Qu'il parte sur ton coeur, pauvre bouquet fané,
Lorsque tu l'as cueilli, j'ai connu l'Espérance,
Je croyais au bonheur, et toute ma souffrance
Est de l'avoir perdu sans te l'avoir donné.
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DÉCLARATION D'AMOUR D'ALFRED DE MUSSET A SAND :
Telle de l'Angelus, la cloche matinale
Fait dans les carrefours hurler les chiens errants,
Tel ton luth chaste et pur, trempé dans l'eau lustrale,
Ô George, a fait pousser de hideux aboiements,Mais quand les vents sifflaient sur ta muse au front pâle,
Tu n'as pu renouer tes longs cheveux flottants ;
Tu savais que Phébé, l'Étoile virginale
Qui soulève les mers, fait baver les serpents.
Tu n'as pas répondu, même par un sourire,
A ceux qui s'épuisaient en tourments inconnus,
Pour mettre un peu de fange autour de tes pieds nus.Comme Desdémona, t'inclinant sur ta lyre,
Quand l'orage a passé tu n'as pas écouté,
Et tes grands yeux rêveurs ne s'en sont pas douté.
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Pour finir, voici une superbe lettre de rupture, comme il n'en existe plus aujourd'hui (ben nan, hé, on fé tou ca en sms) :
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LETTRE DE GEORGE SAND A ALFRED DE MUSSET
Venise, 12 mai 1834
Non, mon enfant chéri
Ces trois lettres ne sont pas
Le dernier serment de main de l'amant qui te quitte
C'est l'embrassement du frère qui te resteCe sentiment là est trop beau, trop pur et trop doux
Pour que j'éprouve jamais le besoin d'en finir avec lui
Que mon souvenir n'empoisonne aucune des jouissances de ta vie
Mais ne laisse pas ces jouissances détruire et mépriser mon souvenir
Sois heureux, sois aimé, comment ne le serais-tu pas?
Mais garde-moi dans un petit coin secret de ton coeur
Et descends-y dans tes jours de tristesse
Pour y trouver une consolation ou un encouragementAime autant qu'on maltraite
Aime pour tout de bon
Aime une femme, jeune et belle
Et qui n'ait pas encore aimé
Ménage-la, et ne la fait pas souffrir
Le coeur d'une femme est une chose si délicate
Quand ce n'est pas un glaçon ou une pierre
Je crois qu'il n'y a guère de milieu
Et il n'y en pas non plus
Dans ta manière d'aimerTon âme est faite pour aimer ardemment
Ou pour se désécher tout à fait
Tu l'as dit cent fois
Et tu as eu beau t'en dédire
Rien, rien n'a effacé cette sentence-là
Il n'y a au monde que l'amour
Qui soit quelque chose
Peut-être m'as-tu aimé avec haine
Pour aimer une autre avec abandonPeut-être celle qui viendra
T'aimera-t-elle moins que moi
Et peut-être sera-t-elle plus heureuse
Et plus aimée
Peut-être ton dernier amour
Sera-t-il le plus romanesque et le plus jeune
Mais ton coeur, mais ton bon coeur, ne le tue pas je t'en prie
Qu'il se mette tout entier dans tous les amours de ta vie
Afin qu'un jour tu puisse regarder en arrière et dire comme moi
"J'ai souffert souvent, je me suis trompé quelques fois... mais j'ai aimé"
28.01.2009 22:50
j'aurais bien aimé que tu t'essaies à l'écriture .... comme la lettre de Sand..... J'ai écrit à la manière de Sand, "Rêverie Solitaire" ... http://www.ciao.fr/Jeu_de_Sand__Avis_1017973
12.12.2008 00:46
Dommage que cet avis ne soit constitué que de recopies ajoutées les unes aux autres.
01.10.2008 20:11
Et bien c'est super ! j'ai acheter il y a qq annees le premier livre réédité et ecrit à deux mains avec Georges Sando... et j'ai vu à Majorque c'est assez vieux ! en 1969 je crois leur maison... Tu as tres bien retracé leur portrait. Bravo