Porno à la télé: faut-il l'interdire?

Porno à la télé: faut-il l'interdire?

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Ce n'est pas mon genre de perdre mon temps sur Internet à écrire des connerie. Mais le texte que je viens de lire, "Voici les fléauts du porno", m'a tellement ulcéré que je ne peux m'empêcher de réagir. Je ne répondrai donc pas à la question : "porno à la télé, faut-il l'interdire ?", mais ... Lire l'avis





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réaction à l'article de Rambo : "voici les fléauts du porno"
Avis par benbbb sur Porno à la télé: faut-il l'interdire?
18.11.2009


L'évaluation de l'auteur:  


Avantages: bien
Inconvénients: pas bien

Recommandation pour les acheteurs potentiels? non 

Avis complet

Ce n'est pas mon genre de perdre mon temps sur Internet à écrire des connerie. Mais le texte que je viens de lire, "Voici les fléauts du porno", m'a tellement ulcéré que je ne peux m'empêcher de réagir. Je ne répondrai donc pas à la question : "porno à la télé, faut-il l'interdire ?", mais à ce torchon scandaleux. Je me fous qu'on me lise, j'avais juste besoin de me défouler.

Avant d'en venir à la critique proprement dite de ce pamphlet , je tiens à me justifier d'avance sur un point. En effet, certaines propositions à venir sembleront catégoriques voire péremptoires, et paraîtront transgresser le devoir de l'auteur (mentionné par ce site), de préciser qu'il est le seul à être engagé dans ce qu'il écrit. Toutefois, par-delà cette désobéissance, ma manière n'est pas illégitime, dans la mesure où elle est une réponse à un "avis" dont la formulation indique que son défenseur revendique une universalité et une objectivité indiscutables, admissibles pour tous : si mon texte est supprimé, cet autre, en toute logique, doit l'être aussi.
La personne qui est derrière cet article (plus complexe assurément que la manifestation de sa "rationalité", et respectée par moi-même autant que doit l'être un ennemi), cette personne, à dire vrai, n'est pas seule : elle représente une catégorie hétérogène mais cohérente d'hommes et de femmes qui ont renoncé à la pensée individuelle et se meuvent dans une théorie de la décadence morale de l'homme où s'entrechoquent ressentiment et mauvaise conscience, désir de vengeance et haine de soi, dans une théorie issue de la synthèse d'un christianisme hyper-conservateur (nihiliste, réactif, opposé à la vie) et d'une fascination inavouée de l'image-spectacle (partout disponible dans le monde enchanté de la marchandise). Cette personne, ces personnes, ces "gens de bien" au service d'une prétendue "dignité humaine" et de ce qu'ils nomment "respect de soi-même et de l'autre", sont en fait de véritables négateurs de la différence (de la vie) sublimant leur tristesse à travers un projet de "purification de l'Espèce" (traduire : anéantissement du singulier).
Voilà donc ma justification : si je me permets d'adopter un point de vue qui transcende quelque peu "l'opinion personnelle", c'est que je m'oppose à une pluralité qui agresse et déshonore une autre pluralité en ce qu'elle nie sa complexe diversité, c'est que je représente cette autre pluralité, au même titre que chacun, qui est un être singulier (trop souvent insulté).


Ce qui m'a choqué, d'abord, à la lecture de cet avis, c'est l'absence totale de maîtrise en ce qui concerne l'art du discours, et cette absence est inexcusable dans la mesure où l'auteur se permet de fustiger l'enseignement scolaire au nom d'une conception supérieure de l'éducation...
Indépendamment de son orthographe déplorable (exemples : "Apprenant leurs" au lieu de "apprenons-leur" ; la loi "puni" au lieu de "punit", etc.), ce texte est dépourvu de toute rigueur logique : des sentences édifiantes et inapprofondies se succèdent selon une "causalité" implicite et douteuse qui semble dénoncer un complot pornographique universel (les fillettes, "habillées comme des entraîneuses", ne sont pas épargnées, présentées comme des moteurs, parmi d'autres "porno trafiquants", de la dégénérescence du monde moderne!) . Cette "causalité" :
1) tire sa légitimité d'une systématisation des locutions choquantes et hyperboliques,
2) trahit une pensée confuse, mutilée par une tristesse, un dégoût du monde et des hommes,
3) exhibe une trop longue abstinence spirituelle, symptôme d'une trop fréquente exposition à la "société spectaculaire" (cette représentation omniprésente, illégitime, infidèle, unificatrice, abstraite de nos vies concrètes riches et complexes que nous impose la sphère médiatique-marchande) ; notons en passant qu'une telle "société" est condamnée, dans cet écrit haineux, à la manière de celui qui se reproche à lui-même ses propres misères (exemple de cette tension : son refus de la télévision en tant que média pornographique n'empêche pas l'expression de son mystérieux et irrésistible attrait pour l'image télévisuelle du "viol collectif dans une cité").
Ce qui est à l'oeuvre dans cette façon d'exposer ses représentations, c'est un mépris de tout ce qui est difficile, de la quête éprouvante du sens, conséquence de l'acceptation passive d'une violence symbolique administrée quotidiennement : à l'intérieur de cette machine à produire automatiquement des formules-slogans efficaces, défilent les unes après les autres, comme dans un journal TV, diverses émotions sans mémoire, soutenues par autant de préjugés impensés, sans autres liens entre elles que leur caractère sensationnel, semblables à des jaillessements d'une lumière factice qui toujours nous échappe, oubliées sitôt disparues.

Il semble bien que notre pamphlétaire soit la première victime de ce qu'il dénonce. Non à la pornographie, professe-t-il. Mais qu'est-ce que la pornographie ? Etymologiquement, cela signifie : l'écriture, la représentation (du grec graphein) de la prostitution (du grec pornê), cest-à-dire la représentation de l'acte par lequel une personne consent à donner son corps pour de l'argent, mais aussi, en un sens symbolique, par extension, de l'acte par lequel une personne consent à s'avilir, à se dégrader (remarque : cette définition à caractère moral nie la complexité du phénomène, comme nous le verrons plus loin). En ces deux sens, l'avis de notre critique est en son essence "pornographique" : en effet, il est l'inscription d'une singularité objectivée, instrumentalisée, "violée", jouissant par là d'une jouissance malsaine ( inconsciente, non affirmée), éructant un plaisir vil et grossier lors de la pénétration bruyante et "obscène" de son être (corps et esprit) par la logique insensée mais aisément assimilable de la réactivité immédiate à la phrase-choc, à l'image-émotion, au slogan-scandale, ces derniers pouvant être issus :
1) d'une parole religieuse amputée de sa dimension éthique et pluraliste,
2) du discours de la société marchande, plus insidieux car plus implicite (le medium y est le message),
3) ou encore de toute autre manifestation de l'instinct de troupeau unidimensionnel et indifférencié ;
parlons franchement : il est la représentation de l'acte par lequel la victime de la pensée unique se donne corps et âme à son bourreau (appelons-le aussi : "rationalité" de la sensation fugitive), et ce dans la quête insoupçonnée mais vivace d'un triste salaire, de cette joie morbide propre à la décomposition interpersonnelle ; oui, il est avilissement et dégradation indignes, oui, il est, répétons-le, "pornographique" (en un sens restreint et problématique, notons-le).


Reprenons dans l'ordre le contenu théorique de cet avis, et interrogeons-le.
a) D'abord, un constat : la pornographie serait de plus en plus présente.
1ère question : quappelle-t-on ici "pornographie" ?
L'absence de définition préalable d'un phénomène critiqué est une façon implicite mais peu fine de le discréditer d'office et à peu de frais, d'en faire un pot-pourri où peuvent cohabiter toutes les choses haïes ; c'est le signe d'une pensée binaire, dénuée de complexité, axée sur des oppositions sans nuance (Bien/Mal, Vrai/Faux), et ayant déjà jugé, évalué la chose avant même de l'avoir considérée... cette pensée, assurément, a été négligeamment prémâchée.
Il faut donc faire l'effort de définir ce qu'est la pornographie, ce qui suppose en premier lieu la détermination de ce qu'elle n'est pas, dans le but d'éviter une confusion désolante, et un "tout est dans tout" qui ne mène nulle part :
1) La pornographie n'est pas le fait de contempler la représentation d'un acte sexuel mais de fabriquer cette représentation. Les réactions à la pornographie (quelles qu'elles soient), ça n'est pas de la pornographie.
2) La pornographie n'est pas la sexualité concrète et réellement vécue des individus mais une mise en scène de l'acte sexuel.
3) Puisque la pornographie n'entre pas dans le domaine de la sexualité authentique, elle ne peut être ni "déviante" ni "normale", (même dans le cas impensable où ces catégories auraient la légitimité d'être des outils d'évaluation de la sexualité)... elle est simplement "jouée".
4)La pornographie n'est pas non plus l'érotisme, qui est une simulation suggestive et voilée de l'acte sexuel et non son effectuation exhibée (même si Robbe-Grillet nous rappelle que "la pornographie est l'érotisme de l'autre")
5)La pornographie n'est pas le nom de Satan dans la théorie du complot, sans quoi elle perd tout caractère de phénomène concret et devient une figure vague indeterminée et abstraite (bien critiquer une chose, c'est la considérer dans les limites de son effectivité).
.Je définis maintenant ce que nous pouvons appeler pornographie :
1) En un sens restreint, il s'agit de l'industrie du film X, une machine récente à accumuler du capital (naissance : années 70).
2) En un sens plus large, il s'agit de toute oeuvre artistique représentant l'acte sexuel dans ce qu'il a de plus cru et de plus immédiatement perceptible (déjà existante dans l'Antiquité)
3) En un sens encore plus large, symbolique, et très douteux (car trop vague), il s'agit de toute figuration de l'avilissement et de la dégradation des individus au sein de la société "dégénérée" de l'ère contemporaine; cette extension comprend un glissement vers la morale et un grossissement des rangs des pornographes : les fillettes "habillées comme des entraîneuses", les radios-libres un peu coquines, le journal TV qui relate "un viol collectif dans une cité", les ados qui se tripotent dans la rue, les affiches publicitaires de lingerie fine, et jusqu'à l'auteur du texte "Voici les fléauts du porno" deviennent tous indistinctement "pornographiques". J'évoquerai ce troisième sens essentiellement pour critiquer son usage (j'avoue d'ailleurs maintenant la perfidie malicieuse dont j'ai fait preuve en employant ce sens, par dérision, pour dénoncer le caractère "pornographique" de l'article ici considéré).

2ème question : la pornographie serait de plus en plus présente, mais en quel sens ?
Dans son sens le plus large, elle paraît certes toujours plus présente, mais cela n'est que le symptôme du succès des théories simplistes et faussement morales (la morale ne condamne pas, elle ordonne) de la décadence du monde d'aujourd'hui, qui emportent tout ce qu'elles exècrent (c'est-à-dire : tout) dans une joyeuse confusion. Dans son sens restreint, elle n'est pas "plus présente" mais tout à fait nouvelle ; il est vrai que cette nouveauté pose question ; mais ce n'est pas sa condamnation morale sans examen qui va nous la faire comprendre. Ce qui est nouveau, c'est d'une part le passage à l'oeuvre pornographique reproductible techniquement (cf Benjamin), le passage à la pornographie comme industrie, comme production en série, et c'est d'autre part le passage à la pornographie comme image en mouvement, comme film (nouveauté "moins nouvelle", cela dit, puisqu'elle est "vieille" d'un siècle) ; le premier passage implique que la pornographie perd tout à fait son caractère artistique pour se transformer en simple marchandise échangeable et périssable, ancrée dans la sphère du besoin (par opposition à celle de la contemplation désinteressée) ; le deuxième passage, qui est également une dégradation de la valeur artistique de la pornographie, est le passage de la pornographie non immédiate (littéraire, picturale), encore traversée par l'imagination créatrice du récepteur, à une pornographie en chair et en os, niant toute médiation, hypnotisant le spectateur qui se trouve happé par l'image qui lui paraît aussi réelle que sa propre sexualité, aussi réelle, c'est-à-dire aussi utilisable et jetable que le mouchoir qui le seconde lors de cette fugitive faille temporelle. La pornographie a ainsi migré d'un régime d'images issu de l'iconographie populaire et/ou artistique vers l'espace illimité des images en série et en mouvement (film, vidéo, Internet). Certes, de ce fait, la pornographie est devenue largement accessible et répandue. Mais est-ce pour autant le signe d'une décadence morale ? Son abaissement au rang de besoin à assouvir n'est-elle pas au contraire le signe d'un affaiblissement de son importance et de son efficacité sur la société et la famille ? N'est-elle pas désormais "l'ultime preuve de l'intimité" au regard de "cette attention absolue", de "cette stupeur collective" qu'elle suscite ? N'est-elle pas désormais "une mise en accusation de la manière dont la sociète viole et impose notre intimité" ?(Stanley Cavell, La projection du monde, P78)

à suivre...

   
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