Psychanalyse Des Contes de Fées - Bettelheim

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Psychanalyse Des Contes de Fées - Bettelheim

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Un grain de magie, deux poignées d'analyse...

5  22.10.2004

Avantages:
Derrière les mots, la clé des maux

Inconvénients:
Derrière les mots, qui veut savoir vraiment?

Recommandable: Oui 

nillandre

Plus à mon sujet: "Et un soir, j'ai cueilli une Clémentine, au fond du jardin. Elle était perchée dans cet arbre...

Membre depuis:13.05.2004

Avis:26

Lecteurs satisfaits:45

Cet avis a été évalué par 91 membres de Ciao en moyenne: exceptionnel

Cher Dr Bettelheim,


J'ai lu toutes vos oeuvres. J'ai fait de mon mieux pour vous comprendre. Et je crois pouvoir dire qu'aujourd'hui, je ne fais pas partie de ceux qui ont ouvert vos livres, lu vos phrases, sans en avoir retenu quoi que ce soit...

1973: vous arrêtez de diriger l'Ecole Orthogénique de Chicago, que vous avez pourtant créé (en 1947) et mené vers son statut d'institution humaine pour autistes. Vous êtes un peu fatigué. Et vous avouez qu'il est temps que quelqu'un d'autre prenne votre place pour permettre à cette école de conserver sa dynamique d'époque. Vous réfléchissez à votre avenir, mais vous ne voulez pas rester dans le monde des idées possibles et préférez prendre la plume. Comme le témoigne votre bibliographie, ce n'est pas la première fois que vous écrivez. Loin de là, même!

Permettez-moi de vous dépeindre votre vie... Vous naissez en pleine crise viennoise. Chute de l'empire autrichien et chute d'une civisilation fière et ancrée dans cette illusion d'être, malgré tout, encore la plus sophistiquée du monde entier. On chante, on danse, on va à l'opéra, comme si de rien n'était. Un peuple fait tout pour ne pas avoir à se rendre compte qu'il est arrivé à la fin de sa gloire, et que désormais, il ne sera plus un modèle pour tant d'autres!
Fin XIXième siècle, la belle et blessante vue de l'effort fourni par les Viennois pour ne pas prendre au tragique la réalité du monde extérieur, tout en se concentrant sur leur monde intérieur uniquement existe encore. Les individus se poussent à focaliser leur ligne de vie sur leur vie mentale. Un renversement de valeurs a eu lieu...
Depuis le Krach financier du fameux "Vendredi Noir" dont l'exposition unvirselle de Vienne de 1873 souffra énormément (125 banques durent déposer le bilan dans la ville), les habitants de la capitale autrichoise ont tout de même puisé dans leurs dernières ressources disponibles (c'est-à-dire psychiques), afin de survivre tout en maintenant leur sentiment d'honneur...

Vous naissez donc, si mon esprit logique fonctionne encore bien, dans une grande ville à un passé riche en conquêtes et événements culturels, où tous et toutes cherchent à fournir un dernier effort pour sauver leur sentiment d'appartenance à un groupe encore puissant et important.
La "folie" a commencé ses ravages parmi les familles (autrefois très) riches et (autrefois aussi) de grand renom. Comme si cet effort mental était de trop et, au lieu de les faire sombrer dans une dépression "normale", les amenait à un stade bien plus ingérable et inhumain: les troubles mentaux graves.
L'anecdote de la demande de cadeau faite par l'empereur Fançoise-Joseph à sa femme Joséphine, à cette époque, est très intéressante... Car Joséphine répondit par écrit à son époux qu'elle rêvait d'un asile d'aliénés ("Ce que j'aimerais, par-dessus tout, c'est un asile de fous complètement équipé").
Soit la folie vous prenait dans son jeu, soit vous vous preniez dans l'admiration obsessionnelle de la folie...
Pas étonnant que ce fut l'âge de gloire de la psychanalyse et qu'elle vit jour là-bas, chez vous.

Le petit Bruno que vous étiez dans les années 1910-1915 allait à l'école, comme tous les autres petits enfants. Vous venez d'une famille juive, certes, mais vous n'êtes pas élevé dans le respect des rites de votre religion.
Cependant, en effectuant le chemin qui vous menait vers cet endroit de première sagesse, vous passez tous les matins devant n° 19, Berggasse. Et un jour, alors que vous êtes adolescent, vous vous arrêtez pour de bon. Vous regardez de plus en plus cette maison avec fascination. Car là-dedans, derrière les rideaux fleuris et la porte vivement peinte, se cache votre nouveau maître...

Par amour un brin superficiel mais très passionnné, vous rejoignez en 1917 un petit groupe de jeunes socialiste et radical ("Jung Wandervogel") où l'on discute guerre, paix et aussi folie. La jolie demoiselle auquel vous vous sentez attiré, se prend d'admiration pour un autre jeune homme... Alors que vous lui parlez en tant que "meilleur ami", elle vous révèle qu'il lit Freud. S'il lit Freud et qu'il lui plaît, pensez-vous alors, je lui plairai peut-être si je lis Freud. Certes, il y a là-dessous une certaine logique, mais elle n'est pas très sûre...

Mais si cette dame ne succombera pas à vos lectures, vous, par contre, le ferez... Freud est votre nouvelle lumière! Vous épargnez votre argent de poche pour acheter ce qui était disponible à l'époque et vous dévorez ses oeuvres.

n° 19, Berggasse: vous êtes conquis.

Freud mit dans son "Interprétation des Rêves" une citation de Virgile:
"Flectere si nequeo Superos, Acheronta movebo" (si je ne puis remuer le ciel, je secouerai l'enfer)

Suite à cela, vous terminez vos études de Littérature Germanique. Qu'allez-vous donc faire avec cela? Vous êtes autrichois, certes, mais surtout juif. Vous ne pouvez devenir prof de faculté, voyons. Vous pouvez aller travailler dans l'entreprise

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La version que j'ai, "héritée" de ma mère
pourtant connue et reconnue de votre père, mais l'idée ne vous séduit pas. Vous préférez le détachement des liens familiaux... Vous pensez alors à la psychanalyse, mais vous ne voulez pas passer en tant que "copieur" auprès de vos amis!
Voilà que la fierté reprend son dessus et surtout son emprise sur vous.

L'étape suivante et déterminante sera votre décision d'entreprendre une psychanalyse auprès du Dr. Sterba. Les années passent et voilà que la seconde guerre mondiale approche. Vous faites des études de médecine et vous intéressez à la psychanalyse infantile.

Vous n'avez pas le temps d'achever votre nouveau plan de carrière que vous êtes déporté à Buchenwald en 1938. Ce sont les premières mesures préventives... Vous n'en sortirez pas très vite. Et vous écrirez par la suite votre expérience dans cet autre bulle de follie à double tranchants dans "Survivre". Dès que vous franchissez les portes de sortie de ce camp, encore vivant, vous émigrez vers les Etats-Unis où l'on vous accueillera sans préjugés à propos de votre religion. Vous vous mettez à écrire immédiatement.
Vous rencontrez des gens controversés, mais aussi un certain succès dans le monde très fermé de la psychanalyse.
Et voilà qu'en 1944, alors que la guerre n'est même pas finie, vous êtes nommé à travailler dans l'Ecole Orthogénique de Chicago.

Par la suite, vous la transformerez entièrement en institut d'abord personnel et émotionnel, avant d'en être un de traitement d'enfants malades... Cette étape de métamorphose, vous la mettrez noir sur blanc dans "Un Lieu Où Renaître".

Vous souvenez-vous de tous ces moments?

Puis l'arrêt total. Vous n'êtes plus directeur. Vous écrivez l'oeuvre capitale.

Qu'est-ce que c'est donc, cette "Psychanalyse des Contes de fées"?
Parce que les contes ne sont pas innocents, parce que nos enfants le sont. Et parce que raconter des contes n'est pas qu'affaire ludique.

Vous expliquez d'abord rapidement ce qu'est un conte de fée. Ce sont des petits récits de fiction qui se déroulent dans des pays imaginaires, à des époques imaginaires (attention: la présence d'une fée n'est pas toujours nécessaire pour que le conte reçoive la qualification de "conte de fée"). Bref, tout est éloigné de nous et de la réalité par la fameuse phrase : "Il y avait une fois"... Le conte de fée traite de l'histoire de personnages plus ou moins magiques rencontrant des gens et obstacles étranges. Qui peut, vraiment, croire à la réalité de ces récits? Personne... en fait.
Il s'agit toujours de récits où des héros parfois opprimés, mais toujours admirables, doivent accomplir des taches difficiles (comme échapper au chasseur qui a pour devoir de la tuer, dans le cas de Blanche-Neige) ou relever des défis lancés par des bons (comme un roi voulant marier sa fille) ou des méchants (qui veulent la disparition voire la mort de notre héros).
Ces tâches ou défis nous paraissent souvent impossibles à réaliser.

Mais revenons-en à l'histoire de ces contes de fées. D'abord transmis de façon orale de mère en enfant, ces contes se sont retrouvés dans les familles instruites et pourtant très cultivées, malgré le fait qu'ils ne soient écrits. Comment donc? Par le simple fait que les mères de ces familles laissaient la nutrition au lait maternel et la petite éducation de leurs enfants à des nourrices. Et qui dit nourrices, dit femmes du peuple assez pauvre et femmes non-instruites.
C'est ainsi qu'à la têtée du soir, même les bambins riches avaient droit à leur conte de fée du soir (il en est aussi ainsi pour vous, M. Bettelheim!).
Des contes très connus, comme Cendrillon, retrouvent des ancêtres dans toutes les parties du monde (la plus vieille trace venant d'Asie et datant de 2000 avant JC).
C'est lorsque des gens comme les frères Grimm (deux frères très instruits et même historiens du Droit) se mettent à s'intéresser de plus près à cette tradition orale et sociale, que les contes seront couchés, dans nos contrées, sur papier. Ainsi commence une autre dimension de la tradition...

Quels ingrédients nous faut-il? Suivant les interprétations à suivre (Vladimir Propp dans sa "Morphologie du conte" parle surtout des fameuses 31 fonctions à remplir dans un conte - comme l'éloignement des parents etc.-/ ou encore les séquences narratives qui ne sont en fait qu'un regroupement des fonctions de Propp dans des plus grandes catégories, de Brémond/ ou même les transformations actancielles de Greimas), tout cela varie dans le forme, mais non le sens.
Soyons plus terre-à-terre et moins académiques, voulez-vous bien?

Il nous faut: un lieu de départ, indéfini dans le temps ni dans l'espace (le pays de nulle part qui peut aussi bien être très proche). De ce lieu, on retiendra surtout le foyer familial qui a si longuement (durant l'enfance, et parfois adolescence du héros) été un véritable cocon protecteur rempli de chaleur. Mais pour une raison X, Y ou Z toujours bien malheureuse (souvent une transformation au sein de la famille: un des parents meurt, et l'autre se remarie, par ex.), notre héros doit partir et tomber souvent dans ce qui est le lieu d'initiation: la forêt mystérieuse. Eléments sombres et faisant peur (des grands arbres qui se recroquevillent sur notre héros, des cris d'oiseaux perçants, etc.) multiprésents, héros seul et abandonné (comme le cas du Petit Poucet)... Tout est dramatique!
Il y rencontrera des actants qui lui apporteront de l'aide. Ceux-ci peuvent prendre différentes formes: nains (Blanche-Neige), fées (chez Cendrillon, certes dans son jardin, sous les arbres, mais pas dans la forêt), ou même des objets magiques (comme la clé envoutée de Barbe-Bleue)...
Par la suite viendra l'accomplissement des épreuves quasi inaccomplissables! Et le retour au foyer familial reste un élément important (il faut pardonner au vrai parent pour sa faute). Le héros est quasi toujours, par la suite, récompensé par une meilleure vie, au château par exemple (comme le cas des contes à propos de princesses).

Mais, Dr Bettelheim, cette partie sur la structure du conte n'est qu'une passerelle vers votre analyse de ces contes... Je l'avoue!
Pourquoi donc croire à une part psychanalytique des contes? Mais pourquoi s'acharner à analyser en long et en large tous ces contes connus, un à un?
Parce que vous savez que vous avez raison... Parce que vous vous appuiez sur un écrit déjà disponible à l'époque qui esquissait déjà cette idée (de Julius Heuscher).
Parce que vous étiez fasciné surtout!

Si je puis vraiment vous parler de la "Psychanalyse des contes de fées"? J'en doute.
Je peux seulement vous dire ceci...

L'amusement pur est chose rare dans notre monde. Et il faut avouer que l'art, au bout du compte, n'est qu'art parce qu'il est beau... Un vrai message n'existe pas dans l'art (si on s'en tient à la définition de l'art et du Beau par Kant)... MAis les contes de fées ne sont pas un "art" au sens strict des Beaux-Arts. Les contes de fées sont des liens inter- et intragénération qui ont permis à une humanité entière à transmettre des morales, sans avoir à recourir à des formes d'obligation ou d'ennui (je parle d'expérience personnelle et de catéchisme, ici).
D'ailleurs, les plus attentifs et fanatiques de contes de fées aurant vite fait de remarquer que les contes de fées écrits par Perrault ou Mme d'Aulnoy comportent des morales explicitement énoncées!

Les leçons que nous devons, basiquement, tirer de ces contes sont les suivantes...
1. Les contes de fées sont des portes vers la mise en scène de la réalité familière. On ne peut passer à côté du fait que, pris au sens figuratif, les contes parlent de sentiments intimes et très personnels qui nous touchent d'ailleurs de façon émotionnelle (en tant que petite fille, je me cachais le visage en écoutant ces horribles contes d'Anderson, ou pleurais lorsqu'on arrachait l'oeil de l'innocent de cet autre conte, etc). C'est ce que vous, M. Bettelheim, qualifiez d'identification au héros dans le conte. C'est ainsi que l'enfant se sentira triste et choqué par l'agression sur le gentil qui ne le "valait" pas, et heureux lorsqu'on punit le méchant.
Mais si on prend au sens plus strict, le concept "réalité familière", on se rend compte que les contes de fées traitent toujours de l'importance de la cellule familiale dans notre vie. On y parle de quête d'amour, de conflits familiaux, de richesse nécessaire à survivre, etc. et non de grand enjeux economico-politiques ou autres... Le conte de fée est, par excellence, le mirroir de l'individu mis à nu!

2. Les contes de fées sont destinés à tous et toues. Bettelheim met l'accent sur le fait que les contes sont en fait à classer. Et que certains attireront plus une certaine catégorie de gens que d'autres. Un exemple: "Raiponce" sera un conte qui interpellera plus les femmes enceintes et mères car il rappelle le danger de vouloir préserver la vertu de sa fille en l'enfermant dans une tour... Les adolescents et jeunes adultes préfèreront les contes qui parlent de rituels de séduction et d'affaires conjugales (voire "Barbe-Bleue" par ex.). Quant aux plus jeunes, ils se montreront, en règle générale, plus avides de contes de fées mettant l'accent sur leurs propres faiblesses (la peur de la séparation, voire de l'abandon, l'incapacité d'arrêter sa faim seul, la hantise de la nuit et de son côté sombre, la peur d'être dévoré par des grands méchants, etc.). Les contes de fées constituent donc une identité à part dans le public si large auquel ils s'adressent: ils ont une vraie fonction d'apprentissage!

3. De cette fonction d'apprentissage, découle logiquement le fait que les contes de fées sont là pour nous aider à surmonter nos peurs et troubles les plus profonds. Et là, dans la "Psychanalyse des Contes de Fées", vous montrez à vos lecteurs l'intérêt profond de Cendrillon, de la Belle-au-bois-dormant, etc.
Etendons-nous un peu à propos de cet aspect...
Les contes de fées passent du stade de drames de la vie familiale à celui de drame intérieur. Et pour profiter pleinement de cette oeuvre qu'est la "Psychanalyse des Contes de Fées", autant dire qu'il vaut mieux adhérer aux idées de Freud et de sa vision à propos des pulsion sexuelles infantiles.

Et c'est sur ce chemin-là, Dr Bettelheim, que je ne vous suis plus désormais... Je suis désolée, mais quelque part, je me suis un peu détournée de ce côté suranalytique à mes yeux.
Vous faites des analyses splendides qui en laissent plus d'un bouche bée. Vous parlez et interprétez comme personne d'autre. Et cela est très souvent convaincant.
Cendrillon et l'Oedipe. Parlons-en!
« Ce conte guide l'enfant depuis ses plus grandes déceptions - les désillusions oedipiennes, l'angoisse de castration... -jusqu'au moment où il développe son autonomie où il devient sérieux dans son travail, et où il atteint son identité positive. » dites-vous.
Ainsi la jeune demoiselle perd sa vraie mère, voit son père tomber sous l'emprise d'une femme méchante, sans jamais le condamner lui de faire un si mauvais choix (la petite fille aime son père à la folie et comme l'amour rend aveugle). Elle doit vivre près du feu, et rester souillée de cendres. La belle-mère vilaine permet à l'enfant-fille d'avoir des idées de jalousie moins honteuses à propos de sa propre mère, par la distanciation directe (ce n'est pas la vraie maman, ce n'est que la fausse). Et quand elle décide de tout de même aller au bal, alors qu'on le lui avait promis si elle accomplissant le nettoyage des petits pois (chose laborieuse faite, mais à la suite de quoi la belle-mère rit et lui refuse quand même le bal), vous parlez d'un prise de position forte et de coupure avec l'enfance. C'est le passage à l'âge adulte, la prise de positon par Cendrillon de la position qu'avait sa mère et sa propre mise en ménage avec le prince. Vous faites aussi une brillante et étonnante étude à propos de l'aspect très sexuel du soulier en verre...

Les contes de fée, selon vous, peuvent en faire se résumer au dédoublement du je "mauvais" et du je "bon". A la part de moi qui désire mon parent le plus désirable (souvent du sexe opposé), et à la part de moi qui désire la mort du parent encombrant (le moins désirable)... Et la fin des contes revient, très souvent, à faire comprendre inconsciemment à l'enfant que le désir réel et réalisable se situe en fait au-dela des limites du foyer familial. Ce qui lui permettra de se réconcilier en position normale avec ses deux parents et autres membres familiaux.
Vous parlez ensuite aussi des autres craintes et sources d'angoisses (si nombreuses et si bien utilisées dans la construction de contes)...

Et tout cela me laisse remplie d'admiration devant votre esprit génial.
Mais, Dr Bettelheim, dernièrement, je me suis un peu détournée de vos livres et de la psychanalyse. Dernièrement, je me suis dite qu'il ne fallait pas nécessairement savoir quels maux cachaient les mots. Dernièremehnt, j'ai compris que si on parvenait au bonheur, de temps à autre, il n'était pas nécessaire d'aller fouiller dans les origines du malheur...

Votre livre a été bouleversant. Et il l'est encore. J'oserais même dire qu'il est un best-seller pour les parents qui veulent veiller à la bonne éducation de leurs enfants dans ce monde devenu dur et cruel. Je le conseille même... Mais à petites doses. J'espère que ces parents liront votre manuel d'analyse des contes que pour un certain degré de divertissement et de faim intellectuelle ou curieuse. J'espère qu'ils se diront "Et tiens, pourquoi est-ce que notre petit Louis aime tant le conte du Petit Poucet?"... Qu'ils liront votre analyse du Petit Poucet et se sentiront un peu rassurés de voir que leur Louis travaillé à se forger une identité plus forte.

Que votre oeuvre soit d'abord une relance de la lecture de contes de fées en général. Que les gens se remettent à lire ces histoires à leurs tous petits (commencez tôt avec cette première relation enfant-littérature, n'ayez surtout pas peur qu'ils ne puissent tout comprendre)... Qu'ils sachent que des comptes à la Perrault ne sont pas très bons dans une société où l'on prône une force égale entre homme et femme (Bettelheim explique, à un certain passage de son livre, que Perrault a écrit sur l'ordre du roi de France afin de réinstaurer la position de femme soumise à son mari - ainsi sa Cendrillon ne retrouve son statut social que par le fait que le prince la veuille). Pour ce qui est de l'inconscient, Dr Bettelheim, je laisse les contes régler leurs contes avec!
Désormais, je veux me rappeler du magique et du beau qui m'a fait tant rêver et avancer...

Merci de nous avoir éclairé à propos de cette thérapie cachée... J'ai refermé votre livre, d'ailleurs tous vos livres depuis deux ans. Peut-être était-ce qu'une réaction d'overdose face à mes parents qui avaient travaillé avec vous?

Sincèrement,


Cassandre P.

PS: vous ne lirez jamais cette lettre car vous êtes déjà mort... Vous vous êtes suicidé en 1990, comme tant d'autres sortis des camps de concentration (Levi, par ex.) et qui étaient persuadés qu'ils valait mieux mourir de façon consciente dès qu'on se croyait plus capable d'aider le monde... Quant à moi, je pense de plus en plus que notre présence et notre amour, même sénile, peut être une merveilleuse aide à nos petits-enfants et enfants.
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Commentaires sur cet avis
Acr0

Acr0

07.08.2005 11:32

Ton avis est fabuleux. Cette lettre rédigée ainsi, est une façon originale d’attirer le lecteur à poursuivre. J’avoue être assez intéressée par la lecture de celui-ci, car en tant qu’humain, nous sommes tous curieux, et tous bercés par les contes de fées. Mais il n’est pas obligé d’avoir fait des études poussées pour savoir comment se construisent les contes bien/mal, gentils/méchants, une situation exceptionnelle, quelque chose à (re)chercher, et des péripéties… « Dernièrement, j'ai compris que si on parvenait au bonheur, de temps à autre, il n'était pas nécessaire d'aller fouiller dans les origines du malheur... » Je trouve cela tellement juste, lisons, mais détachons-nous…

myaya

myaya

03.06.2005 11:29

Un avis très bien rédigé,et très intéressant,j'ai bien envie de découvrir ce livre :-)

lilfairymarine

lilfairymarine

13.05.2005 15:52

Un avis très intéressant et très bien écrit, qui m'a donné envie de découvrir ce bouquin :-) Moi qui suis justement tombée dans la potion magique conte de fées quand j'étais petite, je serai vraiment intéressée de comprendre plus profondement certains symboles ^^ Même si j'ai trouvé certains passages hypocrites vis-à-vis des enfants ( comme le prince qui embrasse sa dulcinée et hop ils eurent beaucoup d'enfants et on ne sait pas comment ^^), je ne suis pas sûre qu'enfant on réalise véritablement la symbolique "sexuelle", franchement je pense que c'est aller trop loin de dire que Cendrillon n'a pas réglé son Oedipe vis-à-vis de son père, du moins je suis persuadée que les enfants ne sont pas conscients de tout ça !

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