Star Wars épisode III : La revanche des Sith

Avis sur

Star Wars épisode III : La revanche des Sith

Evaluation générale (86): Evaluation totale Star Wars épisode III : La revanche des Sith

 

Tous les avis sur Star Wars épisode III : La revanche des Sith

 Rédigez votre propre avis

annonce


 


La Politique expliquée à mon fils

4  17.06.2005

Avantages:
Pièce maîtresse de tout l'édifice

Inconvénients:
La saga s'achève

Recommandable: Oui 

malaparte

Plus à mon sujet:

Membre depuis:27.03.2003

Avis:106

Lecteurs satisfaits:26

Partager cet avis sur Google+
Cet avis a été évalué par 18 membres de Ciao en moyenne: très intéressant

C'est un peu comme un rêve d'enfant qui vient de prendre fin. Il y a vingt-deux ans, le petit garçon de huit ans que j'étais découvrait sur le grand écran de son cinéma de village le dernier volet de la trilogie qui avait révolutionné la manière de faire des films de science-fiction : "Le Retour du Jedi", qui voyait la mort de Darth Vader, de l'Empereur et la victoire du Bien sur le côté obscur de la Force. A l'époque je n'avais encore vu ni "La Guerre des Etoiles" ni "L'Empire contre-attaque", ce n'est qu'au cours des années suivantes, grâce aux diffusions à la télévision, que j'ai pu redonner une cohérence à l'ensemble de cette trilogie déjà mythique. En revanche, je m'en souviens très bien, en 1983, un de mes camarades de classe possédait de nombreuses figurines Star Wars avec lesquelles nous avons beaucoup joué et surtout je me rappelle qu'il m'avait dit alors qu'en tout il y avait neuf épisodes. Je lui en ai longtemps voulu de m'avoir raconté un tel bobard, car je ne rêvais rien tant que de voir l'histoire continuer dans une galaxie far far away...


En fait, mon petit camarade ne m'avait pas menti, George Lucas avait effectivement l'intention dès le début d'étoffer son oeuvre avec un premier cycle expliquant comment Darth Vader était devenu Darth Vader et un troisième cycle narrant la renaissance de l'ordre Jedi après la victoire de Luke Skywalker. Et pour m'en convaincre, je n'ai eu qu'à lire les titres de la soixantaine de livres portant le label Star Wars et George Lucas : la matière ne manque pas pour faire une ou dix suites. Finalement, il n'y en aurait aucun, sir George préférant s'arrêter à six épisodes.


C'est difficile d'expliquer à quel point un personnage peut marquer la sensibilité et l'imaginaire d'un enfant. Darth Vader m'a subjugué à l'âge de huit ans et il en toujours resté quelque chose depuis, à commencer par mon goût prononcé pour le noir et la puissance. Rien que de très banal je suppose, George Lucas ayant tout fait pour placer ce personnage au coeur de son histoire. Et je n'ai pas le sentiment d'exagérer en disant que Star Wars, c'est finalement l'histoire de Darth Vader ou comment le Bien peut se transformer en Mal. On avait ramassé nombre d'indices justifiant cette transformation terrible, on avait bien compris que cet imposant seigneur noir avait été un Jedi jadis, on savait qu'il était le père du pâle Luke, on savait qu'il avait été très lié à Obi-Wan Kenobi, mais il manquait beaucoup d'éléments pour comprendre le chemin emprunté par le plus noir de tous les héros de la galaxie. C'est cette lacune que Lucas a comblée en s'attelant à sa nouvelle trilogie débutée à la fin des années 1990, commencée par "La Menace fantôme" et "L'Attaque des clones" et complétée au mois de mai dernier par "La Revanche des Sith".


En fait, pour tout amateur qui se respecte, ce troisième et dernier épisode de la saga ne présentait aucune surprise quant à l'histoire : on savait qu'Anakin Skywalker allait devenir Darth Vader, on savait qu'il allait avoir deux enfants de Padmé, on savait que le Chancelier Palpatine n'était autre que Darth Sidious a.k.a. l'Empereur et on savait qu'à la fin Obi-Wan et Yoda seraient toujours vivants. Il est d'ailleurs frappant de voir à quel point Star Wars échappe aux mécanismes habituels du cinéma et constitue une exception sans équivalent depuis que le premier épisode est sorti en 1977 : un mythe a été créé qui finalement est presque insensible à la qualité des films eux-mêmes - pour preuve, les épisodes I et II étaient objectivement les moins réussis de la saga mais n'en ont pas moins drainé autant sinon plus de spectateurs que ceux des décennies précédentes, tout simplement parce qu'il y avait une attente, une soif d'explications. "La Revanche des Sith" n'échappe pas à la règle et ce d'autant moins qu'il s'agit de l'épisode qui devait faire le raccord avec la deuxième trilogie. Toute la question était de savoir : comment?


En effet, si on savait à l'avance que le Chancelier Palpatine allait attirer Anakin dans son orbite maléfique, on ignorait comment il allait s'y prendre. Evidemment, venant de la part d'un homme assez manipulateur pour avoir créé de toutes pièces une guerre entre la République et les Séparatistes de la Fédération Marchande, pour avoir levé deux armées apparemment antagonistes avec les clones d'un côté et les droïdes de l'autre, pour avoir obtenu les pleins pouvoirs du Sénat (suivant le modèle en vigueur dans le monde romain qui instaurait la dictature, telle celle de Fabius Cunctator par exemple) tout en entraînant l'ordre Jedi à ses côtés dans la lutte contre les "rebelles", on pouvait se douter qu'il trouverait un moyen d'arriver à ses fins et on pouvait déjà deviner qu'il jouerait de la sensibilité exacerbée et de l'ambition grandissante du jeune chevalier pour pervertir l'esprit de ce dernier. Il n'empêche : c'était bien fait, tordu à souhait, culotté aussi, car sacrifier le Comte Dooku et précipiter les événements n'était pas sans risque face à un Anakin toujours hésitant.


Je ne reprendrai pas le fil de l'histoire par le menu, les grandes lignes suffisent : Anakin délivre le Chancelier d'un faux piège et y gagne une confiance absolue, Obi-Wan va défaire le nouveau chef des armées séparatistes, General Grievous, un redoutable droïde qui tousse, Anakin dénonce le Chancelier au Maître Windu mais finalement tue ce dernier et bascule ainsi définitivement du côté obscur en devenant Darth Vader, le nouvel apprenti de Palpatine, le Chancelier, qui au cours du combat contre Maître Windu a pris un coup de vieux et les traits de l'Empereur tel qu'on le connaît dans les films des années 1970-1980, fait exécuter un ordre secret aux clones qui a pour conséquence d'anéantir tous les Jedi présents sur les champs de bataille, Anakin participe lui aussi au massacre en débitant du Padawan à tour de bras dans le temple Jedi, le Chancelier se présente au Sénat et annonce que la République est devenue un Empire dont il est le chef, Anakin part ensuite tuer les leaders séparatistes pour mettre fin à la guerre (maintenant
que les Jedi sont morts, Darth Sidious n'en a plus besoin), Obi-Wan et Anakin-Darth Vader se battent et c'est le maître Jedi qui l'emporte, Padmé accouche de Luke et Leia puis meurt, L'Empereur récupère les restes de son apprenti pas tout à fait mort (brûlé au deuxième degré et avec les jambes et son dernier bras humain coupés par Obi-Wan) et le répare en faisant de la chirurgie cybernétique, créant ainsi le Darth Vader sous la forme bio-mécanique qu'on lui connaissait, avec le casque et le respirateur artificiel, et enfin Yoda se barre en exil, Leia est confiée aux soins du sénateur Organa, Luke à ceux de son oncle sur la planète Tattooine où l'accompagne Obi-Wan lui aussi en exil. Tout cela sur un rythme sans temps morts et servi par des effets spéciaux qui n'écrasent pas autant les destinées des personnages que lors des deux épisodes précédents. De ce point de vue, l'épisode III est une grande réussite en tant que film de SF et joue dans la cour de ses glorieux aînés de la grande époque.


Au-delà du fait que cet épisode était d'une grande densité en termes de scénario, qu'il revenait aux bonnes vieilles recettes qui ravissent les amateurs de films d'actions et d'épopée grâce à un montage dynamique concentré sur la progression de l'intrigue et évitant les digressions, et surtout qu'il donnait les explications tant attendues pour pouvoir achever la saga, "La Revanche des Sith" était excessivement intéressant pour le message politique qu'il délivrait. S'il est vrai que les choses sont présentées de manière un peu manichéenne, avec le Bien contre le Mal comme fil conducteur de tout le film, il est en revanche inexact de dire que la trame est simpliste. Et puisque George Lucas a pris le parti de centrer son dernier opus sur le personnage d'Anakin-Darth Vader, je vais le suivre pour parler de la leçon de politique qu'il nous est donnée de voir en images, une leçon qui ressemble aussi à une tragédie grecque.


"If you are not with me, then you are my enemy". Ce sont quasiment les dernières paroles prononcées par Darth Vader alors qu'il a encore les traits humains d'Anakin et qu'il affronte son maître Obi-Wan sur la planète volcanique Mustafar lors de ce qu'il croit être leur combat final. Cela ne vous rappelle pas les paroles de quelqu'un qui exprime sa vision géopolitique en termes de "camp du Bien" et "axe du Mal" par hasard? A plusieurs reprises, Anakin exprime une vision qui glace le sang de sa femme, Padmé, ancienne sénatrice farouchement attachée à la République et à la diplomatie, par exemple lorsqu'il est en faveur de renforcer encore les pouvoirs déjà exceptionnels du Chancelier dans un souci d'efficacité opérationnelle, sous prétexte que les délibérations entre sénateurs prennent du temps et prolongent une guerre meurtrière là où un exécutif intégral mettrait fin au conflit plus rapidement. Cela rappelle la décision des Etats-Unis d'utiliser la bombe atomique contre le Japon. Ou encore, plus proche de nous, l'unilatéralisme américain en Irak face à la diplomatie molle et donc faussement multilatérale de la France par exemple. Ou encore, l'interventionnisme américain dans les Balkans pour arrêter le génocide perpétré par Milosevic face aux tergiversations européennes qui ont mené à l'inaction. Dans le film de Lucas, on sait que le Chancelier Palpatine tire toutes les ficelles et on saisit la folie qu'il y à augmenter encore ses pouvoirs de dictateur ; mais pour les personnages du film qui en savent moins que nous, le fait d'instaurer un dictateur (dans le sens romain du terme, c'est-à-dire une personne qui concentre les pouvoirs exécutifs dans ses mains pour une période limitée dans le temps) n'a rien d'aberrant même s'il fait naître des réticences chez certains.


De même, les mots utilisés sont révélateurs du pouvoir de manipulation que possèdent ceux qui les prononcent, en fonction des valeurs qui sont entendues derrière eux. Ainsi, les termes de justice, démocratie, sécurité et paix sont utilisés aussi bien par le Chancelier, Anakin, les sénateurs que les Jedi. Et à proprement parler, ils ont tous raison de les employer. Tout dépend du point de vue adopté et des circonstances. Un parlementarisme et une diplomatie sans le pouvoir de se défendre contre ceux qui les menacent sont des mots vides de sens et en cela ils se révèlent sûrement incapables d'assurer paix et sécurité au peuple qu'ils sont censés protéger. De même, un pouvoir efficace et fort qui se maintient coûte que coûte alors que d'autres voies peuvent être explorées est à coup sûr un danger pour la démocratie et la justice. Pour s'en convaincre, il suffit de penser aux impérialismes soviétique (et aux fameuses "démocraties populaires") et américain, qui s'appuient ou se sont appuyés sur une rhétorique généreuse et libératrice mais n'en ont pas moins été, à un degré quelconque, de formidables machines d'oppression. Or, comme dans toute logique impériale, le ressort central tient à la question du pouvoir et, ainsi que l'exprime très clairement Palpatine, lorsqu'on est investi d'un pouvoir particulier, on n'a plus qu'une seule obsession : le garder à tout prix. Ceci n'est pas possible dans un cadre républicain ou démocratique (quoique, quand on songe à Mitterand ou Chirac, on se dit qu'on n'en est pas loin), mais dans le cadre d'un empire, oui. Et c'est bien ce qui se passe lorsque le Chancelier annonce en séance plénière du Sénat que la République change de forme et se transforme en Empire, sous les applaudissements de tous ou presque. De ce point de vue, Anakin se situe à mi-chemin entre le rêve impérial de son nouveau mentor et la République telle qu'il prétend la servir : il s'accommoderait très bien d'un pouvoir exécutif fort dont il finirait par se saisir lui-même (en éliminant l'Empereur) pour restaurer la paix et la démocratie telles que lui les voit : on n'est pas très loin de la raison d'Etat... Dans les situations de grand péril, la solution d'un homme fort, d'un dictateur, n'est pas aberrante et presque tous les pays y ont eu recours (Roosevelt resté au pouvoir au-delà des huit ans autorisés, De Gaulle rappelé en 1958, Churchill, George W. Bush) ; tout le problème est de savoir sortir rapidement des situations d'exception, tel Fabius Cunctator qui est retourné cultiver son champ après son année de dictature, une fois les difficultés de la république romaine réglée. Encore faut-il que le dictateur ne crée pas lui-même les circonstances de sa dictature, tel Darth Sidious-Palpatine, figure fantasmée de l'impérialisme américain?


Paris, le 17/06/05
Partager cet avis sur Google+
Liens sponsorisés
Evaluer cet avis

Quelle est l'utilité de cet avis pour prendre une décision d'achat ?

Guide d'évaluations

Commentaires sur cet avis
lesingefou

lesingefou

03.05.2006 22:48

Et alors, le coup de Fabius Lauran que t'as tort qui va venir faire une année de dictature et aller faire son jardin après, ttsss ttsss, je suis sûr que t'a pas bien compris, s'il arrivait au pouvoir celui-là, il ferait faire son jardin aux autres... bravo pour ton immense culture.

lesingefou

lesingefou

03.05.2006 22:42

c'est vraiment du grand art, ce que tu nous fais là: quelle accumulation de connaissances, d'analyses comparatives! moi, j'en tombe par terre de voir ce que tu peux nous expliquer à partir d'un film où j'ai vu les méchants qui se battaient contre les bons et que yavé des animaux qui zétaient un peu bêtes mais qui zaidaient parfois les gentils parfois les méchants.

k1_71

k1_71

01.03.2006 13:30

Bravo pour cet avis, une fois n'est pas coutume, des plus intéressants et passionnants.

Ajouter un commentaire pour cet avis

max. 2000 caracteres

  Postez votre commentaire


publicité
Evaluations d'avis
L'avis sur Star Wars épisode III : La revanche des Sith a été lue 910 fois et a été évaluée:

exceptionnel (32%) par:
  1. lesingefou
  2. k1_71
  3. josefstaline
et aussi par 9 autres membres

"très intéressant" (68%) par:
  1. Seub
  2. sam2211
  3. deto
et aussi par 22 autres membres

Comprendre l'évaluation de cet avis.
publicité