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Le rideau dévoilé

3  26.06.2003 (19.09.2003)

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Recommandable: Non 

frogking

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Avis:7

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Cet avis a été évalué par 25 membres de Ciao en moyenne: très intéressant

Je crois que l’Être que l’on aime le plus au monde c’est soi-même. Je dis « aimer » comme je pourrais dire « avoir de l’estime pour », mais je pense que cette estime de soi est sans perversion, c’est quelque chose de naturel. C’est le plus grand Amour dans sa signification la plus pure. Je viens de faire un rêve merveilleux sur ce sujet. Merveilleux, parce qu’il semblait si réel par rapport à certains de ces rêves qui le sont moins étant donné qu’au fond de nous on a conscience de n’être qu’en train de rêver. Alors on se contente de ce bien-être auquel on a envie de croire. Celui-ci paraissait trop réel pour n’être qu’un rêve. Le rêve est, par définition, une de ces preuves de cet amour de soi puisqu’on y est toujours présent, que se soit en tant qu’acteur ou que spectateur. C’est pour cette raison que j’ai la certitude qu’on est l’Être que l’on aime le plus au monde : on est indispensable à notre propre vie, car sans exister nous ne pourrions avoir l’impression de vivre quelque chose.

Quelqu’un que j’aimais comme moi-même m’a quitté il y a 21 jours et, depuis, je focalise toute mon énergie et mon attention pour rejeter l’idée de cette fatalité en implorant le ciel, l’univers, le monde, mes proches et elle-même. Dans ma tête il y avait des chansons comme « ne me quitte pas » de Jacques Brel, ou « ‘ me jette pas » de Renaud, ainsi que mes propres mots, mais rien d’autre que cette idée fixe qui ne changeait en rien la réalité. La musique et les chansons me faisaient mal et, bien que j’avais besoin de souffrir pour me sentir exister, je ne veux pas souffrir d’avantage pour me complaire dans le désespoir en écoutant, par exemple, d’autres chansons qui accentueraient en moi ce sentiment de regrets et de tristesse. Cela ne me permettrait même pas de me sentir exister d’avantage. Et puis le 21 juin, comme chaque année, c’était la fête de la musique que j’ai voulu fuir comme je fuis toutes ces manifestations de masse où l’on partage ensemble les mêmes émotions au point d’en devenir anonyme et d’en perdre son individualité. Mais on n’échappe pas au système qui nous entoure, pas plus que l’on n’échappe aux phénomènes naturels tels que la pluie ou le soleil. On le subi, que cela nous plaise ou non. Malgré moi j’entendais ces bribes de rengaines et de chansons populaires qui parlent toutes d’amour ou de joie de vivre. La musique, comme toute les formes d’art, devenait pour moi une émotion que je voulais éviter parce qu’elle n’était pas la mienne ou bien parce que je ne voulais pas qu’elle le devienne. Le lendemain soir, chez une amie, on écoutait un disque de Brel. Je ne peux quand même pas interdire aux gens qui me reçoivent d’écouter leurs disques chez eux sous prétexte que cela me fait mal, et finalement cela ne m’a pas dérangé, parce qu’après tout, le chanteur, les sens des mots, il les a d’abord écrit avec ses propres émotions, ce n’est qu’après, que chacun les fait siennes. « Ne me quitte pas » a d’abord été dure à entendre, surtout que pour Brel cette chanson n’a pas empêché son Amour de le quitter. Et puis cette autre : « Dis, quand reviendras-tu ? », avec des phrases comme « le temps perdu ne se rattrape plus ».

Alors, au bout de 21 jours, on ne pense plus pareil, on ne pense plus « ne me quitte pas », mais on pense à ce temps perdu que l’on passe séparément, à ces souvenirs que l’on n’aura jamais ensemble. Même si elle revenait aujourd’hui, ce temps est perdu pour toujours. Et c’est devenu l’un des autres thèmes de mon rêve de cette nuit :


On avait pris conscience tous les deux que, quel que fut le passé, on passe chaque seconde du présent en pensant à l’autre, et que ces pensées soient des souvenirs agréables, de haine, de colère ou de discussions imaginaires, on était finalement trop bêtes de les vivre chacun de notre côté. Car face à cette personne qu’on arrive à aimer comme soi-même, ce visage qui ressemble à celui de quelqu’un que l’on a toujours connu, l’odeur et le toucher de sa peau qui nous parait si familier, ce regard qui est la continuité de l’autre, on avait comprit en un instant que c’était trop dur de renoncer à cette fusion et dans une étreinte fougueuse on s’est cramponné l’un à l’autre sachant qu’en s'accrochant de cette manière plus rien ne pouvait nous arriver, tel le nourrisson accroché au sein de sa mère qui n’a plus la peur du sentiment que le monde extérieur ne pourrait être fait que de vide.

Dans ce rêve le décors me semblait banal bien qu’inconnu : l’action s’y déroulait sur un chemin de terre rural, à l’aspect sauvage et vierge, mais apparemment assez emprunté. Sur la gauche, après un léger dénivellement de terre battue parsemée d’une végétation laissée à l’état sauvage, de diverses herbes vivaces et de quelques arbres et arbustes, il y avait un court d’eau, un fleuve calme. A droite des rochers grisâtres et jaunâtres assez hauts presque des falaises. Cela ressemblerait à un endroit d’un bord de Loire. Au loin on pouvait distinguer quelques maisons modestes, sans âges, solides et mystérieuses. Alors, après ces retrouvailles, sous un prétexte quelconque, elle s’est absentée. Sur ce chemin elle n’était plus là, elle était peut-être simplement allé pisser, je savais qu’il n’y en avait que pour un instant, après tout, même deux âmes collées l’une à l’autre dans l’idéal de l’Amour, ont besoin dans la vie de tous les jours d’être physiquement séparées pour des raisons diverses et banales.

Bien que partie il y avait là d’autres personnes : d’abord une belle jeune femme avec un corps très fin et gracieux, très grande et qui, jadis, partageait mon lit et ma vie. Je la trouvais toujours très belle et désirable au moment où je la regardais. Il y avait aussi une autre jeune femme, aux formes généreuses et harmonieuses, au corps fait pour les plaisirs de l’amour cherchant à me séduire et m’exciter comme elle l’aurait fait avec n’importe quel autre que moi, c’était simplement dans sa nature. Enfin, entre autres, il y avait ma sœur, joyeuse et gaie, avec un air de chipie, car dans ce groupe où régnait une ambiance de camaraderie fraternelle, se préparait une farce au dépend du père de famille d’une de ces habitations au loin et qui a du sortir sur le seuil de sa porte, en plein milieu de la nuit, se recouvrant hâtivement d’une robe de chambre marron, pris au « piège » qu’on venait de lui préparer. Mais il n’y avait pas de méchanceté dans ce « piège », c’était juste une farce autorisée, parce qu’il venait juste d’être minuit du 1er Avril, semblait préciser un des membres du groupe. Je regarde alors la date qu’affiche mon téléphone portable et je vois marqué « 30/1 ». Je ne comprends pas très bien. Déjà je ne me rappelai pas qu’on était le 1er Avril et ces chiffre ne correspondaient à rien qui pouvait me permettre de me situer vraiment dans le temps. J’essayai de les inverser, mon téléphone était peut-être réglé dans le format horaire anglo-saxon qui est affiché dans l’autre sens que le notre, mais cela n’avait toujours rien à voir avec la date de ce qui servait de prétexte à ce qu’on faisait subir à ce pauvre homme en robe de chambre sorti de sa maison malgré lui en pleine nuit. Je me suis soudainement mis à penser que c’était peut-être moi le dindon de la farce et que mon Amour était vraisemblablement repartie à nouveau et pour toujours. Mon amour ! Mon double ! Mon âme sœur ! Moi !

Le groupe avec ces deux belles et séduisantes femmes, désirables et qui attiraient mon attention qui, apparemment, étaient disponibles à m’offrir leur amour et leur affection, mais qui je sais au fond de moi ne me satisferont jamais puisqu’elles ne sont pas mon « double féminin ». Je sais que je peux aimer ces femmes comme tant d’autres qui éveillent fréquemment en moi du désir, mais elles ne seront jamais cette femme que je peux aimer comme moi-même, elles ne seront jamais « Elle », celle qui me ressemble, mon Amour. C’est alors que de derrière ce groupe qui devient secondaire, surgit instantanément le visage de mon Amour qui revenait. Elle est souriante, éblouissante et illuminée comme un soleil. Tout de suite elle voit dans mon regard que je ne croyais plus à son retour et se jette sur moi en pleurant des larmes de joies naïves pour consoler le gros nigaud que je suis de croire qu’on ne fait que se perdre ou se retrouver, alors qu’en réalité on ne se quitte jamais, ni en rêves, ni en pensées. Et, en se roulant par terre tous les deux dans les rires et dans les larmes, les étreintes, nous embrassant en mélangeant nos odeurs et nos salives, avec cette sensation de ne faire qu’un Être à condition d’être ensemble, je me suis réveillé avec je l’avoue une petite érection matinale dont j’avais remarqué l’absence depuis ces derniers temps. J’étais réveillé mais sans cette tristesse et cette mélancolie qui m’habitait habituellement ces derniers temps. Je me disais que ce que l’on a, on l’a pour toujours : Le Bonheur impalpable que l’on a connu et qu’on ne peut garder pas plus qu’on ne peut attraper le vent. L’Amour, parce qu’ayant rencontré son âme sœur ou non, c’est toujours soi qu’on aime, alors, tant qu’on vit il y a de l’Amour.


6h00 du matin, j’aimerai bien me rendormir et continuer mon rêve, mais je saurais alors que cette fois ce n’est qu’un rêve dans lequel je veux me réfugier, je ne veux pas de ça, et je me dis que je pourrais l’écrire pour le garder. Oui, je vais l’écrire tout à l’heure ou plus tard. Mais alors, il est déjà en train de s’estomper J’ai pour habitude d’avoir des idées créatrices le soir qui ne sont le lendemain que des regrets. J’ai toujours cru être un « créateur du soir » et qu’au moment voulu je me relèverai peut-être ou ferai au réveil ce que le découragement m’avait déjà fait oublier. Ray Bradbury écrit le matin et je pensais être trop fainéant pour ça. Et pourtant ce matin je l’ai fait, accompagné du jour qui se lève sur la vie comme le rideau d’un théâtre sur la scène. Et même si Platon dit que l’écriture est néfaste, car on y perd un peu de son âme en laissant « des traces en dehors de soi », alors tant pis ! Ces traces ne sont pas pour moi, mais pour vous qui les lisez, pour Celle que j’aime, pour tous ceux et celles que j’aime et qui me sont chers, mais aussi tout simplement parce que j’ai ressenti un instant de pur bonheur et que je voulais le partager.


lundi 23 juin 2003

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Commentaires sur cet avis
passiflore

passiflore

01.11.2003 15:30

pas facile de trouver la frogqueen ;)

violame

violame

03.08.2003 10:30

Roi de la grenouille.

violame

violame

03.08.2003 10:30

(bienvenue sur ciao :))

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