Thérèse Raquin ou l'histoire d'une passion
18.02.2010
Avantages:
L'une des premières œuvres de Zola, exploration humaine
Inconvénients:
Préface de Françoise Xénakis, longueurs finales
Recommandable:
Oui
 ghostwizard
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En 2012, il y a des élections. J'aime les élections.
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Cet avis a été évalué par 15 membres de Ciao en moyenne: très intéressant
Synopsis : Recueillie enfant par madame Raquin, Thérèse passe le plus clair de sa jeunesse à subir les potions qui doivent être administrées à Camille, le fils légitime de madame Raquin, qu'une frêle santé oblige à une surveillance constante. Arraché en cela des griffes de la mort, Camille grandit en tant qu'être chétif, malingre et inachevé. Etre fat, jaloux et limité, il se voit donner Thérèse en mariage. Celle-ci, n'ayant jamais pu donner libre cours à son désir de liberté et introvertie d'avoir été l'ombre d'un malade, ne refuse pas ce statut d'épouse à Camille qu'elle voit plutôt comme un frère débile pour lequel elle aurait une affection particulière née de l'habitude. Le couple et madame Raquin quittent la campagne pour venir prendre une petite mercerie dans une ruelle sombre et humide de Paris, le rêve de Camille étant de trouver un travail dans une administration. Engoncée dans ce carcan qu'elle imagine définitif, Thérèse se mue dans une rêverie constante dont elle ne sort vaguement que pour les soirées de dominos du jeudi où la famille reçoit quelques personnes, dont Laurent, l'un des collègues de Camille. Laurent est le total opposé de Camille, au delà même du parallèle puisque sa brutalité est physique mais également mentale. A la vue de cet homme, véritable, Thérèse perd ses moyens ; Comprenant cela, Laurent sait désormais qu'il peut cueillir cette femme qui n'a jamais éclos et une passion hurlante va naître entre ces deux êtres. Mais Camille reste le mari de Thérèse et devient l'obstacle de ce feu dévorant. La passion défiant la raison, pour vivre leur amour, il leur faudra tuer Camille. Ce que j'en pense : Bien avant la longue tragédie sociale des « Rougon-Maquart », Emile Zola a besoin de se faire connaître au delà des quelques textes qu'il a déjà publié. De plus, il a fait la connaissance de celle qui va devenir sa femme, Gabrielle-Alexandrine Mesley, modèle du peintre Cézanne, ami de Zola. Il a donc besoin d'argent et, dans cet esprit, écrit au directeur de la publication de « l'Artiste » pour lui proposer un texte novateur, un roman d'amour dans lequel il dit pouvoir donner toute sa mesure. Ce roman, vous l'aurez compris, est « Thérèse Raquin », dans lequel Zola fait transpirer sa vie de bohème d'alors en sus d'être chroniqueur de son temps.Cette seconde édition comporte deux préface, dont une de Zola lui-même. Celui-ci a exprimé le besoin de défendre son texte vis-à-vis de la critique d'alors et de le présenter non comme ce qu'il est à mes yeux, un roman d'amour, de passion frisant la folie mais comme une analyse critique de deux caractères qui, en se rencontrant, explosent littéralement comme pourraient le faire la poudre et le feu. Il s'agit sans doute d'une compromission d'époque, Zola devant avant tout vivre de son talent, mais, à l'aune de l'histoire, je voudrais souligner qu'il s'agit à tout le moins d'un vrai roman d'amour car le détachement qui caractériserait le chirurgien ou le spectateur et dont Zola se prévaut, est absent. Vous trouverez également dans cette édition une préface de Françoise Xénakis, texte d'une banalité affligeante et naturellement très en deçà de la production du maître. Celle-ci nous dépeint sa rencontre avec le roman et sa redécouverte avec la sagesse de l'âge. Il s'agit, à n'en point douter, d'un exercice d'un très grand orgueil et, quiconque connaît son propre talent et sait rester à sa place aurait gentiment décliner l'invitation de l'éditeur à réaliser cette préface car il n'appartient pas à une mouche de juger un aigle.Je distinguerai l'ouvrage en deux parties assez distinctes, l'une traitant de la découverte de l'amour, l'autre des conséquences du meurtre du mari par les adultères. La première partie est simplement remarquable ; on reconnaît immédiatement la qualité de style de Zola et la concision qui mène à l'essentiel, qu'il s'agisse d'un lieu ou d'un caractère. Sans nul doute l'auteur a-t-il rapporté dans les réunions hebdomadaires de la famille Raquin ses propres rencontres d'alors et s'est-il saisi des détails du Paris d'antan pour décorer sa pièce, comme Daudet le pratiquait également dans « Sapho » ou « Numa Roumestan ». Plus dogmatique dans son analyse, Zola projette ses personnages dans des professions ou des situations qui lui sont plutôt étrangères, sans que cela se ressente un seul instant dans le déroulement du jeu des personnages. En revanche, la critique est à peine voilée s'agissant du peu d'ambition des coureurs de postes d'administration dont le manque d'envergure et d'allant est jugé par Zola au seul critère du salaire dont ils se définissent eux-mêmes : un homme à 1200 francs. Dans un seul souci de justice, à notre époque, ce couple improbable, soit n'aurait jamais vu le jour, soit se serait séparé. Sous l'empire, l'emprise sociale aurait pu conduire à ce drame, bien que le divorce, même moins prononcé qu'actuellement, n'y soit tout de même pas rare. C'est un reproche assez général que faisaient déjà les critiques de l'époque en disant que Zola participait au remugle pour en vivre. L'ombre d'Honoré Daumier hante encore les strates françaises, qu'elles soient bourgeoises ou ouvrières, et Zola a clairement pris parti, même s'il faut pour cela travestir la réalité.J'aurais un œil bien plus critique sur la seconde partie où la folie de la passion qui se transforme embrase les deux principaux protagonistes. Celle-ci comprend des longueurs qui ne se justifient pas sinon par la volonté de coucher des mots sur le papier et de densifier un texte dont le résumé seul pourrait tenir en deux lignes. L'emphase en devient parfois lourde alors même que, par quelques traits de scalpels bien sentis, le contenu dramatique aurait bien pu être mis en exergue plus justement. Zola ne s'est pas privé de le faire dans la première partie dans sa description de la morgue. La présence psychologique de Camille, omni-présente, ne se justifie pas sinon pour doter le texte d'un contenu vengeur qui trouve son apogée dans la découverte par madame Raquin de la terrible vérité. Même mort, le fils bancal a laissé des séquelles physiques sur son meurtrier et celles-ci dépassent, pour les besoins de l'histoire, les lois physiologiques. Même si l'on peut comprendre que Zola se soit fourvoyé dans une voie qu'il ne connaissait pas puisque, rappelons-le, il n'était pas en ménage à l'époque où il a imaginé de concevoir ce roman, le déséquilibre est trop marqué entre les deux époques pour rendre ce final très crédible. Heureusement, dans le restant de la suite de son œuvre, Zola s'est attaché à reproduire le modèle premier, ce qui l'a conduit au succès que l'on sait. « Thérèse Raquin » n'en constitue pas moins une très bonne première étude du genre humain et sa lecture prépare dans les meilleurs termes à la connaissance de la suite de son œuvre.
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22.02.2010 14:54
Très bel avis sur ce "classique" de Zola.
20.02.2010 15:13
Tu me fais une piqure de rappel ; très bon avis
20.02.2010 13:15
Un classique à lire. Je me souviens avoir eu toute une analyse de ce roman à la FAQ.