Trêves, Allemagne

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Une ville qui m'a fait réfléchir ...

4  24.12.2004

Avantages:
Visite guidée très intéressante

Inconvénients:
Je n'ai pas tout vu

Recommandable: Oui 

TREGUERYANNIG

Plus à mon sujet: VENEZ FAIRE CONNAISSANCE AVEC LA CULTURE COREENNE.... ET LES MAISONS TROGLODYTES DU SUD DE L'ITALIE.

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Avis:131

Lecteurs satisfaits:25

Cet avis a été évalué par 9 membres de Ciao en moyenne: très intéressant

A l’occasion d’un bref passage en Allemagne, je n’ai pas voulu manquer le passage a Trèves.
Pour voir l’essentiel, vu que je ne pouvais rester qu’une demie journée, nous avons profité de nous laisser guider.

Aimeriez-vous m’accompagner dans ma visite guidée de la ville de Trèves ?

Il paraît que l’on y apprend des choses très intéressantes, disons même révélatrices...
Rejoignons le groupe qui s’apprête à partir.


“Bonjour! Je m’appelle Peter, annonce notre guide, et j’espère que vous apprécierez votre visite dans ce qui est l’une des plus anciennes villes d’Allemagne.”

Devant nous se dresse la Porta nigra, la “porte noire”, un énorme monument de grès noir édifié à Trèves, à la frontière du Luxembourg, au IVe siècle.
Elle illustre l’influence locale de l’Empire romain, de la culture, de la langue, de l’architecture et de la religion de Rome.

Le nom de la ville vient d’ailleurs de celui des Trévires, qui peuplaient auparavant la Gaule lorsqu’ils on été vaincus par Jules César.

À quand Trèves remonte-t-elle?

D’après la légende, un beau-fils de la reine Sémiramis nommé Trebeta aurait fondé la cité. On n’en a d’ailleurs aucune preuve, même si une maison du Grand Marché porte cette inscription en lettres d’or:

“Ante Romam treviris stetit annis mille trecentis perstet et aeterna pace fruatur” : alors les latinistes qu’est-ce que ça veut dire ?

“Trèves existait 1 300 ans avant Rome. Puisse-t-elle continuer d’exister et de jouir d’une paix éternelle !”

Non seulement Trèves est la plus ancienne ville d’Allemagne, mais elle a été, au troisième siècle, l’une des quatre métropoles de l’Empire romain, avec Rome, Alexandrie et Constantinople !
Inutile de vous dire qu’elle revêt pour moi un grand intérêt !

Constantin le Grand y a élu domicile en 306, après que la ville ait pris de l’importance. Il aurait résidé à Trèves jusqu’en 312. Pendant ses 31 ans de règne, il a mis sur pied un gigantesque programme de construction dans la ville. Il n’est probablement aucun autre endroit au nord des Alpes où l’on trouve autant d’édifices romains qu’à Trèves, surnommée “Roma Secunda”, la seconde Rome.

Le poète latin Ausone l’appelait d’ailleurs “la Rome d’au-delà des Alpes”.

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Son passé religieux
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À l’arrivée des Romains, le nom de certains dieux gallo-celtes ont été réuni à celui des dieux romains, pour donner des dénominations hybrides, comme Mars Jovantucarus ou Apollon Grannus. Lenus, le dieu tribal des Trévires, a été associé à Mars, dieu de la nature et de la guerre chez les Romains, et on érigea un temple extraordinaire en l’honneur de ce “double dieu”. Il existe encore un autel qui porte son nom. On trouve également des statues qui représentent les dieux romains et gaulois, dont on voit les caractéristiques fusionner peu à peu au cours des Ier et IIe siècles.
Le paganisme gaulois et le paganisme de Rome ont donné naissance à une nouvelle religion synchrétique.

Tout en réfléchissant à cela, je prête attention à une question posée par un visiteur:

“Mais les Romains n’ont-ils pas apporté à ces gens le christianisme?”

“Eh bien, répond le guide, pas exactement. Voyez-vous, les Romains n’étaient pas réellement chrétiens. D’ailleurs, en 303, l’empereur Dioclétien a déclenché une épouvantable persécution contre les chrétiens. Mais, un peu auparavant, il avait ouvert la voie à une importante modification religieuse qui incluait la religion chrétienne.
Il avait divisé son empire en quatre et, après 285, avait fait de Trèves la capitale de l’empire d’Occident, qui comprenait la Gaule, l’Espagne, la Grande-Bretagne et les deux provinces germaniques. Après l’abdication de Dioclétien, en 305, Constantin le Grand est monté au pouvoir et, l’année suivante, il s’est fixé à Trèves.”

Je suis suspendu aux lèvres de Peter, qui est en train d’expliquer le rôle de Constantin le Grand dans la fusion du paganisme gallo-romain et du christianisme apostat. Il poursuit:

“Constantin s’est rendu rapidement compte que les diverses peuplades et les différents groupements de son empire avaient besoin d’un lien qui les unirait. Il a abouti à la conclusion que la religion chrétienne pourrait constituer ce lien. Il a donc reconnu officiellement cette religion dans l’édit de Nicomédie, en 313.
Il ne faut pas en déduire qu’il s’était converti au christianisme.

La plupart des spécialistes sont d’avis qu’il ne poursuivait que des objectifs politiques et qu’il s’est simplement servi de la religion chrétienne comme d’un instrument qui allait conférer une certaine stabilité à son empire.
Quant à lui, il ne se modifia pas au contact des enseignements de la Bible, au contraire il a recouru à la perfidie et à la fourberie, voire au meurtre pour aboutir à ses fins. Il se montrait superstitieux et était sans cesse à l’affût des mauvais présages et des augures. Au sens propre du mot, il n’est donc jamais devenu chrétien.
“Vers le IVe siècle, les chrétiens eux-mêmes étaient en désaccord sur différentes questions, si bien que Constantin a dû commencer par essayer de les réunir. Dans un effort d’apaisement, il a convoqué le concile de Nicée, en 325, l’on a adopté le credo de Nicée, qui formulait la doctrine de la Trinité.”

Je me demande combien de catholiques et de protestants sont au courant que cette doctrine remonte à un empereur païen qui, à des fins politiques, s’en servit pour fusionner une religion païenne gallo-romaine avec le christianisme apostat !

Devant nous se dresse un imposant édifice de 30 mètres de haut, dont les murs sont percés de fenêtres en arcade; mais déjà Peter explique que c’était la basilique qui faisait partie du palais impérial de Constantin le Grand où, assis sous un dais, il recevait ses hôtes lors des fêtes ou des réunions politiques.
Ce dais a servi par la suite de motif architectural pour représenter l’arc de triomphe, symbole de majesté, incorporé depuis dans tant d’églises chrétiennes.
À partir de 1856, la basilique est devenu un temple protestant.

Nous nous arrêtons quelques minutes dans les jardins, et l’un des membres du groupe se demande si nous allons visiter le musée de Rhénanie ou bien si nous ne pourrions pas rester ici à profiter du soleil et de l’air. “Les musées ne m’enchantent guère, explique-t-il. Est-ce celui où l’on conserve la ‘sainte tunique’?”

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Les reliques dites chrétiennes
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J’avais lu que plus de 1 700 000 pèlerins étaient venus à Trèves en 1959, à l’occasion d’une ostension spéciale de la “sainte tunique”, ou le saint suaire, vêtement qui n’est exposé qu’en certaines occasions. J’étais donc sûr que nous ne pourrions pas la voir dans le musée.

Peter a surpris la question de mon voisin et apporte la confirmation que j’attendais: “Non, les objets chrétiens et les reliques sont conservés ailleurs. Mais Trèves en possède certains. La mère de Constantin, l’impératrice Hélène, avait un goût particulier pour les reliques.

D’après la tradition, c’est elle qui les aurait expédiées pour la première fois à Trèves au IVe siècle. Il s’agissait d’une dent de Pierre, des sandales de l’apôtre André, des restes de l’apôtre Matthias, d’un clou qui aurait servi lors du supplice de Jésus et du vêtement sans couture du Christ, appelé la ‘sainte tunique’.”

Dans notre groupe, un homme ne cache pas son incrédulité.

“Après tout, dit-il, les églises exposent de par le monde plus de reliques qu’il n’y en a jamais eu.”

Il n’a pas tout à fait tort. Je me souviens avoir lu dans le livre La sainte tunique de Trèves — Histoire et signification religieuse de la sainte tunique du Christ (all.) que des tuniques et des fragments de tunique du Christ se rencontraient non seulement à Trèves, mais aussi à Aix-la-Chapelle, à Bamberg, à Brême, à Lokkum, à Abbeville, à Constantinople, à Londres, à Moscou et dans plus de 30 autres églises et monastères de par le monde.

Le musée s’avère particulièrement riche et intéressant. On y trouve des sculptures et des objets qui datent de l’Antiquité et des premiers temps de Rome.
Il y a entre autres choses le torse d’une déesse païenne. Peter nous explique pourquoi elle est défigurée: “Pendant des siècles, les pèlerins lui ont jeté des pierres pour symboliser par leur geste qu’ils rejetaient le paganisme.”

J’en suis à m’interroger sur cette curieuse coutume, alors qu’en réalité la plupart de ces pèlerins soutenaient précisément les doctrines et les pratiques religieuses du paganisme, à la suite de la fusion du paganisme gallo-celte avec celui des Romains, cette religion syncrétique fusionnant une nouvelle fois aux jours de Constantin avec le christianisme apostat. Décidément, Trèves a été un véritable creuset pour les religions, ou plutôt pour la formation de nouvelles croyances !

Nous revenons sur nos pas, traversons les jardins, passons devant la basilique et commençons à descendre une rue animée qui porte le nom de Constantin.

En chemin, Peter semble chercher quelque chose à un coin de rue, puis il nous fait signe du doigt: “À propos, si vous suivez cette rue, vous trouverez après quelques intersections et sur votre droite la maison natale de Karl Marx (1818-1883). Depuis qu’elle a été ouverte au public, en 1965, plus de 100 000 visiteurs y sont passés.”

Quel paradoxe que la plus vieille ville d’Allemagne, la “seconde Rome”, dont la population reste à plus de 85 pour cent catholique, ai été le berceau du précurseur de l’un des plus grands adversaires que l’Église catholique ait affronté: le communisme!

Mais, en y réfléchissant à deux fois, le paradoxe n’est peut-être qu’apparent, puisque le communisme est un avatar non pas du christianisme, mais d’une religion syncrétique qui a mélangé le christianisme apostat avec le paganisme, fusion dans laquelle Trèves a joué un rôle déterminant.
Que pouvait-il sortir de bon d’un tel mélange?
Peut-être cette coïncidence historique en est-elle l’illustration ?!?

La visite ne manquait pas d’intérêt, mais elle faisait surtout réfléchir. J’espère qu’elle a eu le même effet sur vous.
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Commentaires sur cet avis
Fabrice013

Fabrice013

06.01.2005 10:19

avis très instructif !

bonjour57

bonjour57

26.12.2004 22:37

ton avis et sympa!

capitaine3

capitaine3

24.12.2004 11:22

habitant a 30 km de Trier (Treves en francais) j'ai beaucoup apprécié ton avis....manque peut etre le celebre marché de Noel du mois de décembre Bonnes fetes

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