Métier mésestimé parmi tant d’autre, le vendeur en jardinerie est souvent assimilé au « jardinier », le type qui sait passer le râteau et encore, mieux vaut lui montrer avant, on n’est jamais trop sûr…
Pendant deux ans j’ai préparé un BTS en alternance entre un CFA à Toulouse et une jardinerie près de Bordeaux. J’ai donc été initié aux joies du commerce horticole…
La difficulté de ce métier est multiple : nous devons être paysagistes, managers, acheteurs, marchandiseurs, vendeurs, parfois psychologues, diplomates, jardiniers (un petit peu quand même) et avant tout musclés !!!
Imaginez donc le pov’ petit en train de mettre des dizaines d’arbres de plus de 3m et 30kg en rayon sous un soleil de plomb ou par un froid sibérien, le tout en renseignant des clients (on va y venir…) et en répondant au téléphone ! Ainsi la qualité des infrastructures est primordiale, c’est tout ou rien. Si vous êtes bien équipés vous travaillerez bien et confortablement ; dans le cas inverse, votre rayon et vos marchandises seront misérables et vous serez stressé.
La journée type d’un vendeur en jardinerie commence entre 7 et 9h pour les plus chanceux. D’abord il faut se mettre dans la peau du personnage et vous vous déguisez petit à petit en Indiana Jones : vêtements solides dans les tons verts, gilet à poches multiples… Puis on démarre gentiment par un petit état des lieux : il faut redresser les arbres qui ont pu chuter en cas de vent et évacuer ceux qui ont été cassé. L’hydratation doit être vérifiée, c’est tout bête mais cette question revient tous les matins : les plantes ont-elles soif ? Là encore les plus veinards auront un système intégré d’arrosage, pour les autres, le tuyau sera toujours enroulé dans un coin au fin fond des allées, si possible à l’extrême opposé du point d’eau et baignant dans une marre de boue car il s’est vidé pendant la nuit.
Vous vous mettez donc en tête d’arroser les 15.000 pots qui remplissent votre hectare de surface de vente, tout en sachant qu’une livraison est attendue pour 10h et qu’il est déjà au minimum 8h. Vous êtes deux.
11h, votre livraison vous attend depuis une heure et vous n’avez même pas arrosé la moitié…
11.59h, votre patron vous attend avec.
12h, vous partez manger, furieux et incompris.
Pour ceux qui ont un arrosage intégré, la vie est plus facile, on tourne un robinet et on peut se consacrer à son vrai métier : réceptionner des marchandises, les mettre en valeur et les vendre ! Seul inconvénient : le client dénominé CC, le Crétin Cosmique, celui du matin qui arrive à l’ouverture, le seul à qui on n’avait jamais dit que l’eau ça mouille et qui vient vous voir scandalisé qu’on puisse avoir l’idée d’arroser des plantes à 8.50h le matin.
Et c’est là qu’on entre dans le vif du sujet, la clientèle.
Je tiens avant de commencer à rendre hommage et à rappeler la typologie établie par simian pour les clients de bijouterie :
http://www.ciao.fr/Vendeur_en_magasin__Avis_625248
En arrivant, je me disais que je travaillerais agréablement et qu’au contraire des autres commerces, les gens arriveraient détendus et pour se faire plaisir. Penses-tu !! On retrouve les mêmes familles, cependant, quelques points communs :
Tout d’abord les clients de jardinerie ne savent pas dire bonjour, ou plutôt ils doivent penser qu’en tant que jardinier (qui sait passer le râteau et encore, mieux vaut lui montrer avant, on n’est jamais trop sûr), on ne sait pas ce que ça signifie, alors d’après le principe selon lequel on ne parle pas aux cons ça les instruit, on ne dit pas bonjour.
Ensuite et malgré votre accoutrement, ils vous demanderont toujours si vous faites bien partie du personnel. Et ils ont raison, les imposteurs sont nombreux. D’ailleurs tous les jours on retrouve bien camouflés de pauvres employés bâillonnés à qui on aura piqué leurs vêtements… Et on ne compte plus le nombre des malheureux que l’on n’a hélas jamais retrouvé…
Enfin, le coup de grâce : « Vous vous y connaissez en plantes ? ». Que dire… Qu’à cause de cette stupide question plusieurs de mes confrères sont en prison pour actes de barbarie et actes de démence ? Non non, alors on fait un petit mot d’esprit et on passe à autre chose…
Et s’est seulement après ces quelques préliminaires que les caractères s’affinent :
Les Indécis, les I. En général ils vous font déplacer une trentaine de plantes, essayent toutes les combinaisons possibles, vous demandent systématiquement pourquoi celle-ci est plus grande que l’autre pour les même prix, si on va en recevoir et blablabla et blablabla… Tout comme dans le bijouteries, un client I c’est avant tout 1.30h de perdue.
Les Vulgaires, les V. Je dois dire qu’ils sont plus rares ceux-là ! En général ils ne se mettent pas en contact avec la terre, c’est sale…
Les Chiants, les C. Je vais esquiver en disant qu’il y cent manières d’être un client chiant !!
A ces grandes familles universelles j’en ajouterais d’autres : j’ai déjà évoqué le CC, le Crétin Cosmique. Il a plus d’une corde à son arc ! Non content de s’être fait arroser, le CC sera votre principale source d’inspiration si vous décidez d’écrire le recueil des plus belles perles !! En guise de preuve, une question qui m’a été posée d’innombrables fois : Faut-il mettre la plante en terre avec son pot ? Réponse invariable et flegmatique : Est-ce que vous dormez avec vos chaussures ?
_ Mais pourquoi vous m’agressez ? dit-il, outré. Et après une tirade sur la bonne éducation et les bienfaits de la concurrence, il vous quitte sans vous dire au revoir, ce qui tombe bien vu qu’il n’avait pas plus dit bonjour que les autres.
Les S, les Scaphandriers. Ils arrivent habillés comme Dustin Hoffman dans Alerte ! Gants en latex et masque sur le visage ! Ils ont peur. Ils ne veulent pas toucher. On leur montre, on leur déplace, ils choisissent au coup d’œil et veulent se faire livrer. Ils trouvent ça trop cher, pour la peine il faudra leur planter.
Les PI, les Pas Intéressés. Ceux qui achètent des plantes car il faut en avoir, de peur certainement d’attirer les soupçons des voisins… Ils vous donnent un total en disant : 300€ et mettez ce que vous voulez. Mais ça ne va jamais… Ce sont des Indécis qui s’ignorent !
Les E, les Experts, souvent des hommes d’ailleurs. Ils vous apprennent votre métier. Ils ne vous ont pas demandé si vous connaissiez les plantes, l’important est qu’ils vous montrent que eux les connaissent. Alors on passe une demi-heure à s’extasier. Ceux-là peuvent même avoir une utilité : ils renseignent les autres à votre place ! Leur rêve caché : bosser avec vous.
Les IP, les Inspecteurs de Police. Ils vous demandent des renseignements et écoutent attentivement. Ils vous remercient poliment et vous retournez vaquer à vos milles occupations. Et vous n’y pensez plus jusqu’à ce que vous les aperceviez en train de poser strictement les mêmes questions à quelqu’un d’autre ! Alors, je ne sais pas ce qu’ils font après. Peut-être comparent-ils les versions et cherchent-ils à démonter nos alibis… Et pour peu que nos avis divergent c’est le drame !! «Si vous me dites qu’il va en plein soleil, alors pourquoi votre collègue vient-il de me dire à l’instant qu’il supporte les endroits mi-ensoleillés ?! »
En jardinerie nous avons une catégorie bien à nous, une catégorie que j'aurais oublié sans le commentaire de Garin2, ce sont les CPEP, les Cultivateurs de Plantes Exotiques en Placard. En général des ados par deux avec les yeux vitreux. Ils ne connaissent jamais le nom exact de la plante en question bizarrement... Mais sont toujours très content quand on leur dit "Avec ça votre plante aura une bonne tête!".
Les familles sont nombreuses et au fur et à mesure qu’elles me reviendront je ferai des ajouts !
Cependant une dernière famille, la plus nombreuse : les clients sympathiques. Ils ont les mêmes défauts préliminaires que les autres mais une fois rassurés, c’est un vrai moment de bonheur ! Et ça se passe toujours bien ! Alors on se demande pourquoi cela n’est pas toujours ainsi !
Au final un vendeur en jardinerie n’est pas tout à fait n’importe qui : c’est un commerçant spécialisé. Il doit connaître les principes du marketing et avoir de solides bases techniques.
Malheureusement de plus en plus de points de vente prennent n’importe qui ! D’où cette méfiance compulsive des clients.
Cependant, si jamais vous vous êtes reconnus dans les catégories citées, malgré tout le respect que je vous dois, changez ! Car je vous garantis que certaines journées passées à me faire agresser, interpeller, remettre en question sur des choses banales m’avaient progressivement dégoûtées des rapports humains !!
Si aux clients parfois difficiles et aux faibles possibilités d'avancement on ajoute des patrons exigeants sans toujours avoir conscience des contraintes que vous subissez et une rémunération en dessous de la moyenne, on comprend mieux pourquoi les gens compétents désertent les jardineries!
En d'autre termes c'est un boulot moyen mais qui pourrait être tellement mieux!!
@+
01.07.2005 21:30
Mon pov Guillaume, on te martyrise hain :-)
04.04.2005 16:28
Pas du tout la main verte, j'ai même réussi à faire crever des cactus:-(
06.01.2005 20:48
J'adore ta typologie des clients :-)