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Ils peignaient des girafes...

4  23.07.2007

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Recommandable: Oui 

PsychoSexy

Plus à mon sujet: http://psychosexy.over-blog.co m/ - Il n'aura pas fallu plus de 8 heures pour me remémorer ce qui ...

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Avis:920

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Cet avis a été évalué par 39 membres de Ciao en moyenne: très intéressant

Dans le petit monde prospère où se déroule cette histoire vivent de drôles de personnages : les peigneurs de girafes. Ce monde est de taille modeste, aussi les peigneurs de girafes vivent-ils tous les uns à côté des autres. Ils arrivent un beau matin, girafe immaculée en bride tenue d'un poing et petit tabouret de bois dans l'autre main. En sifflotant, ne sachant pas encore que cela dérange la concentration acharnée des autres, le nouveau peigneur installe toute sa petite vie à un endroit où il trouve l'herbe la plus verte. Une place au soleil à bonne distance des autres peigneurs : pas trop près pour ne pas être embêté, ni trop loin pour ne pas se sentir trop isolé. Il installe sa girafe à son aise, puis pose son petit tabouret pour se jucher dessus. Il sort alors son peigne et commence sa vie de travailleur appliqué.

Il prend peu de pauses. Les girafes de ce monde souffrent toutes d'un hirsutisme profond qui rend nécessaires des soins constants aux crinières fournies leur poussant au cou. De plus, tout le monde sait là-bas que ces girafes adorent se faire peigner. Plus une girafe est épanouie, plus elle arbore une couleur de pelage chamarrée. La girafe qui n'a jamais été peignée est tout de blanc couverte, tandis que les plus anciens parmi les peigneurs ont déjà vu apparaître des poils d'or aux crinières de leurs girafes. C'est ce qui explique la grande application des peigneurs. Mais, un bon peigneur apprend tout de même à se détacher de sa mission au fil du temps, et s'accorde parfois des pauses lors desquelles il s'en va faire un tour chez d'autres peigneurs. Il observe la beauté des crinières des girafes qu'il croise. Il signifie son admiration d'un petit « Euh, euh ! » lancé en passant. Il sourit parfois à un voisin, il discute, il rigole puis il s'en retourne peigner sa girafe.

Certains peigneurs sont moins volubiles que d'autres, ils restent dans leurs coins verts jusqu'à ce qu'on les sonne. Pour les sonner, il suffit d'agiter la petite cloche en étain accrochée au cou de leurs girafes. Ils répondent alors, pour la plupart, très vivement. Quelques rares peigneurs seulement ne répondent pas lorsqu'ils sont sonnés même le plus gentiment du monde, parfois par crânerie et parfois par timidité. Quoi qu'il en soit, la majorité d'entre eux s'accorde à dire que leur petit monde est accueillant, agréable à vivre rempli de distractions. La plupart se passionnent d'ailleurs pour les petits concours de coiffure hebdomadaires, soit en y assistant soit en y participant. Et tous cultivent leur âme d'artiste en offrant régulièrement de nouveaux brushings osés à leurs girafes.

Mais il faut savoir que, il y a longtemps, un jour…

La girafe d'un des peigneurs mangea un canard un peu trop gras. Elle en tomba malade. Elle toussait beaucoup et s'essoufflait très vite. Elle avait en fait attrapé un virus qui faisait pousser ses cheveux plus vite forçant ainsi son propriétaire à la peigner jour et nuit, sans relâche, pour espérer la garder en bonne santé. Le pauvre peigneur ne sut d'abord pas comment s'organiser. Il se trompait dans la taille des bigoudis à disposer, il faisait des nœuds impossibles à démêler, ou encore il se prenait la brosse dans la masse de poils. Bref, il déprimait tellement de voir sa girafe dépérir injustement qu'il en devint lui-même malade.

Aussi, la congrégation des peigneurs, habituellement très individualiste, se pressa auprès de la girafe et de son propriétaire. Chacun apportait son soutien à sa façon. Certains se contentaient d'une tape amicale sur l'épaule. Un unique témoignage d'intérêt pour certains, et une preuve de soutien quotidiennement renouvelée pour d'autres. Et d'autres encore, qui avaient apporté leurs accessoires, en profitaient pour peigner un peu la girafe malade. Certains aussi, sans rien dire, allèrent chercher leurs tabourets et les plantèrent aux côtés de la girafe malade et de son pauvre propriétaire. Ils restèrent là des jours durant à aider silencieusement leur collègue, qui remerciait toujours d'un sourire ou d'une attention aimable. Enfin, des peigneurs énergiques décidèrent d'aller répandre la nouvelle jusqu'aux confins du pays, afin que tout le monde soit au courant et puisse venir apporter son aide s'il le souhaitait et comme il le souhaitait.

Parmi ces énergiques se trouvait un petit groupe d'amis peigneurs qui voulurent aider la girafe malade à n'importe quel prix, fut-ce celui décerné de façon hebdomadaire par la congrégation qui votait pour la plus belle girafe du moment. Laissant parler leur cœur, ils encourageaient le commun des peigneurs à donner une voix à la girafe malade, afin qu'elle se sente de nouveau belle et épanouie et que son propriétaire guérisse de la terrible mélancolie qui le touche. Aussi la girafe malade repris un peu de poil de la bête et les peigneurs bénévoles lui firent quelques très jolies coiffures pendant quelques semaines, pour la plus grande joie de tous.

Mais, il arriva un jour où deux autres girafes coquettes se virent si bien attifées et si joliment coiffées qu'elles remportaient plus de suffrage que la pauvre girafe malade au concours de la semaine. C'est alors qu'un peigneur justicier, qui avait en ces terres une réputation auto-alimentée de personne incorruptible et droite, décida de sortir de son coin de gazon, par une nuit sans lune, afin d'aller donner un coup de ciseau dans le dos d'une des deux girafes concurrentes. Il espérait ainsi voir les voix pour la girafe malade remonter, face au carnage capillaire dont il était responsable sur cette pauvre opposante innocente, qui ne cherchait qu'à gagner quelques affaires de coiffures pour aider son propriétaire à gérer l'arrivée prochaine d'un mignon mais certainement hirsute bébé girafon.

Le peigneur justicier faisait cela pour rendre service au propriétaire de la girafe malade, c'est évident. Et il aurait sans doute continué à agir de même avec l'autre girafe concurrente, sans jamais remettre sa pratique en question, tant il était persuadé du bien fondé de son acte pas très joli pourtant. Une chose bien curieuse, je vous l'accorde, pour tous les observateurs de la scène dont les neurones s'activaient, et qui se souvenaient des nombreuses fois où le peigneur justicier avait lui-même voulu lapider en gazon public un petit peigneur fraudeur mettant de la laque en cachette à sa girafe ou un autre copiant l'air de rien la coiffure d'un voisin.

Mais une chose affreuse se produisit.

Ayant dégringolé dans les suffrages, la girafe défigurée décida de se pendre à l'aide de sa plus longue mèche. On la retrouva au matin suivant se balançant au dessus du tabouret renversé de son propriétaire. Celui-ci, rongé par le chagrin erre depuis tel un zombie au milieu des autres peigneurs. Il pleure sa girafe perdue et n'a plus le goût de rien. Il attend que sa vie se déroule. Trop triste pour penser à adopter un nouvel animal à peigner. La girafe malade ayant gagné le concours de beauté a fini par ne plus être malade, mais le propriétaire de cette dernière étant une personne au cœur pur et droit n'a jamais approuvé qu'il faille sacrifier une autre girafe pour guérir la sienne. Car cela aurait pris plus de temps mais sa girafe aurait fini par retrouver son goût à la vie malgré tout. En revanche, jamais le peigneur justicier n'est venu s'excuser auprès du propriétaire de la girafe qu'il a perdu, trop persuadé sans doute qu'il avait raison de toute façon, puisqu'un justicier a toujours raison.

Cette histoire de peigneurs de girafes illustre donc en toute simplicité la condition humaine en mettant en scène la faillibilité de chacun. C'est cette capacité à faire des erreurs qui rend tout homme attachant et fascinant. Mais c'est un autre don, celui de reconnaître ses propres erreurs et pardonner celles de ses semblables qui pourra faire de certains des hommes sages. Ou non.
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Commentaires sur cet avis
Mortellia

Mortellia

25.12.2007 02:01

Très belle histoire...

PrinceCharlesdeGalse

PrinceCharlesdeGalse

23.08.2007 20:19

comment t'expliques que "se peigner la girafe" ca veut dire ne rien branler?

MoijdikcecooL

MoijdikcecooL

23.08.2007 18:10

Merde, je m'attendais à l'histoire de Shlick Slack la Girafe!!!! Mais y a pas d'hélicoptère dans ton histoire...J'comprends rien!...T'imagines??!! Une girafe qui se pend???!!!! Faut un appart' haut de plafond hein? Nan mais sans dec'...

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